L’investissement socialement responsable (ISR) est une stratégie d'investissement qui tient compte à la fois de critères de performance financière et d'exigences environnementales et sociétales. Il poursuit un double objectif : concilier rentabilité économique et responsabilité sociale. L’ISR met donc en pratique des principes du développement durable dans le domaine des placements financiers.

Définitions L'investissement socialement responsable ne dispose pas d'une définition unique.

L'Association française de la gestion financière (AFG) et le Forum pour l'investissement responsable (FIR) définissent en 2013 l'ISR comme . L'ISR vise à influencer le comportement des agents économiques que sont les entreprises.

Le Comité économique et social européen définit en 2011, que le concept d'ISR recoupe plus largement l'ensemble des ainsi que qui intègrent .

L'ISR se fonde sur plusieurs stratégies d'investissement issues des critères extra-financiers que sont les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Ils peuvent être appliqués à divers produits d'investissement.,pour sélectionner des titres de sociétés via des actions, des obligations, des obligations souveraines., des comptes courants, des livrets d'épargne et des dépôts structurés, pour en maximiser les bénéfices pour l'investisseur et pour la société.

Des avancées restent sans doute nécessaires en matière de transparence, non seulement concernant leurs produits, mais également quant à leurs activités au regard des principes de l’ISR et de leur engagement en matière de responsabilité sociale des entreprises (RSE), comme l’ont révélé les enquêtes menées par certaines associations de consommateurs dans plusieurs États membresQuestion d'un parlementaire européen.

Historique

Premières formes L'investissement socialement responsable trouve ses racines dans le monde anglo-saxon, dans le mouvement religieux philanthropique des Quakers, au . Ce mouvement est engagé contre l'esclavage, l'activité corsaire et tout acte de violence ; à la fin du aux États-Unis où des communautés religieuses interdisaient à leurs membres d’investir dans des sociétés d’armes, d’alcool ou de tabac.

Émergence moderne En 1971, le premier fonds d'investissement socialement responsable est créé, lorsque deux pasteurs de l’Église méthodiste, Luther Tyson et Jack Corbett, lancent le pour investir dans les entreprises non liées à l’armement.

En France, en 1983, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) fonde le premier fonds commun de placement de partage Faim et développement, dont les souscripteurs reversent entre 50 % et 75 % des revenus de placement à la Société internationale pour le développement et l’investissement (Sidi), affectée à la création d'entreprises dans le tiers-monde. Le fonds est géré par Ecofi Investissements une filiale du Crédit coopératif.

Croissance et développement Depuis le , les principes pour l’investissement responsable (UNPRI) sont désormais consacrés par l'Organisation des Nations unies dans le prolongement du pacte mondial. Ces principes marquent la reconnaissance de l’ISR à l’échelle mondiale. En 2016, l'initiative compte 1596 signataires à travers le monde représentant près de 60 trillions de dollars d'actifs gérés.

Le développement de l'ISR est lié à la manière dont les investisseurs dans leur ensemble sur un marché financier globalisé appréhendent la donne sociale et environnementale. Les rapports annuels du CERES. indiquent clairement depuis 2005 un changement d'attitude de plus en plus net notamment dans le secteur bancaire, véritable "colonne vertébrale" de l'économie mondiale qui prend de plus en plus au sérieux l'impact du changement climatique dans sa gestion des risquesJackson, Kevin T., Building Reputational Capital: Strategies for Integrity and Fair Play That Improve the Bottom Line (Oxford University Press, 2004)..

Analyse financière ESG L’investissement responsable s’articule autour de trois critères fondamentaux d’évaluation et de sélection : l’environnement, le social et la gouvernance. Ces critères ESG sont devenus les piliers de l’investissement socialement responsable.

Critère environnemental Les fonds d'investissement peuvent utiliser le critère environnemental comme critère matériel d'analyse. Ils se basent alors sur le reporting extra-financier de l'entreprise, ou sur des données tierces, pour estimer les émissions de gaz à effet de serre et l'impact de l'entreprise sur la biodiversité.

Critère du capital social Le critère du capital social est centré sur une estimation ou sur l'exploitation de données extra-financières de l'entreprise ayant trait au respect des droits de l'Homme, aux relations entretenues par l'entreprise avec les populations autochtones sur les lieux de production et d'exploitation de ressources, etc.

Critère du capital humain Le critère du capital humain concerne l'inclusivité et la diversité au sein de l'entreprise, ainsi que son respect du droit du travail.

Critère du leadership et de la gouvernance Le critère du leadership et de la gouvernance évalue la qualité du management au sein de l'entreprise, ainsi que de la gestion des accidents et de la sécurité au travail.

Limites de l'approche ESG Une étude scientifique de 2023 montre que les fonds d'investissement responsables utilisant une approche ESG ne sont pas mieux notés au niveau des émissions de carbone que l'indice de marché conventionnel MSCI World : 23 % d’un échantillon de 670 fonds ISR domiciliés en Europe ont une empreinte carbone directe supérieure à celle de l’indice de marché conventionnel MSCI World, choisi comme référence.

Les principales approches ISR

Best-in-universe L'approche best-in-universe est une approche qui consiste à sélectionner les entreprises qui ont les meilleures pratiques environnementales, sociales ou de gouvernance en valeur absolue. De loin la plus répandue en France, elle consiste à privilégier les entreprises les mieux notées d'un point de vue extra-financier au sein d'un secteur d'activité.

