Le royaume de Serbie est le nom du régime en place entre 1882 à 1918 en Serbie dans la continuité de la principauté de Serbie. Le royaume de Serbie correspond à un ancien statut juridique de la Serbie, déjà porté par l'État médiéval des et s.

Autour du royaume de Serbie se construisent les aspirations, pro-serbe, puis panslave et enfin yougoslave. Après la Grande Guerre, la Serbie forme la base du royaume des Serbes, Croates et Slovènes, plus tard renommé en royaume de Yougoslavie. La famille royale de Serbie gouverne la Yougoslavie entre les deux guerres mondiales. 250px|thumb|La Serbie après la conférence de Londres et après le traite de Bucarest (guerres Balkaniques).

Histoire de la Serbie Le protectorat ottoman

Au cours du , la Serbie passe du statut de territoire sous contrôle turc à celui de principauté autonome sous protectorat ottoman, et devient enfin un État souverain. Elle sait se moderniser grâce aux populations serbes d'Autriche-Hongrie qui apportent à l'État serbe des institutions politiques, économiques et industrielles modernes. Ainsi, même sous protectorat ottoman, la Serbie est plus développée que le vieil Empire ottoman, son « protecteur ».

La modernisation de la langue serbo-croate par les linguistes serbes et croates (en particulier le Slovaquo-croate Ljudevit Gaj et le Serbe Vuk Karadžić lors de la signature des accords de Vienne), renforce la position de la Serbie comme place forte du nationalisme slave dans les Balkans, et plus particulièrement des Yougo-slaves.

Mais en Serbie, tous ne sont pas du même avis ; il existe ainsi des Serbes qui refusent l'idée d'une union des Slaves du sud dans un État, mais qui militent pour l'union des seuls Serbes dans un État. Les Serbes favorables à l'Autriche-Hongrie ont une armée spécialisée dans la lutte contre les Ottomans depuis trois siècles, ce qui déclenche un problème intérieur. En effet, l'Autriche-Hongrie a, à l'intérieur de ses frontières, une très importante population serbe, qu'elle a accueillie lors de leur fuite devant les armées turques ; les migrations serbes ont participé au sauvetage de l'empire autrichien.

Désormais, puisqu'il existe un État serbe, cette population Serbe désire vivre en son sein, et devient pour l'Autriche une menace plus importante que les Turcs. Non seulement les Serbes veulent quitter l'Empire, mais aussi les Croates, les Musulmans (nationalité), les Slovènes, veulent tous vivre dans un État commun libre, et ne plus être soumis à Vienne.

Par ailleurs, la Serbie s'implique de plus en plus dans la lutte pour la Macédoine, dans les trois vilayets de Kosovo, Monastir et Salonique restitués à l'Empire ottoman par le traité de Berlin en 1878 et déjà revendiqués par la Bulgarie et la Grèce. La société de saint Sava, créée en 1885, s'efforce d'y propager la culture serbe. La Macédoine compte 110 écoles serbes en 1892 et 226 en 1907Georges Castellan, Histoire des Balkans, Fayard, 1991, -354..

de Serbie Le roi Alexandre Ier de Serbie, qui lors de son arrivée sur le trône de Serbie a décidé de continuer la politique pro-Autrichienne de son père de Serbie, trouve en face de lui une résistance grandissante de la classe politique serbe, surtout du parti radial de Nikola Pašić. Il avait pratiquement placé la Serbie dans une situation de satellite vis-à-vis de la monarchie austro-hongroise. Sa volonté de faire taire les radicaux de Nikola Pašić le pousse le à faire l'erreur d'abolir la .

Il perd alors le soutien des généraux de l'armée. C'est Alexandre qui donnera à ses ennemis l'occasion de réunir autour d'eux toute la population serbe. En effet, un médecin russe a révélé au grand public que la reine Draga, que l'on pensait enceinte, simulait une grossesse, et qu'elle prévoyait de donner le trône de Serbie à son frère.

C'est alors qu'un officier né en 1876, le capitaine Dragutin Dimitrijević, que ses amis appellent Apis, sort de l'ombre. À la tête d'une conjuration de 120 officiers, il organise un coup d'État. Le jeune capitaine et ses hommes sont impitoyables avec les fidèles des Obrenovic qui sont tous égorgés. Quant au couple royal, il est abattu à coup de révolver, défenestré du palais et livré à la vindicte populaire..

