Ernest Ferroul (en occitan : Ernèst Ferrolh) né le au Mas-Cabardès, Aude et mort le à Narbonne, est un homme politique français qui joua un rôle déterminant lors de la révolte des vignerons du Midi en 1907.

Jeunesse Né dans une famille de modestes drapiers de la Montagne Noire, orphelin de père, après des études de médecine à Montpellier, Ernest Ferroul s'installe à Narbonne où, rapidement, il devient le « Docteur des Pauvres », réputé pour ses compétences. À la suite de ses rencontres montpelliéraines avec Jules Guesde et Paul Brousse, il adhère au Parti ouvrier français. Qualifié de Félibre rouge, il est initié au Grand Orient de France et fonde en 1881 la loge maçonnique « La Libre Pensée » - Orient de Narbonne.

Lors d'une élection partielle en 1888Notice , par Justinien Raymond, Le Maitron en ligne., il est élu député de Narbonne. À la Chambre des Députés, il rejoint à l'extrême gauche les sept autres députés du Groupe ouvrier. Il est réélu aux élections législatives de 1889. En 1891, il est élu maire de Narbonne, et depuis, son buste trône dans le bureau de tous les maires de Narbonne qui lui ont succédé. Élu actif mais aussi très virulent, il est battu en 1893 et 1898 et perd la mairie de Narbonne de 1897 à 1900. Il est réélu député en 1899, à la suite de l'invalidation d'Edmond Bartissol, qui avait été élu député en 1898. il siège également en qualité de conseiller général du canton de Mas-Cabardès de 1901 à 1913 et du canton de Narbonne-Est de 1919 à 1921 . En 1902, il démissionne de son mandat de député pour se consacrer à ses neveux orphelins et à la mairie de Narbonne.

Crise viticole Contexte économique Après la crise du phylloxéra, il faut du vin. Le vignoble de l'Île-de-France a disparu, et seuls les vignobles méridionaux peuvent s'y substituer grâce aux chemins de fer. On n'hésite donc pas à Les vins de France sur le site vinsdegarde.com. L'État favorise des importations et de l'afflux des vins d'Algérie qui servent au coupage des vins métropolitains médiocres. Cette pratique est lourde de conséquences et induit une surproduction, la véritable raison du marasme économique dans lequel s'englue la viticulture du Languedoc-Roussillon. Le port de Sète, outre son rôle d'entrepositaire, joue celui de catalyseur de la crise. Sa présence au centre d'une grande zone de production y induit les risques de surproduction en encourageant les plantations d'aramons et des conduites de la vigne en taille longue. Il faut du volume. Le coupage nécessaire de ces petits vins pour en augmenter le degré, provoque une demande accrue des vins algériens dont la production passe de d'hectolitres en 1900 à en 1904La crise viticole de 1907 sur le site de Sommières.

Ces fortes productions locales, jointes à la production de vins factices et à l'importance des coupages avec des vins d’Algérie sature le marché de consommation. L'importation des vins, loin de diminuer, augmente en 1907, aggravant le déséquilibre entre l'offre et la demande. Ce qui génère la chute des cours et de la crise économique.

