Une terre arable (du latin arabilis « labourable », dérivé de arō « labourer ») est une terre qui peut être labourée ou cultivée. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, les terres arables sont les terres affectées à des cultures temporaires (les zones de polyculture ne sont comptées qu'une fois), les prairies temporaires à faucher ou à pâturer, les cultures maraîchères et jardins potagers, et les jachères temporaires (moins de cinq ans)..
Quand ils sont intensivement cultivés et labourés, les sols arables peuvent perdre certaines de leurs qualités (richesse en humus, diversité génétique et richesse en champignons y diminuent généralement, de même parfois que leurs capacités de rétention et d'épuration des eaux).
Surfaces de terres arables dans le monde vignette|redresse=1.8|Carte mondiale représentant, pays par pays, la part en pourcentage des terres arables dans l'occupation des sols (chiffres de 2006, tirés de ). vignette|redresse=1.8|Évolution de la superficie mondiale de terres cultivées depuis 1600. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, au début du , près de 1,5 milliard d'ha de terres sont utilisés pour les cultures arables et , soit environ 11 % de la superficie en terres de la planète, 30 % des terres agricoles et près de 3 % de l'ensemble de la surface terrestre (environ 51 milliards d'hectares avec les océans) World Food and Agriculture - Statistical Yearbook 2020, Rome, 366 p..
Évolution et tendance Les surfaces arables du globe sont en réduction depuis plusieurs dizaines d'années sous l'effet de plusieurs facteurs : urbanisation des meilleures terres Faim dans le monde et stocks mondiaux, article publié par le mouvement de défense des exploitants familiaux en juillet 2007. (notamment en Asie), processus de désertification (notamment dans les régions du Sahel et en Australie, mais aussi en Espagne), impact du réchauffement climatique (augmentation du stress hydrique en Europe selon un rapport publié par le parc naturel régional du Morvan en 2006 Forêt et changements climatiques - IDF / CNPPF - P. Riou-Nivert, Séminaire forêt de la fédération des PNR - Saint-Brisson, 24 octobre 2006) et érosion des terres arables fragiles causée par la déforestation ou l'abus d'engrais Impact of Arable Land, étude publiée par l'International Institute for Applied Systems Analysis, Vienne, 1999.…
Une nouvelle forme de conquête du monde se développe : de plus en plus d'États en manque de terres arables en achètent ou en louent à d'autres. Des millions d'hectares se monnayent aujourd'hui sur ce marché lucratif, qui appâte les investisseurs privés et menace la sécurité alimentaire de certains pays en développement.
Estimations de la perte de terres arables À l'échelle du globe, les pertes de surfaces arables sont estimées à une fourchette comprise entre et par an (soit, à titre de comparaison, entre 12 et 25 % du territoire français). Ce chiffre est estimé à plus de par B. Sundquist de l'Université du Minnesota dans son étude synthétique publiée en 2000, Topsoil loss - Causes, effects and implications: a global perspective , B. Sundquist, de juillet 2007..
À l'échelle européenne, l'artificialisation des terres, c'est-à-dire la conversion des terres agricoles en espaces bâtis ou en infrastructures, a concerné de terres entre 2000 et 2006. Elle a conduit à une diminution de 0,2 % des terres arables et de 0,3 % des pâturages Rapport de l'Agence européenne de l'environnement.
Entre 1970 et 2020, de terres agricoles ont disparu en France, soit l'équivalent de la région PACA..
Estimations des disponibilités pour la sécurité alimentaire durable de l'humanité Une étude a été réalisée en 2009 par l'Université Libre de Bruxelles à la demande du ministère français chargé de l'agriculture sur les disponibilités actuelles et futures en terres cultivables non cultivéesTerres cultivables non cultivées : des disponibilités suffisantes pour la sécurité alimentaire durable de l’humanité. Elle a conclu que les superficies cultivables du monde apparaissent très supérieures aux superficies nécessaires pour garantir la sécurité alimentaire de l’humanité. Cette étude prend en compte différentes hypothèses (croissance relativement faible des rendements, exclusion de la mise en culture des forêts et zones actuellement protégées, effets plausibles du réchauffement climatique…). Mais elle reconnaît (page 38) que, avec une hypothèse de « révolution doublement verte » (meilleure utilisation des fonctionnalités écologiques des écosystèmes cultivés et des techniques accessibles aux producteurs pauvres) selon le scénario Agrimonde 1 (INRA-CIRAD, 2009), le besoin de nouvelles terres arables d'ici 2050 serait de 590 millions d’hectares, ce qui est supérieur aux disponibilitésTerres cultivables et terres cultivées, sur le site du Ministère de l'Agriculture..
Destruction de terres arables
Concept du monde fini appliqué aux terres arables C'est l'idée que la quantité de terres arables ne peut augmenter à l'infini. Il existe nécessairement une limite à l'expansion des terres arables, d'autant que et la quantité de ces dernières n'ont de cesse de diminuer à l'heure actuelle, comme le montrent les estimations de pertes des terres arables. Le concept de monde fini appliqué à ces terres met en évidence l'enjeu alimentaire et environnemental de la question, ainsi que les dangers et les moyens à appliquer pour inverser la tendance. Comment nourrir autant de monde ? D'après le professeur Albert Jacquard, seule une meilleure utilisation des sols, une lutte contre la désertification et une baisse drastique du gaspillage (notamment dans les habitudes alimentaires des pays riches, comme la surconsommation de viande) nous permettrait d'assurer l'alimentation de base pour l'humanité.
