La Fédération des étudiants révolutionnaires (FER)Une autre Fédération des étudiants révolutionnaires a existé avant la Première Guerre mondiale, sans lien organique avec l'autre. est un courant politique trotskiste né de la refondation, lors d'un congrès en , du Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER) fondé en 1961 peu après la création du Front universitaire antifasciste, et qui diffusait le journal Révoltes. Groupuscule de la branche lambertiste de l'Organisation communiste internationaliste (OCI), il a rejoint l'OCI et s'est rebaptisé Alliance des jeunes pour le socialisme, pour ne plus s'adresser seulement aux étudiants.

Histoire Les débuts Les militants de ce courant politique, à la différence des « pablistes », du nom de leur dirigeant Michel Pablo, ont refusé d'intégrer le PCF dans les années 1950 et ont participé à fondation des groupes « Révoltes » dans les auberges de jeunesse en 1956, puis à la création en 1961 d'un Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER)Guide de la contestation : les hommes, les faits, les événements, par Dominique Venner, ex-militant de l'OAS, aux éditions Robert Laffont, 1969 (sur books.google.fr). qui vise à structurer les trotskistes au sein du Front universitaire antifasciste, face aux communistes et aux Etudiants socialistes unifiés.

Les suites du grand meeting syndical pour la paix en Algérie Le CLER est créé au printemps 1961 lors d'une réunion à l’École normale supérieure« Du trotskysme à la social-démocratie : le courant lambertiste en France jusqu’en 1963 », thèse présentée en 2019 par Jean Hentzgen à l’université Le Havre Normandie (sur tel.archives-ouvertes.fr). autour de Gérard Rauzy, mathématicien qui a refusé de serrer la main du général de Gaulle visitant son établissement. Le groupe trotskiste La Vérité veut se renforcer en milieu universitaire depuis la préparation de la manifestation réussie des syndicats à la Mutualité pour la paix en Algérie, le . Il profite en 1961-1963 que l'UEC se désintéresse de l’UNEF pour se concentrer sur le FUA.

Parmi ses premiers militants à la Sorbonne, on compte aussi Alain Krivine, fondateur du Front universitaire antifasciste, entré en hypokhâgne en 1960 au lycée Condorcet après son baccalauréatBiographie Maitron d'Alain Krivine., puis à l'automne 1961 à la Sorbonne en licence d’histoire, également militant de l'Union des étudiants communistes de France (UECF). Rallié aux trotskistes à l'hiver 1961-1962, il entre vite au bureau politique du PCI avec Pierre Frank et Michel Lequenne. En , il compte seulement une quinzaine de membres. Son Bulletin de liaison des étudiants révolutionnaires (BLER) est tiré à 350 exemplaires.

Le développement en 1962 Le CLER compte une quarantaine de membres en 1962 dont une petite vingtaine appartient au groupe La Vérité, la majorité des étudiants lambertistes l'ayant rejoint en , car il a pris ses distances avec le FUA, qui ne fait plus l'unanimité dans cette mouvance trotskistes car accusé de ghettoiser les étudiants. Le CLER pratique l'entrisme aux ESU et à l’UEC et privilégie l'UNEF, dont l'UEC se désintéresse car elle cherche à prolonger l'action du FUA. Dès l’automne 1961, Jean-Pierre Bakhouche est élu président du groupe d'études de propédeutique qui essaime l’année suivante. Le CLER recrute aussi Claude Chisserey qui entre à la Sorbonne en 1963, mais y adhéré dès l'École normale d'instituteurs. En 1963, trois militants du CLER, dont Bakhouche et Jean Puyade, siègent au bureau de la FGEL, mais sont éliminés par son président Antoine Griset en , provoquant la rupture entre CLER et FGEL.

