Les sont, dans la Rome antique, une fête annuelle mobile en l'honneur des Lares des rues () et des carrefours (). Selon la légende, cette fête aurait été instituée au par le roi Servius Tullius. Généralement organisée au début de janvier, c'est une fête populaire durant laquelle les habitants sacrifient un porc et offrent des fruits aux Lares pour la protection des habitants des maisons et des quartiers. Des jeux, les , accompagnent la célébration. Sacrifices et jeux sont organisés par les associations regroupant plébéiens, affranchis et esclaves, associations qui sont exploitées à Rome comme groupes de soutien politique au En , le Sénat dissout ces associations en raison des troubles provoqués. Les sont remis à l'honneur par Auguste, qui ajoute à la célébration des Lares celle de son Genius.

Rites Les rites sont peu connus, à travers quelques textes antiques d'époques variées et par une série exceptionnelle de peintures découvertes à Délos.

Témoignages littéraires Les sont une fête mobile, redéfinie chaque annéeVarron, De la langue latine, VI, 3, 25.. Le préteur annonce la date fixée pour la fête neuf jours avant, selon une formule transmise par Aulu-Gelle : Aulu-Gelle, Nuits attiques, X, 24.. La nuit précédant la fête, les résidents accrochent aux carrefours et aux portes des maisons des poupées faites en laine, une pour chaque membre libre de la famille, et des balles pour chaque esclave, parce que selon Festus, Festus Grammaticus, De la signification des mots, lire en ligne, ; Macrobe, Saturnales, I, 7, 34.. Le jour de la fête, on sacrifie aux Lares des porcs engraissés et on leur offre des gâteaux au mielHorace, Odes, III, 23 ; Properce, Élégies, IV, 1, 23.. Des jeux les sont organisés dans les ruesVirgile, Géorgiques, II, 381-383 ; , réunissant les habitants libres et esclaves. Ces derniers ont congé ce jour-à et reçoivent double ration de vinCaton l'Ancien, De agricola, 57..

Le rite introduit dans ces fêtes permet une forme fruste de recensement, par décompte d'objets matériels. On effectuait un dénombrement par maisons, puis un autre individuel, exhaustif puisqu'il prenait en compte les femmes, les enfants et les esclaves. Comme toujours dans le domaine des Lares, les esclaves étaient considérés au même titre que les hommes libresGeorges Dumézil, La religion romaine archaïque, revue et corrigée, Paris : éditions Payot, 1987, et suiv..

Compléments archéologiques : les peintures de Délos

Les témoignages littéraires sont enrichis par les découvertes archéologiques de peintures dans les quartiers d'habitation de Délos. Mal conservées, la plupart ont disparu, mais Marcel Bulard en a publié une étude détaillée en 1926, considérant que ces peintures décrivaient le culte des . Publiée en 1970, une analyse critique de cette étude par Philippe Bruneau rectifie cette attribution au profit des et d'une représentation des , avec quelques influences grecques expliquant la présence de dessins d'Hermès et d'Héraclès. Huit autres ensembles peints ont été découverts depuis, et l'étude est actualisée par Claire Hasenohr. Ces peintures donnent la seule vision des dont on dispose pour la période républicaine, à la fin du et au début du , avec le risque de variations locales dues l'influence grecque.

Les autels de Délos sont fixes, construits en blocs maçonnées adossés aux façades d'habitation. Ils sont entourés de peintures extérieures illustrant divers moments de la cérémonie : devant un autel encadré de brûle-parfums, les officiants ont la tête couverte d'un pan de leur toge, certains, la main au-dessus de l'autel, y déposent de l'encens. Un jeune garçon présente le porc à sacrifier orné de guirlandes, parfois accompagné d'un joueur d'aulos. Après débitage de la victime on confectionne des brochettes de viande. Certaines peintures montrent aussi des offrandes de fruits. Plusieurs représentations de Lares ont été trouvées sur les murs, soit au-dessus de l'autel, soit près d'une porte de maison : jeunes hommes en tunique courte serrée à la taille, chaussés, coiffés d'une couronne de feuillage ou d'un bonnet phrygien, une jambe vers l'avant comme pour un pas de danse.

Les s'accompagnent de jeux, les . À Délos, plusieurs scènes peintes sur les côtes d'autels ou à proximité montrent des athlètes nus ou en pagne, face à face. Les jeux devaient donc consister en concours de lutte ou de pancrace. Les prix sont figurés à côté des lutteurs : amphore, palme et jambon, ce dernier prix est inconnu des compétitions grecques et renvoie fort probablement au sacrifice du porc. Quelques peintures laissent deviner d'autres formes d'animation pour les jeux : cavalier suivi par un second qui tient la queue du cheval, scènes burlesques, adversaires porteurs de bouclier.

Le répertoire iconographique de Délos est semblable à celui découvert à Pompéi malgré la différence d'un siècle. On retrouve les Lares dans leur pose caractéristique, les scènes de sacrifice avec un officiant en toge, les pièces de charcuterie. Seules différences marquées, les serpents, omniprésents à Pompéi, sont absents des dessins de Délos, tandis qu'aucune scène de lutte n'a été trouvée à Pompéi.

Historique Comme souvent, les auteurs anciens ont un mythe de fondation qui attribue une origine plus ou moins historique à la création des fêtes. Selon Denys d'Halicarnasse, c'est le roi de Rome Servius Tullius qui instaura le culte des Lares dans des chapelles installées aux carrefours, célébré par des prêtres assistés d'esclaves exemptés de leurs travaux habituels ce jour-làDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, IV, 4, 5.. Les Saturnales de Macrobe mentionnent que les furent rétablies par le roi Tarquin le Superbe, et que son successeur Junius Brutus remplaça les sacrifices d'enfants faits à Mania, mère des Lares, pour le salut des familles, par l'exposition de têtes d'ail et de pavot. Cette substitution répondait à l'oracle d'Apollon, prescrivant Macrobe, Saturnales, I, 7, 34..

La tenue des et surtout des , jeux qui les accompagnent, nécessite une organisation et des moyens, et suscite la constitution d'associations, les , selon l'expression latine créée par Theodor Mommsen en 1843. Elles sont dirigées par des magistrats (), élus par leurs membres et rassemblant des citoyens de la plèbe urbaine, des affranchis et des esclaves. À la fin de la République, dès les de , ces collèges interviennent de plus en plus dans la vie politique. Ils fournissent à Rome des groupes exploités par les factions, particulièrement par les démagogues et suscitent des violences, au point que le Sénat décrète leur dissolution à Rome en . Mais en , le tribun de la plèbe Clodius Pulcher fait voter le rétablissement des collègesCicéron, Contre Pison, 4.8.. Jules César, à une date inconnue, prononce à nouveau leur dissolution. En , Auguste rétablit les fêtes de quartiers et les en les transformant par l'ajout de la célébration des Lares Augustes et du Suétone, Vie d'Auguste, 31., génie d'Auguste représenté en toge et offrant une libation, infléchissant les vers une forme de culte impérial.. Auguste renforce le prestige des en leur accordant, lors de la période des , l'accompagnement d'un licteur (ou deux selon Dion CassiusDion Cassius, LV, 8, 7.).

Notes et références

Annexes

Bibliographie

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Voir aussi Articles connexes Danse dans la Rome antique

Liens externes

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