L'Amdo (tibétain : ཨ་མདོ། a mdo, chinois : 安多, pinyin : Ānduō) est l'une des trois anciennes provinces ou régions du Tibet, les autres étant l'Ü-Tsang et le Kham.

Cette division qui domine chez les Tibétains en exil est relativement récente. Au , les trois divisions étaient le Ngari Korsum, l'Ü-Tsang et le Dokham (comprenant l'Amdo et le Kham) ..

L'Amdo est situé dans le nord-est du Tibet, et englobe la majeure partie de la province du Qinghai, ainsi que des régions plus petites, mais culturellement importantes, dans les provinces du Gansu et du SichuanNote : L'Amdo, est constitué, en plus de la majeure partie de la province du Qinghai, de la préfecture autonome tibétaine de Gannan dans la province de Gansu, de la Préfecture autonome tibétaine de Garzê dans la province de Sichuan et de la préfecture autonome tibétaine et qiang d'Aba, toujours dans la province de Sichuan..

Les populations, souvent isolées les unes des autres, y parlent des dialectes variés du tibétain.

C'est dans l'Amdo que sont nés Tsongkhapa (1357-1419), l'actuel dalaï-lama Tenzin Gyatso (né en 1935) et le panchen-lama Choekyi Gyaltsen (1938-1989).

Appellation

Si les désignations Amdo et Kham sont très répandues aujourd'hui, avant le , les sources tibétaines n'employaient que le terme tibétain composite de Do-Kham. Le Tibet oriental, c'est-à-dire la région à l'est des provinces d'Ü et de Tsang, est désigné généralement sous l'appellation de Do-Kham Gang-sum ou Do-Kham Gang-drug, c'est-à-dire les trois ou les six montagnes de Do-Kham. Gang renvoie aux pâturages de montagne entre Salween, Mékong, Yangtsé et Jalong Jiang Andreas Gruschke, Excerpt of The Cultural Monuments of Tibet's Outer Provinces: Amdo, vol. 1 The Qinghai Part of Amdo (Northeastern Tibet), White Lotus Press, Bangkok : .

Selon le tibétologue Gray Tuttle, le terme Amdo a apparemment accompagné l'essor de la tradition religieuse gélugpa et l'extension des monastères de cette école dans la région à partir du . Le premier ouvrage historique à se focaliser sur cette région est une histoire religieuse de l'Amdo écrite en 1652Gray Tuttle, An Overview of Amdo (Northeastern Tibet) Historical Polities, The Tibetan and Himalayan Library : .

Histoire Amdo (Do-May), qui signifie « le pays des chevaux », est situé au Nord-Est du Tibet, par delà le Yangtsé. Avec le Tibet central, l'U-Tsang, « le pays du dharma », et le Kham (Do-toe), « le pays du peuple », il appartient au Tibet. À l'instar d'autres zones frontalières, l'Amdo a connu dans son histoire nombre de vicissitudes. Avant le , il était exclusivement peuplé de TibétainsMary Craig, Kundun: une biographie du dalaï-lama et de sa famille, préface du dalaï-lama, traduction François Vidonne, Presses du Châtelet, 1998, , .. L'Amdo est la région où les tibétologues situent généralement l'origine ethnique des TibétainsMary Craig, , ..

Après le milieu du , l'Amdo fut dirigé par des rois (gyalpos) indépendants et des seigneurs de la guerre souvent soutenus par la ChineMary Craig, , ..

Origines Les tribus tibétaines de l'Amdo peuvent être étroitement associées aux Qiangs (Ch'iang) antiques, qui migrent au cours du premier millénaire av. J.-C. de l'Asie centrale vers le plateau tibétain, en se mélangeant aux populations autochtones. Le terme chinois ancien « Qiang » couvre l'ensemble des nomades vivant dans les régions à l'ouest de la Chine, et dérive possiblement du terme Jang (Djang) en tibétain ancien Andreas Gruschke, The Cultural Monuments of Tibet's Outer Provinces: Amdo : voir bibliographie (extrait en ligne)..

Selon Andreas Gruschke, après l'établissement de la première dynastie impériale chinoise, un premier poste militaire de la dynastie Han fut établi en 121 av. J.-C. à Xining, aux confins nord-est de l'Amdo. À partir de Xining, les Chinois lancèrent la colonisation des régions entre le fleuve Jaune et le lac Kokonor, ainsi que dans le Bassin du Tarim sur la Route de la soie, en bordure septentrionale du plateau tibétain Andreas Gruschke, The Cultural Monuments of Tibet's Outer Provinces: Amdo, .Luce Boulnois, La route de la soie : Dieux Guerriers et Marchands : .