Le service d'ordre du CLER formé par Pierre Goldman et Jacques Rémy Avant la création de l'UJCml dans le courant de l'année 1966, c'est au service d'ordre du CLER que se consacrent, via des séances d'entraînement dans les gymnases proches de la Sorbonne, Pierre Goldman et son bras droit Jacques Rémy, qui travaillent par la même occasion pour le service d'ordre de l'UNEF. Le CLER a alors un hébergement permanent pour son service d'ordre dans son grand local rue de Charonne à Paris Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! Histoire du mouvement, par Jean-Louis Brau (sur books.google.fr).. Il s'agit alors de résister, via la création d'un service d'ordre efficace, voire brutal et appelé pour cela parfois l'« Occident de gauche », aux attaques d'un mouvement d'extrême droite rendu violent par la guerre d'Algérie, la Fédération des étudiants nationalistes, constituée le par des étudiants – généralement issus de Jeune Nation, et dont une partie, exclue en , se transformera en Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! Histoire du mouvement révolutionnaire étudiant en Europe, par Jean-Louis Brau, éditions Albin Michel, 1968 (sur books.google.fr).. Le service d'ordre du Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER) s'entraîne à la salle de sport de la Montagne Sainte-Geneviève et à la salle Censier. Le CLER s'installe rue de Charonne avec un dortoir pour son service d'ordre afin de pouvoir réagir en cas d'agressionFrançois Duprat, Nouvelles Éditions latines, 1968 (sur books.google.fr).. Le , c'est ce service d'ordre qui fait échec, à Nanterre, aidé par des anarchistes, à l'incursion violente d'Occident, alors que le mouvement d'extrême droite n'a pas encore été affaibli par l'affaire de Rouen, de début 1967, quand un blessé grave amène une enquête de justice.

L'alliance avec les anarchistes au sein de l'UNEF en 1964-1967 L'alliance entre les anarchistes et les lambertistes du Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER) au sein de l'UNEF, à partir de 1964, leur permet de prendre le contrôle de plusieurs bureaux d'université. Les lambertistes sont ceux qui rejettent le plus fortement l'influence de la religion et de la hiérarchie catholique ce qui facilite leur entente avec les anarchistes, alors que le courant chrétien est en pleine ascension depuis la formation du Parti socialiste unifié en réaction à la guerre d'AlgérieBlog de Gérard Fretellière..

L'anarchiste espagnol Tomás Ibáñez est inscrit en 1963-1964 à la Sorbonne au département psycho, place forte parisienne des lambertistes, dirigés par Claude ChissereyConversations avec Tomás Ibáñez, dans la revue À contre-temps de janvier 2011, lire en ligne.. Ce dernier le présente à Richard Ladmiral, membre de Noir et Rouge, ami de Christian Lagant, que Tomás Ibáñez avait connu au camping libertaire international de Beynac. C’est de cette rencontre qu’est née l’idée des anarchistes de créer la Liaison étudiante anarchiste, pour imiter les lambertistes, en créant eux aussi une « liaison étudiante », mais anarchiste cette fois, la Liaison étudiante anarchiste ou LEA.

Richard Ladmiral et Tomás Ibáñez commencent leur militantisme d’opposition, au sein de l’UNEF, en collaboration assez étroite avec la « Tendance syndicaliste révolutionnaire » impulsée par les lambertistes, sur le modèle de l’alliance tissée dans la région de Saint-Nazaire entre anarcho-syndicalistes – dont Alexandre Hébert était la figure de proue – et lambertistes . En mai 68 à Nantes, ce sont des ouvriers lambertistes qui seront, en partie, à l'origine du grand mouvement de grève générale.

L'alliance entre les anarchistes et les lambertistes vole en éclats en 1967, dans certaines universités comme Nanterre, lorsque les premiers s'inspirent des Provos hollandais et des textes de l'Internationale situationniste, tandis que le congrès de la fédération anarchiste du printemps 1967 les écarte, les poussant à s'allier avec une autre branche trotskyste plus récente, les Jeunesses communistes révolutionnaires issues d'une scission de l'Union des étudiants communistes à la fin 1965.

La diffusion du journal Révoltes À partir de 1963, le CLER axe son implantation en direction des milieux ouvriers par la diffusion du journal Révoltes, et se heurte au PCF là où il parvient à s'implanter, dans les écoles professionnelles et centres d'apprentissage.

