Le chasselas de Thomery, également dénommé chasselas doré de Fontainebleau, est un cépage de chasselas cultivé dans le village de Thomery en Seine-et-Marne.

Ce raisin de table, très proche du chasselas de Moissac, est produit et conservé selon des méthodes locales traditionnelles et uniques, depuis 1730. Les spécificités de cette culture, située en zone très septentrionale pour un raisin de table, reposent sur la mise au point de techniques de viticulture en espaliers sur murs, et d'optimisation de la maturation du fruit par des tailles très particulières de la vigne dites en « cordon Charmeux » ainsi que des méthodes spécifiques de conservation en fruitiers des grappes fraîches cueillies en octobre et commercialisées jusqu'au mois de mai de l'année suivante.

Le chasselas de Thomery, dont l'apogée de la production se situe au début du , est renommé et apprécié durant l'entre-deux-guerres ; il est alors considéré comme un raisin de luxe qui se consomme durant toute la période hivernale et printanière. Le déclin de sa culture et de sa commercialisation est très important à partir de la fin des années 1930 et ce cépage n'est plus aujourd'hui cultivé que de manière traditionnelle et ornementale par quelques particuliers habitant la commune.

Historique Origines du cépage vignette|gauche|redresse|Chasselas doré de Fontainebleau. Le chasselas de Thomery, également appelé « chasselas doré de Fontainebleau », a une origine secondaire qui provient soit de la région de Cahors (sa parenté avec le chasselas de Moissac est importante), soit du Piémont en Italie sans qu'il soit possible d'affirmer la prévalence d'une hypothèse sur l'autre à ce jour. Ce cépage est en revanche identique en l'état actuel des connaissances scientifiques au chasselas B dont l'origine primaire est la région située aux confins de la France, de l'Italie, et de la Suisse, vraisemblablement dans la zone géographique dite de l'arc lémanique incluant également le village de Chasselas par lequel le cépage initial aurait transité entre le et le Étude historico-génétique de l'origine du « Chasselas » par J.F. Vouillamoz et C. Arnold dans Revue suisse Vitic. Arboric. Hor tic., Vol. 41(5):299-307, 2009. En conséquence, le chasselas qui a été longtemps classé dans la variété des proles orientalisMarcel Lachiver, Vins, vignes et vignerons. Histoire du vignoble français, éditions Fayard, Paris, 1988, . doit donc avec les résultats d'études génétiques comparatives récentes, basées sur l'analyse des séquences microsatellites de plus de 500 cépages différents, être dorénavant considéré comme un proles occidentalis.

Implantation et développement à Thomery vignette|Les Pressoirs du Roy à Samoreau vers 1900. La région de Fontainebleau est, bien avant la viticulture actuelle à Thomery, une région de vigne comme l'attestent d'une part l'existence des Pressoirs du Roy à Samoreau construits sous François I en 1530Les Pressoirs du Roy sur le site de la ville de Samoreau et d'autre part la culture de la vigne sur les de la « Treille royale » du mur sud des jardins du château de Fontainebleau. Elle y était toutefois limitée à la consommation des membres de la cour et ne s'étendait pas au-delà des vergers royaux..

Le terrain argilo-sableux d'origine alluvionnaire du coteau de By, bien qu'exposé est et sud-est, est malgré tout choisi par François Charmeux vers 1730 pour accueillir les premiers pieds de chasselas doréLe premier mur fut édifié en 1730 le long de l'actuelle rue Gambetta à By. Il est toujours visible de nos jours. issus des « treilles du Roi » de Fontainebleau« L'histoire retrouvée du chasselas », La Dépêche du Midi, 16 mai 2000.. Ce sol à priori défavorable à la viticulture, conjugué à une situation septentrionale peu propice à l'ensoleillement, ne peuvent pas intrinsèquement produire un vin de qualité acceptable. Avec l'amélioration des techniques de maturation du raisin par la famille Charmeux, la possibilité de produire un raisin de table de grande qualité a toutefois été démontrée. Devant le succès de sa petite production, Charmeux décide de construire plus de hauts murs entre 1730 et 1736. Cette culture de la vigne, tout d'abord très limitée puisqu'elle ne concerne que quelques producteurs entre 1750 et 1800, prend de l'essor avec une seconde vague de construction des murs vers 1840 et une optimisation des modes de production qui aboutissent, vers 1842, à l'exploitation à Thomery de clos de murs dédiés à la vigne.. À cette époque le chasselas de Thomery n'est pas l'unique cépage à être cultivé le long des murs, il côtoie aussi le cépage allemand Frankenthal en provenance de la ville éponyme qui séduit alors les consommateurs pour l'esthétique de sa grappe et les producteurs pour la facilité de sa culture. Bien que de nombreux autres essais soient faits, ce sont réellement les deux seuls cépages cultivés à grande échelle dans la région. Entre les murs sont également développées des cultures fruitières et maraîchères monothématiques, souvent sur des contre-espaliers (c'est-à-dire supportées par des rangées de fils de fer).

Essor de la culture vignette|Murs de chasselas à By vers 1900. vignette|gauche|redresse|Le chasselas de Thomery sur un mur traditionnel. L'expansion de la culture du chasselas de Thomery est due à un deuxième progrès technique réalisé vers 1850. Baptiste-Rose Charmeux met au point un nouveau mode de conservation des grappes de raisin, après leur cueillette, dans des petites bouteilles remplies d'eau qui sont ensuite mises en chambre à raisin dont la température est régulée. Ce procédé est breveté en 1877.. Cette méthode de conservation permet de maintenir un raisin absolument frais durant plusieurs mois, généralement jusqu'aux fêtes de Noël puis de Pâques voire jusqu'en mai. Elle est mise au point à Thomery puis est adoptée ailleurs et utilisée dès lors sans interruption jusqu'aux années 1970. Vers 1880, Étienne Salomon expérimente avec succès un procédé de conservation en chambre froide à 0-2 °C (préfigurant les réfrigérateurs) ainsi que celui du forçage sous serres, mais qui ne seront pas suivis d'application à large échelle. Le raisin est à cette époque acheminé vers Paris principalement par voie fluviale depuis le petit port de Thomery par les habitants même du village à bord de bateaux à fond plat, appelés margotats, jusqu'au marché aux fruits de la capitale.

