Voltaire, de son vrai nom François-Marie Arouet, né le à Paris où il meurt le , est un écrivain et philosopheAu sens que l'on donnait à ce mot dans la France du : libre-penseur, irréligieux. le Dictionnaire du CNRTL lire en ligne français d'esprit libéral, jouissant de son vivant d'une célébrité internationale et considéré aujourd'hui comme une figure emblématique et centrale des Lumières.

Féru d'arts et de sciences, ami et collaborateur des encyclopédistes, Voltaire marque son époque par sa production littéraire et ses engagements politiques. Son influence sur les classes éduquées est considérable dans les décennies qui précèdent la Révolution française et tout au long du , en particulier dans les milieux bourgeois anticléricaux.

Adversaire implacable des religions révélées, déiste ou théiste, il dénonce dans son Dictionnaire philosophique le fanatisme religieux de toutes les époques, tant en France que dans d'autres pays. Mettant sa notoriété au service des victimes de l’intolérance religieuse ou de l’arbitraire, il prend position dans des affaires qu’il a rendues célèbres : Calas, Sirven, celles du chevalier de La Barre et du comte de Lally-Tollendal.

Partisan d’une monarchie modérée et libérale éclairée par les « philosophes », il a pour modèle le système britannique de gouvernement issu de la révolution de 1688, qu'il a pu observer directement lors de son séjour anglais de 1726 à 1728. Il croit un moment trouver dans les « despotes éclairés » (Frédéric de Prusse et Catherine de Russie) des princes modèles. Il est en revanche méfiant à l'égard du régime républicain, à la différence de Rousseau, citoyen de la république de Genève.

Pour le , Voltaire est avant tout poète. On le désigne comme « l'auteur de La Henriade » (du nom de son poème épique à la gloire d'), et ses tragédies (ou « poèmes dramatiques ») assurent sa renommée littéraire à l'égal d'un Racine ou d'un Corneille : Œdipe, sa première pièce, est un triomphe sous la Régence ; Zaïre est certainement le plus grand succès de théâtre de son siècle. De nos jours, ce sont plutôt ses contes philosophiques qui sont retenus par la mémoire scolaire : Candide ou l'Optimisme au premier chef, Zadig, Micromégas, L'Ingénu ou encore La Princesse de Babylone. Épistolier infatigable, sa correspondance monumentale est estimée à quarante mille lettres, dont quinze mille nous sont connues..

Également historien, titulaire à partir de 1746 d'une charge officielle d'historiographe du roi, il est l'auteur dans ce domaine d'une œuvre importante qui comprend notamment l'Histoire de Charles XII, Le Siècle de Louis XIV, le Précis du siècle de , et l'Essai sur les mœurs, ouvrages comptant parmi les premiers essais historiques modernesEssai sur les mœurs et l’esprit des nations, édition de René Pomeau, Classiques Garnier, 2020, tome , .. Sa philosophie de l'histoire fait de lui un précurseur du déterminisme historique du et de l'histoire culturelle au .

Anglomane, à son retour de Londres, Voltaire diffuse dans ses Lettres philosophiques des idées alors méconnues en France : le système de l'attraction universelle de Newton, l'empirisme de Locke, ainsi que le théâtre de Shakespeare, au sujet duquel il se montre ambivalent.

Tout au long de sa vie, Voltaire fréquente les grands de ce monde et les monarques, tout en se trouvant souvent aux prises avec les autorités politiques, ce qui le conduit à la Bastille à deux reprises dans sa jeunesse, et, par la suite, à une série d'exils : d'abord l'Angleterre, ensuite dans la commune de Cirey auprès d'Émilie du Châtelet, puis à la cour de Prusse où il se brouille avec avant de fuir Berlin en 1753. Après plusieurs mois d'errance, interdit de rentrer à Paris, il se réfugie aux Délices dans le territoire de Genève. Il acquiert en 1759 le domaine de Ferney, à la frontière entre le royaume de France et la république de GenèveQui ne fait pas encore partie des cantons suisses confédérés.. Revenu à Paris en 1778, après une absence de près de vingt-huit années, il y est ovationné par ses admirateurs et y meurt quelques semaines plus tard à .

