right|280px|thumb|Missel manuscrit du (Allemagne ?).
Le Missel romain (Missale romanum en latin) est le livre liturgique qui rassemble les textes (ordinaire de la messe, chants, lectures jusqu'en 1969, oraisons, etc.) et les indications rituelles et musicales, nécessaires à la célébration de la messe par le prêtre selon le rite romain.
La constitution des missels au Moyen Âge
Avant le haut Moyen Âge, plusieurs livres sont utilisés pour la célébration de la messe : le sacramentaire – avec la prière eucharistique (le canon), les oraisons et les prières –, l'évangéliaire et l'épistolier pour les lectures ou péricopes de l'Écriture sainte, et un ou plusieurs livres pour les répons et les chants (graduel ou antiphonaire de la messe). Peu à peu, les manuscrits vont intégrer toutes ces parties en un ou plusieurs livres formant un tout. Ce type d'ouvrage est appelé missale plenum, missel plénier, c'est-à-dire complet.
Avant l'apparition des missels pléniers, les livres liturgiques contenaient de nombreuses variantes selon les régions ecclésiastiques ou les abbayes, notamment dans l'organisation du sanctoral, le choix des pièces chantées ou le calendrier. Cette diversité continue après l'apparition du missel plénier, même si la tendance vers l'unité romaine, lancée dès la période carolingienne, poursuit lentement son œuvre.
Toutefois, à partir du , des remaniements du sacramentaire grégorien en Gaule donnent naissance à un sacramentaire romain par excellence, grâce à la Renaissance carolingienne. Ce Sacramentarium Gregorianum Hadrianum devient, avec ses textes de qualité, la base du missel romain actuel ainsi que du chant grégorien.
Les ordres mendiants, dominicains et franciscains, apparus au , adaptent le missel aux besoins de leur apostolat itinérant. En 1223, saint François d'Assise demande à sa communauté d'utiliser les textes en usage à la cour de RomeDe même, le rite dominicain se met progressivement en place entre 1217 et les années 1260 environ. Les frères commencent par adopter les liturgies des diocèses dans lesquels ils se trouvent. Au fil des chapitres généraux, une liturgie commune propre se met en place. Dans le troisième quart du , sous la motion d'Humbert de Romans, maître général, les dominicains mettent sur pied une commission qui fixe définitivement les textes de la liturgie de l'ordre à partir d'éléments empruntés à diverses liturgies locales (Curie, Sarum, Cîteaux, Paris, etc.) et en particulier au diocèse de Rome ; elle sera finalement sanctionnée par une approbation pontificale qui mettra fin aux dissensions internes. Cf Léonard E. Boyle o.p. (†), Pierre-Marie Gy o.p., Aux origines de la liturgie dominicaine : le manuscrit Santa Sabina XIV L 1, Paris, 2004..
Les prémices de l'uniformisation romaine 222x222px|left|thumb|Missel manuscrit du (Nord de la France ou région lémanique) : préfaces de l'Ascension, de Pentecôte et de la Trinité. Dans la première moitié du , le pape Grégoire IX (1227–1241) pense à étendre à toute l'Église latine l'usage du missel curial, que les franciscains avaient adopté.., mais cela ne se traduit pas dans les faits. C'est en 1277 que Nicolas III promulgue ce missel pour le diocèse de Rome. Grâce à la diffusion que lui assurent les franciscains, il se répand par capillarité et influence en partie de nombreuses liturgies locales de l'Église latine.
L'invention de l'imprimerie au accélère le processus avec l'impression du missel en usage à Rome. Néanmoins, les autorités ecclésiastiques et les éditeurs locaux maintiennent les habitudes et les particularismes diocésains en introduisant dans le texte imprimé des usages pratiqués depuis le Haut Moyen Âge.
La première édition connue est réalisée à Milan en 1474, c'est-à-dire à peine 24 ans après l'invention de l'imprimerie et 4 ans après le premier livre imprimé en France. La production de ce livre n'était pas une édition officielle, mais elle a inspiré plusieurs autres éditeurs à publier leurs propres éditions. De 1474 à la publication en 1570 de la première édition officielle, c'est-à-dire publiée à l'initiative du Saint-Siège, près d'un siècle s'est écoulé. Durant cette période au moins 14 autres éditions du missel paraissent : dix à Venise, trois à Paris et une à Lyon.. Faute d'un organe de contrôle sur leur qualité, ils ont subi plusieurs modifications de la part des éditeurs, dont certaines ne sont pas négligeables..
Le Missel romain tridentin
vignette|Pape Pie V. Le concile de Trente dans sa dernière session du a confié au pape Pie IV d'achever et publier conformement à son jugement et son autorité les travaux des commissions du concile sur la censure des livres, le catéchisme, le missel et le bréviaireSacrosancta Synodus [...] praecipit ut quidquid ab illis praestitum est sanctissimo Romano Pontifici exhibeatur ut eius iudicio atque auctoritate terminetur et evulgetur. Idem quae de catechismo a patribus quibus illud mandatum fuerat et de Missali et breviario fieri mandat (Concilium Tridentinum - Canones et Decreta).. Pie IV a publié le sa révision de l'Index librorum prohibitorumConstitution Dominici gregis, dans Bullarum diplomatum et privilegiorum Taurinensis editio, tome VII, Turin, 1862, .. Son successeur Pie V a publié le Catéchisme du concile de Trente en 1566, le Bréviaire romain le , et finalement le Missel romain le .