Manifestation des viticulteurs thumb|Les manifestants de Narbonne écoutant les orateurs Le mois de mai 1907 est celui des grands rassemblements dans les préfectures et sous-préfectures du Languedoc-Roussillon. Le premier a lieu à Narbonne où le , un meeting mobilise entre 80 000 et 100 000 personnesLa crise viticole de 1907 sur le site histoireduroussillon.free.fr. Le maire, Ernest Ferroul, prend position pour la lutte des viticulteurs du Midi. Tous les comités de défense viticoles des quatre départements se fédèrent et adoptent le serment des fédérés : . Les discours séparatistes prononcés en occitan inquiètent le gouvernementMidi 1907, l'histoire d'une révolte vigneronne. thumb|Discours sur la place de la Citadelle Le , le rassemblement de Béziers voit manifestants envahir les allées Paul Riquet et le Champ-de-Mars. Les slogans des banderoles affirment : La victoire ou la mort !, Assez de parole, des actes, Mort aux fraudeurs, Du pain ou la mort, Vivre en travaillant ou mourir en combattant. Les manifestants, qui venaient de plus de 200 communes, ont été rejoints par de nombreux employés et commerçants bittérois. La manifestation est clôturée par les discours prononcés sur la place de la Citadelle, aujourd'hui Jean-Jaurès. Prennent la parole Marcelin Albert, du Comité d'Argelier, qui a initié le premier la riposte. Il lance un ultimatum au gouvernement en lui demandant de relever le cours du vin, Ernest Ferroul, qui prône la grève de l’impôt, et le maire de Béziers, Émile Suchon, proche de Clemenceau, qui prend position pour les viticulteurs en lutte. Il y eut quelques incidents légers lors de l'appel à la dispersion des manifestants. thumb|left|À Carcassonne, Ferroul et Albert glorifiant le passé cathare des Occitans Le , le conseil municipal de Béziers, de tendance radicale socialiste, démissionne. La pression de la rue continue. Le poste de Police et la façade de la mairie sont incendiés. Alerté, Clemenceau décide de contre-attaquer.

Sa première contre-attaque est sur le plan politique. Le , Joseph Caillaux, son ministre des finances, dépose un projet de loi sur la fraude en matière de vin. Ce texte soumis au Parlement prévoit une déclaration annuelle de récolte de la part des viticulteurs, l'interdiction du sucrage en seconde cuvée, le contrôle et la taxation des achats de sucre.

Le , 220 000 à 250 000 personnes manifestent à Carcassonne. Dès l’avenue de la gare, ils passent sous un arc de triomphe où est inscrit . Les discours tentent de canaliser le ton révolutionnaire (slogans, revendications) vers le passé cathare des Occitans que Ferroul et Albert évoquent tour à tour. Tous conviennent que la date limite de l'ultimatum au gouvernement reste fixée au .

Manifestation de Montpellier thumb|Sur la même tribune Ernest Ferroul, maire de Narbonne et Marcelin Albert La date du , avec le gigantesque rassemblement de Montpellier, marque l'apogée de la contestation vigneronne dans la Midi de la France. La place de la Comédie est envahie par une foule estimée entre 600 000 à 800 000 personnes. C'est la plus grande manifestation de la Troisième République. Dans son discours, Ernest Ferroul, en tant que maire de Narbonne, appelle à la démission de tous ses collègues du Languedoc-Roussillon. Il prône ouvertement la désobéissance civique. Quant à Marcelin Albert, il prononce un tel discours que le journaliste du Figaro en fut bouleversé et écrivit : .

Le marque la fin de l’ultimatum posé au gouvernement. Tandis que Clemenceau compte sur un pourrissement et un essoufflement de la révolte, la commission parlementaire dépose son rapport au Parlement qui entreprend l’examen du projet de loi de Caillaux. Face à une lenteur législative calculée, à Narbonne, Ernest Ferroul décide d'annoncer publiquement sa démission de maire. Devant , du haut du balcon de l’Hôtel de Ville, il fait savoir . Cette prise de position, face à l'absence de solution gouvernementale, est approuvée par 442 municipalités du Languedoc Roussillon, qui démissionnent dans la semaine. Des drapeaux noirs fleurissent sur les façades des mairies, et la désobéissance civique est déclarée. C'est la fronde des élus. Pendant ce temps des heurts entre manifestants et forces de l’ordre deviennent monnaie couranteLe Roy Ladurie, Histoire du Languedoc, PUF, 1967, ..

Le , Clemenceau adressait une missive mi-menaçante, mi-ironique à tous les maires des communes viticoles du Languedoc et du Roussillon. Cla lui valut une cinglante réplique de la part d'Ernest Ferroul : .

Répression thumb|left|Arrestation du docteur Ferroul, le à 4 h du matin thumb|Ernest Ferroul en prison sous l'œil goguenard de Clemenceau Jusqu'alors, les manifestations dominicales s'étaient déroulées dans le calme et la discipline et se voulaient pacifiques. Toutefois, Clemenceau jugea que force devait rester à la loi et pour rétablir l'ordre fit appel à l'armée. Depuis le , 22 régiments d’infanterie et 12 régiments de cavalerie occupaient tout le Midi. La gendarmerie reçut alors ordre d’incarcérer les responsables des manifestations.