Voltaire aime le confort, les plaisirs de la table et de la conversation qu’il considère, avec le théâtre, comme l’une des formes les plus abouties de la vie en société. Il acquiert une fortune considérable dans des opérations spéculatives, surtout dans la vente d'armes et dans celle de ses ouvrages, ce qui lui permet de s’installer en 1759 au château de Ferney et d'y vivre sur un grand pied, tenant table et porte ouvertes. Le pèlerinage à Ferney fait partie en 1770-1775 du périple de formation des classes supérieures européennes sympathisant avec le parti philosophique. Investissant ses capitaux, il fait du village misérable de Ferney une petite ville prospère. Généreux, d'humeur gaie, il est chicanier, parfois féroce et mesquin avec ses adversaires comme Jean-Jacques Rousseau, CrébillonDans Étude sur la vie et le théâtre de Crébillon (), Maurice Dutrait évoque les « mesquineries » et les « fourberies chez un aussi grand personnage que Voltaire » ; il rappelle le jugement de Saint-Beuve sur les « misères » de cet écrivain qu’il admire, et cite le chevalier du Alleurs à ce sujet : « Le caractère de Voltaire dégoûtera toujours de son talent ». ou Lefranc de Pompignan.

Les révolutionnaires de 1789, partisans de la monarchie constitutionnelle, voient en lui un précurseur, plus qu'en Rousseau, de sorte qu'il est panthéonisé en 1791, le deuxième après Mirabeau. À l'initiative du marquis de Villette qui l'a hébergé durant son séjour à Paris, le « quai des Théatins » où l'écrivain est mort est rebaptisé « quai Voltaire ». Sa popularité est moindre auprès du gouvernement montagnard de 1793-1794, Robespierre étant un admirateur de Rousseau.

Il est célébré par la : dès 1870, à Paris, un boulevard, une impasse et une placeDevenue depuis la place Léon-Blum. portent son nom. Sa personne et ses combats ont alimenté, au , les passions antagonistes des adversaires et des défenseurs de la laïcité de l’État et de l’école publique, et, au-delà, de l’esprit des Lumières.

Biographie Débuts (1694-1733) Origines : naissance et filiation contestée François-Marie Arouet est né officiellement le à Paris et a été baptisé le lendemain à l'église de Saint-André-des-Arts. Il est le deuxième fils de François Arouet, notaire au Châtelet depuis 1675, marié le à Saint-Germain-l'Auxerrois avec Marie-Marguerite d'Aumart, fille d’un greffier criminel au Parlement. Le couple a cinq enfants dont trois atteignent l'âge adulte : Armand Arouet (1685-1745), avocat au Parlement, puis successeur de son père comme receveur des épices, personnalité très engagée dans le jansénisme parisien à l'époque de la fronde contre la bulle Unigenitus et du diacre Pâris. Marie Arouet (1686-1726), seule personne de sa famille qui ait inspiré de l’affection à Voltaire, épouse Pierre François Mignot, correcteur à la Chambre des comptes. Elle est la mère de l’abbé Mignot, qui s'occupe du corps de Voltaire à sa mort et de Marie-Louise, la future « Madame Denis », qui partage une partie de la vie de l'écrivain. François-Marie (1694-1778) dit Voltaire.

Le père revend en 1696 sa charge de notaire pour acquérir celle de conseiller du roi, receveur des épices à la Chambre des comptes. Voltaire perd sa mère à l’âge de sept ans.

