Diyarbakır (en turc ottoman transcrit Diyarbekir, en kurmandji Amed, en zazaki Diyarbekir, en arabe ديار بكر Diyār Bakr (« les foyers des Bakr »), en syriaque ܐܡܝܕ Āmîḏ « Omid », en arménien Տիգրանակերտ, Dikranagerd) est une ville du Sud-Est de la Turquie, préfecture de la province du même nom (autrefois Arménie occidentale). Elle était également appelée Amida à l'époque hellénistique et sous l'Empire romain.
La ville, qui concentre la majorité de la population de la province, comptait en 2008, mais le nombre a ainsi doublé en sept ans, passant à en 2015..
Les Kurdes constituent la majeure partie de la population de la ville.Répartition des populations kurdes sur globalsecurity.org. La ville est considérée comme la capitale historique, symbolique et culturelle de l’ensemble de la nation kurdeVoir par exemple : Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, « Situation humanitaire des réfugiés et des personnes déplacées kurdes dans le sud-est de la Turquie et le nord de l'Irak », 3 juin 1998, point 2.c.34..
Géographie La ville est bâtie à côté de la vallée du Tigre..
Urbanisme La morphologie urbaine est à la fois dense et étalée, avec aux abords immédiats des remparts en basalte des maisonnettes à toit plat construites de façon anarchiques, faisant l'objet d'un projet de réhabilitation en 2012, et des immeubles plus rares de trois ou quatre étages, organisés autour de multiples venelles et cours. La ville comporte quelques bâtiments de taille élevée, dont le Dedeman Diyarbakir Hotel et la cité administrative universitaire de Dicle, haute de 60 mètres et construite en 1970<ref>Dicle University Administration Building, sur Emporis.com, consulté le 8 septembre 2016.</ref>.
Découpages administratifs Préfecture de la province du même nom, Diyarbakır constituait un district jusqu'en 2008, date de la transformation de la municipalité en métropole. Le district est alors scindé en quatre : Bağlar, Kayapınar, Sur et Yenişehir, chacun doté d'un gouverneurLoi ..
Climat Diyarbakır est soumis à un climat méditerranéen d'été chaud (Köppen : Csa.), ou un climat océanique extrêmement chaud (Trewartha: Dohk.). La ville possède des étés très chauds et secs tandis que les hivers sont froids et assez humides.
Histoire Origines et Antiquité Peuplée sans discontinuité depuis environ , Diyarbakır a été occupée par diverses civilisations, notamment les Hittites, les Assyriens, les Urartéens, et plus tard, les Romains et les Byzantins. Ces différents peuples ont façonné la ville au travers de sa longue histoire.
La ville était située dans une région que les Hittites appelaient le territoire de « Azuwa » ou « Ishuwa ».
Appelée Amida dans l'Antiquité, ce qui lui vaut son nom de Kara Amid, la « Noire Amida », elle fut la capitale du royaume araméen de Bet-Zamani à partir du , puis d'un royaume appelé Corduène (mot a l'origine du mot kurdistan) ou Cardyène.
La région devint par la suite une province de l'Empire romain ; Amida était au la principale place forte de Mésopotamie, dans la haute vallée du Tigre. Ammien Marcellin, au livre XIXAmmien Marcellin, Res gestae, XIX, 1-8., raconte en détail le siège et la prise d'Amida par les Perses de Shapur II (ou Sapor), du au Ammien Marcellin, officier de la suite d'Ursicin, était dans Amida pendant le siège et put s'échapper à la faveur de la nuit au moment de la prise de la ville..
Période islamique et médiévale Après sa conquête par les musulmans en 639, la tribu arabe des Bakr bin Wael s'y installa et c'est ainsi que l'appelation Diyar Bakr, turcisée Diyarbakir, s'imposa jusqu'à ce jour.
Amida fut un centre religieux lié au patriarcat syriaque-orthodoxe d'Antioche. De cette époque, jusqu'au génocide arménien de 1915, la région est fortement peuplée d'Arméniens. La région comptait également une communauté chaldéenne. En 1533, l'éparchie d'Amida (Diarbékir) est érigée. La ville fut le siège du patriarcat chaldéen de 1681 à 1828.
La dynastie kurde des Marwanides dirigea la région de Diyarbakır du . Après la bataille de Manzikert, la ville passa sous l'autorité des Turcs oghouzes.
Elle fut disputée par les Houlagides et les Ayyoubides pendant plus d'un siècle avant d'être prise par les États turkmènes de Kara Koyunlu (le Mouton Noir), puis de Ak Koyunlu (le Mouton Blanc).
Période ottomane Diyarbakır fut intégrée à l'Empire ottoman en 1534. Elle est annexée à l'empire perse Séfévide sous Abbas le Grand, en 1620, avant de repasser sous le contrôle de la Sublime Porte. Elle devint en 1864 le chef-lieu du vilayet de Diyarbekir.
En 1895, les massacres hamidiens font environ morts parmi les Arméniens Michael Angold, Cambridge History of Christianity: Volume 5, Eastern Christianity, Cambridge, Cambridge University Press, 2006..
Époque moderne Pendant la Première Guerre mondiale en Orient, entre les mois de mai et juin 1915, dans le cadre du génocide arménien et du génocide assyrien, la ville fut vidée de ses populations syriaque, assyrienne et arménienne (environ fidèles, soit des habitantsLe Temps, numéro du 12 avril 2015.) sous le prétexte qu'elles étaient trop proches du front russe. Elles furent déportées vers les camps d'exterminationJoël Kotek et Pierre Rigoulot, Le Siècle des camps : Détention, concentration, extermination : cent ans de mal radical, paris : éd. Jean-Claude Lattès, 2000 de Rasalayn puis du désert de Deir ez-Zor.
