Jean-André Mongez, né à Lyon le et mort à Vanikoro, lors de l'expédition de La Pérouse, en mai 1788, est un scientifique, minéralogiste et religieux génovéfain embarqué avec La Pérouse dans son voyage d'exploration de l'océan Pacifique au cours duquel il disparait en 1788.
Biographie Origines et famille Né à Lyon, le , Jean-André Mongez est le fils de Louis MongezPour toutes questions généalogiques voyez le site site sine dolo et Poidebard (W), Baudrier (J) et Galle (L), Armorial des bibliophiles des Lyonnais, Forez, Beaujolais et Dombes, Lyon, 1907, pages 419-420. (1716-1791), négociant et marchand de doruresMarchand de dorures : celui qui fait le commerce des matières d'or et d'argent, ou des matières dorées et argentées. et de Marie Jacqueline Rozier (1730-1793), sœur de l’abbé Rozier (1734-1793). Le jour de sa naissance, il est baptisé en l’église Saint-Nizier et a pour parrain son oncle, André MongezGuillotiné à Lyon (1727-1793), et pour marraine sa tante, Jeanne-Aymée Rozier (1732-1813).
Jeunesse Orienté vers les ordres, comme son frère aîné, Antoine Mongez (1747-1835)L'INHA, (Institut National d'Histoire) présente dans son site site de l'INHA une biographie détaillée d'Antoine Mongez par Monica Preti-Hamard.], il devint chanoine régulier de Sainte-Geneviève (devenue le Panthéon), et gagna Paris où il se fit un nom dans les sciences, celui de Mongez cadet ou encore Mongez-le-jeune, pour le distinguer de son frère Antoine, dit « Mongez aîné ».
Son oncle, l'abbé Rozier, l’associa à ses travaux du Journal de Physique et du Cours complet d’Agriculture. Directeur du Journal de PhysiqueLéopold Nièpce, Les bibliothèques de Lyon, in Revue du Lyonnais, 1874, tome II, 196. à partir de 1779, il y fit insérer nombre de ses articlesJacques Godechot, Histoire générale de la presse française, tome I, Des origines à 1814, Paris, PUF, 1969, 314. dont un sur Les Ombres colorées du matin, un autre sur Les causes principales qui font fumer les cheminées, sujet qui avait été proposé quelques années auparavant par l’Académie de BordeauxBiographie universelle ancienne et moderne, tome 22, Paris, 1821. Il s’occupa avec prédilection de l’étude des sciences physiques. Madame Manon Roland, girondine qui allait être guillotinée pendant la Révolution, rapporte d’ailleurs en 1784 qu’il avait fait un voyage dans les Pyrénées d’où il avait rapporté quelques morceaux curieuxCl. Perroud, Lettres de Madame Roland, tome I, 1780-1787, Paris, 1900, 313.. On le vit aussi parcourir le massif de l’Oisans en Dauphiné et identifier en 1783 un oxyde d’antimoine nommé valentinite.
Il appartenait à la Société d'histoire naturelleSite officiel du Muséum national d'histoire naturelle : page de la Société d'histoire naturelle., aux académies de Rouen, Dijon et Lyon, et envoyait nombre de communications à l’Académie des sciences. Curieux, il s’intéressait à tout. On notera au passage qu’il avait déjà obtenu quelques voix pour entrerF. Moureau, Dictionnaire des Journalistes, Supplément V, Paris, 1987, 119. Voir aussi Daunou, président de l’Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, Funérailles de M. Mongez, août 1835. Voyez encore Walckenaer, Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Mongez, Paris, 1849. à l’Académie des Sciences.
Aumônier de l’expédition de La Pérouse
Entraîné par ce goût des sciences naturelles et physiques, il s’embarqua, en 1785, avec Lapérouse, sur la Boussole, en qualité d’aumônier et de physicien et connut le même sort. Il recevait 600 livres d’appointements par an pour y exercer les fonctions d’aumônier et autant de supplément en qualité de physicien. En réalité, les compétences de Mongez s’étendaient à l’ornithologie, l’entomologie, la chimie de l’eau et des minéraux. Mongez reçut également, avant son départ, un brevet de correspondant du Jardin royal des plantes médicinales pour s’occuper de tous ces objets.
