Le swahili, ou plus précisément les langues swahilies ou parfois souahélies, est un groupe de langues bantoues aux fortes origines et apports sémitiques, notamment de l'arabe parlé en Afrique de l'Est. Ces langues possèdent des caractéristiques communes, et surtout un vocabulaire commun qui permet à un de leurs locuteurs de se faire plus ou moins comprendre des divers locuteurs de ce groupement de langues. Cependant, on ne peut pas parler d'intercompréhension pour toutes ces formes tant la variété linguistique est grande.

Parmi ces langues, la plus parlée d'Afrique subsaharienne est le kiswahili qui sert de langue véhiculaire dans une vaste région d'Afrique de l'Est. Elle a été adoptée comme langue nationale au Kenya, au Congo Kinshasa et en Ouganda, et comme langue officielle de facto en Tanzanie. Comparé aux langues vernaculaires du groupe swahili, le kiswahili présente des traces de créolisation, ainsi que de nombreux emprunts, notamment à la langue arabe. vignette|300px|Langues swahilies vignette|300px|Zone des langues swahilies vignette|300px|Zone des langues swahilies

Histoire

Origine Le terme viendrait du pluriel du mot arabe ساحل (sahel) : سواحل (sawahil) qui signifie « côte », « rivage » ou « frontière », le i final provenant de l'adaptation de la racine arabe à la phonologie bantoue de la langue swahilie.

L'apparition de la langue-ancêtre des langues swahilies, le proto-swahili, n'est pas définitivement identifiée. Sa compréhension varie en fonction de la progression de la recherche et, parfois, de considérations politiques.

Le Périple de la mer Érythrée, un document du , précise que les marchands qui visitaient à la fois l'Afrique de l'Est et le sud-est de la péninsule arabe parlaient la même langue et y contractaient des mariages. Cela indique l'existence d'une langue véhiculaire à l'époque mais pas forcément qu'il s'agissait de swahili dans un état très ancien. L'hypothèse n'est pas exclue non plus et l'on ne peut pas décider faute de source supplémentaire.

Dans l'historiographie du littoral swahili, le kingozi est généralement identifié comme une forme archaïque et éteinte du swahili septentrional. Sur le plan taxinomique, il est rattaché au même groupe dialectal que le kiamu, le kipate et le kisiu. Bien que les preuves matérielles restent très fragmentaires, une hypothèse récurrente, et controversée, dans la littérature spécialisée associe son foyer géographique à celui du sultanat ou empire d'Ozi, entité politique active entre le XVe et le XVIe siècle à l'embouchure du fleuve Tana, avant l'abandon de ses sites principaux au XVIIe siècle.

Le kingozi est considéré également comme un dialecte littéraire, utilisé entre Malindi et l'archipel de Lamu, visant à l'archaïsme et très en vogue aux dans l'écriture de poésies en langue swahilie écrites avec l'alphabet arabe. Son prestige est tel chez certains auteurs qu'il est considéré comme l'ancêtre du swahili. La datation du kingozi le fait remonter au Cela exclut que le kingozi soit le proto-swahili, c'est-à-dire la matrice commune à toutes les langues swahilies, car le proto-swahili est nettement plus ancien. De plus, historiquement, la confédération des cités-États d'Ozi a connu des guerres avec la ville de Pate de l'archipel de Lamu. Cette dernière possède son propre dialecte du swahili, le kipate. Le kingozi n'est pas l'ancêtre du kipate et tous deux auraient un ancêtre hypothétique commun nommé .

L'état actuel des connaissances scientifiques, en utilisant des méthodes de linguistique historique et comparative recoupées avec les données de l'archéologie, situe l'apparition du proto-swahili entre le dans une région du littoral de l'océan Indien qui correspond à la frontière actuelle du Kenya et de la Somalie. Le site archéologique de Shungwaya, près de l'actuelle frontière somalo-kényane (au Kenya) est proposé comme hypothèse de localisation.