Dè 1963, des militants de la Fédération unie des auberges de jeunesse diffusant le journal Révoltes sont exclus pour , sans vote des adhérents, au moment où les pressions gouvernementales visent à accentuer la dépolitisation de l'organisationProblèmes de la jeunesse par Émile Copfermann, 1967..

En 1967, un meeting du CLER à Malakoff, dans les Hauts-de-Seine, est dispersé de force par le député-maire de la ville, Léo Figuères, membre du comité central du PCF. Chez les étudiants, le CLER échoue à prendre la direction de l'UNEF, où il se heurte au PSU, mais s'implante à Clermont-Ferrand, Toulouse, Cannes, Bordeaux, Caen et Rouen. Dans la nouvelle université de Nanterre, il aura moins de dix militantsLa Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981), par Jean-Paul Salles, aux Presses universitaires de Rennes, (voir sur books.openedition.org)..

C'est l'initiative du journal Révoltes qu'est organisé le un meeting d'un millier de personnes pour préparer une manifestation centrale de la jeunesse La Grève générale par François de Massot, éditions L'Harmattan, juin 2008 (voir sur books.google.fr).. Charles Berg et Claude Chisserey sont plus spécialement chargés des comités du journal Révoltes. À Dijon, en , Alain Chicouard, étudiant à Dijon depuis et responsable du groupe Révoltes et du CLER en 66-68, se fait élire président de la section Lettres de l'UNEFMémoires et archives d'Alain Chicouard, lire en ligne.. Dès septembre–, il se consacre à la manifestation internationale contre la guerre du Vietnam, à Liège le suivant.

La FER/CLER en Mai 68 En mai 68, la FER tout comme l'UNEF mettait l'accent sur des comme la grande grève des mineurs de 1963, premier grand mouvement social sous le premier mandat du général de Gaulle, la mobilisation contre les ordonnances anti-Sécurité sociale du Premier ministre Georges Pompidou tout au long de l'année 1967, combinées aux protestations contre la réforme Fouchet des universités, appelée aussi lutte des étudiants contre le plan Fouchet, et les combats livrés par les jeunes travailleurs dans des grèves dures à Caen ou à la RhodiacetaBenjamin Stora, La Dernière Génération d'octobre éditions Stock, 2003, pages 40 et 41 (sur books.google.fr).. Ses militants vendaient à la sortie des lycées, le journal de la FER, qui s'appelait Révoltes.

En 1967-1968, le CLER est majoritaire, à la Sorbonne, dans les groupes d'études de l'UNEF de philosophie, psychologie et espagnolChronologie de mai 68 - 21 avril 1968.Histoire des associations étudiantes françaises selon la FAGE, 24 février 2013. avec Claude Chisserey et Charles Berg. Le CLER continue d'agir sur les bases de la « tendance » qu'ils revendiquent de pouvoir animer au sein de l'UNEF, appelée celle des « Les groupes politiques d'extrême-gauche à Nanterre », par Jean-Pierre Duteuil, dans la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps de 1988.. En , ils présentent une motion demandant que Cohn-Bendit soit exclu de l'UNEF puis la retirent en apprenant que ce dernier fait l'objet d'une demande d'expulsion du territoire français après les bagarres d'. Début , ils somment le bureau de l'UNEF-Nanterre, toujours tenue par la JCR malgré la démission en février de Jean-François Godchau, de se justifier sur le soutien qu'il apporte au Mouvement du 22 mars.

Le CLER s'est ensuite rapproché d'autres groupes afin d'opérer sa transformation en FERBenjamin Stora, . Lors d'un congrès en , la banderole ornant la tribune proclame et le Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER) devient la Fédération des étudiants révolutionnaires. Dans certains sites universitaires très médiatisés en 1968 comme l'université Paris-Nanterre, son poids est plus faible que celui de son nouveau concurrent trotskiste depuis 1966, la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), la FER comptant 7 ou qui forment le noyau d'un groupe d'une quinzaine d'étudiants actifs et sympathisants.