Il s'agit ici de situer l'apparition des premiers écrits en hébreu ancien, ainsi que l'époque de l'alphabétisation de la population du royaume de Juda et du royaume d'Israël.
Contexte
De nombreuses inscriptions proto-sinaïtiques ont été retrouvées à Sérabit el-Khadem, dont la datation précise — Moyen Empire ou Deuxième période intermédiaire égyptienne — reste encore en discussion et dont le déchiffrement pose encore de multiples problèmesDominique Valbelle, du Dictionnaire de l'Antiquité, Direction Jean Leclant, éditions PUF 2005. Le premier alphabet connu, appelé alphabet linéaire, alphabet protocananéen ou alphabet protosinaïtique, pourrait être une adaptation de l'écriture égyptienneLinéaire signifie qu'il n'est pas nécessaire de voir le signe qui suit pour déterminer la valeur du signe qu'on lit. Les hiéroglyphes ne sont pas un système d'écriture linéaire (il faut lire, par exemple, le déterminatif placé après le signe pour identifier ce signe). L'alphabet linéaire n'est pas complet : les voyelles ne sont pas notées, il faut donc une compréhension préalable de la langue pour rétablir ces voyelles et pouvoir lire le texte. À l'inverse, un texte écrit au moyen d'un alphabet complet (alphabet grec par exemple) se lit sans connaissance préalable de la langue, mais ce n'est pas parce qu'on l'a lu qu'on l'a compris pour autant. La compréhension nécessite la maîtrise de la langue. L'écriture en hiéroglyphes, du fait du grand nombre de signes, est plus difficile à lire mais pas nécessairement plus difficile à comprendre. La grande masse des Égyptiens n'écrivait pas, mais elle comprenait probablement certaines inscriptions, gravées dans les parties publiques des temples, en hiéroglyphes qui lui étaient familiers.. Il semble avoir été créé, pour transcrire leur propre langue, par des ouvriers bédouinsChristiane Desroches-Noblecourt, Le Fabuleux héritage de l'Égypte, éditions Pocket, 2006, . parlant un ou plusieurs idiomes sémitiques et travaillant vers -1700 dans les mines égyptiennes de turquoise du Sinaï.
Un célèbre alphabet de type cunéiforme, dérivé de l'alphabet protocananéen mais utilisant des signes mésopotamiens, permet de graver de nombreuses tablettes d'argile à Ougarit (côte syrienne, -1300, -1200).
Lalphabet phénicien, ultérieur (-1100, à Byblos), dérive lui aussi de l'alphabet linéaire protocananéen.
C'est après -1000 que, de Byblos, l'alphabet phénicien diffuse vers l'est et le sud et que, peu à peu, les alphabets paléo-hébraïque et araméen se différencientFrançoise Briquel Chatonnet et Pierre Bordreuil, du Dictionnaire de l'Antiquité, direction Jean Leclant, éditions PUF, 2005..
L'alphabet araméen sera, ensuite, à l'origine de l'hébreu carré, encore en usage actuellement, après l'abandon du paléo-hébraïque (sauf par les Samaritains).
Premières traces de l'usage de l'hébreu
Si la technique de datation par le carbone 14, grâce à de récents progrès, permet désormais des datations précisesLes récentes contributions professionnelles aux datations par le carbone 14 ont été rassemblées dans un livre : T. Levy and T. Higham, editors, Radiocarbon Dating and the Iron Age of the Southern Levant : The Bible and Archæology Today, Londres, 2005 (27 contributions, 448 pages)., elle n'est cependant applicable ni aux inscriptions gravées sur la pierre, ni aux inscriptions gravées sur des poteries, parce que ces matériaux ne comportent ni l'un ni l'autre du carbone dans leur composition. Pour cette raison, la datation des inscriptions et des ostraca est toujours beaucoup plus délicate et beaucoup moins précise que la datation d'un site, sauf quand le contenu du texte fournit par lui-même une date précise.
L'ostracon de Khirbet Qeiyafa, découvert en par l'équipe de Yosef GarfinkelA Fortified City from the Time of King David, Khirbet Qeiyafa Vol. 1 (2007-2008 Seasons), Jerusalem pourrait selon H. MisgavTranslation by Prof. Hagai Misgav at "Ancient Hebrew Poetry" blog puis Émile Puech être la plus ancienne inscription connue en hébreu ancien mais cette interprétation est contestéeChristopher Rollston, Reflections on the Qeiyafa Ostracon. Il a été trouvé sur le site de Khirbet Qeiyafa, une ville fortifiée de la Shéphélah (« bas pays »), entre les hautes terres à l'est et la plaine côtière à l'ouest, près de Bet Shemesh, dans une strate datée du ou (entre -1050 et -970, selon des mesures au carbone 14). L'ostracon lui-même n'est pas daté. La poterie trapézoïdale mesure sur . et comporte cinq lignes de texte.
Trois inscriptions ont été retrouvées à Tel Rehov ()Amihai Mazar, Three - Century B.C.E. Inscriptions From Tel Rehov, Saxa loquentur: Studien zur Archäologie Palälastinas/Israels – Festchrift für Volkmar Fritz (2003), 171-184..
Ni le Calendrier de Gezer (inscription lithographique, -1000) ni l'Abécédaire de Zayit (-1000) ne constituent des traces attestées de l'usage de l'hébreu ancien.
