Katharine Hepburn Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API., née le à Hartford (Connecticut) et morte le à Old Saybrook (Connecticut), est une actrice américaine.
Surnommée « Miss Kate »., Hepburn compte parmi les grands mythes hollywoodiens. Dotée d'un fort tempérament, elle refuse les conventions ; éclectique et prolifique, elle excelle dans le registre de jeunes femmes loufoques ou de vieilles filles aigries (notamment dans les comédies de George Cukor et Howard Hawks) avant d'endosser le costume de souveraines d'Écosse et d'Angleterre (pour John Ford et Anthony Harvey).
Elle détient le record, inégalé jusqu’à présent, de l’actrice la plus oscarisée au monde, puisqu’elle a reçu l'Oscar de la meilleure actrice à quatre reprises, sans jamais venir chercher ses récompenses. En 1999, Katharine Hepburn est classée par l'American Film Institute comme la « plus grande actrice de légende du cinéma américain ».
Elle n'a aucun lien de parenté avec l'actrice Audrey Hepburn, troisième de ce même classementElles n'ont d'ailleurs pas la même nationalité : Audrey est anglaise alors que Katharine est américaine..
Biographie Jeunesse et débuts au théâtre vignette|Katharine Martha Houghton Hepburn et ses six enfants. Katharine Hepburn... est la deuxième des six enfants. (Richard Houghton Hepburn, Dr. Robert Houghton Hepburn, Margaret Houghton Perry, Marion Hepburn Grant et Thomas Houghton Hepburn.) du médecin urologue, pionnier de l'hygiène sexuelle, Thomas Norval Hepburn (1879-1962) et de la suffragette (militante de la Women's Social and Political Union), Katharine Martha Houghton (1878-1951)..
Elle est élevée dans une famille cultivée du New Jersey. D’une nature indépendante, elle affirme un caractère bien déterminé. Garçon manqué, elle porte les cheveux courts et aime se faire appeler JimmyCf. page 30 de la biographie de Charlotte Chandler : I Know Where I'm Going: Katharine Hepburn, a Personal Biography, 2011 ; Milwaukee, WI: Applause . Elle dira : « Mon grand regret, dès mon enfance, fut d'être une fille. Quand on m'interdisait les jeux de mes frères, j'allais chez le coiffeur me faire raser la tête et mettais des pantalons longs. »Voir 1er chapitre de l'article sur Cinévogue du 27 août 1946 (page 10 et 11) - Lire sur Gallica. Très tôt, après des études à l’Oxford School et au Collège Bryn Mawr, elle s’intéresse aux cours d’art dramatique. En 1921, elle est traumatisée par la découverte de son frère aîné Thomas pendu (probablement un suicide)...
À l’âge de 19 ans, elle abandonne ses études et se rend à Baltimore dans une compagnie théâtrale où elle commence par de petits rôles, dans La Tsarine et The Cradle Snatchers ; puis part pour New York pour monter The Big Pond, sans grand succès.
À vingt ans, elle pose nue pour un peintre. Le poète Phelps Putman dit d'elle : « Elle était l'anarchie vivante du cœur. Elle était aussi impolie que la vie et la mort. »
« Garce » , elle épouse par commodité un homme d'affaires, Ludlow "Luddy" Ogden Smith, en 1928., pour se plonger sans souci dans sa seule passion, le théâtre. Elle est pourtant mauvaise et le sait. Après sa première représentation de The Lake à Broadway, la romancière et critique Dorothy Parker écrit : « Allez donc voir Miss Hepburn décliner toute la gamme des émotions de A à B ». À la suite de cet échec, elle ne retrouve plus de rôle, et s'acharne.
En 1930, elle assiste à la conférence lors de laquelle Lee Strasberg énonce le dogme de l'Actors Studio : « Nous jouerons toutes sortes de pièces. Nous serons tous égaux : vedette une semaine, simple figurant la suivante ». Kate, qui "cachetonne" depuis presque dix années, ne peut accepter et claque la porte du théâtre.