Les raisons de sa présence à bord
Le choix de Mongez de participer à l’expédition Lapérouse reste une question encore sans véritable réponse. Toutefois, on peut avancer plusieurs éléments qui eurent sans doute un rôle cumulatif : le rôle du Père Pingré, de Ste-Geneviève est souvent avancéRoncière (Bertrand de la), Les armoiries et le squelette de Vanikoro, in Sine Dolo, volume VII, décembre 2006, pages 269-277. mais Mongez présentait aussi l'avantage de cumuler les fonctions de prêtre et de scientifique, ce qui était décisif compte tenu de l’exiguïté des bâtiments. Il était en outre directeur de l’une des principales revues scientifiques de l’époque, le Journal de Physique, qui se lisait comme un supplément aux volumes de l’Académie des Sciences dont Mongez avait failli faire partie. Aussi était-il connu de la communauté scientifique de l’époque dont il accueillait volontiers les articles dans ses colonnes. Il était surtout le neveu de l’abbé Rozier, célèbre agronome, auteur d’un Cours Complet d’Agriculture ou Dictionnaire d’agriculture qui connaissait un franc succès. Rozier, avec qui Mongez avait des rapports très étroits, familiaux certes mais surtout intellectuels, était par ailleurs fort inséré dans la vie scientifique mais aussi dans le milieu maçonnique. Il fut l’un des fondateurs du Grand Orient de France en qualité de président de la Chambre des provinces. Introduit aussi dans l'univers philosophique, il avait été l'ami de Jean-Jacques Rousseau, (mort en 1778). De plus Rozier, et cet argument est décisif, avait aussi pour ami intime le Lyonnais Claret de La Tourrette (1729-1793), botaniste, avec lequel il avait publié des Démonstrations élémentaires de botanique plusieurs fois réimprimées et dont le frère, Claret de Fleurieu (1738-1810), futur ministre de la Marine (1789-1791), avait été chargé par Louis XVI d’établir les instructions pour le voyage de Lapérouse.
Embarqué avec tout son matériel
Catherine Gaziello s’intéresse à ce qu’il embarqua : Mongez, quant à lui, ne s’intéresse guère à l’histoire naturelle : il emporte seulement le livre d’Albin sur les oiseaux, et les travaux publiés de M-E Bloch sur les poissons. En fait, la physique constitue son domaine de prédilection. S’il ne prend comme ouvrage de référence que la collection du Journal de Physique, elle-même assez importante (28 volumes depuis 1752), il dépense 1534 livres 6 sols pour monter son cabinet à bord de La Boussole. Comme Lamanon, Mongez s’adresse aux meilleurs ateliers parisiens. À Vinçard, il achète 130 livres une machine pour mesurer la température et la salure de l’eau à différentes profondeurs ; à Dellebarre, une loupe à cinq verres montée en cuivre sur un pied. Chez Mossy, il fait l’emplette d’un anémomètre. Sykes lui fournit une loupe. Pour tout le petit appareillage, Mongez s’adresse à Assier-Perricat, l’un des meilleurs constructeurs français de thermomètres et baromètres. Il convient d’un prix de 192 livres avec Madame Launoi, marchande d’histoire naturelle rue Platrière, Hôtel des Eaux minérales, au pour une caisse de minéralogie portative. À la veuve Rouelle, apothicaire rue Jacob, c’est un coffre chimique complet qu’il achète et paye 316 livres 6 sols. Mongez s’adresse aussi à des professeurs célèbres, comme le démonstrateur de physique Rouland, neveu et successeur de Sigaud de la Fond : pour 122 livres 6 sols, Rouland vend à Mongez un appareil pour les airs. Par l’intermédiaire de Madame veuve Tilliard et fils, Mongez achète à Saussure, le célèbre professeur genevois, deux hygromètres, deux électromètres et un thermomètre à l’esprit de vin, le tout pour 210 livres.
Mongez s’embarqua donc sur la Boussole avec de nombreux ouvrages, mais aussi des produits chimiques destinés à l’analyse des roches. Ceux-ci, pour ne pas craindre un incendie, furent placés sur le gaillard d’avant par La Pérouse lui-même. Mongez se limitait donc à son cabinet de physique, mais il le montait au grand complet.
