Jean-Baptiste-Marie Champion de Cicé (1725, Rennes — 1805, Halberstadt en principauté d'Halberstadt) est un ecclésiastique français du , évêque de Troyes puis d'Auxerre.
Famille Jean-Baptiste-Marie Champion de Cicé est le fils d'un membre du parlement de Bretagne. Jérôme-Vincent Champion de Cicé (1680-1750) et sa femme Marie-Rose de Varennes de Condat (1702-1784).
Il a pour frère Jérôme Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux et garde des Sceaux en 1789.
Il est le petit-neveu de Louis Armand Champion de Cicé (1648-1727), missionnaire en Nouvelle-France, en Chine puis au Siam dont cet ancêtre est le vicaire apostolique et évêque in partibus infidelium de Sabule de 1701 à 1727 (Société des Missions étrangères de Paris).
La famille possédait le château du Cicé Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées. sur la commune de Bruz ( au sud-ouest de Rennes, Ille-et-Vilaine) depuis environ 1566. Le château est érigé en baronnie en 1598.. Mais François de Cicé, membre du parlement de Bretagne, doit le vendre à la fin du à la suite de revers de fortune.. Ce château est pillé et dévasté en 1792 ou 1793...
Biographie Il naît le à Rennes, dans la paroisse de Saint-Aubin...
Il fait ses études à Paris, obtenant un doctorat en théologie.
Le cardinal Frédéric-Jérôme de La Rochefoucauld, évêque de Bourges, le choisit comme vicaire général.
À peine âgé de ans, il est nommé le abbé commendataire de l'abbaye de Landévennec, qu'il est le dernier à posséder en commende.
Le il est sélectionné pour devenir évêque de Troyes. Confirmé le suivant, il est ordonné le , , le résignant le à la suite de sa sélection pour le siège d'Auxerre.
L'évêché d'Auxerre
Ses deux prédécesseurs à Auxerre sont Charles de Caylus (1705-1754), qui en d'épiscopat Auxerrois a très largement contribué à l'installation du jansénisme dans le diocèse ; suivi de Jacques-Marie de Condorcet (1754-1760), anti-janséniste notoire qui est très mal accepté par la majorité de son clergé. Voulant quitter cet évêché en si grand désaccord avec ses idées pour rejoindre celui de Lisieux (plus conservateur), Condorcet conclut un accord secret avec Cicé le . L'accord est approuvé par le ministre, mais il n'est rendu public. que par une bulle du pape du 14 des calendes de qui nomme de Cicé à Auxerre.
Cicé est transféré à Auxerre le , confirmé le suivant. Il prend possession de l'évêché d'Auxerre le , arrivant vers midi accompagné du grand archidiacre de Sens, de plusieurs chanoines de Sens, de l'abbé Osmond et d'un notaire. Le chapitre cathédral d'Auxerre, qui n'est prévenu de rien, s'émeut fort de cette arrivée. L'abbé Osmond sait calmer les émotions, mais les chanoines jansénistes protestent contre la manière de leur imposer un nouvel évêque - en réalité manifestant leur mécontentement et leur suspicion pour des idées contraires aux leurs. Ils n'osent cependant pas refuser le nouvel arrivé, le voyant prêt à faire état de leur refus si nécessaire. Le trésorier, M. Clément, finit par convaincre le chapitre de plier et accepter Cicé..
Lutte contre le jansénisme
Anti-janséniste comme son prédécesseur Jacques-Marie de Condorcet, Champion de Cicé s’oppose à l’esprit janséniste des chanoines et des curés d'Auxerre, mais il sait se montrer plus habile que lui pour imposer ses idées à ses adversaires. Il déploie son affabilité, se fait des alliés et renforce son influence de façon à pouvoir lutter contre le mouvement janséniste dominant dans son diocèse. Les vieux jansénistes ne sont pas dupes, et font courir un pamphlet comparant Condorcet et Cicé ; c'est la fable des deux chats :
Cette lutte est aussi celle contre les parlementaires. À Auxerre, les jansénistes défenseurs des doctrines de Caylus et soutiens du parlement, sont surnommés les Latins ; les Grecs sont ceux gagnés par Cicé, qui suivent les ordres royaux. Le changement de la règlementation sur les municipalités apparaît comme une bonne opportunité pour ces derniers d'expulser de la municipalité les Latins qui en ont fait leur bastion..
Le collège des jésuites Cicé perd cependant des alliés de taille lorsqu'un arrêt du parlement du expulse les jésuites des maisons d'éducation. à Auxerre, l'exécution de cet arrêt ouvre un conflit de douze ans entre l'évêque et le parti janséniste local. Une commission chargée de rendre compte au corps municipal de l'état du collège, émet un rapport très critique envers les jésuites et conclut que leur collège soit remis dans les mains de professeurs séculiers - ce qui est adopté, avec arrêt du . Le le père Magne, ancien oratorien, prend possession du collège en tant que principal, avec un sous-principal et six professeurs soumis à l'approbation des officiers municipaux. Le tout est traité en l'absence de l'évêque, dont on redoute la désapprobation, voire l'opposition, déjà manifestée par son vicaire général. Constatant la situation ) son retour, Cicé offre de faire diriger le collège par les oratoriens ou par les doctrinaires, à qui il donnerait six prébendes si le chapitre y consent. Mais la municipalité refuse sa proposition, ordonne au bailli l'exécution provisoire de l'accord fait avec l'abbé Magne, et décide que dorénavant tous les professeurs et le principal seront choisis parmi les maîtres-ès-arts du royaume.. Cicé, qui cherche à atténuer l'effet politique de ces décisions, commence par obtenir du roi en un édit réglant l’administration des collèges ; son article 6, qui s'applique aux villes dépourvues de parlement - dont Auxerre -, stipule que les collèges dirigés par des séculiers doivent être administrés par un bureau présidé par l'évêque et incluant le premier officier de justice royale, le procureur du roi, deux officiers municipaux, deux notables et le principal du collège. Le nouveau bureau examine l'accord passé avec le père Magne et l'approuve malgré les efforts de Cicé dans le sens contraire. L'accord est envoyé au procureur général. Les lettres patentes du confirment l'établissement du collège, mais l’article 10 stipule que les professeurs doivent être issus de l'université de Paris ; or seul le principal du collège d'Auxerre a le grade exigé. Le parlement refusant d'enregistrer les lettres patentes, on fait appel au roi qui, lui aussi informé des motivations du refus, les approuve sous réserve que la clause relative aux grades prenne effet au fur et à mesure des extinctions..