Cependant, Voltaire a plusieurs fois affirmé qu'il était né le à Châtenay-Malabry, où son père avait une propriété, le château de la Petite Roseraie. Ce fait semble confirmé par la personne devenue propriétaire du château, la comtesse de Boigne, ainsi qu'elle l'écrit dans ses mémoires : .. Il a contesté aussi sa filiation paternelle, persuadé que son vrai père était un certain RoquebruneEn 1756, à l’occasion d’une visite de d’Alembert aux Délices, Jean Louis du Pan, témoin de la scène, rapporte ses propos. . : . Voltaire prétendit que l’honneur de sa mère consistait à avoir préféré un homme d’esprit comme était Roquebrune, « mousquetaire, officier, auteur et homme d'esprit », à son père, le notaire ArouetNotaire de Ninon de Lenclos. dont Roquebrune était le client, car Arouet était, selon Voltaire, un homme très commun. Le baptême à Paris aurait été retardé du fait de la naissance illégitime et du peu d’espoir de survie de l’enfant. Aucune certitude n’existe sinon que l’idée d’une naissance illégitime et d’un lien de sang avec la noblesse d’épée ne déplaisait pas à Voltaire.

Du côté paternel, les Arouet sont originaires d’un petit village du nord du Poitou, Saint-Loup-sur-Thouet, près d'Airvault, où ils exercent aux une activité de marchands tanneurs, qui enrichit l'aïeul de Voltaire, Helenus Arouet (1569-1625), propriétaire de la seigneurie de Puy-Terrois, acquéreur en 1612 pour de « la maison noble terre et seigneurie et métairie de la Routte » à Saint-Loup, qu'il revend en 1615... Le premier Arouet à quitter sa province s’installe à Paris en 1625 où il ouvre une boutique de marchand de draps et de soie. Il épouse la fille d’un riche marchand drapier et s’enrichit suffisamment pour acheter en 1675 pour son fils, François, le père de Voltaire, une charge anoblissante de notaire au Châtelet, assurant à son titulaire l’accès à la petite noblesse de robe. Le père de Voltaire, travailleur austère et probe aux relations importantes, arrondit encore la fortune familiale en épousant le la fille d’un greffier criminel au Parlement.

Études chez les Jésuites (1704-1711) À la différence de son frère aîné qui étudie chez les jansénistes, François-Marie entre à dix ans comme interne (pour un coût de 400 puis 500 livres par an) au collège Louis-le-Grand, tenu par les Jésuites, et y reste sept ans. Les jésuites enseignent les langues classiques et la rhétorique mais, dans la ligne de leur Ratio Studiorum, veulent avant tout former des hommes du monde et initient leurs élèves aux arts de société : joutes oratoires, plaidoyers, concours de versification et théâtre. Un spectacle théâtral, le plus souvent en latin où sont par principe exclues les scènes d'amour, les rôles de femmes étant joués par des hommes, est donné chaque fin d'année lors de la distribution des prix.

Arouet est un élève brillant, vite célèbre par sa facilité à versifier : sa toute première publication est son Ode sur sainte Geneviève (1709). Imprimée par les Pères, cette ode est répandue hors les murs de Louis-le-Grand (au grand dam du Voltaire adulte). Le tout jeune Arouet apprend au collège Louis-le-Grand à s'adresser d’égal à égal aux fils de puissants personnages et tisse de précieux liens d’amitié qui lui seront très utiles toute sa vie : entre bien d'autres, les frères d’Argenson, René-Louis et Marc-Pierre, futurs ministres de , et le futur duc de Richelieu. Bien que très critique envers la religion en général et les ecclésiastiques en particulier, il garde toute sa vie une grande vénération pour son professeur jésuite Charles Porée. Voltaire écrit en 1746 : Lorsque les Jésuites furent bannis de France, en 1764, Voltaire recueillit chez lui, à Ferney, un autre ancien professeur dont il fit son aumônier, le père Antoine Adam (1705-1787).

Débuts comme homme de lettres et premières provocations (1711-1718) vignette|Le Temple, détail du plan de Turgot, 1739. Le palais du grand prieur (à droite de la porte d’entrée) réunit une société libertine que fréquente assidûment Arouet à la sortie du collège.