Jean Joseph Ange d'Hautpoul, né le à Cahuzac-sur-Vère, dans l'actuel département du Tarn, et mort le des suites d'une blessure reçue à la bataille d'Eylau, est un général français de la Révolution et de l'Empire.

Issu d'une vieille famille de la noblesse languedocienne, il s'engage dans l'armée royale et commande un régiment de cavalerie sous la Révolution française. La popularité dont il bénéficie auprès de ses hommes lui permet de conserver son poste, en dépit de son sang noble qui le rend suspect aux yeux des autorités révolutionnaires. Homme de haute stature à la voix de stentor, il fait preuve au combat d'un grand courage physique. Son action controversée à la bataille de Stockach en 1799 lui vaut d'être traduit en cour martiale, mais il est finalement acquitté ; il participe ensuite à plusieurs affrontements en Suisse et en Allemagne, notamment aux batailles de Biberach et de Hohenlinden.

Sous le Premier Empire, d'Hautpoul prend le commandement d'une division de cuirassiers appartenant à la réserve de cavalerie du maréchal Murat. Après s'être distingué à Austerlitz et lors de la campagne de Prusse, il enfonce les Russes avec ses cuirassiers à Hoff le . Deux jours plus tard, il prend part à la gigantesque charge de cavalerie de Murat lors de la bataille d'Eylau, au cours de laquelle il est mortellement blessé par un biscaïen.

Biographie

Jeunesse

Jean Joseph Ange d'Hautpoul naît le au château de Salettes à Cahuzac-sur-Vère, dans le Languedoc. Il est le fils de Joseph d'Hautpoul et d'Antoinette de Verdun. Selon son biographe Charles Thoumas, . Le jeune homme effectue sa scolarité au collège d'Albi.. En 1769, à , il entre comme volontaire dans la légion corse.

Il passe le dans les dragons de la légion de Dauphiné, où il gagne successivement ses galons de brigadier en 1774 et de maréchal des logis en 1776. Le de l'année suivante, il est transféré au régiment de Languedoc-dragons en qualité de sous-lieutenant ; il bénéficie également du statut de cadet gentilhomme à compter de son entrée au corps. Sa carrière se poursuit dans les années suivantes puisqu'il est promu sous-lieutenant en pied le et lieutenant le .

Sous la Révolution française

Durant les premières années de la Révolution française, d'Hautpoul continue de servir au régiment de chasseurs à cheval (ex-régiment du Languedoc) : rétrogradé sous-lieutenant en 1791, il est à nouveau promu lieutenant le puis capitaine le . Le suivant, il est fait lieutenant-colonel de son régiment.

Il se fait remarquer à la libération de Maubeuge le . Exclu comme noble à Cambrai par les représentants du peuple en , ses soldats exigent et obtiennent son maintien au corps au cri de . Le il est nommé chef de brigade. Quelques jours plus tard, le , il est fait général de brigade à titre provisoire à l'armée du Nord. Il commande alors l'avant-garde de la cavalerie légère à l'armée des Ardennes sous le général Desjardin le puis l'avant-garde sous Marceau le 27 de ce mois. Il passe à la division Dubois le et combat le 26 à la bataille de Fleurus.

vignette|gauche|Portrait de Jean d'Hautpoul en uniforme de général de la Révolution.

Employé à l'armée de Sambre-et-Meuse le , il quitte la division Dubois le pour celle du général Lefebvre. Ce dernier écrit à propos de d'Hautpoul : . Au cours d'un engagement à Juliers le , il est vainqueur avec deux escadrons de quatre escadrons adverses. Il est confirmé dans son grade de général de brigade par le Comité de salut public le et se signale au combat de Blankenberge le de la même année.

Le , il dégage les généraux Kléber et Lefebvre pris en embuscade par des hussards autrichiens ; le 3, il chasse de son bivouac sur la Sieg un corps de troupe des Impériaux, avant de s'illustrer le 4 à la bataille d'Altenkirchen où ses hommes capturent en entier un régiment d'infanterie autrichien, 11 canons et 400 chevaux. Au cours de cet affrontement, d'Hautpoul est blessé d'une balle à l'épaule gauche. Il est alors remplacé par Richepance auquel il succède à son tour lorsque ce dernier est blessé le . Le suivant, d'Hautpoul est élevé au grade de général de division.

