vignette|Le marché aux esclaves dans la Rome antique, par Gustave Boulanger (1866). Un marché aux esclaves est un marché sur lequel sont vendus ou loués des personnes réduites en esclavage.
Antiquité
Dans le monde grec antique, les plus grands marchés d'esclaves furent ceux de Thasos, d'Éphèse, de Délos et d'AthènesClaude Orrieux, Pauline Schmitt Pantel, Histoire grecque, Presses universitaires de France, 1995, . . Selon le témoignage, tardif, du géographe grec Strabon, l'île de Délos pouvait chaque jour recevoir et exporter des dizaines de milliers d'esclavesStrabon, Géographie,XIV, 5 – « La Cilicie ».Yvon Garlan, L'esclavage dans le monde grec : Recueil de textes grecs et latins, Presses Universitaires de Franche-Comté, 1984, . . Les esclaves provenaient principalement de Thrace, de Scythie et d'Anatolie.
L'un des premiers marchands d'esclaves connus est un certain Panionios de Chios qui, au , achetait des jeunes esclaves pour les castrer et les revendre comme eunuques en AnatolieHérodote, Histoires, VIII, 105–106..
À l'époque romaine, l'île de Délos dans les Cyclades reste un centre important de la traite des esclaves. Les ports de Rhodes, de Pergame, d'Éphèse, de Byzance, d'Antioche, de Tyr et de Pouzzoles abritaient également d'importants marchés aux esclavesYannick Clavé, Le monde romain de 70 av. J.-C. à 73 apr. J.-C., Dunod, 2014, . .
Moyen Âge Le voyageur arabe Al-Yaqubi mentionne au un marché à Zawila, en actuelle Libye, qui « exportait des esclaves noirs » vers le monde arabo-musulmanBernard Lewis, Race and Slavery in the Middle East : An Historical Enquiry, Oxford University Press, 1992, . . Les esclaves venaient des régions bordant le lac Tchad.
En France, selon le professeur Charles Verlinden, on trouverait au des marchés d'esclaves à Verdun (qui fut un centre de castration d'esclaves transformés en eunuques), Metz et ValenciennesRobert Fossier, Histoire sociale de l'Occident médiéval, A. Colin, 1970, ., où l'on vendait notamment des Slaves. Un marché aux esclaves est attesté à Arles au : des prisonniers de guerre hongrois et sarrasins y sont vendus vers 950Louis Dussieux, Essai historique sur les invasions des Hongrois en Europe et spécialement en France, Paris, imprimerie de Ducessois, 1839, .. Vers l'an mille, Rouen, capitale du duché de Normandie, possédait son marché aux esclaves où l'on vendait principalement des Irlandais et des FlamandsLucien Musset, Les Invasions : le second assaut contre l’Europe chrétienne (s), Presses universitaires de France, Paris, 1965, ..
Au , Dublin, capitale d'un petit royaume viking, fut probablement le plus grand marché aux esclaves d'Europe occidentaleRégis Boyer, Les Vikings : histoire, mythes, dictionnaire, R. Laffont, 2008, . Phillip Pulsiano, Medieval Scandinavia : An Encyclopedia, Taylor & Francis, 1993, . .
En Scandinavie, des marchés aux esclaves sont attestés à l'époque viking, notamment dans les comptoirs commerciaux d'Hedeby et de BirkaPierre Bouet, Rollon : Le chef viking qui fonda la Normandie, « Du commerce au pillage », Éditions Tallandier, 2016. .
Au , l'historien arabe Al-Bakri indique que l'on trouve à Awdaghust (en actuelle Mauritanie) « des négresses qui sont d’excellentes cuisinières, dont chacune vaut au marché, au moins cent mithqal. C'est qu'elles savent préparer d'exquises pâtisseries : nougats aux noix, gâteaux au miel et autres sucreries » ; il ajoute : « On y rencontre (aussi) des jeunes filles au beau visage, au teint clair, au corps souple, aux seins bien droits, à la taille fine, aux épaules larges, à la croupe abondante, au sexe étroit : celui qui a le bonheur d'en posséder une y prend autant de plaisir qu'avec une vierge. »Roger Botte, « Les réseaux transsahariens de la traite de l'or et des esclaves au haut Moyen Âge : », L'Année du Maghreb (revue), 2011, .. vignette|Marché aux esclaves à Constantinople (1842). Au , les villes où étaient vendus les esclaves chrétiens sont Constantinople, Alger, Tétouan, Fez, Marrakech, Salé, Tunis, Tripoli, Le Caire, Alexandrie, Smyrne ou Thessalonique. Celles où étaient vendus les esclaves musulmans sont Messine, Venise, Naples, Gênes, Malaga, Palma, Valence, Séville ou encore Lisbonne.