Royaume Tuyuhun

Au , des membres de la tribu nomade proto-mongole des Xianbei s’y installent et fondent le royaume Tuyuhun, qui couvrira au une région limitée au nord-ouest par le couloir de Gansu et s'étend jusqu'à la limite sud du bassin du Qaidam (ou Tsaidam)Voir la carte de l'Asie en 565 de Thomas A. Lessman. Leurs descendants forment l’ethnie Tu Tuyuhun 吐谷渾 Tuyuhun (people). Le lac Qinghai et ses environs font d'abord partie du Liang antérieur (320–376, en jaune sur la carte) qui sera ensuite intégré en 376 à l'État du Qin antérieur jusqu'en 394.

Empire du Tibet Au , sous le règne du roi tibétain Songtsen Gampo (629-650), le Tibet devient un empire. Attiré par le commerce de la route de la soie, Songtsen Gampo étend son autorité jusqu'autour du Kokonor, au nord-ouest de Tuyuhun, en AmdoLaurent Deshayes, Histoire du Tibet, : .. Le royaume Tuyuhun est renversé et complètement annexé par l’empire du Tibet en 663.

Au milieu du , le roi Mangsong Mangtsèn, petit-fils du roi Songtsen Gampo, posta une garnison pour protéger les frontières de son royaume des incursions chinoises. Au Trisong Detsen envoya neuf de ses officiers commander ses troupes dans les régions qui prirent le nom de Gouthoup (les neuf capables). Les descendants nomades des neuf officiers ont reçu le nom de Kamlok (qui ne reviennent pas sans ordre) et vivent dans certaines contrées de l'AmdoMichael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-Lama ?, ..

Dynastie Tang

Le Tibet est morcelé après la chute de la dynastie Yarlung en 842. La fragmentation du Tibet permet à la dynastie Tang chinoise de restaurer la route de la soie, et de récupérer une bonne partie de cette région entre 848 et 849Laurent Deshayes, Histoire du Tibet, page 75 : La fragmentation politique de l’empire entraîne la perte des oasis du Nord : la révolte qui éclate à Dunhuang permet aux Chinois d’en chasser les Tibétains (848-849)..

Selon le professeur Ge Jianxiong de l’université Fudan à Shanghaï, le plateau du Tibet et du Qinghai n’étaient pas administrés par la Chine sous la dynastie Tang () Venkatesan Vembu, Tibet wasn't ours, says Chinese scholar : ., contrairement aux affirmations officielles chinoises.

Dynastie Yuan Au , les Tangoutes (ou Tangouts) vivent sur le plateau tibétain et, au , ils émigrent dans le corridor de Gansu. Ils se soumettent aux Mongols de Gengis Khan entre 1207 et 1209, mais comme ils refusent de lui fournir des troupes, ils sont exterminés sur ses ordresUne histoire du Tibet : Conversations avec le dalaï lama, de Thomas Laird, Dalaï-Lama, Christophe Mercier, Plon, 2007, ..

En 1239, le prince mongol Godan Khan (Köden) contrôle la région du Lac Qinghai (Kokonor) Alex McKay, The History of Tibet, 2003, . The History of Tibet Alex MacKay 2003, The First Mongol Conquest of Tibet Reinterpreted, Turrell V. Wylie, Harvard Journal of Asiatic Studies, Vol. 37, No. 1 (juin 1977), ..

Dynastie Ming

Du au , toute la région située au nord de la Cordillère du Kunlun est directement contrôlée par la dynastie Ming chinoiseCarte de la dynastie Ming chinoise en 1415, Université Harvard, édition 1935 Sur cette carte d'origine occidentale, la partie nord-est de la province actuelle du Qinghai est incluse dans l'empire de Chine.Les documents officiels historiques de la province du Qinghai 明洪武六年(1371年)改西宁州为卫,下辖6千户所。以后又设“塞外四卫”:安定、阿端、曲先、罕东(地当今海北州刚察西部至柴达木西部,南至格尔木,北达甘肃省祁连山北麓地区)。En 1371, la dynastie Ming transforme le Xining Zhou en Xining Wei, puis installe 4 Weis de plus, connus comme les 4 Weis (défenses) de Saiwai. Ce territoire est délimité au sud par Golmud (Gelimu en Pinyin), au nord par la montagne Qilian, et à l'ouest par le bassin du Qaidam. En 1488, Ming renforce la garnison de Xining, contrôle les tribus mongoles et tibétaines, Xining administre les 4 Weis à partir cette année-là.. La partie sud est la région du DokhamVoir carte :Image:Map of Ming Chinese empire 1415.jpg.

