Han van Meegeren, né Henricus Antonius van Meegeren le à Deventer (Overijssel) et mort le à Amsterdam, est un peintre, restaurateur d'œuvres d'art et faussaire néerlandais.

Il serait l'un des faussaires en art les plus adroits du , ayant réussi à extorquer entre de dollars américains aux personnes qu’il a escroquées. Sa vie est liée à la renommée de Johannes Vermeer, peintre très prisé des grands collectionneurs à partir de la fin du , et dont environ trente-cinq œuvres seulement nous sont parvenues.

Biographie Son professeur, Bartus Korteling, ayant suscité très tôt chez lui le désir d'être peintre, van Meegeren s'enthousiasme pour les couleurs utilisées par les peintres de l'Âge d'or des Pays-BasFranck Ferrand, « Vermeer » sur Europe 1, juin 2012.. Korteling lui enseigne même comment broyer ses propres couleurs à l'ancienne.

Malheureusement, son père ne partage pas la passion pour l'art de son fils et l’envoie étudier l'architecture à la Hogeschool de Delft. Van Meegeren se lasse vite de ces études imposées et commence avec un certain succès une carrière de peintre, en pratiquant au début l'art moderne. Il s’ennuie vite et se sent attiré par les couleurs et les perspectives décadentes de certaines peintures du siècle d'or néerlandais.. À ce moment-là, cependant, ce sont les peintres de l'École de la Haye, à laquelle Vincent van Gogh était associé au début de sa carrière, que l'on place le plus haut et qui sont les plus demandés aux Pays-Bas.

Ses débuts en 1913 attirent l'attention. Il reçoit même la médaille d'or du prix quinquennal de la Technische Hogeschool de Delft. Soutenu par sa femme, Anna de Voogt, il organise sa première exposition personnelle à La Haye en 1917, où toutes ses toiles sont vendues. Van Meegeren rencontre et s'éprend à cette occasion de Jo Van Walraven, nom de théâtre de l’épouse du critique Karel Hendrik De Boer, qui a parlé en bien de son exposition.

Il tient une seconde exposition . Les critiques d'art dénigrent le travail de van Meegeren comme une imitation qui sent la fatigue, si bien que les galeries et les musées n’achètent plus ses peintures.

Van Meegeren ne reste pas sans se défendre devant ces attaques et étrille les critiques d'art dans un article agressif publié par son magazine De Kemphaan. Les critiques d'art l'ayant attaqué et brisé sa carrière, il subsiste en restaurant des tableaux anciens, qu'il doit parfois repeindre entièrement. Cela lui donne l'idée de fabriquer des faux tableaux de maîtres flamands. Il parvient à copier leur style et leurs couleurs avec une telle perfection que les méthodes d'authentification de l'époque ne permettent pas de déceler la fraude. Après avoir passé six ans à mettre au point ses techniques, il produit ainsi des imitations parfaites de peintures de Frans Hals, Pieter de Hooch, Gerard ter Borch et Johannes Vermeer, dont il vend son premier pastiche en 1934, la Femme lisant de la musique. Les meilleurs critiques d'art et experts de ce temps les considèrent comme des peintures authentiques et quelquefois géniales, à l'exception d'Abraham Bredius qui, s'opposant à Cornelis Hofstede de Groot, décrète que le Lachende Cavalier (« Cavalier riant ») de Frans Hals est un faux.

Fort de ses premiers succès, il quitte sa femme et ses enfants et part avec sa maîtresse Jo Oerlemans sur la Côte d'Azur à Roquebrune, où il installe un atelier pour y produire ses faux. Il se procure des pigments utilisés du temps de Vermeer, y compris des lapis-lazuli qu'il achète à Londres, ainsi que des tableaux sans importance du , dont il gratte la couleur pour ne conserver que le support d'époque. Il construit également un four pour y faire sécher ses toiles afin que la couleur et les craquelures les rendent indiscernables d'un tableau ancien.

