vignette|redresse=1.75|Âge effectif moyen de départ à la retraite pour les hommes, de 1970 à 2018.

La retraite est la période de la vie d'un travailleur où, après s'être retiré de la vie active, continue de toucher régulièrement une somme à titre de pension. L'essentiel de ses revenus provient alors d'une rente , de son patrimoine accumulé au cours de la vie active, ou encore d'une aide sociale accordée aux personnes âgées.

Chaque société a ses propres coutumes, éventuellement inscrites dans une loi ou dans la constitution, fixant les conditions dans lesquelles on peut (diverses conditions d'âge, de participation financière à un système légal, état de santé, maternité, handicap, invalidité…) ou même on doit (limite d'âge) prendre sa retraite, et les sommes qui seront versées. Des systèmes de financement sont mis en place dans la plupart des pays, fondés sur : l'aide sociale (transferts sociaux) ; la solidarité inter-générationnelle (base de la retraite par répartition) ; l'épargne (retraite par capitalisation, assurance-vie…) mélangées en proportions variables.

Dans l'histoire, la retraite était un phénomène rare et court, l'âge de la retraite étant aligné sur l'espérance de vie.

Historique

Les premiers systèmes de retraite sont connus dès l'Antiquité. En raison de la professionnalisation de l'armée pendant la République les vétérans de l'armée romaine en bénéficient. Lors de la République tardive, des terres leur sont octroyées pour installer des colonies sur les nouveaux territoires conquis, ou sur des terres prétendues publiques en ItalieH.H. Scullard, , Routledge, 2007, .. Sous l'Empire, ils perçoivent une prime de démobilisation d'un montant équivalent à une dizaine d'années de solde.

Sous Auguste, l'Empire romain ne parvient plus à payer les retraites de ses légionnaires. En 23 av. J.-C., le consul Caius Marius propose à Auguste de faire passer de 16 à le nombre d'années de service militaire obligatoire. L'empereur crée en outre le Trésor militaire (Ærarium militare), caisse de retraite des légionnaires approvisionnée par une taxe de 5 % sur les héritages et de 1 % sur toutes les ventesJean-François Paillard, « Les ouvriers imposent la retraite », Ça m'intéresse, , octobre 2010, p. 94.

Au Moyen Âge, dans les abbayes bénédictines, les serviteurs laïques de certaines abbayes percevaient des pensions (en argent ou en nature) lorsque l'âge ne leur permettait plus d'exercer leur charge. Parfois même les veuves pouvaient continuer à percevoir ces pensions. Quelques catégories sociales (religieux, militaires, artisans) bénéficiaient d'une caisse de retraite alimentée par leur confrérie.

Le versement d'une retraite prend son essor en Europe au , en réponse de Bismarck à l'agitation sociale. Elle se généralise au avec l'allongement de l'espérance de vie.

Différents systèmes de retraites Plusieurs grands principes de fonctionnement, qui peuvent être combinés et le sont effectivement en pratique, existent.

Ils font intervenir des contraintes règlementaires (l’État impose le système de retraite) et des décisions personnelles. Les individus, en fonction de leur préférence pour le présent, leur insouciance voire leur irresponsabilité, et par ailleurs la confiance qu’ils ont dans le fonctionnement du système et dans sa gestion (en France, par les partenaires sociaux), peuvent agir sur : le choix de la répartition de la consommation au cours de la vie : ils peuvent se constituer une épargne qui complètera leur pension ; le choix de leur âge de départ à la retraite dans les limites règlementaires.

Les deux grands axes d'analyse (indépendants) sont, d'une part si le régime est organisé en fonction des contributions (à cotisation définie) ou de l'objectif de pension à verser (à prestation définie), d'autre part si le régime dispose d'avoirs couvrant les pensions à verser (capitalisation, sous forme de fonds ou de provisions dans le bilan de l'organisateur) ou s'il n'en dispose pas (répartition).

Un régime réel peut combiner des éléments de « cotisations définies » et de « prestations définies ». Il peut, par exemple, fixer les cotisations (cotisations définies), puiser dans la masse ainsi constituée pour alimenter des prestations définies (des minima sociaux, des majorations pour différentes situations…), et répartir le reste. Il peut aussi combiner de la capitalisation et de la répartition (provisionnement partiel).

Prestations définies ou cotisations définies Dans un régime à cotisations définies, des règles fixent les montants de cotisation ; ce peut être un simple pourcentage du revenu, ou un montant librement fixé par le cotisant ; des seuils, des plafonds, des bonus et des éléments de dégressivité ou de progressivité peuvent intervenir. Le montant des pensions versées n'est pas a priori connu, et n'est donc pas garanti : il sera constaté au moment de leur paiement, en fonction du rendement constaté des cotisations, du nombre de pensionnés, de leur durée de vie réelle ou prévisionnelle, etc. Pour le calcul des pensions à verser, on se base sur ce que le futur pensionné a accumulé comme droits, en points de retraite ou en devise sur un compte notionnel Comptes notionnels ou capitalisation virtuelle, sur le site cor-retraites.fr du 24 janvier 2002. Ainsi, les pensions peuvent varier en fonction des conditions économiques et sociales (notamment la démographie) : il y a donc un risque pour le retraité ; les pensions peuvent baisser en terme réel, voire en valeur nominale. Si le régime fonctionne par répartition (voir infra), les pensionnés et les actifs sont solidaires : les retraités voient leur revenu évoluer en fonction des cotisations, donc des conditions économiques.