Au début du , une tribu mongole, les Qoshots (Khoshuts), sous la direction de Güshi Khan, met la main sur le TibetCyril Tikhomiroff, Le Lama et L'Empereur, Département Humanités et Sciences Sociales de l'École polytechnique, : .. Güshi Khan, qui place le dalaï-Lama comme chef temporel et spiritual du Tibet en 1642, appartient à cette tribu.

Selon Roland Barraux, le règne du dalaï-Lama eut pour résultat l'unification du Tibet en une nation. Son pouvoir, indépendant, s'étendait à toutes les anciennes provinces tibétaines, y compris le Kham et l'AmdoRoland Barraux, Histoire des Dalaï-lamas, Albin Michel, 1993, : .

Pour la tibétologue Fernanda Pirie, le gouvernement des dalaï-lamas ne réussit jamais à établir un contrôle politique, militaire ou fiscal sur l'Amdo et la région ne connut pas d'unification politique avec le Tibet central, bien que sa population eût toujours considéré Lhassa comme la source ultime de toute autorité religieuse Fernanda Pirie, Legal complexity of the Tibetan plateau, Journal of Legal Pluralism, 2006, numéros. 53-54, , : Fernanda Pirie, The hegemony of the Chinese state: sovereignty and order in eastern Tibet, Conference paper prepared for Reinventing the Chinese Party-State, Shenyang, & December 2008 : .

Dynastie Qing

La domination mongole prit fin en 1724 après la victoire de la dynastie Qing sur les Mongols Qoshot. Les Qing firent de Xining, ville au nord de l'Amdo (à présent capitale de la province de Qinghai), le siège administratif de cette zone Fernanda Pirie, Legal complexity of the Tibetan plateau, Journal of Legal Pluralism, 2006, numéros 53-54, , : Sur les définitions du Tibet, cf. Melvyn C. Goldstein, What is Tibet? – Fact and Fancy, extrait de Change, Conflict and Continuity Among a Community of Nomadic Pastoralists — A Case Study from western Tibet, 1950-1990, in Resistance and Reform in Tibet (sous la direction de Barnett et Akiner), Londres, Hurst & Co., 1994 : .. Le rôle dévolu à leur amban était toutefois davantage de supervision que d'administration. Il laissait les grands monastères comme Labrang, Repkong, Kurdi et Taktsang Lhamo, conserver leur mainmise sur les populations tibétaines de ces régions. Un certain nombre de dirigeants séculiers conservaient également le pouvoir qu'ils avaient établi sur de grandes entités tribales, parfois même donnant lieu à de petits royaumes Fernanda Pirie, Legal complexity of the Tibetan plateau, Journal of Legal Pluralism, 2006, nrs. 53-54, , : .

République de Chine (1912-1949) Après la chute de la dynastie Qing en 1911, la région de Xining dans le nord-est de l'Amdo, où vit une importante population chinoiseHeinrich Harrer, 7 ans d'Aventures au Tibet, traduction de Henry Daussy, Arthaud, Paris, 1983, 1996, 1997, : « […] le père du Dalaï-lama nous explique que dans son district natal, celui d'Amdo, inclus dans la province chinoise de Tsinghai… » ; : « le Panchen-lama (né en Amdo) est originaire d'une province chinoise »., est sous le contrôle la république de Chine.

En 1928, les Ma s'allient au Kuomintang. Au début des années 1930, le seigneur de la guerre hui Ma Bufang, fils de Ma Qi, s'empare de la partie nord-est de l'Amdo au nom du gouvernement central de Chiang Kaï-shek et l'incorpore dans la province chinoise du Qinghaï, in Encyclopædia Britannica Online, 2006. Thomas Laird, The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, Grove Press, New York, 2006, p. 262..

De 1917 à 1949, la région du golog connut de multiples rébellions goloks qui furent le plus souvent écrasées dans le sang.

À la suite d'un voyage entre 1921 et 1924 en Amdo, Alexandra David-Néel affirma que cette région était considérée comme une province tibétaine gouvernée par des chefs locaux, non soumis au gouvernement du dalaï-lama, et qu'elle était vaguement contrôlée par la Chine percevant quelques impôts et n'intervenant que rarement dans les affaires de la populationAlexandra David-Néel, Aux pays des brigands gentilshommes : .