Christophe Colomb (en ligure : Cristoffa Combo ; ; ) est un navigateur génois, né en 1451 sur le territoire de la république de Gênes et mort le à Valladolid (Espagne). Il est célèbre pour avoir, selon la formulation traditionnelle mais contestée, « découvert l'Amérique » en , alors qu’il est au service des « Rois catholiques », Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon. thumb|250px|Plaque commémorative apposée sur la maison dite de Christophe Colomb à Calvi.

D'abord navigateur et commerçant en Méditerranée au service de négociants génois, Christophe Colomb poursuit cette carrière au Portugal à partir de 1476. Tandis que les navigateurs portugais progressent depuis les années 1420 le long des côtes d'Afrique et envisagent à cette époque d'atteindre les Indes (l'Asie du Sud) par l'océan Indien, il élabore le projet alternatif d'atteindre les Indes en naviguant vers l'ouest à travers l'océan Atlantique (la « mer Océane »). Comme son projet est rejeté en 1484 par le roi du Portugal , Colomb émigre en 1485 en Castille où il tente de convaincre les Rois catholiques, qu'il rencontre dès . Il lui faut encore attendre six ans pour obtenir une réponse favorable, peu après la prise de Grenade et l’achèvement de la Reconquista en .

Mandaté en par les capitulations de Santa Fe, il part en août suivant de Palos de la Frontera avec trois caravelles et atteint deux mois plus tard des îles dont il croit qu'elles sont proches de son but, donnant ainsi à leurs habitants le nom d'« Indiens » (Indios) qui leur est resté, alors qu'il s'agit de l'archipel américain des Caraïbes, notamment Hispaniola (grande île aussi connue sous le nom de Saint-Domingue, où se trouvent au les États d’Haïti et de la République dominicaine). À son retour en , il connaît la gloire et est officiellement nommé « amiral de la mer Océane, gouverneur et vice-roi des Indes », devenant l'égal des grands d'Espagne.

Dès son deuxième voyage qui débute en , il s'engage dans la colonisation d'Hispaniola, dont il est nommé gouverneur. Mais cette colonisation ne se passe pas bien car les compétences de Colomb comme administrateur colonial n’égalent pas celles qui sont les siennes de navigateur et explorateur. Critiqué de toutes parts, il rentre en Espagne en 1496, parvient à se justifier et repart à Hispaniola en 1498, mais la situation dans l'île ne s'arrange pas. En 1500, un émissaire des Rois catholiques, envoyé en inspection, le met aux arrêts et le renvoie en Espagne. Il est rapidement libéré par les souverains, mais perd ses titres de gouverneur et de vice-roi ; lorsqu'il est autorisé à repartir pour un nouveau voyage en 1502, il lui est même interdit de faire escale à Hispaniola. Ce quatrième voyage d'exploration est très difficile ; rentré en 1504 en Espagne, Colomb est affaibli par les épreuves et meurt deux ans après.

Au moment de mourir, Colomb est resté persuadé qu'il avait atteint les Indes : il a ainsi laissé à un autre navigateur, Amerigo Vespucci, le soin de populariser le concept de « Nouveau Monde » (1503), monde que des cartographes vosgiens baptisent « Amérique » (America) en 1507, en hommage à Vespucci. Le bilan d'explorateur de Colomb est cependant notable : il a permis aux Européens de découvrir un grand nombre d’îles des Caraïbes et a nommé plusieurs d'entre elles, dont la Guadeloupe, Marie-Galante, la Désirade, la Trinité et la Dominique. Le nom de Colomb est par la suite attribué à plusieurs territoires du Nouveau Continent : la Colombie, la Grande Colombie, la Colombie-Britannique.

Christophe Colomb n'est toutefois pas le premier navigateur européen à avoir traversé l'océan Atlantique : des Vikings venus d'Islande se sont établis pendant plusieurs décennies au Groenland avant d'atteindre vers l'an 1000 des régions de l'Est de l'actuel Canada où ils ont créé des établissements permanents, mais ces expéditions n'ont pas produit de documentation connue dans les pays d'Europe de l'Ouest et surtout n'ont pas eu pour conséquence l'échange humain et biologique unique dans l'histoire qu'on appelle l'« échange colombien ».