Le jeune capitaine aurait alors pu devenir dictateur, mais habile diplomate, il livre le trône à la famille rivale des Obrenović. Les Karađorđević (Karageorgévitch en français), reviennent sur le trône de Serbie par l'intermédiaire du francophone et russophile Pierre Ier de Serbie.

La monarchie constitutionnelle (1903 à 1914) Lors de son arrivée sur le trône de Serbie en 1903, Pierre, lecteur et admirateur de la pensée utilitariste de John Stuart Mill, met en place en Serbie la constitution la plus démocratique et la plus libérale en Europe après celle de Grande-Bretagne. Elle s'inspire aussi de la constitution de 1888 supprimée par en 1894 : Le régime est une monarchie constitutionnelle de type britannique., Mais avec un taux d'électeurs sans commune mesure, en effet, 23 % de sa population a le droit de vote (tous les hommes de plus de 24 ans), La création d'une école publique, en 1884, offre à la Serbie ses premiers bacheliers, La liberté de la presse, d'opinion et d'association, est instaurée en 1909 : 79 journaux dont 13 quotidiens., Enfin la mise en place de syndicats, dont la confédération générale des ouvriers en 1904, permet à la Serbie de mettre en place des lois sociales avancées.

Cette liberté en Serbie favorise un foisonnement culturel qui fait de Belgrade un phare de liberté pour tous les Serbes des Balkans, et pour les Croates et les Slovènes de l'empire d'Autriche-Hongrie. Certains milieux réactionnaires à Vienne attendent l'occasion d'écraser le piémont serbe avant qu'il ne contamine les esprits de tous les slaves du sud de l'Empire.

La Serbie reçoit le surnom de berceau de la démocratie dans les Balkans modernes.

Ce régime de liberté reste en place jusqu'au début de la Première Guerre mondiale en 1914.

Lors de la mise en place du régime yougoslave en 1921, la France pousse Pierre à instaurer un régime plus centralisateur et plus autoritaire afin de lutter contre le risque d'un essor des idées communistes dans le nouveau royaume. La constitution de 1903 reste la référence de tous les mouvements démocratiques dans la Yougoslavie royaliste d'entre les deux guerres ainsi que dans la Yougoslavie communiste de Tito.

La Première Guerre mondiale (1914- 1918)

350px|thumb|right|La Serbie et les alliances en 1914.

Depuis 1878, la Bosnie-Herzégovine était occupée par l'empire d'Autriche-Hongrie, qui l’annexa en 1908, annexion mal vécue par les populations slaves notamment les Serbes qui refusaient cette occupation et souhaitaient la réunification avec le royaume de Serbie ou d’autres pays slaves. L’idéal de nombreux jeunes gens serbes de Bosnie était le mouvement Jeune Italie, qui s’était donné pour but la libération des territoires occupés par les Autrichiens. En 1914, le double assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et de son épouse Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, à Sarajevo, le par Gavrilo Princip, fut l’événement prétexte qui déclencha la Première Guerre mondiale. En 1915, le royaume fut envahi par les puissances centrales lors de la campagne de Serbie. Mais le pays fut finalement libéré en 1918 par l’armée serbe soutenue par les forces alliées, dont l’armée française d'Orient, menée par le maréchal Louis Franchet d'Espèrey.

Attentat de Sarajevo

150px|thumb|right|Gavrilo Princip. Les organisateurs de l’attentat contre le prince François-Ferdinand étaient de jeunes nationalistes yougoslaves, des serbes de Bosnie et des Musulmans, qui effectuaient leurs études à BelgradeAcademic American Encyclopedia, 1980, , page 286. Membres de l’organisation révolutionnaire Jeune Bosnie ( / ), proche du parti social-démocrate Serbe, ils contactèrent la Main Noire ( / ), une société secrète soutenue discrètement par le gouvernement serbeDušan T. Bataković, Histoire du peuple serbe, L’Âge d’Homme, 2005, , pp. 245 à 266 ; leur intention était d’obtenir des armes pour leur projet d’attentat. Le lieutenant-colonel Dragutin Dimitrijević « Apis », chef des services secrets serbes et de la Main Noire aurait reçu l’ordre de faire annuler l’attentat. Après les guerres balkaniques de 1912 et 1913, le gouvernement de Nikola Pašić voulait la paix, hésitant à s’unir avec le Monténégro du roi Nicolas Ier de Monténégro, en raison de l’opposition que l’Autriche-Hongrie aurait alors manifestée. Des notes diplomatiques échangées entre la Russie et la Serbie témoignent de cette hésitationrastko.org.rs