Par la bulle Quo primumLe texte de la bulle Quo primum Pie V promulgue son Missel romain. Il l'impose à l'ensemble de l'Église latine, à l'exception des lieux et des communautés possédant un rite propre depuis plus de deux cents ans. C'est le cas pour les rites dominicain, cistercien, cartusien, lyonnais, mozarabe, ambrosien, et celui de Braga qui, tous ont ou eurent, selon les réformes récentes, leur propre missel. Ce missel est appelé tridentin, car son titre est Missale Romanum ex decreto Sacrosancti Concilii Tridentini restitutum, Pii V. Pont. Max. iussu editumManlio Sodi, Achille Maria Triacca, Missale Romanum: Editio Princeps (1570), Libreria Editrice Vaticana, 1988 .Missale Romanum (Venise 1574).
De Pie V à Léon XIII 130px|left|thumb|Missel romain de 1690. Le , le pape Clément VIII publie une nouvelle édition typique du missel romain tridentin, incorporant quelques modifications et ajouts – fêtes de saint, textes du propre. Dans ce contexte, le mot « typique » indique que le texte est celui de référence à partir duquel les autres éditions doivent être faites. Le titre du Missel romain devient Missale Romanum, ex decreto sacrosancti Concilii Tridentini restitutum, Pii Quinti Pontificis Maximi iussu editum, et Clementi VIII. auctoritate recognitum. Le texte du Canon de la messe reste inchangé, mais on en modifie en plusieurs points les rubriques, notamment en indiquant qu'après la consécration du calice, les mots Haec quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis, que dans la messe de Pie V le prêtre disait pendant qu'il montrait au peuple le calice consacré, sont dits pendant la génuflexion que le prêtre fait avant d'élever le caliceMissale Romanum, édition typique de 1604.
À peine 30 ans plus tard, le , le pape Urbain VIII fait encore une révision du missel, qui en conséquence s'appelle Missale Romanum, ex decreto sacrosancti Concilii Tridentini restitutum, Pii V. iussu editum, et Clementis VIII. primum, nunc denuo Urbani Papae Octavi auctoritate recognitum. Les modifications ne touchent pas le Canon de la messeMissale Romanum (Paris 1636).
Au , le rite romain est largement majoritaire dans l'Église catholique, mais les missels se diversifient, en particulier en France et dans les régions avoisinantes. À la fin du siècle, les missels locaux se multiplient, indépendants de l'édition typique romaine, publiés sous l'autorité des évêques, sous l'influence du jansénisme ecclésiastique ou gallicanisme. De nombreux diocèses publient un missel local, inspiré du missel romain, mais avec des modifications, principalement dans le sanctoral, le calendrier, ainsi que la partie sacramentaire : les oraisons et les préfaces.
C'est au milieu du , par l'influence de Pierre-Louis Parisis, évêque de Langres, et de Prosper Guéranger, refondateur de Solesmes, ainsi que par les débuts du mouvement liturgique que la France retrouve, non sans peine, une certaine unité liturgique autour du rite romain.
Léon XIII publie, en 1884, une nouvelle édition typique qui prend en compte les évolutions depuis Urbain VIII Missale Romanum ex decreto ss. Concilii Tridentini restitutum, S. Pii V. Pontificis Maximi jussu editum Clementis VIII., Urbani VIII. et Leonis XIII. auctoritate recognitumRatisbonne, New York et Concinnati 1870 Celle-ci est reçue sans difficulté dans toute l'Église latine.
Remaniements de Pie X et Pie XII
Le pape Pie X entreprend une nouvelle révision qui sera finalisée le par son successeur Benoît XV : Missale Romanum ex decreto sacrosancti Concilii Tridentini restitutum S. Pii V Pontificis Maximi jussu editum aliorum Pontificum cura recognitum a Pio X reformatum et Ssmi D. N. Benedicti XV auctoritate vulgatum. Cette édition présente les quelques corrections, suppressions et ajouts habituels, mais également des modifications dans les rubriquesHenri Vinck, "Pie X et les réformes liturgiques de 1911-1914. Psautier, bréviaire, calendrier et rubriques'dans Liturgiewissenschaftlichen Quellen und Forschungen 102, Aschendorf: Münster. . Ces changements ne sont pas incorporés dans le corps du texte comme à l'habitude, mais forment un nouveau chapitre titré Additiones et variationes in rubricis Missalisune réimpression en 2004 change en plusieurs points, et pas uniquement en considération de la canonisation de Pie X, la page de titre..
En 1955, Pie XII opère une profonde révision de certaines parties de la liturgie du rite romain, notamment dans la célébration du triduum pascal. Il abolit la norme du Code de droit canonique qui défendait d'initier la célébration de la messe plus tard qu'une heure après midiCode de droit canonique (1917), canon 821, et ordonne que les liturgies du jeudi saint, du vendredi saint et de la vigile pascale soient célébrées, avec de nouveaux textes dans l'après-midi ou le soirDécret général sur la réforme de la liturgie de la semaine sainte Maxima redemptionis du 16 novembre 1955La réforme de la Semaine Sainte de 1955 – Présentation générale. En appliquant une décision du concile de Trente, le pape Pie V avait qualifié comme un abus, un écart par rapport à l'usage antique de l'Église catholique et aux décrets des Saints Pères, la célébration de la messe tard dans la journée, éventuellement juste avant le coucher du soleilBulle Ad cuius notitiam du 29 mars 1566, dans Bullarium Romanum (1745), tomus IV, pars II, . Pie XII ne publie aucune nouvelle édition typique du Missel romain, mais il permet de substituer les textes antérieurs de la semaine sainte avec les rites restaurés. Certains prêtres refusent encore les réformes de Pie XII et préfèrent employer une édition antérieure du Missel romainLe Missel d'autel antérieur à 1955 est enfin réimprimé !.
Édition typique de 1962
235px|left|thumb|Missel romain de 1962.