Christophe Colomb est donc considéré comme un acteur notable des grandes découvertes des et son premier voyage est l'un des événements importants qui marquent le passage du Moyen Âge aux Temps modernes.

Biographie Origines vignette|500px|Ascendants, collatéraux et descendants directs de Christophe Colomb.

Le lieu de naissance de Colomb est incertain, mais les historiens considèrent aujourd'hui qu'il est d'origine ligure, des environs de Gênes. Cette origine génoise du navigateur a été établie à la fin du Précisément en 1892.. Cependant, à l'occasion du de la découverte de l'Amérique, de nombreuses régions ont revendiqué être son lieu de naissance (pays catalan, judéo-espagnol (sépharade), portugaise ou corse) et différents chercheurs vont également dans ce sensOrigine catalane (barcelonaise et majorquine) : Luis Ulloa, Christophe Colomb catalan. La vraie genèse de la découverte de l'Amérique, Paris, Maisonneuve, 1927 (cf. Notice BNF et Pr. Charles J. Merrill, Colom of Catalonia: Origins of Christopher Columbus Revealed (Demers Books, 2008)Origine judéo-espagnole et sépharade : Salvador de Madariaga, Christophe Colomb, chap. limpieza de sangre, France, 1952, Tina Levitan, Jews in American Life, New York, 1969, ; Cecil Roth, Personalities and Events in Jewish History, Philadelphie, 1953, . Simon Wiesenthal, Sails of Hope: The Secret Mission of Christopher Columbus (1973) Sarah Leibovici, Christophe Colomb juif : défense et illustration, Paris, Maisonneuve & Larose, 1986. Postface de Schmuel Trigano Henry Méchoulan, Les Juifs du silence au Siècle d'or espagnol, éd. Albin Michel, 2003 Edward Kritzler, Jewish Pirates of the Caribbean, Anchor, 2009, Pr. José Antonio Lorente, in Colón ADN. Su verdadero origen, sur RTVE (documentaire), 2024Origine portugaise : Augusto Mascarenhas Barreto, Le Portugais Christophe Colomb, agent secret du roi Dom João II, édition Referendo, Lisbonne, 1988 Luis de Albuquerque, Dúvidas e Certezas na História dos Descobrimentos Portugueses, 2 vol., Lisbonne, Vega, 1990-1991 Manoel de Oliveira, Cristóvão Colombo - O Enigma (Christophe Colomb, l'énigme) (film), 2008 Origine corse : Victor Geronimi, Christophe Colomb Corse du Niolu 1445-1506, Bravone, 2017 Nicolas Balutet, Christophe Colomb et la Corse. La « possibilité d'une île » ?, Paris, Classiques Garnier, 2021. David Henige, The Hispanic American Historical Review, Vol. 73, No. 3. (Aug., 1993), .. L'hypothèse d'une origine judéo-espagnole est mise en avant par une étude, présentée dans un documentaire de 2024, fondée sur des tests ADN pratiqués sur ses restes ainsi que sur ceux de son fils.

thumb|Annotations de la main de Colomb en marge de son exemplaire du Livre des merveilles.

Christophe Colomb est probablement né entre le et le sur le territoire de la république de GênesCristoforo Colombo. Documenti e prove della sua appartenenza a Genova, éd. Officine dell'Istituto Italiano d'Arti Grafiche, Bergamo, Asti (Italie), 1931.

Il est l'aîné des cinq enfantsTrois frères (Bartolomeo, Giovanni Pellegrino, Giacomo) et une sœur Bianchinetta. de Domenico Colombo et de Susanna Fontanarossa. Son père est un tisserand originaire de Lombardie, d'abord installé à Gênes, puis, à la suite de troubles politiques dans la cité, parti en 1470 à Savone en Italie pour ouvrir un établissement textile et une taverne.

Formation Les historiens peinent à retracer la formation et l'adolescence de Christophe Colomb entre 1455 et 1470 étant donné la pauvreté des sources fiables disponibles. Contrairement à ce qu'écrit son fils biographe Fernand Colomb, il n'a pu fréquenter l'université de Pavie pour étudier la cosmographie, l'astrologie et la géométrie, Domenico Colombo n'ayant pas les moyens suffisants pour l'y envoyer. Autodidacte acharné, il passe probablement cette période entre l'atelier de tissage paternel, les sorties en mer, et la vente des tissus à Savone.

