Jude ou Judas (Ἰούδα) est l'un des quatre « frères » de Jésus dont les noms sont donnés dans le Nouveau Testament. Il est mentionné avec trois autres « frères » dans les évangiles selon Matthieu (Mt 13,55) et selon Marc (Mc 6,3).
La tradition chrétienne considère Jude comme l'auteur de l'épître de Jude, mais cette affirmation est contestée. Le personnage demeure difficile à cerner, car les différentes traditions ne sont pas d'accord sur son identité, notamment du fait des divergences au sujet des « frères de Jésus ». En effet, la tradition catholique estime qu'ils sont des cousins germains de Jésus, les orthodoxes des demi-frères issus d'un précédent mariage de Joseph, et les protestants y voient en général des frères au sens premier.
Pour le christianisme oriental, après avoir effectué une prédication dans la région Palestine, Jude s'est rendu « dans le pays arabe » (probablement la Nabathée), en Syrie, en Mésopotamie (Empire parthe) et en Arménie (royaume d'Arménie).
Les traditions orientales l'identifient avec Jude Barsabas qui est chargé, par Jacques le Juste, de porter le décret apostolique à Antioche, comme cela est relaté dans les Actes des Apôtres. Il est très souvent associé à son frère Simon le Zélote. Une partie des Églises orientales estiment qu'il s'agit du Judas Thaddée, appelé Addai dans de nombreuses sources en syriaque et la Première apocalypse de Jacques, ce qui est contesté par l’Église latine, pour qui ce Thaddée est un membre des septante disciples, mais n'est ni l'apôtre Judas Thaddée, ni celui qui est désigné comme « frère » de Jésus en particulier dans les évangiles.
Les Constitutions apostoliques indiquent qu'il a été enterré à Béryte de Phénicie (Beyrouth). Des auteurs médiévaux évoquent la tombe de Jude dans la même ville.
« Frère » de Jésus
Il y a un débat, essentiellement dans l'exégèse confessionnelle, concernant la nature du lien familial entre les « frères de Jésus » et ce dernier.
Selon Hégésippe de Jérusalem (un Père de l’Église du ), Jude est et DavidiqueFrançois Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. du Cerf, 2001, Paris, . ou . C'est cette lecture littérale qui est conservée par la majorité des protestants.
Une autre lecture est apportée lors de l'identification du frère de Jésus Jacques le Juste avec effectuée par Jérôme de Stridon (saint Jérôme). Les « frères » de Jésus sont dans ce cas des cousins de ce dernier, et précisément des fils de Marie Jacobé avec ClopasPierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus, Albin Michel, 2003, .. L'identification proposée par Jérôme a par la suite été acceptée par l'Église catholique romaine. De plus à partir du , l'idée que Marie ait eu d'autres enfants que Jésus est devenue hérétique, et . Il est donc logique que des critiques aient considéré que tous ceux qui étaient appelés frère de Jésus étaient des fils de Clopas, bien que Jérôme n'ait alors parlé que des deux fils de Clopas mentionnés dans les évangiles : Jacques le Mineur et José.
Cette identification n'a toutefois jamais été acceptée par les Églises orientales qui distinguent Jacques le Mineur et Jacques frère du Seigneur et les fêtent séparément. Ceux-ci s'appuient sur le protévangile de Jacques pour affirmer que les « frères » de Jésus sont en réalité des demi-frères, issus d'un premier mariage de Joseph.
Problèmes d'identification Jude est un personnage dont l'identité exacte fait l'objet de débats. Dans les évangiles synoptiques, il est mentionné dans les listes de « frères » de Jésus, aux côtés de Jacques, Joset et Simon. Il est généralement considéré comme l'auteur de l'épître de Jude qui figure dans le canon du Nouveau Testament. Les différentes traditions ainsi que les historiens se divisent sur son identité exacte.