Elle obtient enfin ses premiers succès à Broadway dans Art and Mrs Bottle, en 1931, et surtout dans The Warrior’s Husband (1932), dans le rôle d’Antiope, reine des Amazones, où elle impressionne favorablement les critiques.
À la conquête d´Hollywood vignette|gauche|upright=0.9|Katharine Hepburn en 1932 dans la pièce de théâtre The Warrior's Husband.
Katharine Hepburn tente sa chance à Hollywood. À l'époque, les nababs des studios cherchent justement une Américaine capable de concurrencer la Suédoise Greta Garbo avec une morphologie androgyne, un visage diaphane et une personnalité raffinée. Lorsque Kate se présente, sa sveltesse et son indépendance impressionnent David Selznick (l'un des directeurs de la RKO alors) qui lui propose en 1932 son premier film, Héritage (A Bill of Divorcement)., aux côtés de John Barrymore, réalisé par George Cukor, qui devient son réalisateur préféré. Ils tournent sept films ensemble et plusieurs téléfilms.
Forte de ses derniers succès au théâtre, l’actrice négocie un avantageux contrat. Arrivée en 1932 à Hollywood, elle détonne dans cet univers très glamour par son physique, par sa façon d’être et de s’habiller (pantalon et chemise désassortis qu'à part Katharine Hepburn à cette époque, seules Greta Garbo et Marlene Dietrich avaient osé porter).
vignette|upright=1.1|Les Quatre Filles du docteur March (1933).
Son tempérament est à l’opposé des stéréotypes féminins de l’époque incarnés par Greta Garbo, la femme mythifiée, par Marlene Dietrich, la femme fatale inaccessible à l’érotisme trouble, ou par Mae West et Jean Harlow, stars à la sexualité agressive. Elle va incarner les nouvelles héroïnes de l’écran : indépendantes et actives, affirmant leur personnalité propre, non pas dans la sécurité du mariage, mais dans la volonté d’agir de façon égale, sinon supérieure, à celle d’un homme.
Elle campe une ambitieuse aviatrice prête à tout dans La Phalène d'argent, son second film ; une jeune fille indépendante qui renonce à l’amour pour devenir écrivain dans Les Quatre Filles du docteur March ; une fille « garçon manqué », travestie en homme, dans Sylvia Scarlett ; la reine Marie Stuart pour John Ford ; une militante féministe qui assume sans honte sa condition de fille-mère dans La Rebelle.
Très vite, les producteurs, réalisateurs et vedettes succombent à son charme et sont victimes de son caractère. Dès ses premiers films, elle donne son avis sur tout et fait preuve d’un sens artistique inné.
Vedette attitrée de la RKO, elle obtient dès son troisième film l’Oscar de la meilleure actrice dans Morning Glory.. Une année plus tard, en 1934, elle divorce de Ludlow Oggen Smith.
vignette|upright=0.9|L'Impossible Monsieur Bébé (1938).
George Cukor, tout de suite fasciné par l’actrice, renouvelle leur collaboration dans Les Quatre filles du docteur March. Dès leur première rencontre naît une amitié qui dure toute leurs vies. Elle reçoit pour ce film la toute première coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine de la Mostra de Venise. En 1936, elle retrouve pour la troisième fois George Cukor avec Sylvia Scarlett dans lequel elle interprète le rôle d’un garçon manqué se transformant en jeune femme épanouie grâce à l’amour. Lourd échec critique et commercial, ce film inclassable est pourtant l'un des plus beaux de Cukor dans les années trente.
Bien que le public l'adule, beaucoup de ses films sont des fiascos et elle est surnommée « poison du box-office ». Peu à peu les portes des studios se ferment.
Elle renoue pourtant avec le succès dans son dernier film à la RKO, l’extraordinaire L'Impossible Monsieur Bébé d’Howard Hawks. Cette comédie loufoque, chef-d’œuvre de la « screwball comedy », reste un modèle du genre, grâce notamment au duo hors pair formé par Katharine Hepburn et Cary Grant. Après avoir racheté son contrat à la RKO deux mille dollars, elle retrouve Cukor, son réalisateur fétiche, et Cary Grant, son partenaire de prédilection, pour une brillante comédie à la Columbia, Vacances.. C'est un nouveau succès au box-office.
