thumb|Patte avant-droite du Grand sphynx en 1911, lieu d'un savoir Atlante selon Edgar Cayce, clairvoyant évoqué dans le MdM. Le Matin des magiciens, introduction au réalisme fantastique est un livre de Louis Pauwels et Jacques Bergier publié en aux éditions Gallimard dans la « collection blanche ». Le courant du « réalisme fantastique » annoncé par le titre secondaire fut aussi celui de la revue Planète, lancée l'année suivante par les mêmes auteurs. Grand succès de librairie à son époque, l'ouvrage connaît encore une influence majeure dans le domaine de la « pyramidologie », dans les courants contemporains de l'occultisme ou encore dans la vague d'interprétations sur le mysticisme nazi qui a suivi.

Présentation Cet ouvrage de plus de 500 pages dans son édition originale se présente comme un récit, « parfois légende et parfois exact », consacré à « des domaines de la connaissance à peine explorés »Présentation de la première édition du livre. « aux frontières de la science et de la tradition ». Son contenu aborde des thèmes aussi divers que l'alchimie, les sociétés secrètes, les civilisations disparues, les récurrences insolites, les religions et les sciences occultes ou l'ésotérisme. Il repose sur des témoignages anciens (comme les manuscrits de la mer Morte), des recherches et des livres d'auteurs reconnus ou méconnusComme l'anthropologue américain Loren Eiseley, le biologiste J. B. S. Haldane ou le paléontologue jésuite Teilhard de Chardin., des articles de revues spécialisées et des ouvrages de science-fictionNotamment John Buchan, Howard P. Lovecraft et Arthur C. Clarke, dont la nouvelle Les neuf milliards de noms de Dieu sert d'illustration aux auteurs. ou de littérature fantastiqueComme Jorge Luis Borges et même Maupassant. Ce livre, véritable phénomène éditorial, vendu à un million d’exemplaires, a remis au goût du jour le réalisme fantastique, inspiré la revue Planète, et la collection L'Aventure mystérieuse, où Jacques Bergier publiera encore huit ouvrages.

Le projet Ce projet vient de la rencontre entre le journaliste et écrivain Louis Pauwelsqui vient alors de publier un ouvrage consacré à Gurdjieff, et l'ingénieur chimiste Jacques Bergier, passionné par toutes sortes de mystères et préfacier de la traduction française de l'ouvrage de Charles Hoy Fort, un écrivain américain qui enquêtait sur les phénomènes inexpliqués, tous les deux mis en relation par René Alleau. La rencontre des deux hommes entraîne un travail intellectuel qui démarre avec la traduction en français de l'ouvrage de Charles Fort en 1955, Le Livre des damnés dans la collection « Lumières interdites » des éditions des Deux Rives. Suivra une traduction d'un recueil de nouvelles de Lovecraft, intitulé Démons et Merveilles.

Louis Pauwels et Jacques Bergier envisagent par la suite l'écriture d'un ouvrage « consacré aux faits rejetés par la science ». Le titre initialement retenu est Le Temps des magiciensMystères de la vie, Jacques Bergier, 1959, éd. du Centurion, p.74.. La mise en forme du livre nécessite cinq années de travail, sur la base d'une volumineuse documentation, entreposée chez un imprimeur à Parisinventoriée en 2007 à la Bibliothèque nationale de France dans le Fonds Pauwels. Les auteurs se rencontrent lors de réunions dominicales au domicile de Louis Pauwels, où ce dernier prend en note les échanges avec Jacques Bergier, après des enregistrements préliminaires de ce dernier avec l' et traducteur Bernard Noël des éditions de la Bibliothèque Mondiale. L'objectif des auteurs est alors d'éveiller la curiosité du public : « il y aura sans doute beaucoup de bêtises dans notre livre, répétons-le, mais il importe assez peu, si ce livre suscite quelques vocations et, dans une certaine mesure, prépare des voies plus larges à la recherche » Louis Pauwels et Jacques Bergier, Le Matin des magiciens, p.199.

Principaux thèmes et organisation du livre thumb|The Coming Race d'Edward Bulwer-Lytton, évoquant dès 1871 une possible Terre-creuse abritant une race supérieure détentrice du Vril. Le thème central de ce livre repose sur l'idée qu'une quantité de connaissances scientifiques et techniques, dont certaines proviennent de civilisations extraterrestres, ont été tenues secrètes pendant de grandes périodes de l'histoire, et que l'homme est appelé à devenir un surhomme. Pour les auteurs, le fantastique n'est pas « l’apparition de l’impossible » mais « une manifestation des lois naturelles » quand elles ne sont pas « filtrées par le voile du sommeil intellectuel, par les habitudes, les préjugés, les conformismes » Louis Pauwels et Jacques Bergier, Le Matin des magiciens, p.13 .

Le contenu de l'ouvrage est très hétérogène, mélangeant des textes autobiographiques, des nouvelles de science-fiction, des théories scientifiques et des textes à « prétention historique et prospective ».

thumb|Le soleil noir de l'Obergruppenführersaal (salle des généraux) dans la salle nord du château de Wewelsburg, sur commande d'Heinrich Himmler. Ce symbole nazi à connotation païenne est interprété dans l'ouvrage comme attestant une origine occulte du nazisme.

