Patrick Bruel, né le à Tlemcen (Oranie, Algérie française), est un auteur-compositeur-interprète, acteur et joueur de poker français. Dans les années 1990, il est l'un des chanteurs français les plus populaires.

Après un premier single passé inaperçu, les tubes Marre de cette nana-là ! () puis Comment ça va pour vous ? (), qu'il écrit avec Gérard Presgurvic, lancent sa carrière. En , il sort son premier album, De face.

Son deuxième album studio, Alors regarde (), incluant Casser la voix, Place des Grands Hommes et J'te l'dis quand même, est un immense succès, au point de susciter une (référence médiatique à la Beatlemania). En , Bruel gagne le prix Raoul-Breton, puis, deux ans plus tard, la Victoire de l'artiste interprète masculin à la des Victoires de la musique.

S'ensuivent huit autres opus : Bruel (1994), Juste avant (1999), Entre deux (2002), Des souvenirs devant (2006), Lequel de nous (2012), Très souvent, je pense à vous… (2015), Ce soir on sort… (2018) et Encore une fois (2022). Patrick Bruel sort également dix albums live, des compilations et un album partiellement en espagnol, Plaza de los heroes.

Il entame une carrière au cinéma dès 1979, avant sa révélation en musique, et y est remarqué lorsqu'il est à l'affiche des films Les Diplômés du dernier rang (1982), Profs (1985) et Attention bandits ! (1987). Ensuite, il obtient régulièrement des rôles importants dans de grandes productions, notamment Une vie à t'attendre de Thierry Klifa (2004) et Un secret de Claude Miller (2007), rôles pour lesquels il gagne le Swann d'or du meilleur acteur au Festival du film de Cabourg. Au théâtre, il joue dans Le Charimari de Pierrette Bruno (1981) et dans Le Prénom de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière (2010).

À partir de 2019, Patrick Bruel est accusé de violences sexuelles sur de nombreuses femmes. Début 2026, des enquêtes de presse font émerger de nouveaux témoignages : au total, une trentaine de femmes mettent en cause le chanteur pour des faits survenus entre 1991 et 2019, dont l'intéressé conteste la réalité. Depuis, l'ampleur du dossier est telle qu'on parle de l'affaire Patrick Bruel. En , il est l'objet d'au moins treize plaintes et de cinq enquêtes judiciaires pour agression sexuelle et viol. Le , il est mis en examen dans quatre affaires où il est accusé de viol, de tentative de viol, d'agression sexuelle et de harcèlement sexuel. En , il est visé au total par trente-et-une plaintes.

Biographie

Jeunesse et famille

Maurice Benguigui naît le à Tlemcen, ville à la pointe nord-ouest de l'Oranie, dans l'Algérie alors colonisée par la France. Il est le fils de Pierre Benguigui (né en 1941) et d'Augusta Kammoun (née en 1936), tous deux enseignants d'origine juive séfarade. Sa mère est fille d'Élie Kammoun (1901-1997, employé municipal) et Céline Ben Sidoun (1910-1997). Il est le cousin issu de germains de l'humoriste Élie Semoun, puisque le grand-père de Patrick est le frère de la grand-mère d'Élie.

En 1960, son jeune père abandonne femme et enfant, Maurice qui à peine un an est élevé par sa mère .

En , il n'a que trois ans lorsque la famille quitte l'Algérie ; il dit n'en conserver aucun souvenir. Patrick et sa mère s'installent à Argenteuil (Val-d'Oise) en banlieue parisienne, sa mère étant nommée institutrice dans une école du . À l'âge de 5 ans, il découvre notamment Jacques Brel, Georges Brassens et Serge Gainsbourg. Adolescent, il apprend à jouer de la guitare et reprend les morceaux de ses artistes préférés avec ses amis.

En 1965, il se passionne pour le théâtre après une représentation de L'Idiot de Dostoïevski, puis une nouvelle révélation musicale quatre ans plus tard, cette fois après un concert de Serge Reggiani.