Dans cette activité particulière, il s'attache principalement à la création de faux Vermeer. Sachant que Vermeer a peint des toiles d'inspiration religieuse durant sa jeunesse, van Meegeren a l'idée de peindre une toile perdue à caractère religieux de Vermeer. Sa toile Les Disciples d'Emmaüs (1937) trompe dans les années 1930 et 1940 les meilleurs expertsVermeer réalisa un seul tableau religieux, Le Christ dans la maison de Marthe et Marie, aussi il était plus facile de créer un faux religieux du grand maître.. Pour y arriver, il achète des bois d'époque, vernit ses toiles et les place dans un four à pour durcir la peinture, puis les enroule autour d'un bâton pour reproduire des craquelures. Enfin, il remplit les craquelures d'encre noire pour imiter la poussière accumulée.. Pour parvenir à ces résultats, il expérimente durant quatre ans afin de tromper les investigations scientifiques. De plus, il utilise la technique des pointillés à laquelle Vermeer recourait surtout dans ses dernières œuvres.

Van Meegeren présente son tableau en 1937. Il se rend chez un avocat à qui il raconte l'histoire d'une vieille famille hollandaise propriétaire d’un château où étaient accrochés bon nombre de tableaux. On lui aurait confié la vente du tableau moyennant commission. L'avocat confie la toile à Abraham Bredius, expert d'art hollandais, qui déclare, après plusieurs jours d'étude, qu'il s'agit d'un authentique Vermeer, peint durant son hypothétique séjour en Italie et dont la production était considérée comme perdue. Son avis prévaut, malgré quelques doutes émis notamment par le galeriste Georges Wildenstein. Par la suite, van Meegeren peint six faux Vermeer et deux Pieter de Hooch, reconnus également comme authentiques.

C'est durant la Seconde Guerre mondiale que van Meegeren connaît l'apogée de sa carrière : ses peintures sont accrochées dans les musées et ses chefs-d'œuvre sont célébrés dans le monde entier. La vente de ses faux est facilitée par l'occupation allemande aux Pays-Bas. De riches Néerlandais, voulant empêcher que les œuvres d'art de leur pays tombent aux mains d'Adolf Hitler et de membres du parti nazi, achètent ses imitations. Un faux « Vermeer », œuvre de Han van Meegeren, Le Christ et la parabole de la femme adultère, se trouve néanmoins en possession d'Hermann Göring, qui a proposé en échange saisies dans les musées de Hollande. Un livre sur Gerard Terborch publié en 1943Gerard Terborch, Fr. Hannema, De Gulden Ster, Amsterdam, sans date, mais la préface est datée de 1943. Ce Fr. Hannema doit être Dirk Hannema, cf. l'article de la Wikipédia anglophone. porte une dédicace imprimée : « Aan HAN VAN MEEGEREN /Den Kenner en bewonderaar/ van Terborch's edele kunst » (« À Han van Meegeren le connaisseur et admirateur du noble art de van Terborch »).

Après la Seconde Guerre mondiale, les Forces alliées découvrent ce « Vermeer » et son véritable auteur est arrêté pour avoir collaboré avec les Allemands, car on croit réellement qu'il a vendu aux nazis et à Hermann Göring un trésor culturel de son pays. Van Meegeren proteste en faisant remarquer qu'il a plutôt échangé son tableau contre saisies par les nazis. Mais comme il a cédé ce qu'on croit être un authentique Vermeer et qu'un tel crime est passible de la peine capitale, van Meegeren préfère avouer la falsification et entreprend de se disculper en peignant un autre « Vermeer », Jésus et les Docteurs, dans sa cellule, en présence de six témoins...

À la suite d'une enquête détaillée, menée par des experts internationaux commissionnés par la cour régionale de justice d'Amsterdam, il est confirmé que la peinture de Göring ne peut pas dater de l'Âge d'or néerlandais et qu'elle est en réalité un faux. Han van Meegeren n’est plus voué aux gémonies comme collaborateur, mais célébré par le public néerlandais comme un escroc subtil, dont les faux ont réussi à duper à la fois les experts et le très détesté Hermann Göring.