Un régime à prestations définies vise un montant de pension, et ajuste les versements réclamés aux cotisants en fonction de cet objectif. C'est le cotisant qui supporte l'essentiel des risques. Le risque pour les pensionnés ne disparait pas pour autant, mais il change de nature : si le gestionnaire a pris des engagements qui s'avèrent irréalistes, il peut faire faillite, au risque (pour les retraités) de voir la pension disparaitre purement et simplement (ou, au mieux, de se voir imposer une réduction des pensions) Effet de la crise sur l’épargne des fonds de pension et des fonds de réserve, sur le site cor-retraites.fr du 3 décembre 2009. Si le régime fonctionne par répartition (voir infra), les pensionnés et les actifs ne sont pas solidaires : le revenu des retraités est protégé, ce sont les actifs qui, seuls, engrangent les bénéfices d'une croissance plus forte ou subissent les conséquences d'une crise ou d'un choc démographique.

Retraite par répartition

Les travailleurs actuels payent, par des cotisations sur leurs revenus professionnels, les pensions servies aux retraités du moment ; leurs propres pensions seront payées par les travailleurs futurs. Le système est nécessairement obligatoire et public, la plupart des pays de l'OCDE interdisant ce type de système, même avec une capitalisation partielle, pour les retraites privées O ECD Glossary of Statistical Terms - Unfunded pension plans Definition, sur le site oecd.org..

Des caisses de retraite, souvent par profession, assurent la perception des cotisations (somme éventuellement augmentée d'autres produits : subventions de l'État ou de l'entreprise, compensations inter-caisses…) et le paiement des pensions (diminuées d'autres charges : frais administratifs, compensations inter-caisses…).

Retraite par capitalisation

Les travailleurs actuels épargnent pour leur propre retraite ; les pensions sont servies aux retraités à proportion du capital accumulé pour eux à cet effet. Le système s'apparente à une forme d'assurance-vie ; il peut être totalement libre ou (partiellement) obligatoire.

Des fonds de pension encaissent des primes d'assurance (éventuellement augmentées d'autres produits : bonification de l'État, participation de l'entreprise…), les convertissent en capital, puis en sens inverse au moment de la retraite convertissent le capital en rente viagère. Cette épargne peut aussi être gérée individuellement, ou dans un autre cadre collectif.

Les sommes en jeu sont considérables, elles se retrouvent en bourse (capital des grandes entreprises cotées), dans le financement des emprunts d'État et autres obligations, et elles conditionnent les pensions de beaucoup de gens (avec des répercussions sociales lourdes en cas de problème). De ce fait, le marché et ses intervenants sont toujours contrôlés par les autorités.

Différences entre les systèmes par capitalisation et par répartition Le principe d'une retraite par capitalisation est celui d'une assurance comme une autre, une assurance-dommage par exemple : un agent économique solvable (le plus souvent collectif : société, mutuelle…) garantit le paiement futur à hauteur du capital garanti, en disposant en principe à tout moment de quoi faire face (sous forme de capital propre, d'engagement personnel des sociétaires dans le cadre d'une assurance mutuelle, de contrats de réassurance, etc.). Mais, de même que dans un système d'assurance-dommage classique les primes équilibrent à peu près les sommes versées au titre des dommages, l'essentiel des pensions que verse un fonds de pension provient en réalité des primes que versent les actifs actuels (futurs retraités) au titre de leur future pension, il fonctionne donc pour l'essentiel par répartition. Seule la différence entre les primes et les pensions contribue à la variation de capital du fonds de pension, même si les droits des adhérents sur ce fonds évoluent (les pensionnés diminuent leur part, les futurs pensionnés l'augmentent ; autrement dit les premiers vendent leur capital aux seconds).

Pour qu'un tel système devienne complètement un système par répartition, il suffit de deux choses. D'abord que le flux de cotisations soit exactement égal au flux de dépenses ; cela ne fait plus varier le capital. La disparition du capital peut passer inaperçue, et c'est la seconde chose nécessaire pour donner naissance au système par répartition. Inversement, pour transformer un système par répartition en système par capitalisation, il suffit de doter la caisse d'un capital à hauteur des droits octroyés.

Donc un système par répartition peut (et doit) être considéré comme un fonds de pension par capitalisation dépourvu de capital (de provision, de garantie financière) ; ou, symétriquement, un système par capitalisation peut être considéré comme un système par répartition garanti par une provision à hauteur des engagements dûment constatéeVoir par exemple « Quelle théorie pour l’État social ? » par Christophe Ramaux, notamment les notes 15 et 16..

La différence de principe n'est donc pas si grande, elle a pourtant des conséquences pratiques importantes : un système par répartition est nécessairement obligatoire, et il est (les lois et règlements imposent un provisionnement à 100 % des régimes de retraite facultatifs, c'est-à-dire exigent qu'ils fonctionnent par capitalisation—au moins sur le plan collectif, en revanche du point de vue de chaque participant le lien entre ses versements et sa pension peut être assoupli). Inversement un système par capitalisation peut rester facultatif ; mais il peut aussi être obligatoire en tout ou partie, si on souhaite exiger des travailleurs qu'ils prennent des dispositions pour assurer leur propre retraite, ou encore si on souhaite utiliser le système comme support pour des politiques de redistribution.