LEuripe ou détroit de l'Euripe, en et , est un détroit de Grèce qui sépare l'Eubée de la Béotie au niveau de la ville de Chalcis, en mer Égée, entre le golfe Nord d'Eubée et le golfe Sud d'Eubée. Sa définition est parfois étendue à l'ensemble du golfe d'Eubée.
Marées vignette|Le pont mobile sur l'Euripe à Chalcis, dans sa partie la plus étroite.
Au niveau de la ville de Chalcis, le détroit se rétrécit au point de ne former qu'un chenal traversé par un pont mobile de longueur modeste. Dès l’antiquité, philosophes et savants ont cherché à expliquer le phénomène d’inversion du courant (appelé seiche en terme technique) dans le détroit de l’Euripe.
Aristote, le premier, s'interrogeait sur ce curieux phénomène physique qui ne semble pas en relation directe avec le mécanisme des marées. Le philosophe avait énoncé le principe que , de sorte qu’en l’absence d’un tremblement de terre, on demeurait perplexe sur la cause du phénomène ; mais il savait aussi que Il comparait les changements de direction des vents à celui qui affecte l’EuripeAristote, Météorologiques, Livre II, 8, 366 a.. L'oscillation dont il parle et qu'il a observée dans les détroits correspond bien au phénomène connu sous le nom d’inversion des courants. Aristote est mort à Chalcis en 322 av. J.-C.
Le géographe Strabon a décrit le phénomène spécifique des flux de ce détroit :
Pline l'Ancien explique le phénomène en ces termes :
vignette|Plaque commémorative où François-Alphonse Forel comprit une part de l'énigme, aux abords du port de Morges en Suisse (Canton de Vaud). Au , le savant suisse Francois-Alphonse Forel a avancé dans la résolution de cette énigme par son étude de la limnologie et la découverte du phénomène des seiches. La résolution complète du problème est due au Grec D. Eginitis, directeur de l'Observatoire d'Athènes, qui a publié ses conclusions en 1929D. Eginitis, "The problem of the tide of Euripus", Astronomische Nachrichten, vol. 236, 1929, col. 321-328 E. Lagrange, Les marées de l'Euripe, Bulletin de la Société belge d'astronomie, vol. 46, 1930, p. 66-69..
Une signalisation précise et impérative fournit au niveau de Chalcis les informations nécessaires à la navigation : sens du courant et permission de passage.
Ponts
Deux ponts routiers enjambent le détroit, tous deux à Chalcis. L'un est un pont suspendu à deux piliers, d'une portée d'environ 215 m, construit au sud de la ville en 1992, et communément appelé "Nouveau" ou "Haut" pont. Le détroit est large de 160 m en cet endroit. Le pont est accessible par une bretelle de la grand-route à Aulis.
Le "Vieux" ou "Bas" pont se trouve au centre de la ville, et peut s'ouvrir pour permettre le passage des bateaux. Il est situé au point le plus étroit du détroit, là où il n'a que 38 m de large. Il comporte deux bandes de circulation pour les voitures et camions.
On lit souvent que le premier pont sur l’Euripe fut construit en 411 av. J. C., c'est-à-dire pendant la guerre du Péloponnèse. En fait, on ne trouve trace de cela ni chez Thucydide ni chez Xénophon qui nous racontent l’histoire de ce conflit dans Histoire de la guerre du Péloponnèse et dans les Helléniques. Cette date a probablement été proposée parce qu’un tel pont pouvait empêcher la flotte athénienne de contrôler le détroit, contrôle qui fut effectif jusqu’à la défaite des Athéniens devant Érétrie (à quelques kilomètres au sud de Chalcis) en 411. Ce qui est sûr, c’est que : il n’y avait pas de pont en 480 (deuxième guerre médique), parce que beaucoup de navires sont passés là au moment de la Bataille de l'Artémision, VII, 173 et VIII, 66. ; il y avait un pont avant 334 av. J. C., parce que, selon Strabon, d’une part Éphore de Cumes (v.400 - v.330) avait écrit que le détroit est si étroit qu’il était franchi par un pont long de seulement deux plèthres (IX, 2, 2), et d’autre part le peuple de Chalcis construisit des tours, des portes et de hauts murs à l’extrémité du pont l’année où Alexandre le Grand passa en Asie (X, 1, 8). Le pont fut apparemment reconstruit par l’empereur Justinien en 540 ap. J.-C. Un autre pont fut construit par les Vénitiens à la fin du Moyen Âge. Après 1470, les Turcs construisirent un pont de pierre muni d’un pont-levis qui autorisait le passage des bateaux. En 1842, un nouvel ouvrage fut construit, qui interdisait la navigation dans le chenal. Il fut remplacé en 1858 par un pont rétractable, lui-même remplacé en 1896 par un pont tournant. Enfin, un pont s’ouvrant en deux parties fut construit en 1962, puis réparé en 1998.
Bibliographie . Pauly-Wissowa, Brill's New Pauly, ()
Références historiques Lors de la bataille des Thermopyles (480 av. J.-C.), 53 trières athéniennes bloquent le détroit de l'Euripe. Au cours de la guerre du Péloponnèse. Voir Liste des batailles de l'Antiquité : Bataille au large de Chalcis, été ou automne 429 av. J.-C., victoire navale d'Athènes sur Corinthe.
Références littéraires Platon, Phédon, 90 c : Socrate compare l'inconstance de la pensée de certains philosophes aux retournements de l'Euripe. L'Euripe est vraisemblablement à l'origine du nom d'Euripide. Les poètes de la Renaissance prennent l'Euripe pour symbole de la passion inconstante : « Si m'acollant me disoit : chere Amie, Contentons nous l'un l'autre, s'asseurant Que ja tempeste, Euripe, ne Courant Ne nous pourra desjoindre en notre vie... » Louise Labé, Sonnet XIII (1555)Sonnet XIII de Louise Labé, avec commentaire, in ens. lettres, ac. Lyon.. Euripus est le titre d'un traité scientifique sur les marées de Marco Antonio de Dominis, savant croate du . Dans la Légende des siècles, Victor Hugo évoque ainsi la lutte des Grecs contre Xerxès : « Il faisait nuit ; le ciel sinistre était sublime ; La terre offrait sa brume et la mer son abîme. Voici la question qui se posait devant Des hommes secoués par l'onde et par le vent : Faut-il fuir le détroit d'Euripe ? Y faut-il faire Un front terrible à ceux que le destin préfère, Et qui sont les affreux conquérants sans pitié ? Ils ont une moitié, veulent l'autre moitié, Et ne s'arrêteront qu'ayant toute la terre. Demeurer, ou partir ? Choix grave. Angoisse austère. Les chefs délibéraient sur un grand vaisseau noir... » Victor Hugo, La Légende des siècles, nouvelle série (1862)Victor Hugo, La Légende des siècles, Le détroit de l'Euripe,, in ATILF, Université de Nancy 2.. Guillaume Apollinaire s'exclame au début et à la fin du poème Le voyageur : « Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant La vie est variable aussi bien que l'Euripe. » Guillaume Apollinaire, Alcools (1913).
Notes et références
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