Sa mère se remarie avec un architecte, Philippe Moreau, fils d'un éminent médecin niortais, le docteur René Moreau. Deux demi-frères naîtront de cette union : David François Moreau (1972), qui aura un fils prénommé Yohann en 1996 avec Emmanuelle Béart, et le musicien Fabrice Moreau (1975). De 1970 à 1972, il vit chez sa belle-famille bourgeoise catholique à Niort où son grand-père par alliance, René Moreau, lui fait découvrir le bridge, les échecs et le poker. Il découvre également le football, dont il rêve de faire son métier..

Malgré une interdiction parentale, à 14 ans, il se rend à Bruxelles pour y voir un concert des Rolling Stones. Il en ressort impressionné et se met à écouter les grands groupes du rock de l'époque, comme Led Zeppelin et Deep Purple ; il est également motivé par un concert de Michel Sardou en 1975.

Il se lance dans le théâtre, qu'il abandonne après deux heures de cours d'art dramatique. À la recherche d'un petit boulot, il obtient une place de gentil organisateur (animateur) au Club Méditerranée et débute ainsi son apprentissage de la scène.

1978-1984 : débuts

Dans les années 1970, Patrick Bruel est élève du collège Henri-IV dans le V puis du lycée François-Villon dans le XIV à Paris, et rate son baccalauréat. Le , c'est en assistant au concert de Michel Sardou à l'Olympia qu'il se jure qu'il montera lui aussi sur cette scène« Patrick Bruel, la soif de vaincre », émission Un jour, un destin présentée par Laurent Delahousse sur France 2, le 2 septembre 2017, 38 min 35 s.

Le , il répond à une annonce de casting parue dans France-Soir et ne recevant pas de réponse, il s'engage comme G.O. au Club Med au Mexique en . Le réalisateur Alexandre Arcady le rappelle juste avant son départ, lui offrant ainsi son premier rôle aux côtés de Roger Hanin et de Marthe Villalonga, dans Le Coup de siroccoAlexandre Arcady, émission Secrets de tournage sur Europe 1, 2 août 2013..

Le jeune acteur s'isole ensuite en rejoignant une amie brésilienne à New York. Sur place, il fait la connaissance de celui qui deviendra l'un de ses plus fidèles amis et compositeur de chanson, Gérard Presgurvic. Il reste une année aux États-Unis, avant de retrouver Paris et les bancs de la faculté pour des cours d'économie, après avoir passé le baccalauréat en candidat libre.

Entre 1981 et 1983, il monte sur les planches du théâtre Saint-Georges dans la pièce Le CharimariIl parvient à convaincre un officier, son supérieur du service militaire, de lui donner de nombreuses permissions afin de pouvoir assurer les représentations. « Patrick Bruel, la soif de vaincre », émission Un jour, un destin présentée par Laurent Delahousse sur France 2, 2 septembre 2017, 34 min 10 s.. Au même moment, il se lance aussi dans une nouvelle aventure : la chanson. Ainsi, en 1982 sort Vide, un titre qui passera relativement inaperçu. Le public le retrouve au cinéma dans Les Diplômés du dernier rang (un film surfant sur la vague des Sous-doués), puis dans Le Grand Carnaval d'Alexandre Arcady.

Dans les années 1980, il joue en compagnie de Marianne Basler dans des spots publicitaires vantant les conserves Zwan, cassoulet et choucroute, diffusés en Belgique, ainsi qu'à la télévision française dans un spot pour une célèbre marque d'huile avec Maria Pacôme et Anaïs Jeanneret intitulée Le secret (1984).

Patrick est aussi candidat au casting du film de Claude Pinoteau, La Boum 2 (1982) pour jouer le rôle de Philippe Berthier, obtenu par Pierre Cosso. Arrivé en deuxième position pour sa bonne humeur et son humour, il n'aurait pas obtenu le rôle car , ce qui sera contredit par la suite de sa carrière notamment avec la Bruelmania..

1984-1990 : premières chansons et ascension au cinéma Patrick Bruel rencontre en 1984, grâce à Pascal Sevran, un succès musical avec Marre de cette nana-là !, écrite par Gérard Presgurvic, Fanny Bercheaux et Roger Poulet., célèbre du jour au lendemain. L’année suivante sort Comment ça va pour vous ? qui est un nouveau succès (le single reste dans le Top 50 durant et se classe jusqu’à la position). La même année, Bruel rejoint Fabrice Luchini pour le tournage de P.R.O.F.S de Patrick Schulmann, qui fera près de trois millions d'entrées.

