vignette|upright=1.3|Élevage ovin et bovin au . La traite du troupeau, peint par David Teniers le Jeune.
L’élevage est l'ensemble des activités qui assurent l'entretien et la multiplication des animaux souvent domestiques, parfois sauvages, pour l'usage des humains.
Histoire
Origines
Les premiers hommes vivaient de cueillette, de la pêche et de chasse. Au Néolithique les hommes passent d'une économie prédatrice à une économie productrice, ce qui se traduit concrètement par la domestication de certaines espèces dont les caractéristiques évoluent sous la pression d'une sélection artificielle menée par l'homme et dont l'archéologie apporte des preuves..
L'apparition de cette économie productrice pose cependant encore de nombreuses questions et beaucoup d'explications ont été proposées : d'ordre religieux, par exemple chez les Aïnous avec leur rituel de l'ours : d'ordre démographique, augmentation de la population, compétition entre groupes humains ; d'ordre climatique, évolution du climat entraînant une raréfaction des ressources naturelles.
La domestication donne alors (ou non) un résultat en fonction de l'animal utilisé ; loup conduisant à l'apparition du chien, bovins sauvages aux bovins domestiques, ou ours chez les Aïnous, ce qui ne mène à rien de matériellement utilitaire mais fournit une piste explicative. Des peintures murales de la civilisation mycénienne montrent que les animaux sont associés à la chasse, ainsi qu'à la tauromachie.
Premières traces
vignette|Vaches et moutons en pâture.
Les premières traces d'élevages d'herbivores découvertes sur les pourtours de la Mésopotamie datent d'environ 9000 : au Levant à Tell Aswad, dans les monts Zagros à Ganj Dareh pour la chèvre et dans la région de l'Anatolie du Sud-Est pour le mouton.
L'apparition du pastoralisme nomade daté de −6200 au Levant et en Arabie selon constitue une évolution notable ; Juris Zarins s'oppose ainsi aux théories anciennes selon lesquelles le pastoralisme aurait pu apparaître avant l'agriculture. ; il suppose d'ailleurs des animaux ayant atteint un niveau de domestication suffisamment avancé pour que les troupeaux puissent être maîtrisés dans des espaces ouverts.
La sélection de races lainières à partir de −5000 chez les ovins., caprins (chèvre Kashmir), bovins (yack), lamas et même le chien facilite l'expansion de l'élevage et des populations de pasteurs vers les régions humides ou froides, nordiques ou de montagne.
gauche|vignette|Le mouflon corse, probable descendant d'ovins domestiqués d'Anatolie, les premiers animaux de production à l'avoir été, a un pelage ras. Ses ancêtres ne produisaient pas de laine utilisable.
L'homme, dès a contribué à introduire des espèces plus ou moins domestiquées hors de leurs zones naturelles de répartition, jusque dans les îles en Europe de l'OuestLepetz S. & Yvinec J.-H. (2002), Présence d'espèces animales d'origine méditerranéenne en France du nord aux périodes romaine et médiévale : actions anthropiques et mouvements naturels. In : Mouvements ou déplacements de populations animales en Méditerranée au cours de l'Holocène (A. Gardeisen, éditeur), British Archaeological Report, S1017 : 33-42, modifiant ainsi leurs caractéristiques écopaysagères premièresMac Arthur R.H. & Wilson E.O. (1967), Island Biogeography. Princeton University Press, Princeton, NJ, USA. L'élevage semble s'être beaucoup développé au Néolithique (dont en Europe et en France, dans le nord du pays par exempleArbogast RM (1994) Premiers élevages néolithiques du Nord-est de la France. ERAUL, LiègeMeniel P 1984) Contribution à l’histoire de l’élevage en Picardie du Néolithique à la fin de l’âge du Fer. Revue Archéologique de Picardie 3 (numéro spécial).Tresset A (1996) Chasse et élevage au Néolithique ancien dans le Sud-Est du Bassin Parisien. Rapport d’étude. SRA Île-de-France, Paris.), mais il semble longtemps coexister avec la chasseArbogast RM & Jeunesse C (1990) Ensisheim « Ratfeld », quelques données sur la chasse et l’élevage au Néolithique Rubané en Alsace, in Cahen D. & Otte M. (eds), Rubané et Cardial. ERAUL, Liège : 287-298Meniel P (1987) L'élevage en Gaule. Les structures de l’élevage en France septentrionale à la fin de l’âge du Fer. Archaeozoologia 1(2) : 149-166.. Dans la vallée de l’Aisne, les archéologues ont trouvé des traces ou indices d'élevage et d'exploitation animale durant au moins durant l'âge du bronzeAuxiette G (1994) Mille ans d’occupation humaine, mille ans d’élevage. L’exploitation des animaux sur les sites du Bronze inal à l’Augustéen dans la vallée de l’Aisne. Thèse de . Université Panthéon-Sorbonne (Paris I), Paris..
