Les critiques du communisme peuvent être divisées en trois grandes catégories : celles s'attaquant aux principes du communisme (principalement la théorie de Karl Marx et Friedrich Engels), celles concernant les partis communistes et celles s'intéressant aux États communistes aux et aux crimes et violations des droits de l'homme dont ils sont les auteurs. Théoriquement distinctes, ces catégories se recoupent souvent. Certains, notamment la plupart des communistes anti-staliniens, sont d'accord avec les principes marxistes mais désapprouvent la politique des régimes qui s'en réclamaient.
Le communisme comme doctrine visant à mettre en commun et à gérer ensemble les biens appartenant à la société, remonte à Platon en Occident et à Mencius en Chine. Cette doctrine s'est développée en France au avec Morelly et surtout Babeuf. Au , les théories communistes abondent (Flora Tristan, Pierre Leroux, Wilhelm Weitling) et, jusqu'à Karl Marx et Friedrich Engels ne diffèrent que par des nuances des théories socialistes.
Le terme de communisme a été revendiqué à la fois par des mouvements politiques internationaux, par des régimes politiques, par des idéologies diverses (marxisme, communisme chrétien, communisme libertaire, ou encore l'anarchisme non-violent ou chrétien) enfin en se référant à une pratique sociale et culturelle : il s'agit donc d'un phénomène aux multiples facettes, dont la complexité est souvent négligée par des commentateurs qui tendent à privilégier l'une des dimensions aux dépens des autresLire par exemple Bruno Groppo (historien) et Bernard Pudal (professeur de sciences politiques), « Une réalité multiple et controversée », dans Le Siècle des communismes, Éditions du Seuil, coll. « Points », Paris, 2004, p. 24..
Au vu de la diversité des courants communistes et de l'hégémonie politique du marxisme sur ces autres courants, les critiques du communisme se focalisent essentiellement sur sa version dominante : le marxisme, parfois même le mot de « communisme » est vu de façon contemporaine comme le synonyme du « marxisme ».
Critique du communisme, comme mise en commun
Pour John Locke, l’un des fondateurs du libéralisme politique, la propriété de soi et la propriété des biens sont étroitement liées et ces propriétés sont essentielles pour la sauvegarde des libertés. À l’inverse, pour Marx, la propriété est un facteur d’aliénation et l’abolition de la propriété privée, une condition de l’émancipation.
Dans Qu’est-ce que la propriété ? (1840) Pierre-Joseph Proudhon répond : « La propriété c’est le vol » et dans son livre Théorie de la propriété (1865), il prend la défense de la propriété comme moyen de résister à l’emprise de l’État. En effet, il écrit : « La communauté viole l'autonomie de la conscience ». Pour lui, la propriété sert de contrepoids à l'autorité publique et en donnant toute puissance à l'État (ou la communauté) on ferait disparaître l'individualité.
Critiques de l'idéologie marxiste
Cette section est consacrée aux critiques opposées à la doctrine marxiste - en l'occurrence les écrits fondateurs de Karl Marx et Friedrich Engels - et non aux expériences politiques se réclamant d'eux après leur mort respective en 1883 et 1895.
Critiques des concepts théoriques
Philosophie : Le matérialisme historique
Le matérialisme historique a été la cible de critiques, essentiellement pour sa dimension prophétique. Ainsi, le philosophe austro-britannique Karl Popper s'en prend-il à ce point de la théorie marxiste dans Conjectures et Réfutations et dans La Société ouverte et ses ennemis. Popper souligne d'une part l'intérêt de la démarche visant à s'intéresser aux conditions économiques et sociales pour comprendre l'histoire. Il écrit ainsi, parlant de l'aspect « économisme » du matérialisme : « On peut dire de l'économisme de Marx qu'il représente une avancée de grande valeur dans la méthode des sciences sociales »Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis, chapitre 15. Néanmoins, il critique fortement la partie historiciste du matérialisme historique, sa dimension de « prophétie historique ». L'économisme doit être utilisé avec modération, sans prétention d'explicitation de tous les évènements. Sinon, en croyant pouvoir tout expliquer par les conditions économiques, la méthode ne passe pas le critère de réfutabilité qui est la pierre de touche de la pensée de Popper. De même résumer l'histoire à une lutte de classes suscite les mêmes problèmes selon Popper.