En tant qu'aîné, Christophe devient probablement apprenti tisserand..

Il est très tôt influencé par le Livre des merveilles de l'explorateur vénitien Marco Polo.

Par les écrits de Christophe Colomb, on sait qu'il a puisé ses idées sur les dimensions de la Terre dans ses lectures de quelques ouvrages : lImago Mundi de Pierre d'AillyPierre d'Ailly sur Cosmovisions], ouvrage dont la rédaction a été achevée en 1410, lHistoria rerum ubique gestarum de (1477), De consuetudinibus et conditionibus orientalium regionum, une traduction latine du livre de Marco Polo, publiée à Anvers en 1485, une traduction en italien de lHistoire naturelle de Pline l'Ancien, la traduction en castillan des Vies parallèles des hommes illustres de Plutarque, la Géographie de Claude Ptolémée dans une édition parue à Rome en 1478.

Ce sont surtout les trois premiers ouvrages qui ont nourri ses réflexions. Il a rédigé en marge de ces livres, 877 dans les traités de Pierre d'Ailly dont 475 pour lImago Mundi.

Il a noté en marge de lImago Mundi qu'il a navigué jusqu'au fort portugais de la Mine vers 1482. En marge du livre écrit par le pape , il a noté qu'il a fait un voyage vers l'Islande en 1477 et qu'il a vu .

Débuts professionnels et mariage (1472-1484) thumb|Carte dite des frères Colomb, vers 1490.

alt=Illustration représentant Christophe Colomb lors de ses années d'étudiant, un compas à la main, à l'université de Pavie (Italie).|vignette|Illustration représentant Christophe Colomb lors de ses années d'étudiant, un compas à la main, à l'université de Pavie (Italie).

Période génoise (1472-1476) Christophe Colomb affirme dans une de ses lettres avoir été matelot (mousse) dès l'âge de dix ans..

Selon la biographie de Fernand Colomb, en 1472 il est au service de René d'Anjou (roi d'Aragon de 1466 à 1472) combattant contre (roi d'Aragon avant 1466 et après 1472) et opère en tant que corsaire.

Christophe Colomb fait l'année suivante ses débuts en tant que marchand, au service des familles génoises Centurion, Di Negro et Spinola. Basé sur la biographie Historia del Almirante, une hagiographie peu fiable de son fils Fernand Colomb..

En 1474, il participe à un voyage commercial sur l’île de Chios, qui lui aurait permis de devenir financièrement indépendant de sa famille. (il évoque ce séjour en écrivant plus tard, à propos de certains végétaux des Caraïbes : « Ces plantes ressemblent aux lentisques que j'ai vues sur l'île de Xios. »)

Période portugaise (1476-1485) En 1476, il embarque sur un convoi génois à destination de Lisbonne et de l'Angleterre, qui est attaqué par des pirates français ; Colomb se réfugie dans le port de Lagos, au sud du Portugal, puis part chez son frère Bartolomeo, qui est cartographe à Lisbonne. Il reste ensuite au Portugal, où il trouve du travail grâce à la communauté génoise de Lisbonne. Il navigue notamment vers les îles Britanniques, peut-être jusqu'en Islande.

En 1479, il épouse, bien que roturier, Filipa Moniz, issue d'une famille de petite noblesse portugaise, fille de Bartolomeu Perestrelo (1395-1457), un des découvreurs de Madère, et capitaine-gouverneur de Porto Santo, avec qui a commencé la colonisation de cette île en 1425. Filipa meurt peu de temps après la naissance d'un fils, Diego, né vers 1480 peut-être sur l'île de Porto SantoUn second fils, Fernand, naît en Castille en 1488, d'une liaison avec Beatriz Enríquez de Arana.. Ce lien matrimonial le met en relation avec le milieu des marins portugais qui naviguent le long des côtes d'Afrique, à la recherche du passage vers l'océan Indien (il s'agit d'un secteur où seuls les Portugais ont le droit de naviguer, ou des étrangers expressément autorisés par le roi).

Christophe Colomb se perfectionne alors dans les sciences relatives à la navigation, auprès de son frère, mais aussi grâce aux cartes que la famille Perestrelo a conservées après la mort de Bartolomeu : les cartes des vents et des courants des possessions portugaises de l'Atlantique..