À la chute de l'Empire ottoman, la ville fut occupée par les troupes françaises pendant la campagne de Cilicie avant de revenir sous contrôle de la nouvelle République turque.
En 1925, la ville fit l'objet d'un siège de la part d'insurgés kurdes menés par Cheikh Saïd qui visait à réinstaller le Califat dissous un an plus tôt. Les insurgés échouèrent cependant à prendre la ville avant l'arrivée massive de renforts de l'armée gouvernementale qui réprima l'insurrection.
En 1956, les États-Unis installent une base militaire de l'OTAN à près de Diyarbakır. Celle-ci abrite des radars anti-missiles, dont le développé à Rome dans l'État de New York. La base fut fermée, en même temps que des bases en Allemagne, en ..
Le pénitencier de Diyarbakir, inauguré quelques jours à peine avant le coup d’État militaire du 12 septembre 1980, a été désigné bien des années plus tard par le quotidien britannique The Times comme étant l’une des dix pires prisons au monde. Les milliers de prisonniers politiques étaient systématiquement soumis à la torture dans les années 1980.
D'abord sous l'effet de l'exode rural, puis en raison de réfugiés internes fuyant le conflit kurde, la population de Diyarbakır a explosé, passant de dans les années 1930, à en 1956, en 1970, et en 1990.. En 1997, sa population totale s'élevait à et en 2008. Cette rapide augmentation démographique s'est accompagnée de constructions précaires (80 % étant insalubres), les gecekondu, bâtis sans permis de construire et estimés à .
L'importance de la population kurde explique les conflits récurrents et les manifestations pro-kurdes à Diyarbakır. Le maire, Osman Baydemir, était kurde et membre du Parti de la société démocratique. En 2016, le gouvernement turc limoge les autorités élues de la ville et les remplace par un administrateur judiciaire.
Une grande partie du centre historique de la ville est détruite durant les répressions militaires de 2016 et 2017. La moitié ouest de Diyarbakır est détruite à et la population soumise à un couvre-feu. Le géographe Matthieu Gosse parle, à propos de la destruction matérielle et symbolique de la vieille ville, d'un « urbicide ».
Le co-maire HDP (Parti démocratique des peuples) de Diyarbakir élu en mars 2019, Adnan Selçuk Mizrakli, est démis de ses fonctions le , en même temps que les maires de Mardin et de Van, issus du même parti.
Séisme Le , la ville est touchée par le tremblement de terre de magnitude 7,8 qui frappe le sud de la Turquie et le nord de la Syrie et fait de nombreuses victimes..
Langues parlées Outre le turc, la majorité des habitants de la ville parlent le kurmandji, un dialecte kurde, et le zazaki, une langue iranienne du nord-ouest qui est considérée par une partie des linguistes et des kurdologues et par nombre de ses locuteurs comme un dialecte kurdehttp://www.institutkurde.org/publications/etude_kurdes/pdf/etud3.pdf Études Kurdes octobre 2001 - L'Harmattan..
Sport Football :
Diyarbakırspor
Handball : Diyarbakir Polis Gücü
Culture Dans son recueil de textes Certifié conforme, histoires de Diyarbaki, l'écrivain Murat Özyaşar rend hommage à Diyarbakir, la ville qui l'a vu grandir, en évoquant ses dimensions culturelles et politiques ainsi que la relation personnelle qu'il entretient avec elle.
Patrimoine
Le quartier historique de la ville médiévale, entouré de remparts romains, est connu sous le nom de Sur. Il est fortement endommagé lors de combats avec l'armée turque au premier semestre 2016. et est partiellement vidé de ses habitants ; il fait l'objet d'un décret de après que plusieurs bâtiments ont été rasés..
La ville comporte plusieurs édifices religieux : Grande Mosquée de Diyarbakır du ; Mosquée « Ulu Cami » Pont « 10 gözlü köprü » Église arménienne Saint-Cyriaque (Sourp Guiragos) sise non loin du Tigre. Longtemps ruinée, elle est restaurée en 2012.. Cependant, à la suite de combats entre les forces turques et kurdes en 2016, elle est à nouveau gravement endommagée. Cependant, grâce aux dons de la diaspora arménienne, l'église a été restaurée et peut de nouveau être visitée. Église chaldéenne (Keldani Kilisesi) Église syriaque orthodoxe (monophysite) Sainte-Marie (Meryem Ana Kilisesi''). en partie détruite lors des combats de 2016.
Enseignement La ville est dotée d'un centre universitaire, l'université Dicle, dont le campus de 55 hectares est situé à l'Est de la ville, sur la rive opposée du Tigre. L'université, construite en 1974, accueille et emploie .. Elle propose 13 facultés, 11 écoles professionnelles supérieures, 5 écoles supérieures, 1 conservatoire, 3 instituts, 8 centres de recherche et un hôpital de combinant recherche et soins.
Personnalités liées à la ville Gustave Meyrier, (1842-1930), diplomate français, vice-consul de France à Diyarbakir pendant les massacres hamidiens. Hélène Meyrier, (1866-1953), épouse de Gustave Meyrier, héroïne française pendant les massacres hamidiens.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Génocide arménien Massacres hamidiens Kurdistan Pachalik de Diyarbakır Vilayet de Diyarbakır Province de Diyarbakır
Liens externes
Site officiel de la municipalité de Diyarbakır Site officiel de la préfecture de Diyarbakır
Catégorie:Localité dans la province de Diyarbakır Catégorie:Localité dans la région de l'Anatolie du sud-est Catégorie:Ville du Kurdistan turc Catégorie:Génocide arménien