Durant l'Antiquité L'élevage se poursuit durant l'Antiquité et l'antiquité tardive (Bas-Empire romain et Haut Moyen Âge)J.-C. Le Blay, S. Lepetz & J.-H. Yvinec (1998), Évolution de l’élevage dans l’antiquité tardive (Bas Empire et haut Moyen Âge) en Île-de-France, in Publication des actes du Colloque « L’Antiquité Tardive en Île-de-France ». Ministère de la Culture, Paris : 50-67.J.-H. Yvinec (1988) L’élevage et la chasse, in Guadagnin R. (éd.), Un village au temps de Charlemagne. Moines et paysans de l’abbaye de Saint-Denis du à l’An Mil. Catalogue de l’exposition, Musée national des Arts et Traditions populaires. La réunion des musées nationaux, Paris : 226-236.. Durant le début du Moyen Âge en Europe, la consommation de viande semble avoir été relativement importante, au moins pour la partie la plus riche de la populationArticle « céréaliculture » du Dictionnaire du Moyen Âge, p. 239-240.. Fernand Braudel écrivait que Fernand Braudel, Civilisation matérielle…, tome 1, p. 110.. L'élevage fournissait d'autres ressources telles que le lait, le cuir, le boyau, la laine et la graisse, des outres… Il permit une civilisation de l'objet au : le cuir était transformé en chaussures ; le parchemin était de la peau traitée. La laine est la matière première de l'importante industrie du drap. Les boyaux et les cornes entraient dans la fabrication d'instruments de musique, d'outils, d'armes Toutes les premières civilisations connues semblent avoir pratiqué l'élevage y compris en Amérique : c'est le cas chez les Incas. La Chine, qualifiée de civilisation du riz par Braudel, est probablement le premier endroit où l'on a élevé des porcs et mis au point des élevages aussi différents que les poissons rouges et le ver à soie.
vignette|Colombier de château en Écosse. Les colombiers permettaient aux nobles et aux moines non seulement de se nourrir d'un mets échappant aux restrictions des jours maigres mais aussi de recueillir les fientes, gage d'un jardin luxuriant.
Les paysans utilisent la force des animaux pour les travaux agricoles : bœufs et chevaux tirent la charrue ou la herse. Ils réalisent les corvées de charrois (transport de vin, de blé, de bois, de paille). Les chevaux étaient parmi les biens les plus précieux des chevaliers et des armées. Plus tard, ils ont halé les navires et péniches sur les fleuves. Certains moulins et machines ont longtemps utilisé leur force de travail. L'élevage fournit aussi fumier, purin et fientes pour amender et fertiliser les terres.
Au début du En 2019, le cheptel bovin mondial (bœufs domestiques et buffles) s'élevait à 1,7 milliard de bêtes, le cheptel ovin (moutons et chèvres) à 2,3 milliards, celui des poulets à 25 milliards, celui des canards à 1,2 milliard et celui des porcs à 850 millions d'animaux..
En 2001, le porc était la viande la plus consommée au monde, surtout en Asie (59 % du cheptel, avec une demande alors en progression) ; (aussi disponible en PDF) Voir chapitre 1.. Depuis 2019, la production mondiale de poulet dépasse celle de porc, à 118 millions de tonnes contre 110. De 2000 à 2019, la production de poulet a doublé alors que celle de viande de porc augmentait de moins de 25 %. Sur la même période, la production de viande équine était en légère baisse..