Les commerçants musulmans de la côte ont diffusé la langue swahilie vers l’intérieur du continent, le long des pistes marchandes et esclavagistes où elle a servi de langue véhiculaire. Au cours des siècles, elle s’est diversifiée selon les pays et dans les différentes îles au large des côtes kényanes et tanzaniennes. Entre les , bon nombre de dialectes swahilis ont incorporé des mots portugais. Ces langues multiples ne sont alors, sur le continent, que rarement langues maternelles (1 % en Tanzanie dans les années 1950Université Laval), mais sont largement utilisées en tant que langues véhiculaires, pour commercer ou pour voyager.

Diffusion C'est au que la pratique de ces langues s'est largement déplacée vers l'intérieur du continent : au Kenya, en Ouganda, au Rwanda, au Burundi, dans l'actuelle république démocratique du Congo (Ex-Zaïre) et le Sud de la Centrafrique. Les missionnaires s'en servaient pour prêcher. Les autorités coloniales, à partir de 1930, par l'intermédiaire du Comité sur la langue territoriale, ont alors cherché à standardiser ces langues. La standardisation a continué à être menée pour produire le swahili qui finit par s'imposer comme langue vernaculaire, puis comme langue officielle dans plusieurs pays.

Le swahili dispose d’une littérature écrite depuis plusieurs siècles (à l’origine en caractères arabes et, depuis la fin du , en caractères latins). La plus ancienne composition connue écrite en kiswahili, un poème intitulé Kumsifu Yanga (), remonte au . Il existe des poèmes rédigés dans l'archipel de Lamu datant probablement du milieu du , mais dont il ne subsiste que des copies plus tardives. D'anciens manuscrits originaux rédigés en swahili datent de 1711 ; il s'agit de lettres rédigées sur l'île de Kilwa et conservées dans les archives de l'empire portugais (Historical Archives of Goa, Inde).

Évolution Plus récemment certains dialectes se sont métissés de nouveau avec d’autres langues africaines ou européennes. Ces langues issues de la culture swahilie évoluent donc différemment : le kiswahili en absorbant du vocabulaire anglais et arabe, mais aussi du portugais (comme meza, punyeto) et un peu d'allemand (shule, hela) ou de hindi (gari, rangi). Arvi Hurskainen propose une étude des mots d’emprunt dans une large sélection de textes swahilis de différentes époques et de natures diverses. L’étude permet de revoir à la baisse l’impact global de l’arabe et de constater une légère augmentation de l’impact global de l’anglais. Les autres dialectes swahilis de Tanzanie et du Kenya disparaissent au profit de ce swahili standardisé ; le sheng (contraction des mots « SwaHili » et « ENGlish ») du Kenya qui est un mélange d'anglais, de swahili et de la langue locale (kikuyu, luo) ; le swahili du Congo-Kinshasa (kingwana) ; Dans l'archipel des Comores quatre variantes correspondant aux quatre îles de l'archipel des Comores : mahorais, mohélien, anjouanais et grand comorien. Dans l’archipel des Comores les langues se seraient différenciées du swahili de la côte Est-africaine à partir du ; la distinction entre les langues des îles de la côte tanzanienne et les langues comoriennes n'a réellement été identifiée qu'au début de ce siècle. Aujourd'hui la différence s'accentue car ces langues absorbent des formulations et du vocabulaire français et malgache. Par exemple, la plupart des locuteurs comoriens ne savent que les dix premiers nombres en swahili. Les langues parlées à Anjouan et à Mayotte sont très proches mais différentes de celles parlées à Mohéli et à la Grande Comore. Exemples de phrase simple — : (grand comorien) ; (shimaore); (kiswahili).

Caractéristiques Dans leur structure et leur vocabulaire, les dialectes swahilis sont différents des autres langues bantoues mais partagent avec ces dernières plus de points communs qu'avec leurs autres langues d'origine, surtout l'arabe et un peu de persan et de langues indiennes. On estime à 40 % la part des mots d'origine arabe dans ces langues. Toutefois les linguistes admettent que .