Dangers La production agricole mondiale dans un but d'autosuffisance alimentaire est menacée par la destruction ou la des terres arables actuelles, ainsi que par l'expansion de la population mondiale. De trois cents millions vers l'an Mil, nous sommes passés à un milliard au et deux milliards en 1930... En 2018, nous sommes plus de sept milliards d'êtres humains sur notre planète..
Des dégâts environnementaux graves sont constatés, très souvent liés à la mauvaise utilisation des terres, c'est-à-dire dans un but productiviste et via l'assistance de produits chimiques nocifs. Au-delà des questions sanitaires, c'est avant tout un processus de détérioration grave des terres arables qui est engendré : surexploitation, empoisonnement aux pesticides, destruction, érosion grave, salinisation ou dé-fertilisation des sols… l'action anthropique et de mauvaises pratiques agricoles sont à l'origine de la plupart des cas de destruction de terres arables.
Les récentes «émeutes de la faim». ainsi que les graves famines qui touchent régulièrement certains endroits de notre planète mettent en lumière les terribles dysfonctionnements engendrés par l'accaparement des terres arables : des millions d'hectares sont achetés par des entreprises extra-nationales et cultivés pour le profit de ces entreprises ou de quelques investisseurs privés et approvisionner les populations des pays développés et émergents aux dépens de la sécurité alimentaire de la population locale. Environ vingt millions d'hectares de terres arables ont été acquis par des investisseurs étrangers dans les pays en voie de développement..
Moyens évoqués pour soutenir le renouvellement des terres arables L'agriculture biotechnologique (à ne pas confondre avec l'agriculture biologique) est très souvent évoquée pour pallier les problèmes des terres arables. Rendement, efficacité et productivité sont les maîtres mots qui permettraient de répondre au défi démographique et la raréfaction des terres arables. Cependant, de très nombreuses études montrent de graves altérations des sols, des contaminations et mutations environnementales ainsi qu'une plus grande faiblesse face aux parasites et maladies non traités génétiquement sur les exploitations d'agriculture biotechnologique..
La nationalisation des terres arables a souvent été envisagée. Toutes les terres cultivables au sein d'une nation appartiendraient donc à cette nation. L'idée serait très difficile à appliquer dans notre modèle économique actuel où des centaines de milliers d'hectares sont réservés à une culture unique alors que . De plus, certains pays sont dans une situation financière si précaire que , bien souvent au détriment de la population.
Agriculture raisonnée/durable/traditionnelle : . En effet, les notions de profit et de rentabilité sont réduites à leur « juste proportion », la proportion « raisonnable », « durable ». L'idée, c'est qu'une terre arable produira plus et plus longtemps en la laissant se reposer plutôt qu'en la surexploitant. C'est ainsi qu'on peut voir de nombreux lopins de terre toujours productifs au bout de cinquante ans alors que de et le font au prix d'une utilisation accrue d'engrais et de pesticides qui conduiront encore plus vite les terres à se dégrader. L'idée est que l'agriculture « rentable et productiviste » n'est pas celle que l'on croit. Si l'agriculture raisonnée permet de cultiver des générations durant, l'agriculture productiviste détruit les sols en l'espace de quelques années au mieux, précipitant ainsi le phénomène de destruction des terres arables.
Fixation des prix au niveau des échanges mondiaux : cette idée permettrait de ne plus assister à cette valse des prix que l'on peut constater au niveau des matières premières. Certains prix sont extrêmement volatils comme pour le lait ou le blé, qui font partie des éléments de base de l'alimentation. Rétrospectivement, on sait maintenant que la variation du prix des matières agricoles a joué un rôle terrible et a précipité les « émeutes de la faim » d'il y a quelques années. Ainsi, en l'espace de deux ans et rien qu'en France, le prix de l'orge à la tonne est passé d'un peu plus de () à un peu moins de (début 2010)..
Données disponibles Les données disponibles sur les terres arables sont disponibles dans les bases de données et via les institutions suivantes : FAOSTAT (Global Agro-Ecological Zones study) - FAO (Food and Agriculture Organisation of the United Nations) ; GAEZ (Global Agro-Ecological Zones study) - IIASA (International Institute for Applied Systems Analysis) - FAO ; SAGE (center for Sustainability And the Global Environment) - GTAP (Global Trade Analysis Project).
Une carte de la couverture des sols terrestres a été établie par un consortium scientifique dirigé par l’Université catholique de Louvain (Belgique), en utilisant des milliers d’images satellites prises entre 2008 et 2012 par le spectromètre imageur MERIS embarqué sur le satellite ENVISAT ; elle distingue 36 types différents de couvertures du sol, la plupart correspondant à des systèmes végétaux caractéristiques (prairies, cultures, différents types de forêts), auxquels s’ajoutent les sols urbanisés, l’eau, les sols nus des déserts, la neige et la glace. Cette carte interactive offre une résolution de à l’échelle mondiale ; en cliquant sur un point, on fait apparaître dans la colonne de gauche la légende correspondant à la couleur de ce pointClimate Change Initiative - Land cover map 2010, Earth and Life Institute, UCL.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Érosion Désertification Régression et dégradation des sols Surface agricole utilisée Terre (économie)
Liens externes
Virginie Pinson, Couvertures et usages agricoles des terres à l'échelle mondiale, ministère de l'Agriculture et de la Pêche de la France
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