La guerre hispano-sud-américaine, parfois également « guerre du guano »., oppose l’Espagne aux républiques du Chili, du Pérou et, dans une moindre mesure, à la Bolivie et à l’Équateur. Le conflit commence en 1864 par l’occupation par l’Espagne des îles Chincha et prend fin avec le traité de paix signé à Lima, le . Cette guerre est connue comme la guerre contre l’Espagne au Chili et au Pérou, et en Espagne comme la guerre du Pacifique ou plutôt première guerre du Pacifique, le terme « guerre du Pacifique » se référant également au conflit qui opposa le Chili au Pérou et à la Bolivie entre 1879 et 1883.
Origines Ce conflit a pour origine la guerre d’indépendance du Pérou, qui se déroule de 1820 à 1824 et se termina par la bataille d’Ayacucho le et la d’Ayacucho.
Dettes péruviennes envers la « mère patrie » Dans le texte de la capitulation, le Pérou reconnaît certaines dettes envers l’Espagne mais refuse ensuite à les honorer tant que l’Espagne ne reconnaît pas son indépendance. En 1864, l’Espagne, qui n’a toujours pas reconnu l’indépendance du Pérou, entendait les récupérer, sous la pression des détenteurs de titres espagnols et péruviens résidant en Europe.
Situation politique au Pérou et en Espagne En , le maréchal Ramón Castilla Marquezado termine son mandat de président de la République du Pérou. Après les élections, le général Miguel de San Román accède à la présidence mais meurt le , avant la fin de son mandat. Le maréchal Castilla, puis le général Pedro Diez Canseco, assurent successivement l’intérim. Toutefois, en vertu de la constitution péruvienne, le général Juan Antonio Pezet, en tant que vice-président, prend la tête de l’État le à son retour de Paris.
En Espagne, l’Unión liberal est au pouvoir sous le règne d’Isabelle . Le gouvernement, présidé par le général Leopoldo O'Donnell, est soucieux de poursuivre la politique expansionniste entamée lors de la décennie précédente et décide donc d’envoyer une expédition maritime dans l’Océan Pacifique. L’Espagne est alors la quatrième puissance navale dans le monde.
Expédition maritime espagnole dans le Pacifique L’expédition a notamment pour objectif inavoué de négocier avec le gouvernement péruvien pour régler les comptes encore en suspens de l’époque coloniale. En fin , on décide d’adjoindre à l’expédition une mission scientifique, Comisión Científica del Pacífico, composée de trois zoologues, d’un géologue, d’un botaniste et d’un anthropologue, accompagnés d’un taxidermiste et d’un dessinateur-photographe.
L’expédition part de Cadix le et est formée par les navires de la marine espagnole , , et , sous le commandement du contre-amiral .
L’escadre espagnole arrive au port chilien de Valparaíso le . L’Espagne a reconnu l'indépendance du Chili dans les années 1840, et les deux pays ont des relations diplomatiques. L’expédition est bien reçue par les autorités locales, quitte le Chili en juillet en direction du nord et arrive au port de Callao, au Pérou, le . Bien qu’il n’y ait pas de relations diplomatiques entre les deux pays, le général Juan Antonio Pezet autorise son entrée dans le port. Les Espagnols sont bien accueillis et font des démarches pour obtenir le paiement de la dette de l’indépendance.
Incident de Talambo Alors que l’escadre espagnole est partie de Callao depuis le , la veille de l’anniversaire de l’indépendance du Pérou, à destination de San Francisco, on apprend qu’un incident avait éclaté le dans l’hacienda de Talambo, entre Trujillo et Chiclayo, dans le nord du Pérou. Un affrontement entre des paysans et le propriétaire de l’hacienda s’est soldé par la mort d’un colon espagnol. L’incident sert de prétexte aux Espagnols de l’expédition pour revenir à Callao le . Les Espagnols protestent auprès du gouvernement péruvien et exigent des excuses et des réparations. Pour le Pérou, il ne s’agit que d’une affaire privée, qui est du ressort de la justice péruvienne.
Début des hostilités Prise des îles Chincha 300px|vignette|gauche|Les îles productrices de guano à Chincha, Pérou. . Afin qu’une intervention militaire dans une ancienne colonie ne soit pas perçue internationalement de manière négative, l’Espagne envoie d’abord au Pérou avec le titre de « commissaire spécial et extraordinaire de la reine », qui a été attribué au temps des colonies aux inspecteurs qui les visitent. Salazar est chargé aussi d’exiger le paiement des dettes péruviennes datant de l’indépendance. Il arrive avec son escadre à Callao le et demande à être reçu par la chancellerie.
Pour le gouvernement péruvien, c’est une provocation délibérée de l’Espagne : il ne reconnaît pas le titre du « commissaire » et la mission qui lui était confiée. Salazar n’est reçu nulle part à titre officiel.
Le nombre de soldats espagnols est insuffisant pour prendre Callao, et l’escadre espagnole sort donc de cette rade, fait route au sud vers les îles Chincha et s’en empare. Le drapeau péruvien est amené et le drapeau espagnol fut hissé le . Les Péruviens et les Pascuans, qui extraient le guano sur l’île, sont expulsés vers le continent. Les îles Chincha constituent une ressource financière très importante pour le gouvernement péruvien à cause du gisement de guano et est donc une monnaie d’échange valable pour les Espagnols.
L’escadre espagnole soumet également au blocus maritime les principaux ports péruviens, ce qui a pour effet de désorganiser le commerce et suscite la désapprobation dans toute l’Amérique latine. Les Espagnols attendent peu de résistance de la part du Pérou, dont ils jugent négligeable la valeur militaire. Pendant le blocus, les Espagnols perdent le Triunfo, qui est détruit par un incendie accidentel.