La cour régionale de justice d'Amsterdam n'en condamne pas moins Han van Meegeren à la peine minimale (un an de prison), pour faux et tromperie. Van Meegeren ne l'accomplira pas car le , dernier jour pour faire appel de la décision de justice, il est victime d'une crise cardiaque et envoyé à la Valeriuskliniek, un hôpital d'Amsterdam, où il meurt le .

La critique de Jean Decoen vignette|La Dernière Cène peinte par Han van Meegeren. Dans un livre de 1951 Jean Decoen, expert et restaurateur d'art de Bruxelles, fait savoir qu'il croit que deux des peintures attribuées à van Megeeren, Les Disciples d'Emmaüs et La Dernière Cène, sont d’authentiques Vermeer. Il avance que les conclusions de l'équipe du , directeur de l'Institut royal du patrimoine artistique à Bruxelles, sont erronées et que les peintures doivent subir un nouvel examenDecoen, Jean (1950). Back to the truth, Vermeer-Van Meegeren :Two genuine Vermeers. Rotterdam, éditions Ad. Donker. Illustrations : n/b. .Schueller, 1953:48-58..

Daniël George van Beuningen, un armateur qui avait acheté La Dernière Cène et d'autres peintures, exige que le admette publiquement qu'il s’est trompé dans son analyse des tableaux de van Megeeren. Devant son refus, il l’attaque en justice, affirmant que l’appréciation injuste de La Dernière Cène a diminué la valeur de son « Vermeer » et réclame une indemnité de ( de dollars américains actuelsTo obtain the relative value in U.S. currency for a given year the number of guilders was divided by the rate of exchange (guilders or pounds per dollar) for that year. The value in U.S. currency for a given year was then entered into the formula at What is the Relative Value? to obtain the relative value in currency in “today’s” money (Consumer Price Index for 2005).). Fixé initialement au , le jugement est retardé en raison de la mort de van Beuningen le . Sept mois plus tard, le tribunal entend les arguments de ses héritiers, mais tranche en faveur de Paul Coremans et les conclusions de la commission sont confirméesGodley, 1951:256-258..

Recherches ultérieures En 1967, l'Artists Material Center de l'université Carnegie-Mellon de Pittsburgh examine plusieurs des « Vermeer » figurant dans ses collections. Mené sous la direction de Robert Feller et de Bernard Keisch, l'examen confirme qu'un certain nombre de ces peintures ont en fait été réalisées à l'aide de matériaux inventés au . On en conclut que ce sont des faux, dus à van Meegeren, ce qui confirme les conclusions de la commission Paul Coremans de 1946 et invalide celles de Jean DecoenKeisch, B.; Feller, R. L.; Levine, A. S.; Edwards, R. R. (1967). "Dating and Authenticating Works of Art by Measurement of Natural Alpha Emitters". Science 155 (3767): 1238–1242.. Voici résumés ci-dessous les résultats des tests obtenus par l'équipe de Carnegie Mellon.

Han van Meegeren savait qu’à l’époque de Vermeer on utilisait de la céruse, mais évidemment il avait bien été obligé de se procurer de la céruse moderne, très différente de celle du . À l'époque de Vermeer, le plomb utilisé aux Pays-Bas était extrait de gisements locaux, mais à partir du , on l'a importé d'Australie et des Amériques, et il différait de la céruse utilisée par Vermeer à la fois dans la composition isotopique du plomb et dans la teneur en oligo-éléments contenus dans les minerais. La céruse des Pays-Bas était extraite à partir de minerais contenant des niveaux élevés d'oligo-éléments comme l'argent et l'antimoineStrauss, R.(1968). Analysis of investigations of pigments from paintings of south German painters in the 17th and 18th century. (With 62 slides). Thèse. Université technique de Munich., alors que la céruse moderne dont se servait van Meegeren ne contenait ni argent, ni antimoine, du fait que ces éléments sont séparés du plomb au cours du processus moderne de fusionExhibition catalog Essen and Berlin. Falsification and Research (1976) "Museum Folkwang, Essen and Staatliche Museen Preußischer Kulturbesitz, Berlin". Berlin. Langue : allemand. ..