En 1850, Thomery est touché par l'oïdium comme le reste du Nord de la France ce qui faillit faire péricliter la culture des vignes plantées sous serres ou en treilles en Île-de-FranceMarcel Lachiver, Vins, vignes et vignerons. Histoire du vignoble français, éditions Fayard, Paris, 1988, .. Les viticulteurs thomeryons appliquent à partir de juin 1852 le soufrage des tiges vertes et sauvent ainsi les récoltes.. L'attaque de phylloxéra de 1890 ne semble pas toucher Thomery, cependant l'arrondissement de Fontainebleau est déclaré phylloxéré et à ce titre ne peut plus envoyer de ceps ou de sarments hors de sa circonscription, ce qui est catastrophique pour la vente du chasselas de Thomery, qui se fait avec un bout de sarment, entraînant ainsi une importante crise chez les producteurs. Le mildiou apparaît en 1885 mais est facilement contenu par le sulfatage. Les conditions météorologiques de cette zone très septentrionale conduisent aussi à une forte perte de production avec le gel particulièrement vigoureux de l'hiver 1879.

Au , le chasselas doré de Thomery est pendant des décennies exporté dans toute la France comme produit de luxe, que les familles bourgeoises de Paris achètent notamment chez Fauchon, ainsi qu'en Europe jusqu'à la cour de Russie. Ainsi Gustave Flaubert dans son roman posthume Bouvard et Pécuchet (1881), écrit entre 1872 et 1880, fait très probablement référence au chasselas de Thomery en faisant dire à Pécuchet :

En 1900, de raisin sur les produites cette année-là sont vendues à l'exportation. En 1912, sous l'impulsion de Georges-François Charmeux, un publicitaire travaillant pour les chemins de fer et descendant du premier du nom, la compagnie du Paris-Orléans décide de mettre en œuvre une véritable politique de vulgarisation des techniques culturales et de promotion du chasselas. La culture du chasselas à Thomery atteint alors son apogée avec produites par an sur quelque 150 hectares et de murs.. Constatant le succès commercial, les communes voisines de Veneux-les-Sablons, Moret-sur-Loing, Champagne-sur-Seine (vendant ses raisins sous l'appellation astucieuse de « raisin de Champagne ») et même de Samoreau décident également de développer la culture du chasselas.

Déclin et survivance vignette|Les serres Salomon et l'église Saint-Amand de Thomery. Au tournant de la Seconde Guerre mondiale, la culture du raisin est en perte de vitesse, en raison des coûts dus à la nombreuse main-d'œuvre requise pour la viticulture, de la concurrence nationale du chasselas de Moissac et internationale d'autres variétés de raisin (en provenance d'Italie ou d'Espagne), et enfin de l'attrait de la population française pour d'autres types de fruits désormais disponibles à la même période de l'année (agrumes, bananes, etc). En 1941, la SNCF cesse d'accorder les tarifs spéciaux consentis jusqu'alors pour le transport du chasselas de Thomery. Les viticulteurs qui s'étaient pourtant diversifiés, avec notamment la co-culture des pêches, subissent en 1947 la vague d'un insecte parasite du pêcher appelée « tordeuse orientale » qui donne souvent un coup fatal à leur exploitation. Malgré le regroupement en coopérative (dénommée Les Vergers de Thomery) en 1960, les murs sont de plus en plus laissés à l'abandon, voire détruits pour faire la place à de grands jardins pour maisons de campagne, et les cultures maraîchères et viticoles cessent définitivement en 1970.

vignette|redresse|gauche|Implantation en 2020 des murs subsistant à Thomery. Depuis quelques années un petit nombre de particuliers« Le chasselas de Thomery en vedette », Le Parisien, 19 janvier 2002. et une association de Thomeryons tentent de faire revivre ce glorieux passé en créant un petit musée local ainsi qu'une visite des anciennes serres Salomon« Restauration de serres », La République de Seine-et-Marne, 14 avril 2003.. La culture du raisin persiste également chez quelques particuliers à titre patrimonial et pour une consommation locale dans certains restaurants environnants. Certains murs ont été inscrits aux monuments historiques en date du , en particulier l'intégralité du « chemin des Longs Sillons » ainsi que les vergers, murs, et parcelles attenantes et perpendiculairesVerger dit murs à raisins ou jardins à vignes de Thomery, Base Mérimée du Ministère de la Culture. qui constituent un bel exemple de murs historiques datant de 1730 et de ceux de la période d'expansion de 1840. Un pré-inventaire est en cours pour l'obtention potentielle du label Jardin remarquable. Par ailleurs, des parcours viticoles sont organisés et balisés dans le village notamment au moment des Journées du patrimoineThomery - Chemin des Longs-Sillons sur le site des Journées du Patrimoine.

La municipalité de Thomery décide de créer en 2012, avec l'aide financière du département et de la région, une maison-musée du Chasselas qui aurait dû être inaugurée en 2013« Un musée du chasselas à Thomery en 2013 », Le Parisien, 23 janvier 2012.. Le projet est abandonné par le département et la région aux dépens de la municipalité en 2016..

Caractéristiques ampélographiques