En 1986, il sort son premier album, De face, qui ne s'écoule qu'à . Dans sa version originale, le disque ne propose aucun tube, les singles Non, j'veux pas !, J'roule vers toi et Tout l'monde peut s'tromper n'ayant pas convaincu le public. Malgré ce faible score, il convainc le directeur artistique de l'Olympia de lui donner sa chance : du 5 au , il chante devant une salle bondée« Patrick Bruel, la soif de vaincre », émission Un jour, un destin présentée par Laurent Delahousse sur France 2, 2 septembre 2017, 38 min 25 s.. Il sort ce concert en 33 tours, musicassette, CD et VHS. Peu de temps après, le public le retrouve au générique du film Attention bandits ! de Claude Lelouch, avec le titre Tout l'monde peut s'tromper (sorti sur l’album De Face et en 45 tours l’année précédente), puis dans le rôle d'un soldat blessé dans La Maison assassinée de Georges Lautner.

En 1989, il sort son deuxième album, Alors regarde, qui rencontre un immense succès grâce aux chansons Casser la voix, J'te l'dis quand même, Alors regarde, Décalé et Place des Grands Hommes. Cette dernière fut composée pour une émission Avis de recherche, où les copains d'enfance de Patrick Bruel étaient réunis. Cette même année, sa renommée s'affirmant, il obtient deux rôles importants dans les films L'Union sacrée d'Alexandre Arcady et Force majeure de Pierre Jolivet.

La « Bruelmania » des années 1990 aux années 2000

Avec le début des années 1990, Patrick Bruel jouit d'un immense succès médiatique, comptant alors des milliers de groupies : c'est le début de la « Bruelmania ». Après le succès de son album, il donne une grande tournée dont est tirée un double album, Si ce soir… où il propose une chanson jamais enregistrée en studio, Qui a le droit…, qui devient l'un de ses plus grands succès. Parmi les événements témoignant de cet enthousiasme populaire, le plus célèbre reste celui de la « pizzeria sur les Champs-Élysées » où il dîne tranquillement avec des amis et se retrouve assiégé par de nombreux fans amassés sur le trottoir et la chaussée, nécessitant l'intervention de la police. Ce succès fournit matière à plaisanterie pour les caricaturistes.

En 1991, l'artiste prend position contre le Front national, lors de l'émission 7 sur 7.

Deux années plus tard, il tient le rôle principal du film policier Profil bas de Claude Zidi, qui est un échec.

Il revient à la chanson en 1994 avec Bruel, album plus rock, enregistré entre New York et Bordeaux. Il se produit alors à Bercy à Paris et sort un troisième album live On s’était dit, puis s'isole, partageant son temps entre voyages, cinéma et copains.

En 1995, il obtient un petit rôle dans la comédie romantique américaine Sabrina de Sydney Pollack, aux côtés d'Harrison Ford. La même année, il annule tous ses concerts dans les villes ayant des maires membres du Front national (Orange, Toulon), ce qui lui vaut les sarcasmes de Jean-Marie Le Pen. Il enregistre un album en espagnol . Ce disque est parfois comptabilisé dans les albums studio du chanteur, alors qu'il s'agit d'une compilation. Une année plus tard, il est à l'affiche avec Jean Reno du film Le Jaguar de Francis Veber. Puis, ce sont les retrouvailles avec Alexandre Arcady pour le film K, en 1997.

En 1998, il est invité de Johnny Hallyday au stade de France de Saint-Denis, avec qui il interprète en duo Et puis je sais (titre qu'il lui a composé en 1991 pour l'album Ça ne change pas un homme). Il participe également à la chanson collective contre le SIDA Sa raison d'être (album Ensemble).

En 1999, âgé de , l'artiste sort un album plus intimiste intitulé Juste avant, coécrit avec Marie-Florence Gros qu'il avait rencontrée quand elle lui avait écrit la chanson Demain (contre le Sida). Juste avant est salué par ses fans ainsi que par un nouveau public, grâce à des titres comme J'te mentirais, Pour la vie, Au Café des délices et Tout s'efface. Après cinq années d'absence, il revient en scène avec un passage à la Fête de l'Humanité.

Années 2000-2010 : succès en chansons, au théâtre et au cinéma