En 1772, après plusieurs années d'intrigues politiques locales (voir les sous-sections suivantes), les Grecs sont de nouveau majoritaires à la municipalité. Ils changent le bureau (toujours présidé par l'évêque) et révoquent avec une faible indemnité cinq des professeurs jusque-là protégés par l'arrêt du parlement de 1764. Comme le bureau ne peut révoquer les autres professeurs ni le principal, il est résolu de s'en débarrasser avec un procès avec les accusations suivantes : ils font lire aux élèves de mauvais livres comme l'histoire de Port-Royal, la vie du diacre Pâris, les Nouvelles ecclésiastiques et autres de tendance janséniste ; ils tiendraient des assemblées nocturnes ; ils introduiraient des femmes dans le collège ; des dénonciations anonymes font se délecter le bailliage renouvelé depuis peu après l’arrivée du parlement Maupeou. Le sous-principal M. Hautefage et le maître de quartier M. Lefranc sont décrétés de prise de corps, et le principal, l'abbé Leroi, est assigné pour être entendu. Le parlement renchérit sur ces préliminaires et décrète tous les accusés de prise de corps, incluant deux autres professeurs renvoyés par le bureau précédent. Les accusés s'enfuient, la procédure contre eux est activement poussée et le ils sont tous déclarés « véhémentement suspects d'avoir, par une association criminelle, combiné un plan d'éducation dangereuse et pernicieuse, tendant à former, dans la jeunesse. confiée à leurs soins, un esprit d'insubordination et de révolte contre toute autorité… ». Les sentences sont excessivement sévères : Hautefage et Lefranc sont condamnés au fouet, à la marque et aux galères à perpétuité ; Leroi au bannissement perpétuel et ses biens confisqués ; trois autres professeurs sont plus au moins atteints par la condamnation. L'exécution a lieu par effigie sur la place des Fontaines, les accusés s'étant heureusement enfuis ; et la sentence publiée dans tout le bailliage. Cette sévérité, dont Cicé est forcément un élément majeur, amène une consternation générale.. L'évêque en profite pour remplacer les professeurs des petits collèges de Varzy, Clamecy et La Charité, et pour installer des mesures de surveillance des écoles primaires. Le , le bailliage d'Auxerre homologue un règlement à ce sujet : il est défendu à toute personne d'enseigner sans approbation et sans en avoir justifié devant les officiers de justice. Le parlement commence par confirmer cette sentence le , mais l'annule le .
La vengeance du bailliage et du parti des Grecs doit reculer quelque peu devant l'indignation soulevée par leurs procédés. MM. Ricard et Gendrot, deux des professeurs, obtiennent leur acquittement auprès du parlement Maupeou. Ce parlement est renversé à la mort de Louis XV en 1774, l'ancien parlement rétabli ; les autres professeurs purgent leur contumace et obtiennent le une sentence du bailliage du palais déclarant fausses et calomnieuses les accusations portées contre eux. Le parlement confirme ce jugement le suivant et autorise les plaignants à poursuivre le procureur du roi Marie de Saint-George, et les sept juges associés, pour avoir donné les conclusions de la sentence de 1773. Leroi et Navier sont rétablis dans leurs fonctions ; le chapitre, qui n'a pas aimé cet acharnement, rend les fruits de leurs béénfices à l'abbé Leroi (prébendé) et à Hautefage (semi-prébendé)..
Le collège devient école royale militaire Cicé contourne habilement ce revers de fortune qui l'a empêché de prendre la main sur la direction du collège, en obtenant du ministre de changer considérablement la destination du collège. À la rentrée des classes de 1776, une déclaration du roi transforme le collège en école royale militaire ; et quelques jours plus tard la direction en est confiée aux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur à partir du . Soixante élèves y sont entretenus aux frais du Trésor royal, dont le mathématicien physicien Joseph Fourier et le général Davout.
Écoles de Saint-Charles Cicé n'aime pas les écoles de Saint-Charles d'Auxerre. Mais le chapitre les soutient, notamment son trésorier et plusieurs curés jansénistes, par des dons personnels et des souscriptions ; le public les appelle la boite à Perrette. En 1763 ces écoles s'étendent sur plusieurs quartiers, formant trois classes dirigées par huit frères et rassemblent enfants. Elles sont ainsi soutenues jusqu'à la révolution, au cours de laquelle elles sont supprimées..
Manifestations des jansénistes du chapitre En 1771, le chapitre envoie MM. Frappier et Moreau visiter deux conseillers exilés dans la région : M. D'Outremont à Cravant et M. Dupuis à Saint-Bris.
Le l'archevêque de Sens Paul d'Albert, cardinal de Luynes, est en visite à l'évêché d'Auxerre. Le chapitre en corps va le visiter. Luynes les exhorte à la paix et à la soumission à l'Église, ce que les membres jansénistes du chapitre prennent fort mal, en particulier Frappier. Il faut beaucoup de paroles et l'assurance de Vaultier, vicaire général de Cicé, pour calmer le chapitre.