Karl Dönitz (prononcé, en allemand, ), né le à Grünau (Empire allemand) et mort le à Aumühle (RFA), est un militaire, officier de marine et homme d'État allemand, qu'Adolf Hitler désigna par testament comme son successeur à la tête du Troisième Reich.

Karl Dönitz est élevé au grade de Großadmiral (en français : Grand-amiral ; le plus haut grade de la marine de guerre) dans l'Allemagne nazie en 1943, bien qu'il n'ait adhéré au parti national-socialiste qu'en 1944. Il est le commandant en chef des sous-marins (Befehlshaber der Unterseeboote) de la Kriegsmarine pendant la première partie de la Seconde Guerre mondiale. Sous son commandement, la flotte des U-Boote participe à la bataille de l'Atlantique, en essayant notamment de priver le Royaume-Uni des approvisionnements indispensables venant des États-Unis et d'ailleurs. Début 1943, il succède au grand-amiral Erich Raeder à la tête de la Kriegsmarine. Il devient enfin pendant vingt-trois jours président du Reich dans le gouvernement de Flensbourg, après le suicide d'Adolf Hitler et conformément au testament politique du Führer.

Après la guerre, il est condamné lors du procès de Nuremberg pour crimes de guerre et est emprisonné dix ans pour sa participation à la guerre sous-marine illimitée menée par l'Allemagne. Libéré en 1956, après avoir purgé la totalité de sa peine, il mène ensuite une fin de vie paisible et meurt en 1980 de causes naturelles, à l'âge de .

Biographie Enfance Karl Dönitz est le fils cadet d'un ingénieur spécialisé dans l'optique, Emil Dönitz, et de sa femme Anna, née Beyer. Il perd sa mère le , à l'âge de trois ans. Son père élève seul ses deux fils, Dietrich et Karl, car il ne se remarie pas.

Il commence sa scolarité à Halensee, puis la poursuit à Iéna, suivant la mutation de son père en tant que directeur pour l'entreprise Zeiss, puis dans un lycée classique à Weimar, où sa famille déménage lorsqu'il a quinze ans. Il y passe son Abitur (diplôme de fin d'études secondaires) .

Entrée dans la Marine Il est admis le dans la Marine impériale allemande qui s'ouvre, contrairement à l'armée de terre dont l'encadrement est majoritairement assuré par des Junkers, aux fils de la classe moyenne qui veulent devenir officiers. Il commence sa formation sur le . C'est ici qu'il rencontre le lieutenant de vaisseau Wilfried von Loewenfeld qui l'aidera plus tard dans sa carrière. Il est ensuite aspirant à l'école navale de Flensbourg et navigue sur le petit croiseur d' à . Il y devient officier de transmissions. Le SMS Breslau rallie en la division de la Méditerranée pour défendre les intérêts des Empires centraux lors de l'insurrection albanaise et participe au blocus de Scutari avec la marine britannique. Continuant son service sur le SMS Breslau, il s'y trouve lors de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo. Dönitz fait partie de la jeunesse allemande marquée par la Weltpolitik et les plans de Tirpitz, et a un rapport particulier au Royaume-Uni, qu'il voit comme un rival, tout en l'admirant.

Première Guerre mondiale vignette|gauche|Oberleutnant zur See Karl Dönitz, officier de quart sur le U-39, vers 1917.

Jeune officier de la Kaiserliche Marine pendant la Première Guerre mondiale, il sert sur le croiseur en mer Méditerranée, puis dans les Dardanelles et en mer NoireL'Empire russe a déclaré la guerre à l'Empire ottoman, le .. Dönitz est l'un des officiers du Korvettenkapitän , puis du capitaine de corvette Wolfram von KnorrFils de l'amiral Eduard von Knorr. qui le choisit comme adjoint, remarquant ses compétences.

À partir d', il rentre en Allemagne, où il est affecté à la nouvelle arme sous-marine. Il passe quelques mois à bord du U-39, au sein duquel il effectue cinq patrouilles entre . Il prend ensuite le commandement du UC-25, avec lequel il effectue deux patrouilles entre et coule quatre navires.