Le Matin des magiciens se compose de trois parties : « Le futur antérieur », qui critique le « scientisme » du et évoque l'idée d'une « société internationale et secrète, groupant des hommes intellectuellement très avancés », société qui se formerait d'elle-même, et aborde le thème des civilisations disparues et de l'alchimie. « Quelques années dans l’ailleurs absolu », qui s'attache à démontrer les origines occultes du nazisme et la contribution de l'ésotérisme à des théories scientifiques, dans le but de donner un exemple d'application des méthodes du réalisme fantastique. Il évoque longuement la cosmogonie glaciaire de Hans Hörbiger et les théories de la Terre creuse. « L’homme, cet infini », consacrée aux capacités mentales de l'homme, à la parapsychologie, à la télépathie, à « l’esprit magique » et aux « mutants ». Le livre contient une version raccourcie dUn cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller, récit post-apocalyptique nucléaire, l'extrait d'une nouvelle d'Arthur Machen et la retranscription d'une conférence de René Alleau, ingénieur français ayant publié des ouvrages traitant des sciences occultes et de l'alchimie. Si le contenu de l'ouvrage est très hétérogène de par les textes rassemblés et sa structure même, le sociologue Damien Karbovnik estime que l'argumentation des auteurs sert «une finalité bien précise », avec notamment la préface qui « constitue le nœud théorique du livre ». Selon Louis Pauwels et Jacques Bergier, la réalité du monde est partagée entre une dimension visible et une dimension invisible, dont il est possible de comprendre l'intrication grâce à l'imagination, « entendue dans le sens d'une intuition aiguë guidée par les coïncidences entre science et ésotérisme ».

Réception et critiques

Succès éditorial

Éditions françaises L'ouvrage de Louis Pauwels et de Jacques Bergier est publié par Gallimard, dans la « collection Blanche » de littérature française. Si les éditions Gallimard ont déjà, au préalable, publié des auteurs traitant d'ésotérisme (tels que René Guénon et Raymond Abellio), Le Matin des magiciens trouve sa place dans cette collection littéraire, assurant de fait « une visibilité et une respectabilité » au livre et à ses auteurs. Ces derniers ne sont pas inconnus du milieu littéraire parisien : Louis Pauwels a publié plusieurs romans, dont un aux éditions Gallimard, tout comme Jacques Bergier, publié chez le même éditeur en 1951. L'imposant manuscrit de mille pages aurait impressionné Jean Paulhan, portant un intérêt certain pour l'ésotérisme, particulièrement à Louis-Claude de Saint-Martin. thumb|Un lever de Soleil, thème repris pour illustrer la première édition en livre de poche, en 1965. À la surprise des auteurs eux-mêmes, le livre rencontre un large succès : l'ouvrage est réimprimé, puis réédité à plusieurs reprises. Véritable phénomène de librairie, 100 000 exemplaires sont vendus la première année de sa parution. Il s'ensuit une édition en 1965 dans la collection Le Livre de poche, dont le stock sera automatiquement renouvelé tous les six mois durant cinq ans par l'éditeur. Le Matin des magiciens reparaît avec une nouvelle présentation aux éditions Gallimard en 1975 dans la collection Soleil, à 3000 exemplaires, avant d'être publié en format poche chez Folio, où il est toujours disponible. Le nombre d'exemplaires vendus en langue française est estimé désormais à plus d'un million.

Gallimard aura ainsi publié Le Matin des magiciens, puis L'Homme éternel (1971) et enfin le dialogue paginé à la façon d'un Denis Diderot pour Blumroch l'admirable (ou Le déjeuner du surhomme, 1976, clin d'œil à Joseph Blumrich). La triade est actuellement disponible chez Folio.

L'homme éternel est la première des cinq suites prévues, et traite essentiellement de civilisations disparues et de leurs transmissions jusqu'à nous. Jacques Bergier écrit seul également un manuscrit, La condition surhumaine (actuellement déposé au fond Pauwels de la BNF), que Pauwels juge assez mal rédigé pour pouvoir en faire L'homme infini. Étaient aussi prévus L'homme en croix sur l'avenir de notre civilisation, L'homme relié sur les contacts extraterrestres, et L'Homme et des dieux sur la nécessité de réinventer nos mythes. Le tout aurait dû constituer le Manuel d'embellissement de la vie.

L'un des lecteurs de l'ouvrage de 1960 (en tirage de luxe, limité à 32 exemplaires) ne fut autre que François Mitterrand en 1970 (fort critiqué par la plume de Pauwels sous sa présidence) Vente aux enchères de la bibliothèque de François Mitterrand, en 2018 (p.221)..

Éditions étrangères thumb|upright 0.5|Bergier et Pauwels en collection "Soleil" chez Gallimard (1971). L'ouvrage est traduit en espagnol en 1961 (El retorno de los brujos), en allemand en 1962 (Aufbruch ins dritte jahrtausend) et en anglais en 1963 sous le titre The Dawn of Magic (puis de The morning of the magicians). Republié en livre de poche en 1968 par les éditions Avon Books aux États-Unis et présenté comme The explosive worldwide best-seller de la contre-culture, l'éditeur annonce même 500 000 ventes pour sa quatrième impression en 1972 ; entre-temps en , sortie en U.R.S.S. (et en Tchécoslovaquie saluée par Rudé Právo), après une publication sous forme de feuilleton dans la revue Science et Religion l'année précédente. Dix ans après sa première parution française, le livre, même avec une estimation modérée, pourrait être passé entre les mains de plus de dix millions de lecteurs à travers le monde à raison de quatre personnes par texte, et de un million en France uniquement... pour près de 2000 articles ou études planétaires consacrées (et 7000 lettres adressées directement aux auteurs)Paris-Match n°1134, 30 janvier 1971, article Des civilisations anéanties nous ont-elles précédées?, Guillaume Hanoteau, p.4-10..

Désormais, l'ouvrage est traduit en 19 langues mondiales.

Polémiques Le succès du livre déclencha une vague éditoriale qui contribua à populariser les thèmes de l’ouvrage.