Dans les traditions des églises orientales Jude est aussi surnommé Thaddée. Il est mentionné dans l'évangile selon Marc (Marc 3:18) dans la liste des douze apôtres. Dans le passage parallèle de Matthieu, il est appelé Thaddée ou dans certaines versions antiques. Laebbius est une latinisation du mot hébreu « cœur ». Dans certains manuscrits de l'évangile selon Luc et des Actes des Apôtres, il est nommé « Judas de Jacques (Luc 06:16, Actes 01:13) ». Dans l'évangile selon Jean, il est appelé « Judas pas l'Iscariot (Jean 14:22) ».
Les critiques qui, suivant les traditions chrétiennes orientales, soutiennent que Jude le frère de Jésus est le même personnage que l'apôtre Jude (appelé Judas de Jacques ou Thaddée dans les évangiles) et qu'il est aussi le même que Judas Thaddée aussi appelé Addaïe des traditions orientales et arménienne, estiment pour certains que ce personnage a été éclaté en trois personnages différents au fil des sièclesRobert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, .. Il pourrait même avoir été dispersé sur quatre personnages différents, si l'on tient compte des traditions de certaines églises orthodoxes qui considèrent que c'est aussi le même que Jude Barsabas mentionné dans les Actes des Apôtres.
Un tel phénomène aurait été favorisé selon eux par le fait qu'à partir du les fortes réserves qui frappaient un grand nombre d'écrits chrétiens qualifiés d'apocryphes se sont transformées en interdits. Il est en effet quasi impossible de départager les différentes positions sur ces personnages sans l'aide des écrits apocryphes.
Éléments biographiques Dans la tradition orthodoxe Pour les orthodoxes, Jude est un des douze apôtres de Jésus, descendant du roi David et de Salomon par « Joseph le fiancé de Marie ». En se fondant sur le Protévangile de Jacques, les orthodoxes voient en lui l'un des fils que Joseph aurait eus d'une première femme, avant d'épouser Marie, une fois devenu veuf. Il est identifié avec Jude Barsabas qui, selon les Actes des Apôtres, est chargé par Jacques le Juste, de porter le décret apostolique à Antioche (Ac. 15, 22)Robert Eisenman, James the Brother of Jesus And The Dead Sea Scrolls, tome , éd. GDP, Nashville, 2012, .. Il est parfois appelé Jude (ou Judas) frère de Jacques, pour marquer son humilité. Il aurait aussi été appelé Lévi, ce qui le renvoie avec ses frères à l'appartenance à une famille sacerdotaleFrançois Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. du Cerf, 2001, Paris, ..
Pour les orthodoxes, Jude a effectué sa prédication en Judée, Galilée, Samarie et Idumée, puis par la suite « dans le pays Arabe » (probablement la Nabathée), en Syrie, en Mésopotamie (Empire Parthe) et dans le royaume d'Arménie. Finalement, il se rendit dans la cité d'Édesse. Là, il finit le travail que n'avait pas achevé son prédécesseur, saint Thaddeus, membre du groupe des soixante-dix. Il existe une tradition, selon laquelle Jude se rendit « en Perse », où il écrivit son épître catholique en grec.
Dans la tradition nestorienne La tradition nestorienne reprend le même type d'information que les orthodoxes. Judas Thaddée y est souvent appelé Addaï, celui-ci aurait d'abord été envoyé par l'apôtre Thomas peu de temps après la « résurrection » de Jésus. C'est de ces apôtres, avec Bar-Tulmai (Barthélemy) et Mar Man l'un des septante disciples, que l'Église apostolique assyrienne de l'Orient a reçu l'enseignement de JésusHistory of the Nestorian Church, sur http://www.nestorian.org.Nestorian Patriarchs, sur http://www.nestorian.org.. Cette Église aurait initialement été établie à Édesse au et c'est à partir d'Édesse que la « Bonne nouvelle » (évangile) se serait répandue.