Le , Ferroul est arrêté au petit matin à son domicile à Narbonne par le et emprisonné à Montpellier. Trois autres membres du comité de défense viticole se livrent aux gendarmes à Argeliers. La nouvelle de l'arrestation programmée de tous les membres du Comité d'Argeliers met le feu aux poudresJean Clavel, http://1907larevoltevigneronne.midiblogs.com/archive/2006/05/24/juin-1907-actions-sang-et-larmes.html. thumb|Barricades à Narbonne devant l'Hôtel de Ville La foule entrave la progression des gendarmes en se couchant par terre. Narbonne étant en état de siège, une manifestation spontanée se crée qui réclame la libération des membres du Comité et crie à la vengeance. Des incidents éclatent durant toute la journée, la sous-préfecture est prise d'assaut, des barricades barrent les rues. Le soir, dans la confusion générale, la cavalerie tire sur la foule. Il y a deux morts, dont un adolescent de 14 ansHISTOIRE : Le 19 juin 1907, la crise de la viticulture languedocienne débouche sur un affrontement tragique entre les forces de l'ordre et les manifestants. C'est la révolte d'une France rurale - ÉCOUTE... ÉCOUTE...Révoltes vigneronnes 1907, Languedoc, 1911, Champagne.

Dans les départements du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, les conseils municipaux démissionnent collectivement (il y en aura jusqu'à 600), et certains appellent à la grève de l'impôt. La situation devient de plus en plus tendue, les viticulteurs furieux attaquent perceptions, préfectures et sous-préfectures.

Le , la tension monte encore, et le Midi s'embrase. À Perpignan, la préfecture est pillée et incendiée. Le préfet David Dautresme doit se réfugier sur le toit. À Montpellier, la foule se heurte aux forces armées. À Narbonne, l’inspecteur de police Grossot, l'un des auteurs de l’arrestation de Ferroul, est pris à partie et mis à mal par la foule. Pour le dégager, il est donné ordre à la troupe de tirer sur les manifestants. Les coups de feu font cinq morts dont une jeune fille, âgée de 20 ans, Julie (dite Cécile) Bourrel qui se trouvait là par hasard, venue à Narbonne en ce jour de marché. Il y a de plus 33 blessés qui gisent à terre.

Le , à Narbonne, assistent aux obsèques de Cécile. Cet enterrement fut la dernière grande manifestation du Midi viticole. Entretemps, le Parlement ayant renouvelé sa confiance au gouvernement, L'Humanité de Jaurès constate en cinq colonnes à la une .

Sortie de crise Marcelin Albert rencontre Clemenceau thumb|Marcelin Albert face à Clemenceau Pourchassé par la police, Marcelin Albert se cache puis se sauve à Paris où il arrive le . L'Assemblée nationale, en plein débat sur le projet de loi contre la fraude, refuse de le recevoir. Informé, Georges Clemenceau, accepte de lui accorder une audience. Le président du conseil, le reçoit le 23, place Beauvau en tant que ministre de l'Intérieur.

Au cours de leur entrevue, il fait promesse de réprimer la fraude si, en contrepartie, Albert retourne dans le Languedoc pour calmer la rébellion. Son interlocuteur accepte même de se constituer prisonnier. Clemenceau lui signe un sauf-conduit pour retourner dans l’Aude et lui remet cent francs pour payer son retour en train. Marcelin Albert a la naïveté d'accepterLa révolte des vignerons de 1907 sur le site emilezola.fr.

Le chef du gouvernement en profite pour donner sa version aux journalistes de la presse politique en mettant particulièrement en exergue l'histoire du billet de banque. Les quotidiens nationaux en font leurs choux gras et Marcellin Albert du statut de rédempteur passe dès lors à celui de vendu. Le , de retour à Narbonne, il tente de convaincre de suspendre le mouvement, mais l’entretien avec Clemenceau a totalement discrédité Albert aux yeux de ses compagnons. Il manque de se faire lyncher.

Loi anti-fraude thumb|À bas l'intermédiaire