Réaction du président du Pérou Hésitant, le général Juan Antonio Pezet entre en négociations avec les Espagnols. Les journaux de l’époque le comparent à un nouvel Atahualpa, critiquant sa faiblesse. Il est toutefois vrai que Pezet sait que le Pérou ne dispose pas d’une bonne marine de guerre, la Marine péruvienne ayant seulement la frégate et des goélettes et . L’escadre espagnole lui paraît donc invincible.
Il veut gagner du temps et s’empresse d’envoyer le colonel Francisco Bolognesi Cervantes en Europe pour faire l’acquisition de navires et autres matériels de guerre. Le Pérou prend commande des navires Huáscar, Independencia, Unión et América construits aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. Les deux derniers navires parviennent à l’heure sur le théâtre des opérations, mais les deux premiers n’arrivent qu'après la fin du conflit.
Le nouveau premier ministre espagnol, Ramón María Narváez, n’est pas d’accord avec les prises de décision unilatérales de l’amiral Pinzón sur le terrain et le fait remplacer par le vice-amiral , ancien ministre de la Marine. Ce dernier est né au Pérou, et son père a participé aux combats lors de la guerre d’indépendance du Chili. Très vite, cependant, Narváez changea d’opinion et envoie quatre autres navires de guerre en renfort pour la flotte du Pacifique : le , le , le et la frégate cuirassée Numancia.
L’amiral Pareja arrive au Pérou en et entame immédiatement des négociations diplomatiques avec le général Manuel Ignacio de Vivanco, représentant spécial du président du Pérou.
Traité Vivanco-Pareja Les négociations entamées par Pezet et Vivanco échouent devant les exigences espagnoles. Le , l’escadre espagnole entame le blocus de Callao et donne un délai de pour que les Péruviens acceptent ses conditions. Toujours en proie au doute sur les possibilités militaires de son pays alors que la flotte espagnole venait d’être renforcée par de puissantes unités, Pezet signe sans tarder le traité Vivanco-Pareja sur le navire espagnol Villa de Madrid le .
Le traité reconnaît le commissaire Salazar y Mazarredo et accorde à l’Espagne une indemnisation de de pesos au titre des dépenses occasionnées à l’escadre espagnole dans le Pacifique. Ce traité humiliant pour le Pérou est repoussé par le Congrès péruvien.
Guerre civile au Pérou De nombreuses personnalités dans le pays s’opposent à cet accord, notamment le vice-président Francisco Diez Canseco. Le maréchal Ramón Castilla, alors président du Sénat et représentant le département de Moquegua, proteste vivement. Dans une âpre discussion avec Pezet, qui est venu à la chambre pour expliquer la situation, Castilla dénonce la faiblesse du gouvernement, frappe le président Pezet et lui casse la mâchoire. Furieux, ce dernier fait exiler Castilla en Europe en .
Soulèvement d’Arequipa La mèche allumée par le maréchal Ramón Castilla se propage dans d’autres régions du pays. Le , à Arequipa, le colonel Mariano Ignacio Prado se soulève.
Comme l’escadre espagnole menace également le Chili, Prado pense que la stabilité juridique de toutes les anciennes colonies de l’Espagne en Amérique du Sud est en danger. C’est pourquoi, alors qu’il se trouvait dans la province de Chincha en route pour Lima, il reçoit des délégués chiliens avec qui il coordonne les actions à mener pour défendre la souveraineté du Pérou et du Chili.
Renversement de Pezet Prado arriva aux portes de Lima avec une armée de , l’armée de Pezet ne comptant que . Francisco Diez Canseco reste avec une garnison dans le palais du Gouvernement, et Pezet sort à la rencontre de Prado en marchant jusqu’à , mais il n’y a pas d’affrontement.
Trompant la vigilance des troupes de Pezet, les forces rebelles tentent d’entrer dans Lima par la porte de Guadalupe mais sont repoussées par une alerte de la caserne de Santa Catalina. Elles entrent alors par la porte de San Simón. Sans rencontrer beaucoup de résistance, elles parviennent jusqu’à la place principale de Lima. Elles y livrent une dure bataille contre la garnison du palais du Gouvernement. La bataille du dure jusqu’à 10 heures. Les troupes fidèles à Pezet se rendent seulement après avoir perdu les trois quarts de leurs effectifs. Les portes du Palais s’ouvrent et une foule décidée y pénètre, principalement pour le piller.
Démission du président du Pérou Pezet veut reprendre le palais du Gouvernement, mais il ne peut se résoudre à attaquer Lima. De plus, il y a eu beaucoup de défections au sein de ses troupes. Avec ses derniers fidèles, il gagne d’abord Callao et s’établit dans l’hacienda Concha, entre Lima et Callao. C’est là qu’il capitule le . Pezet et ses plus proches collaborateurs se réfugient sur le navire britannique Shear Water, ancré à Callao. Quelques jours plus tard, il embarque avec sa famille en direction de l’Angleterre.
Dictature de Prado Prado est entré à Lima, et le vice-président Pedro Diez Canseco a pris le pouvoir mais brièvement puisque dès le , sous la pression d’assemblées populaires et par décision de l’armée péruvienne, le colonel Mariano Ignacio Prado assume de facto la présidence de la République avec le titre de « chef suprême de la Nation ». C’est lui qui noue l’alliance défensive avec le Chili, qui a entretemps déclaré la guerre à l’Espagne.
Déclaration de guerre du Chili à l’Espagne