La tradition arménienne vignette|gauche|Monastère de Saint-Thaddée La tradition arménienne affirme que Thaddée fut envoyé évangéliser l'Arménie par Abgar, vu comme l'oncle du roi d'Arménie Sanatrouk, c'est-à-dire Abgar V. Les détails varient largement, mais dans toutes les versions, Thaddée convertit Sandoukht, la fille du roi. Dans certaines versions, Sanatrouk se convertit également avant d'apostasier ; selon d'autres, il ne se convertit jamais et fut au contraire hostile au christianisme dès le départ. Dans tous les cas, il soumit Thaddée et Sandoukht au martyre. L'apôtre Thaddée aurait été exécuté dans la ville de Maku vers 45Albert Khazinedjian, au service de l'Église arménienne apostolique : Compendium, éd. L'Harmattan, Paris, 2009, .. D'autres versions font également arriver l'apôtre Barthélemy en Arménie à l'époque de l'exécution de Thaddée, où il connut également le martyre dans les années 60Voir entre autres Yowhannes Drasxanakertci, History of Armenia, trad. Krikor H. Maksoudian, Scholars Press, Atlanta, 1987, 78 ; Aziz S. Atiya, History of Eastern Christianity, University of Notre Dame Press, 1967, 315 ; Khoren Narbey, A Catechism of Christian Instruction According to the Doctrine of the Armenian Church, trad. Ter Psack Hyrapiet Jacob, Diocese of the Armenian Church of North America, 1892, 86–87.. Quoi qu'il en soit de l'authenticité de ces traditions, le christianisme a probablement été introduit assez tôt en Arménie, étant donné que des persécutions contre les chrétiens sont rapportées pour les années 110, 230 et 287 par Eusèbe de Césarée et Tertullien Aziz S. Atiya, op. cit. 316..
Quoique Grégoire l'Illuminateur est crédité du titre « d'Apôtre des Arméniens » pour avoir baptisé Tiridate IV d'Arménie en 301, et converti les Arméniens, les apôtres Jude et Barthélemy sont traditionnellement considérés comme ayant été les premiers à apporter le christianisme en Arménie, et sont donc vénérés comme les saints patrons de l'Église apostolique arménienne. Le monastère Saint-Thaddée (dans le nord de l'Iran) est construit à l'endroit supposé du martyre de Jude. Le monastère Saint-Barthélemy d'Aghbak (dans le sud-est de la Turquie) est construit à l'endroit supposé du martyre de Barthélemy.
La tradition catholique Dans la tradition latine d'occident, les « frères » de Jésus ne sont pas de réels frères, mais des cousins germains de Jésus Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus, Albin Michel, 2003, .. Ils ne sont ni des fils de Joseph ni des fils de Marie, mais les fils qu'une demi-sœur de Marie, Marie Jacobé, auraient eus avec un frère de Joseph appelé Clopas. Jude est donc le frère de l'apôtre Simon le Zélote, mais tous deux sont donnés comme étant les frères de qui est effectivement un fils de Clopas et de Marie Jacobé. C'est la proposition de saint Jérôme, qui a fait de « Jacques le frère du Seigneur » et Jacques le Mineur un seul et même personnage.
Par ailleurs, le fait que Jude soit l'apôtre Jude cité dans les listes de douze apôtres sous le nom de Judas de Jacques ou de Thaddée est contesté. Pour une partie des exégètes catholiques, Judas de Jacques mentionné dans les évangiles synoptiques ne devrait pas être lu comme Judas [frère] de Jacques, en référence à l'épître de Jude où celui-ci se désigne comme frère de Jacques, mais devrait se lire comme Judas [fils] de JacquesEric Fuchs et Pierre Reymond, La deuxième épître de saint Pierre : L'épître de saint Jude, éd. Labor et Fides, 1988, .. Pour eux, il n'est pas non plus Thaddée/Addai que Thomas envoie à Édesse, ce Judas Thaddée là serait un membre du groupe des septante disciples et pas un des douze apôtres et donc pas l'apôtre Judas Thaddée et pas non plus le « frère » de Jésus. Une autre partie de la tradition catholique considère que le frère de Jésus appelé Jude est bien l'apôtre Judas Thaddée, en référence notamment à la tradition telle qu'elle est relatée dans la Légende dorée. Il n'est toutefois jamais appelé Addaï.
Les sources Le Nouveau Testament