Ce n'est pas au mais seulement deux siècles plus tardSi les datations du font encore débat parmi les archéologues (chronologie haute, chronologie basse etc.), il convient de souligner que les datations du sont en dehors de ce débat et font au contraire l'objet d'un consensus général. qu'apparaissent, dans la région de Jérusalem, les signes d'un usage généralisé de l'écriture. Toute une série d'études le montre clairement : pour l'introduction de l'écriture voir Jamieson-DrakeJamieson-Drake, D.W. (1991) Scribes and Schools in Monarchic Judah (JSOTSup 109, Sheffield, Almond Press)., pour l'écriture sur ostraca voir SassSass, B. (1993) The Pre-Exilic Hebrew Seals : Iconism vs. Aniconism. In Studies in the iconography of Northwest Semitic Inscribed Seals, edited by B. Sass and C. Uehlinger (Fribourg University Press): . et RenzRenz, J. (1995) Die Althebräischen Inschriften, Teil 1 : Text und Kommentar (Darmstadt : Wissenschaftlische Buchgesellschaft)., pour l'impression des sceaux voir Avigad et SassAvigad, N. et Sass, B. (1997) Corpus of West Semitic Stamp Seals (Jerusalem : The Israël Academy of Sciences and Humanities).. Rien de cela n'existe deux siècles plus tôt dans la Jérusalem de Salomon.
Le nombre d'ostraca (morceaux de matériaux sur lesquels on a écrit ou dessiné) trouvés en Juda augmente considérablement, de façon soudaine, à partir de -800 : c'est cette soudaine croissance qui atteste, sans ambiguïté, que la population du royaume de Juda apprend à lire l'hébreu dès -800. Dans le royaume d'Israël, à Samarie (ville), on a retrouvé un grand nombre d'ostraca attestant qu'il existe déjà une solide organisation bureaucratique sous les Omrides (-900), avec un usage à grande échelle de l'écriture. De plus, les jarres omrides de vin et d'huile d'olive portent des indications sur la provenance des produits, destinées à être lues par tous ceux qui les utilisent. L'archéologie démontre ainsi que le royaume d'Israël s'alphabétise un siècle avant le royaume de Juda. Selon Monica RectorHistoire de l'humanité T. 2, Des origines de l'écriture à l'invention de l'alphabet, éditions UNESCO, 2001, . .,
L'araméen (Aram est la Syrie) est introduit via Babylone et la Perse et son usage en Juda est attesté vers -600. Une des inscriptions en araméen les plus anciennes qui ait été retrouvéeNaissance de la Bible. Une écriture au fil des siècles, Le Monde de la Bible, Hors série 2006, éditions Fayard, p.25 semble être la Stèle de Tel Dan, postérieure à -1000 (son écriture en araméen dérive du phénicien). Les premiers textes bibliques (en araméen) qui ont été retrouvés sont datés de -300 (les manuscrits de la Mer Morte s'échelonnent entre -300 et +100).
Fonction de l'écriture hébraïque sous Ézéchias
Sous Ézéchias (-727 – -698) en revanche, l'inscription proto-hébraïque gravée dans le tunnel de Siloé confirme clairement que la population de Jérusalem est alors alphabétisée. Destinée à être lue, cette inscription commémorative est écrite dans le but de fournir une information au lecteur, ce qui montre le rôle que l'on assigne désormais à l'écrit et l'importance qu'on lui accorde. Antérieurement, les stèles commémoratives que l'on trouve en abondance dans toutes les grandes cultures ont toutes un style de récit fortement laudateur, que l'on ne comprend que si l'on sait qu'on attribue alors à l'écriture une fonction magique. Cette fonction est attestée en Égypte par le nom même des écoles qui forment les scribes : c'est dans les Écoles de Vie (au sein des Maisons de Vie) que les scribes apprennent, par la magie de l'écriture, à créer les enveloppes virtuelles capables de recevoir la vieClaire Lalouette, Thèbes ou la naissance de l'empire, éditions Flammarion, 1995, et note 69 .. Le percement du tunnel de Siloé, tour de force technologiqueRonny Reich, Université de Haïfa, film « La Bible dévoilée », chap. 7 de l'épisode 3. se trouve mentionné dans la Bible (Ézéchias « avait construit la piscine et le canal pour amener l'eau dans la ville » 2R 20,20) : le présent laisse maintenant des traces écrites et les récits bibliques auront désormais un fondement historique précis, même s'ils arrangent certains faits. Ce n'est pas du tout le cas quand les rédacteurs de la Bible décrivent un passé mythique sans fondement historique précis.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Israël Finkelstein et Neil Silberman, « Les rois sacrés de la Bible. À la recherche de David et Salomon », Éditions Bayard, 2006. T. Levy and T. Higham, editors, Radiocarbon Dating and the Iron Age of the Southern Levant : The Bible and Archæology Today, Londres, 2005 (27 contributions, 448 pages).
Articles connexes Code de langue IETF de l'hébreu ancien : hbo Alphabet hébreu Alphabet paléo-hébraïque Israël antique Histoire de la Palestine Stèle de Mérenptah Stèle de Tel Dan Archéologie de la période biblique linguistique liste de langues langues par famille langues afro-asiatiques langues sémitiques hébreu
Liens externes
Un film en 4 parties, « La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie », a été réalisé en 2005 par Thierry Ragobert, écrit par Isy Morgensztern et Thierry Ragobert, sur le travail d’Israël Finkelstein et de Neil Asher Silberman, avec la participation de Jacques Briend, Professeur honoraire de l'Institut catholique de Paris, et de Thomas Römer, Professeur d’Ancien Testament à l'université de Lausanne. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman jouent leur propre rôle. Le film a été diffusé sur Arte et sur France 5, le coffret de 2 DVD est sorti en aux Éditions montparnasse. Naissance de l'écriture hébraïque, par Laurent Héricher
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