Il commande en chef la cavalerie lourde sous Grenier à l'armée de Sambre-et-Meuse le et sert au passage du Rhin à Neuwied le , ce qui lui vaut d'être complimenté par le général Hoche. Selon Georges Six, il est ensuite désigné pour l'armée d'Angleterre le , mais Charles Thoumas ne fait pas mention de cet épisode et affirme qu'il . Il commande la de cavalerie à l'armée de Mayence le puis à l'armée du Danube le .

Il sert à Ostrach le où sa cavalerie, positionnée à hauteur de Pfullendorf, couvre la retraite des troupes de Lefebvre. Quatre jours plus tard, au cours de la bataille de Stockach, d'Hautpoul commande la cavalerie de réserve forte de deux régiments de carabiniers et de deux régiments de grosse cavalerie. Alors que les assauts et les contre-attaques se succèdent de part et d'autre, le général en chef Jourdan, qui est parvenu à rétablir son dispositif un moment compromis par une manœuvre de l'archiduc Charles, ordonne à d'Hautpoul de charger sans plus attendre les forces autrichiennes. Ce dernier, pour des motifs peu clairs, tarde cependant à exécuter le mouvement demandé. Charles Thoumas écrit :

De fait, la charge du carabiniers, gêné dans son déploiement par l'attaque d'un escadron de dragons français, n'aborde pas la cavalerie autrichienne avec toute la vigueur voulue et est repoussée, de même que le carabiniers conduit par d'Hautpoul en personne qui, après un semblant de succès contre un détachement d'infanterie ennemi, doit se replier sur ses positions de départ. Battu, Jourdan rejette la responsabilité de la défaite sur d'Hautpoul, ce qui entraîne pour ce dernier de graves conséquences : il est en effet suspendu de ses fonctions par le Directoire le pour désobéissance et enfermé à Strasbourg en attendant d'être traduit en cour martiale. Toutefois, en partie du fait de la poursuite des opérations militaires, le procès ne peut avoir lieu et les accusations portées contre d'Hautpoul sont annulées par décret du ; le 24 de ce mois, le général est réhabilité dans son grade et affecté à l'armée du Rhin.

Au sein de cette formation, il commande la réserve de cavalerie (c'est-à-dire les deux régiments de carabiniers et six régiments de grosse cavalerie) sous Ney le , sous Lecourbe en puis sous Baraguey d'Hilliers en . Dans l'intervalle, il participe à plusieurs affrontements dans le secteur de Mannheim et de Philippsburg. La même année, sous les ordres du général Moreau, il commande la division de cavalerie de réserve composée des deux régiments de carabiniers, de trois régiments de grosse cavalerie et du régiment de hussards. D'Hautpoul et ses cavaliers se distinguent dès l'ouverture des hostilités contre le Saint-Empire à Engen le 1800, à Moesskirch les 4 et 5 et Biberach le 9. Le a lieu la bataille d'Höchstädt durant laquelle les deux cavaleries, française et autrichienne, se livrent un combat acharné : la grosse cavalerie de d'Hautpoul ( et carabiniers, , et de cavalerie), malgré deux charges vigoureuses, est contre-chargée à chaque fois par les escadrons adverses, mais l'intervention du hussards jette le trouble chez les Impériaux et emporte la décision. Le général s'illustre enfin à Hohenlinden le .

Général du Premier Empire

vignette|Édouard Detaille, Le général d'Hautpoul à cheval, 1912.

Il est nommé inspecteur général de la cavalerie par le Premier Consul le : dans le cadre de ses fonctions, il est chargé de convertir les , , et régiments de cavalerie en unités de cuirassiers.. Il fait ensuite partie du camp de Compiègne le avant de commander la cavalerie au camp de Saint-Omer le de la même année.

Le , il commande la de cuirassiers à la réserve de cavalerie de la Grande Armée sous Murat. Au moment de passer le Rhin, sa division se compose des brigades Saint-Sulpice ( et cuirassiers) et Fontaine ( et cuirassiers), soit 12 escadrons totalisant cavaliers. À la bataille d'Austerlitz le , d'Hautpoul enfonce le centre russe par une charge de cavalerie sur le plateau de Pratzen..