Les trois étudiants serbes, Gavrilo Princip, Trifko Grabež et Nedeljko Čabrinović, passèrent à l’action le matin de la fête de Vidovdan. Une première tentative, effectuée par Čabrinović, échoua ; la seconde, effectuée par Gavrilo Princip, eut pour résultat la mort de l’archiduc François-Ferdinand. Les diplomates autrichiens considérèrent l’attentat comme une provocation directe de la Serbie ; selon l’historien Dušan T. Bataković, l’assassinat constituait pour Vienne . Dans l’Autriche-Hongrie de cette époque se développait une forte propagande contre les Serbes, notamment vis-à-vis des Slaves vivant dans l’Empire. Le , bien que l’implication du gouvernement serbe ne fut pas prouvée, l’Autriche lança à la Serbie un ultimatum en 10 points. Belgrade accepta l’ultimatum., à l’exception du sixième point, exigeant l’envoi d’enquêteurs autrichiens dans le pays ; sur ce point particulier, considérant que , la Serbie proposait de s’en remettre à une juridiction pénale internationale ou à l’arbitrage des Grandes puissances. Quelques jours plus tard, l’Autriche-Hongrie affirma qu’une attaque serbe avait eu lieu contre ses troupes près de la ville de Kovin. Le , le ministre autrichien des Affaires étrangères, Leopold Berchtold, déclara la guerre à la Serbie .. Le , l’Empire allemand déclara la guerre à la Russie, qui avait déjà mobilisé ses troupes, puis, le , à la France, alliée de la Russie. La Première Guerre mondiale avait commencé. Le royaume du Monténégro, invité à rester neutre, s’engagea aux côtés de la Serbie, le gouvernement de Cetinje déclarant :

Bataille du mont Cer 200px|thumb|right|Le voïvode Radomir Putnik. Pour la Serbie, les troupes autrichiennes étaient commandées par le Slovène Oskar Potiorek, qui se trouvait dans la voiture de l’archiduc François-Ferdinand au moment de son assassinat. La première attaque autrichienne eut lieu le , entre la Save et la Drina, dans la région de Šabac. Les forces autrichiennes comptaient trois armées, soit au total, bien entraînés, bien équipés. En face, l’armée serbe, manquant de munitions pour l’artillerie, était commandée par le voïvode Radomir Putnik, un général expérimenté.

Le premier affrontement important entre les deux armées eut lieu du 16 au , au mont Cer, non loin de la frontière avec la Bosnie-Herzégovine. Les Serbes étaient commandés par le général Stepa Stepanović. Cette victoire serbe contraignit les Austro-Hongrois à se replier de l’autre côté de la Drina ; ce fut la première victoire alliée de la Première Guerre mondiale. Les pertes furent importantes dans les deux camps : les Autrichiens perdirent environ et furent faits prisonniers ; les Serbes, quant à eux, avaient perdu environ . Malgré l’importance des pertes, cette victoire renforça le moral des troupes serbes.

Les Russes insistèrent ensuite pour que la Serbie attaque à son tour les Autrichiens. L’armée serbe passa alors en Syrmie, une région aujourd’hui située dans la province serbe Voïvodine et, à l’époque, appartenant à l’empire d’Autriche-Hongrie. Une armée serbe arriva le jusqu’à Pale, en Bosnie-Herzégovine ; Sarajevo fut évacué. En revanche, après la défaite de Glasinac, l’armée serbe, à son tour, dut retraverser la Drina.

Bataille de la Kolubara 150px|thumb|right|Le voïvode Živojin Mišić.