Best-in-class L'approche best-in-class est une approche qui consiste pour un fonds à sélectionner des émetteurs ayant les meilleures pratiques ESG au sein de leur secteur d'activité. Cette stratégie permet une sélection plus fine que la stratégie best-in-universe.

Engagement L'engagement est une stratégie par laquelle un fonds d'investissement s'engage activement auprès des actionnaires, voire au sein du conseil d'administration de l'entreprise.

Exclusion La stratégie d'exclusion est la première méthode historiquement utilisée par les fonds ISR. L'investisseur décide d'exclure de son portefeuille des secteurs d'activité entiers, tels que le tabac, les armes à feu ou encore la pornographie (exclusion sectorielle). Les fonds peuvent aussi pratiquer une exclusion normative, c'est-à-dire ne plus investir dans des entreprises qui ne respectent pas certaines normes ou conventions internationales.

Désinvestissement La stratégie de désinvestissement consiste en un retrait, immédiat ou progressif, des investissements d'un fonds dans une entreprise qui ne correspond pas aux critères ESG.

Approche thématique L'approche thématique est une stratégie par laquelle un fonds n'investit que dans des entreprises travaillant dans un secteur donné, ou favorisant certaines pratiques. Les investissements seront ainsi concentrés dans des entreprises actives dans les domaines du développement durable tels que les énergies renouvelables, l'eau, le traitement des déchets, la santé, etc.Cependant, que la thématique soit environnementale ou sociale, les entreprises doivent passer au travers d'un filtre ESG.

Engagement actionnarial L'engagement actionnarial est la stratégie qui consiste, pour les investisseurs, à dialoguer avec les entreprises pour exiger une politique de responsabilité sociale plus forte et le cas échéant, à marquer leur opposition par l’exercice des droits de vote en assemblées générales. On parle également dans ce cas d’activisme actionnarial.

Value integration La value integration est une stratégie financière par laquelle un fonds d'investissement recalcule la valeur des entreprises en y incluant une valeur supplémentaire (ou en soustrayant de la valeur) sur la base de ses performances ESG. Cela permet de rendre la valeur estimée plus conforme à la valeur réelle de l'entreprise une fois son action environnementale et sociétale prise en compte.

Les labels responsables Avec ce nouvel engouement de la part des investisseurs et des acteurs de la finance durable, de nombreux labels sont créés pour certifier les engagements des sociétés de gestion en matière d’analyse ESG et de stratégie ISR. Parmi les plus répandus, le label ISR est sans aucun doute celui qui a la plus forte notoriété en France et en Europe. D’autres labels gagnent à être connus avec des critères de sélections différents et complémentaires.

Le Label ISR

vignette|250x250px|Logo du label ISR. Le label ISR est créé par le Ministère des Finances en 2016 avec pour objectif de rendre plus visible les produits d’investissement socialement responsable. L'appellation ISR est disponible pour les épargnants français ainsi que pour les investisseurs de la plupart des pays européens.

Pour obtenir le prestigieux label ISR, les fonds sélectionnent des entreprises avec un processus strict, mené par des organismes indépendants et portant sur trois domaines différents. Le contrôle permet de prouver que la société a un fort impact dans au moins l’un des critères suivants, communément appelés critères ESG : Environnement, Social, Gouvernance

Le projet de refonte du label ISR proposera un référentiel plus exigeante pour les gestionnaires des fonds, plus lisible pour les épargnants et plus efficace pour accompagner les progrès de la finance vers une économie plus durable.

Le label Greenfin

Le label Greenfin, comme le label précédent, est créé par le ministère de la Transition Écologique et Solidaire. Lancé en 2015 au moment de la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques (COP 21), ce label est focalisé sur la mise en avant de la transition écologique. C’est une des raisons pour laquelle, ce label exclut systématiquement toute entreprise dont l’activité est liée aux combustibles fossiles et/ou nucléaires.

Contrairement au label ISR qui veut englober toutes les dimensions du développement durable, Greenfin est spécialisé dans seulement un objectif d’amélioration ESG : l’écologie.

Le label Greenfin autorise l'utilisation d'instruments financiers dérivés. si elle se limite à des techniques permettant une gestion efficace du portefeuille de titres. Elle ne doit pas avoir pour effet de dénaturer significativement ou durablement la politique d'investissement du fond.

En réalité, les autres critères sont aussi pris en compte, car sont exclus du prisme, les entreprises ayant eu des litiges portant sur l'écologie, les questions sociales ou la gouvernance de l'entreprise. Le label Greenfin est un parfait exemple de la finance verte qui se développe actuellement.

Comme pour le label précédent, les fonds ayant la volonté d'obtenir le statut Greenfin doivent faire appel à un organisme de certification tel que l'AFNOR. Après avoir fourni des informations sur la composition de son portefeuille, le fonds peut commencer la procédure de certification. La première étape consiste à vérifier que le fonds respecte bien les 4 critères fondamentaux du label Greenfin :

la part verte : respecter le référentiel de huit secteurs d'activités (Energie, Bâtiment, Gestion des déchets, Industrie, Transport, Digital, Agriculture, Adaptation au changement climatique) entrant dans le champ de la transition énergétique et écologique et de la lutte contre le réchauffement climatique ; les exclusions : le label Greenfin exclut du périmètre d'investissement certains domaines économiques : énergies fossiles, nucléaire ; la prise en compte des critères ESG ;