En 2011, 65 milliards d'animaux ont été abattus dans le monde dont 58,11 milliards de poulets, et 320 millions de bovins. À l'échelle mondiale, la consommation de viande est en augmentation, particulièrement en Asie ; elle a atteint les 286,2 milliards de tonnes de produits carnés. La consommation par continent se répartit respectivement de la façon suivante : 46 % est consommée en Asie, 20 % en Europe, 14 % en Amérique du nord, 10 % en Amérique du sud, 5 % en Afrique et 4 % en Amérique centrale..
Les productions de l'aquaculture explosent, dépassant celle des pêches à la fin des années 2010. L'élevage massif des insectes pour l'alimentation animale voire humaine commence à s'organiser.
Disciplines et spécificités concernant l'élevage vignette|Viande. vignette|Laine de mouton.
Les diverses activités mises en œuvre pour l'élevage incluent notamment la gestion des animaux pour les multiplier, et leur fournir gîte, nourriture, soins, en vue de leur utilisation et/ou de leur production. Il fait appel à certaines sciences et de techniques dont : la physiologie animale, la sélection, le génie génétique (OGM), l'alimentation animale, la médecine vétérinaire, les techniques relatives au logement et à l'exploitation que l'on peut regrouper sous le vocable de zootechnie.
Alimentation gauche|vignette|Élan (espèce partiellement domestiquée), nourri avec des pommes dans un parc en Suède.
Reproduction et sélection
vignette|Moutons du Sénégal dans leur enclos.
Logement vignette|Élevage en plein air à Dakar. Les animaux peuvent être élevés complètement en extérieur, disposer d'abris qu'ils occupent occasionnellement ou bien être confinés en permanence. Les bâtiments, abris ou aménagements utilisés varient selon l'espèce et le type d'élevage : porcherie, bergerie, poulailler, ruche, étable.
Bien-être et santé animale
Économie L'élevage s'applique généralement aux espèces d'animaux domestiques, mais pas exclusivement. On élève aussi des animaux sauvages, pour des productions particulières par exemple les visons, pour la chasse et la pêche, comme auxiliaires des cultures, pour la sauvegarde d'espèces menacées, ce qui est d'ailleurs une des nouvelles missions des parcs zoologiques..
Productions
Les produits de l'élevage sont : les animaux eux-mêmes : nouvelles générations pour le renouvellement des troupeaux, animaux de repeuplement de territoire de chasse ou de pêche, animaux de compagnie, animaux d'agrément (en particulier de nombreuses espèces et races d'oiseaux) ; les produits et sous-produits carnés pour l'alimentation humaine ou animale : viande, abat, poisson et coquillages d'aquaculture, lait, œufs, miel ; des produits et sous-produits non alimentaires : poils, laine, cuir, plumes, duvet, fourrure, corne, soie, os, cire d'abeille ; fumier, purin, lisier, farines animales ; vignette|Moutons de Soay au sommet des fortifications de Lille. Comme la chèvre, ce mouton primitif peut brouter dans des endroits escarpés. Leurs ancêtres ont pu participer grâce à leur laine à la conquête des îles pluvieuses et venteuses du Nord-Ouest de L'Europe.une force de travail : traction animale et transports, chien berger, de handicapé, de garde ou policier, animaux chasseurs (furet, chat), chèvres « tondeuses-élagueuses » dans les ravins.
Contributions diverses L'élevage peut également contribuer : droite|vignette|Labour d'une rizière par des buffles, Java, 1997. droite|vignette|Le jharal ou thar de l'Himalaya, un caprin jamais domestiqué, a été sauvé de la disparition par l'élevage. Capable de se nourrir de buissons, il est devenu une espèce envahissante dans le sud de la Cordillère des Andes et des Alpes du Sud (Nouvelle-Zélande). à la préservation de certains milieux naturels (comme les zones humides par exemple.) ; à la pollinisation des plantes à fleurs sauvages ou cultivées ; ainsi, des producteurs de semences de tournesol et de colza demandent le placement de ruches près de leurs cultures aux apiculteurs qui acceptent si les agriculteurs s'engagent à cultiver selon des méthodes compatibles. ;