Aux , Venise est l'un des marchés d'êtres humains les plus actifs du monde méditerranéenRoger Botte et Alessandro Stella, Couleurs de l'esclavage sur les deux rives de la Méditerranée (Moyen Âge – XX siècle), Éditions Karthala, 2012, (« Être esclave à Venise à la fin du Moyen Âge »). . Les esclaves proviennent surtout des rives septentrionales de la mer Noire et du CaucasePatrick Boucheron et Olivier Mattéoni, Les espaces sociaux de l'Italie urbaine () : recueil d'articles, Publications de la Sorbonne, 2005, . . On trouve à la même époque des marchés aux esclaves à Gênes, et à Raguse, où l'on vendait notamment des BosniensSociété des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, La circulation des nouvelles au Moyen Âge : XXIV congrès de la S.H.M.E.S., Avignon, juin 1993, Publications de la Sorbonne, 1994, . ., adeptes du bogomilisme et considérés comme hérétiques par l'Église catholique : le fait que les bogomiles de Bosnie étaient considérés comme « schismatiques » représentait pour les marchands catholiques une bonne excuse pour les réduire en esclavagePaule Pagès, Damien Coulon, Dominique Valérian, Catherine Otten-Froux, Chemins d'outre-mer : Études d'histoire sur la Méditerranée médiévale offertes à Michel Balard, Publications de la Sorbonne, 2016, . .
Au , l'historien portugais Gomes Eanes de Zurara a laissé la description du marché d'esclaves de Lagos au PortugalMalyn Newitt, The Portuguese in West Africa, 1415–1670 : A Documentary History, Cambridge University Press, 2010, . ; ce « Mercado de Escravos », ouvert en 1444 après l'expédition en Afrique du navigateur Lançarote de Lagos, fut le premier grand marché d'esclaves noirs en EuropePetit Futé Portugal, de Dominique Auzias et Jean-Paul Labourdette. Nouvelles Éditions de l'Université, 2010, . .
Époque moderne vignette|Marché aux esclaves à Constantinople, fondé vers 1460 par le sultan Mehmet II (gravure de 1684). Pour la traite des Blancs : le port de Caffa en Crimée, fut un important centre de traite des esclaves (russes, polonais, lituaniens, caucasiens, etc.) ; ces esclaves, capturés par les Tatars au cours de leurs razzias, étaient principalement destinés aux marchés de l'Empire ottoman. Les Tatars pratiquèrent ce commerce jusqu'à l'annexion de la Crimée par les Russes en 1783. L'on estime que jusqu’à 75 % de la population de Crimée se composait d’esclaves ou d'affranchis, et une grande partie de la population libre était impliquée dans la traite..
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Pour la traite des Noirs : l'île de Gorée, les marchés aux esclaves du golfe du Bénin (« côte des Esclaves », dans le royaume du Dahomey), Lagos et Badagry Jude Njoku, "Vlekete: When a slave market becomes a tourist centre", Vanguard Newspaper, 6 février 2013. (actuel Nigeria) ; Alexandrie, Zanzibar (qui fournissait des esclaves au golfe Persique), Zabid au Yémen, Mascate (Oman), jusqu'aux .
Au , le diplomate et explorateur marocain Léon l'Africain écrit lors d'un voyage au Sahel : « Il existe une place [à Gao] où l'on vend les jours de marché une infinité d'esclaves, tant mâles que femelles »Malek Chebel, Encyclopédie de l'amour en Islam, Payot, 1995, . : une jeune fille de 15 ans se vendait 6 dinars, un jeune homme le même prix ; un enfant ou un esclave âgé, 3 dinars. Ces prix baissaient s'il y avait surabondance de l'offreJacques Giri, Histoire économique du Sahel : des empires à la colonisation, Éditions Karthala, 1994, . .