Le , il est nommé commandant du UB-68, qu'il est contraint de saborder le . Fait prisonnier, il est emmené en détention à Malte., où il reste prisonnier de guerre chez les Britanniques jusqu'à sa libération en . Il retourne en Allemagne vers 1920.

Un stratège visionnaire de l'entre-deux-guerres Avant le second conflit mondial, Karl Dönitz publia un livre Die U-Boot Waffe (l'arme sous-marine), dans lequel il insista pour convertir la flotte de surface presque entièrement en une grande flotte de sous-marins.

Il défendit la stratégie d'attaquer uniquement la marine marchande, moins dangereuse que les grandes flottes cuirassées de l'Empire britannique. Il mit en avant que la destruction de la flotte de pétroliers priverait la Royal Navy de son carburant pour approvisionner ses navires, ce qui serait finalement aussi efficace que de les couler. Durant la montée au pouvoir d'Adolf Hitler, il se montra d'abord méfiant, comme une grande partie de la marine, très influencée par les Junkers et attachée à l'Empire allemand. Il fut assez vite conquis par l'éloquence de celui-ci, qu'il voyait comme l'homme qui pourrait restaurer la grandeur de l'Allemagne, et devint un contributeur notable de la politique militaire du führer.

Seconde Guerre mondiale vignette|Karl Dönitz à Saint-Nazaire en , à l'arrivée du U-94 de retour de mission.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, quand le Royaume-Uni se trouva seul face à l'Axe, et que Roosevelt avait déjà fourni à Churchill plus de jugés démodés par le Congrès. Les destroyers étaient bien les adversaires des sous-marins que craignait l'amiral, car ils se moderniseraient vite et limiteraient progressivement l'efficacité des U-Boote.

Malgré l'entrée en guerre des États-Unis, les sous-marins commandés par Dönitz continuèrent de détruire une bonne partie des convois de l'Atlantique car ceux-ci étaient mal protégés. Plusieurs U-Boote patrouillaient même près de la Côte Est des États-Unis et firent des ravages, en Floride, un liberty ship coula devant des milliers de baigneurs près d'une plage. Il affirma qu'avec une flotte de 300 des nouveaux U-Boote type VII, l'Allemagne mettrait le Royaume-Uni « sur la touche ».

Afin de neutraliser et d'accabler les vaisseaux d'escorte, destroyers de plus en plus redoutables soutenus par l'aviation embarquée des porte-avions, il imagina une nouvelle tactique, l'attaque groupée en meute ou Rudeltaktik (en anglais Wolfpack).

À l'époque beaucoup pensaient, en Allemagne, que cette stratégie était une marque de faiblesse, y compris son supérieur hiérarchique, le Großadmiral Erich Raeder. Les deux s'opposèrent constamment pour les priorités budgétaires. Raeder avait pourtant une attitude assez pessimiste ; il ne croyait pas, par exemple, que les cuirassés, navires de prestige, étaient vraiment utiles vu leur faible nombre comparativement à la flotte britannique. Il aurait notamment déclaré que tout ce que les cuirassés pouvaient faire était de mourir vaillamment. Dönitz n'avait pas un tel fatalisme, car il pensait que l'attaque des convois de munitions et de pétrole en route vers Mourmansk au large de l'Île aux Ours et du cap Nord serait une occasion à saisir pour les grands navires de surface basés dans les fjords de Norvège.

L'intervention de l'aviation équipée de radars dans la lutte anti-sous-marine (ASM), couplée à la généralisation des moyens marins de détection, fera bientôt une hécatombe d'U-Boote.

Commandant en chef, marine de guerre allemande, 1943 à 1945 Le , Dönitz remplace Raeder comme , commandant en chef de la Kriegsmarine, et à la tête de l', le haut commandement de la marine allemande ; il est alors promu Großadmiral.

Transformant la marine en bastion nazi, il est sensible au bien-être des marins qu'il a sous ses ordres.