Les langues swahilies, comme les autres langues bantoues, utilisent des classes de noms, on compte 14 classes nominales (7 si l’on regroupe les classes des noms singuliers et leurs pluriels) et une pour les verbes infinitifs, c’est-à-dire 15 des 22 classes recensées dans toutes les langues bantouessystème de Carl Meinhof.

Le verbe swahili est composé d'une racine à laquelle on ajoute le plus souvent un ou plusieurs affixes pour indiquer, notamment, le temps, la personne, la voix où il se trouve et même, le cas échéant, le fait qu'il fasse partie d'une subordonnée (alors que les langues indo-européennes recourent généralement à une conjonction).

Dialectes Les différents dialectes Le kiunguja, le dialecte swahili de Zanzibar, est l'un des fondements historiques de la variété standard du swahili ou kiswahili, langue officielle de nombreux pays d'Afrique de l'Est. En fait le swahili regroupe plus d'une cinquantaine de dialectes ou parlers classés du Nord au Sud :

chimwiini, parlé à Brava, port maritime situé dans le sud-est de la Somalie ; kitikuu (synonyme de kigunya) parlé sur toute l'île de Rasini à l'exception des villes de Pate et Siu qui ont leurs propres dialectes. Le kitikuu s'étend sur tout le littoral du Nord du Kenya jusqu'à Kismayo en Somalie. Le groupe de Lamu : Ce groupe fournit la base linguistique des plus anciennes productions littéraires (à partir du mais avec une masse considérable de documents pour le ) qui nous soient parvenues en swahili écrit en caractères arabes (kiajemi). Il comprend quatre dialectes : kiamu, parlé autour de l'archipel de Lamu et sur le littoral adjacent jusqu'à Malindi où il comporte un sous-dialecte, le kimalindi. kipate, parlé dans la ville de Pate; kisiu, parlé dans la ville de Siu; kingozi ou kiozi (éteint), présent sous la forme de vestiges lexicaux et grammaticaux dans le corpus poétique du groupe de Lamu. Il a fourni une contribution majeure au répertoire poétique à disposition des compositeurs anciens et contemporains. Le statut du kingozi est brouillé dans la littérature académique. Pour les uns, il s'agit de la langue de l'ancienne ville d'Ozi située à l'embouchure du fleuve Tana qui devient, au , une koinè de l'Afrique centrale, orientale et des îles de l'océan Indien dont les Comores. Cette civilisation florissante aurait livré les premiers textes swahilis. Le kingozi pourrait être même la langue ancêtre de tous les dialectes swahilis contemporains ou proto-swahili. Pour les autres, il s'agit d'un artefact purement littéraire et arcane qui utiliserait des tournures archaïsantes et des mots rares empruntés aux différents dialectes du groupe de Lamu, mais aussi des dialectes swahilis du Nord et des langues bantoues voisines dont le mjikenda, le pokomo et le chagga. Ceci expliquerait que le kingozi est hétérogène au plan lexical et morphologique. Toutefois, le kingozi est considéré, dans la classification des langues bantoues contemporaines, comme un dialecte éteint situé au même niveau généalogique que le kiamu, le kipate et le kisiu dans le groupe de Lamu. En 1987, Reinhard Klein-Arendt a analysé linguistiquement à l'aide d'un ordinateur un corpus numérique constitué de l'intégralité des manuscrits réputés écrits en kingozi. Il faut souligner qu'il dispose alors de manuscrits inconnus du R.P. Charles Sacleux au début du Son analyse confirmerait, selon lui, l'existence d'un état ancien de la langue swahilie dans les textes, probablement daté du C'est cet état qui pourrait correspondre au kingozi parlé dans la ville d'Ozi. Mais ce n'est pas la conclusion principale de l'étude scientifique du kingozi réalisée par Klein-Arendt. En effet, il ressort que la majorité du corpus est écrite en kiamu ! Les positions du Sheikh Nabahany et du R.P. Sacleux seraient donc vraies simultanément et complémentaires :

kimvita, parlé autour de Mombasa. Historiquement le dialecte le plus important après le kiunguja ; sheng, un argot swahili-anglais né dans la région de Nairobi.