Napoléon le fait le grand aigle de la Légion d'honneur et le nomme sénateur avec une pension annuelle de le . Ayant brièvement quitté sa division de cuirassiers en août — son rôle de parlementaire étant incompatible avec l'exercice d'un commandement au sein de l'armée d'active —, le général d'Hautpoul est réintégré à son poste dès le mois de septembre avec le déclenchement de la guerre contre la Prusse. Il sert à Iéna le et à la prise de Lübeck le . Il est employé avec sa division au de cavalerie de Bessières le , puis sous Murat de nouveau le . À la bataille d'Eylau, après avoir exécuté deux charges à la tête de sa division de cuirassiers, il est blessé lors d'une troisième, atteint d'un biscaïen. Refusant d'être amputé d'une jambe, contre l'avis du chirurgien Larrey, il meurt cinq jours après le de septicémie.

Jean Joseph Ange d'Hautpoul est dans un premier temps inhumé à Worienen, près d'Eylau« Worienen » est le nom allemand de « Woryny », en vigueur en 1807 pour ce village de Prusse-Orientale..On trouvera également les graphies de Vornienen, Vonrinen, Vornen, ou encore Vaurinen.. En 1840, son fils Alphonse Napoléon d'Hautpoul ramène ses restes dans le caveau familial du cimetière parisien du Père-Lachaise (), tandis que le cœur du général est déposé dans la crypte des gouverneurs aux Invalides.

Postérité

Napoléon ayant ordonné qu'une partie des canons pris à Eylau soit employée à la fonte d'une statue représentant le général d'Hautpoul, revêtu de l'uniforme des cuirassiers, celle-ci est érigée à Gaillac le , avec le bronze de , mais est renversée le sur ordre du régime de Vichy puis fondue pour soutenir l'effort de guerre nazi« Tarn (81) – Gaillac – Statue (grandeur nature) et son socle : général Jean-Joseph d'Hautpoul », Le patrimoine de Midi-Pyrénées, patrimoines.midipyrenees.fr.. Le nom d'Hautpoul est gravé sur l'arc de triomphe de l'Étoile.

Sa veuve, Alexandrine Suzanne Daumy († 1862) se remarie le à , avec Louis, comte Leclerc des Essarts (1770-1820), général d'Empire.

Décoration et titres vignette|gauche|Le général d'Hautpoul (musée des Beaux-Arts de Gaillac). vignette|Tombe de Jean Joseph Ange d'Hautpoul.

Sénateur en . Grand aigle de la Légion d'honneur (aujourd'hui ) à partir du .

Héraldique « D'or à deux fasces de gueules accompagnées de six coqs de sable crêtés, becqués et barbés de gueules, posés 3, 2 et 1 »Voir le blason sur le site Napoléon & Empire (consulté le 29 août 2010).. centré|vignette|109px|Le blason de la famille d'Hautpoul

Hommages Le général d'Hautpoul a donné son nom à une rue du de Paris, près du parc des Buttes-Chaumont, à une rue d'Albi et de Saint-Papoul, à une place de Gaillac, ainsi qu'à un navire de guerre. La place de la mairie de Cahuzac-sur-Vère (81140), village où il est né, porte son nom. Son nom est gravé sur la colonne de l'Arc de Triomphe de l'étoile (pilier est). Son cœur est conservé dans la crypte des Gouverneurs en la cathédrale Saint-Louis des Invalides. Un des salons de l'hôtel-restaurant du château de Salettes porte son nomwww.chateaudesalettes.com.. Le Dégourdy's Club a pris pour idole le général d'Hautpoul, lui qui est « le plus fondu des Gaillacois », sa statue ayant été fondue par les Allemands le pour en récupérer le bronze.

Famille Joseph d'HautpoulJean-Baptiste-Pierre Jullien de Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, Paris, 1824, tome 3, (lire en ligne), (né après 1700- ), seigneur de Salettes, marié en premières noces avec Françoise de Fay, Jean Pierre Joseph d'Hautpoul, marié en 1778 avec Marguerite de Pause de Montdésir Suzanne d'Hautpoul (1783- ) Félicité d'Hautpoul (1785- ) Joséphine d'Hautpoul (1786- ) Louis Gabriel Félix Marie Marigny d'Hautpoul (1787-1849) marié en 1817 avec Émilie Savy-Gardeil Joseph d'Hautpoul (né après 1700- ) marié en secondes noces avec Antoinette de Verdun,