Sollicitée pour le rôle tant envié de Scarlett O'Hara, pourtant bien décidée à l’obtenir, elle refuse de tourner un bout d’essai et voit ainsi le rôle lui échapper.
Star de la MGM Entre-temps, Katharine se laisse séduire par le très fantasque milliardaire Howard Hughes. Amants et associés, ils achètent les droits de la pièce The Philadelphia Story et l'infatigable Kate triomphe deux années durant sur les planches. Lorsque Howard Hughes envoie des limousines au domicile de l'actrice pour lui permettre de rejoindre les studios plus confortablement, elle n'hésite pas une seconde à décliner, préférant utiliser son vélo.
Les studios s'intéressent de nouveau à elle, qui fait monter les enchères et négocie durement avec Samuel Goldwyn, les frères Warner et même Louis B. Mayer. Pour son retour, elle exige George Cukor comme réalisateur, James Stewart et Cary Grant comme partenaires (cf. Indiscrétions).
Louis B. Mayer, patron de la MGM, cède aux demandes de la star. En effet, la MGM a un grand besoin de renouveler ses stars féminines en ce début de décennie. Greta Garbo et Norma Shearer sont sur le point de se retirer des écrans, Myrna Loy interrompt sa carrière pour travailler à la Croix-Rouge, Joan Crawford est sur la sellette et va quitter la MGM en 1943 pour la Warner. La firme au lion a absolument besoin d’une forte personnalité et Katharine Hepburn arrive à point nommé. Le film Indiscrétions est un énorme succès. L'actrice obtient le prix de la critique new-yorkaise et une nomination aux Oscars, James Stewart reçoit la précieuse statuette.
En 1940, elle fait son entrée parmi les stars de la firme Metro-Goldwyn-Mayer, avec un contrat de longue durée assorti de privilèges, dont celui de pouvoir choisir ses partenaires.
vignette|gauche|upright=1.2|Spencer Tracy et Katharine Hepburn dans Madame porte la culotte (1949).
Après le succès d’Indiscrétions et une pause de quelques mois, elle reçoit un scénario de Ring Lardner Jr., Michael Kanin et Garson Kanin, La Femme de l'année. C’est la rencontre avec Spencer Tracy, celui qui va devenir l’homme de sa vie. Ils forment l'un des couples les plus célèbres de l’histoire du cinéma et tournent neuf films ensemble. Les films MGM suivants sont plus conventionnels, malgré de grands réalisateurs comme Vincente Minnelli, Elia Kazan, Clarence Brown, Frank Capra. Deux brillantes comédies de George Cukor, Madame porte la culotte et Mademoiselle Gagne-Tout, écrites par Ruth Gordon et par Garson Kanin (nommés les deux fois aux Oscars), donnent une nouvelle preuve de la merveilleuse complicité du couple Tracy-Hepburn.
C’est aussi l’époque du maccarthisme. Katharine, qui ne cachait pas sa désapprobation de ce comité chargé d'enquêter sur les activités anti-américaines des artistes d’Hollywood, déclare notamment :
Son contrat avec la MGM se termine en 1952 et Katharine retrouve son indépendance.
Une femme indépendante vignette|upright=0.9|Katharine Hepburn et Humphrey Bogart dans L'Odyssée de l'African Queen (1951).
Après un retour à Broadway triomphal et une tournée pour une pièce de Shakespeare, Comme il vous plaira, John Huston lui propose un film avec Humphrey Bogart : L'Odyssée de l'African Queen. Réalisé en décors naturels à Biondo en république démocratique du Congo (alors Congo belge), le tournage est éprouvant en raison des conditions climatiques pénibles, ce qui n’empêche pas les deux acteurs de composer un duo haut en couleur qui va faire la joie des spectateurs. Le film reçoit quatre nominations aux Oscars pour John Huston, Katharine Hepburn, James Agee (scénario) et Humphrey Bogart, qui obtient la précieuse statuette.