Lisbonne était aux un grand marché d'esclaves africains ; ils étaient notamment mis en vente sur la « Praça dos Escravos », qui se trouvait près de l'actuel Campo das CebolasFabienne P. Guillén, Les esclavages en Méditerranée : Espaces et dynamiques économiques, Casa de Velázquez, 2017, . . Vers 1550, les Noirs constituaient 10 % de la population lisboèteCatherine Coquery-Vidrovitch et Éric Mesnard, Être esclave : Afrique–Amériques, , « L'importance de l'or », La Découverte, 2013. . vignette|Cadi des esclaves turcs à Malte (1778). L'ordre de Saint-Jean de Jérusalem développe l'esclavage à Malte dans d'importantes proportions , principalement pour fournir la chiourme des galères de l'Ordre mais aussi d'autres pays chrétiens. Si les esclaves sont capturés par un navire de l'Ordre, les chevaliers décident de leurs différentes destinations : galère, service, cadeau ou vente. Jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1794 par la Convention nationale, ceux qui n'ont pas encore trouvé leur propriétaire définitif sont menés sur le marché public aux esclaves de La Valette, situé sur la place San Giorgio (aujourd'hui Misrah San Gorg), devant le palais magistral...
vignette|« Marché de Nègres le dimanche à Antigua » (1806) Du à 1830Début de la conquête française de l'Algérie., la « côte des Barbaresques » en Afrique du Nord était le lieu d'un marché aux esclaves où étaient vendus les Européens capturés par les pirates et corsaires barbaresques lors de leurs razzias en Méditerranée, et les Africains amenés captifs dans des caravanes transsahariennes.
Époque contemporaine En 1838, le peintre écossais David Roberts fait brièvement référence au marché aux esclaves d'Alexandrie lors d'un voyage en Égypte : « Nous visitâmes le marché aux esclaves, particulièrement répugnant. La plupart des esclaves étaient des jeunes filles : certaines, Circassiennes, étaient bien habillées ; d'autres, des Négresses, étaient accroupies sur le sol, couvertes par de rares lambeaux d'étoffe, sous un soleil qui aurait tué un Européen. C'était un spectacle vraiment révoltant que je quittai, fier d'appartenir à un pays qui avait aboli l'esclavage. »Gerald M. Ackerman, Les orientalistes de l'école britannique, ACR Édition, 1991, vignette|Marché aux esclaves au Brésil (1821).Le Market Square d'Alexandria en Virginie, fut dans les années 1830 le plus grand marché aux esclaves des États-Unis. Selon le journaliste William Duckett, Rio de Janeiro (Brésil) était au milieu du le plus important marché à esclaves du mondeWilliam Duckett, Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tous, Tome 15, Aux comptoirs de la direction et chez Michel Lévy frères, 1857, ..
Dans l'Empire ottoman, le marché aux esclaves de Constantinople, ouvert sous le règne de Mehmed II (1451–1481), est fermé en 1847 sur ordre du sultan Abdülmecid IJoan DelPlato, Multiple Wives, Multiple Pleasures : Representing the Harem, 1800–1875, Fairleigh Dickinson Univ Press, 2002, . Victor Schoelcher, Histoire de l'esclavage pendant les deux dernières années, Volume 1, Paris, Pagnerre, 1847, .. vignette|Esclave persan dans le Khanat de Khiva (). Khiva, capitale du Khanat homonyme, en actuel Ouzbékistan, fut jusque dans les années 1870 l'un des principaux marchés d'esclaves de l'Asie centrale : c'est là que les Turkmènes vendaient leurs bandes de captifs pris ou achetés sur les bords de la mer Caspienne, en Iran et en Afghanistan. Les esclaves les plus appréciés pour leur force de travail étaient les Russes : chacun valait quatre chameauxHervé Beaumont, Asie centrale : Le guide des civilisations de la route de la soie, Éditions Marcus, 2008, . Selon l'écrivain turc Ali Suavi, on dénombrait en 1873 dans le Khanat de Khiva , principalement des Persans, des Kurdes et des RussesLe Khiva en mars 1873, par Ali Suavi. Paris, 1873, (lire en ligne).. Le marché aux esclaves de Khiva est fermé après la prise de la ville par les Russes en mai 1873.