Par chance, La Pérouse tenait un journalLa Pérouse, Voyage autour du monde pendant les années 1785, 1786, 1787 et 1788. Nous avons utilisé pour cet article l’édition du Cercle de l’explorateur, distribué par le Cercle du bibliophile ; Imprimé en Suisse, Éditions Edito-Service SA, Genève, sans date.» dans lequel il consignait la vie de l’expédition. La grosse partie de ces notes nous sont parvenues : à plusieurs reprises, La Pérouse les confia à des tiers, lors de ses escales, pour qu’elles parviennent à Versailles. Cependant, la plupart des scientifiques de l’expédition refusèrent de faire de même avec leurs rapports, si bien qu’ils sont aujourd’hui pour la plupart perdus. À relire le journal de Lapérouse, il est donc possible d’entrevoir le rôle de Jean-André Mongez. Ce dernier fut choisi comme rédacteur du Journal de Physique; il devait examiner les minéraux, en faire l’analyse, et contribuer aux progrès des différentes parties de la physique La Pérouse, op. cit., 23.»
Collaborateur de Lamanon et homme de terrain
Dans l’expédition, Mongez était le collaborateur de Lamanon, un naturaliste distingué. Un rapport qu’ils réalisèrent en commun est parvenu en France. Les deux savants, lors de l'escale aux Canaries, firent dans un but scientifique l'ascension du Pic de Ténériffe, un volcan en activité, le . Ils atteignirent le sommet à 1900 toises au-dessus du niveau de la mer (3703 m). Le thermomètre qui marquait 9° Réaumur (11 °C) dans l'air environnant s'éleva jusqu'à 34° Réaumur (42 °C) placé dans les vapeurs chaudes, aqueuses, et d'acides sulfureux. Ils trouvèrent dans les orifices par où s'échappaient ces vapeurs de très beaux cristaux de soufre en forme d'octaèdres rhomboïdaux de près d'un pouce de haut (2,7 cm). L'hygrométrie de l'air fut mesurée à 64°, par un vent impétueux. La pression fut mesurée à 19 pouces 1 ligne (1030 mmHg), ce qui fit bouillir l'eau à 71° Réaumur (89 °C). En fait, Lamanon et l'abbé Mongez, tous deux naturalistes et minéralogistes, travaillèrent la main dans la main. Dans un rapport adressé de l'île Sainte-Catherine, sur la côte du Brésil, à Condorcet, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, Lamanon annonce que l'abbé Mongez se chargeait de l'étude des oiseaux, des animaux microscopiques, et de la cryptogamie, ainsi que de l'étude des mines et des analyses chimiques.
En , l’expédition abordait l’île de Pâques. Mongez fut de la cohorte qui partit explorer l’intérieur de l’île, semer des graines dans tous les lieux qui paraîtraient susceptibles de les propager, examiner le sol, les plantes, la culture, la population, les monumentsLa Pérouse, op. cit., 65.. Quelques jours plus tard, on recommença une autre sortie et on rapporta la difficulté de la marche à travers les collines couvertes de pierres volcaniques. Au Port des Français, en , Mongez se montra un naturaliste zélé et infatigable.La Pérouse, op. cit., 124., cherchant à atteindre un sommet inaccessible. Le , Mongez se signala encore par sa participation à la reconnaissance de la baie de Suffren. En , Mongez et quelques autres firent l’ascension d’un volcan jusqu’à son cratère, depuis six heures du matin jusqu’à trois de l’après-midiLa Pérouse, op. cit., 320. : ils avaient eu souvent besoin de s’aider de leurs mains pour se soutenir entre ces rochers broyés, dont les intervalles présentaient des précipices très dangereux.
Outre le Pic de Ténériffe, Lapérouse, dans les relations de son voyage, cite fréquemment l'abbé Mongez : à Sainte-Catherine, à l'île de Pâques, en Alaska, en Tartarie, au Kamtchatka et aux îles Tonga. L'abbé Mongez collabora aussi à des études sur la pression atmosphérique.
Un scientifique encombrant