En mai 1943, la guerre de l'Atlantique prit un tournant défavorable, les Allemands accumulant les pertes de sous-marins et d'équipagesCes pertes étaient dues en majorité à l'efficacité de la lutte anti-sous-marine menée par des avions et des bateaux torpilleurs. Le schnorchel était repérable par le radar. Dönitz continuait invariablement à pousser à la construction dU-Boote et à la poursuite des améliorations techniques. À la fin de la guerre, la flotte allemande de sous-marins était de loin la plus avancée du monde et le type Unterseeboot type XXI servit de modèle pour les sous-marins soviétiques, américains ou espagnols d'après-guerre. Il tente ainsi de faire de la marine une armée animée par la volonté de vaincre les ennemis du Reich, ou, à défaut, de se battre jusqu'à la dernière extrémité.

Il reçoit l'insigne en or du parti, le https://archive.wikiwix.com/cache/20220725045043/https://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/crdfed/nuremberg/consult/Nuremberg/13/125e.xml/pm09051946.. Puis il adhère formellement au parti nazi le , en tant que membre numéro 9 664 999.

Peu de temps avant l'attentat du , ses pouvoirs sur la Marine se renforcent, car il est responsable de cette dernière de la mobilisation idéologique, à l'ordre du jour durant le début de : il parvient ainsi à éviter que les compétences de Himmler dans ce domaine ne s'étendent à la marine de guerre.

Au cours de l'été 1944, puis lors de la fermeture de la poche de Courlande, il défend l'intérêt de maintenir la présence militaire du Reich dans les pays baltes pour des raisons économiques : à cette date, la poche non seulement joue un rôle dans la sécurisation des voies de communications maritimes au départ des pays riverains de la Baltique, vitaux pour l'économie du Reich (fer suédois, nickel finlandais, huile de schiste estonien), mais est aussi pensée comme une base d'entraînement pour des nouveaux sous-marins destinés à renverser le cours de la guerre. Ainsi, le ravitaillement des poches allemandes le long des côtes de la mer Baltique (en Courlande et dans le Reich, à partir de la mi-) constitue sa principale priorité : le , Hitler lui donne même son accord pour évacuer les civils par la mer uniquement si cela ne gène pas les unités combattantes ; de plus, au cours de cette rencontre, Hitler et lui s'accordent pour affecter les réserves de charbon en priorité aux opérations militaires.

Nazi tardif, mais radical selon certains, opposant au communisme, partisan jusqu'au-boutiste de la guerre contre l'Union soviétique, admiré pour cela par Bormann (qui fait suivre ses rapports de situation aux Gauleiter), soutien fidèle de Hitler (malgré ses affirmations d'après-guerre), il joue un rôle dans la répression du complot du , en prononçant un discours de soutien au régime le soir du jour de l'attentat. Au cours des premiers mois de , il justifie sa volonté de poursuivre le conflit par un net antibolchevisme, fortement teinté de racisme anti-slave et par une anglophobie prononcée. Ce jusqu'au-boutisme s'exprime jusque dans les dernières semaines du conflit, dans le courant du mois d' : le , dans un ordre du jour aux unités placées sous ses ordres, il rappelle la nécessité de la résistance à outrance, le , il rejoint Hitler dans son obsession de la lutte contre l'ennemi bolchevique (il promeut à un poste d'autorité lors de son retour, un soldat prisonnier, coupable d'avoir assassiné des prisonniers communistes en Australie). Lors de l'une des premières réunions avec des Gauleiters du Nord du Reich, le , à la question de l'opportunité de déposer les armes, dans l'intérêt du peuple, il rappelle les prérogatives de Hitler dans ce domaine, tout en manifestant sa volonté de se conformer aux ordres de celui-ci .

Le , il reçoit la délégation de pouvoirs de Hitler pour assumer la responsabilité de la défense allemande dans le Nord du Reich, si ce dernier venait à être coupé en deux, hypothèse plus que vraisemblable à cette date.

Successeur désigné par Hitler vignette|Dönitz saluant Hitler dans le Führerbunker à Berlin le .