À la fin du , Émile Durkheim dans La conception matérialiste de l'histoire avait également attaqué la conception matérialiste de l'histoire. Plus récemment, l'historien britannique spécialiste de l'URSS Robert Conquest écrivait dans Reflections on a Ravaged Century que nombre de périodes historiques ne présentaient pas de signes permettant de confirmer la conception matérialiste de l'histoireConquest, Reflections on a Ravaged Century. W. W. Norton & Company .
Philosophie : les droits de l'homme
Marx considérait les droits de l'homme issus de la révolution bourgeoise libérale de 1789 comme l'expression politique d'une seule classe sociale ; (Manifeste du Parti communiste, II). Il s'agirait donc de « libertés formelles », bien différentes des libertés réelles.
Les critiques du courant libéral ont mis en avant la critique marxiste des droits de l'homme afin de tenter de démontrer que le marxisme n'était pas une doctrine humaniste.
De même les libéraux se sont-ils appuyés sur le caractère déterministe de la philosophie historique marxiste (matérialisme historique) qui prévoit que le communisme se réalisera, non par nécessité morale, mais parce qu'il est inévitable compte tenu de la contradiction entre l'évolution des forces productives et le maintien de rapports de production.
À ces critiques, de nouveaux auteurs opposent une vision plus nuancée de Karl Marx. Le juriste espagnol Manuel Atienza (responsable de la revue Doxa) détaille ainsi en 1983 les évolutions de la pensée de Marx sur les droits de l'homme, qui s'inscrit dans la tradition libérale jusqu'en 1843, s'y oppose totalement en 1844 avec La Question juive dans lesquels les droits de l'homme sont considérés comme un élément supplémentaire d'aliénation, accepte certaines idées de droit durant jusqu'en 1852 (mais comme moyen non comme fin) avant d'accepter partiellement la notion de droit à partir de 1853. Atienza n'en estime pas moins que Marx n'a jamais eu de vision éthique des droits de l'Homme qui sont toujours chez lui un élément subordonné<ref>[http://www.reds.msh-paris.fr/publications/revue/biblio/ds014-b.htm Manuel Atienza, Marx y los Derechos humanos, Madrid, Edotorial Mezquita, 1983]</ref>.
Économie : Théorie de la valeur travail
La théorie de la valeur travail a été pleinement définie par les économistes classiques, notamment Ricardo, d'après les hypothèses d'Adam Smith. Elle fut reprise par Marx ; elle est l'un des fondements des théories marxistes. Cette théorie assure que la valeur d'un bien est déterminée par le temps de travail que sa production a nécessité. En d'autres termes, plus un bien nécessite de temps de travail, plus il est cher. Cela induit que la valeur est objective, et n'est donc pas forcément reflétée par le prix de l'objet en question (puisque le prix est déterminé par l'offre et la demande, et n'est pas lié au montant du travail qu'il a fallu exécuter pour produire ce même objet).
Critiques de la pratique politique marxiste
Le rejet de la contradiction
Une critique du marxisme reproche à celui-ci de se soustraire à la critique rationnelle et au débat par avance en discréditant d'emblée la contradiction. En effet pour Marx, les institutions politiques et économiques de son temps sont une superstructure bourgeoise, masque de l'oppression capitaliste, un artifice à propos duquel les défenseurs ne développent pas un discours conduit par la raison mais en réalité par un intérêt de classe. Pour l'antimarxiste Ludwig von Mises Ludwig Von Mises, Le Socialisme, introduction, édition corrigée de 1938, lire en ligne.
Le philosophe austro-britannique Karl Popper intègre le marxisme aux croyances irréfutables, au même titre que l'astrologie ou la psychanalyse. Le philosophe français Paul Ricœur parle de .
Une intolérance face aux autres socialismes ?
Le marxisme a été accusé de dogmatisme menant à une attitude d'intolérance face aux autres courants de pensée du socialisme (associationnisme, réformisme, anarchisme…). En 1894, le dirigeant syndicaliste libertaire français Fernand Pelloutier parle ainsi de Article de février 1896 dans L’Action sociale, cité in Jacques Julliard, Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d’action directe, Paris, Le Seuil, 1971, page 138 et Site Pelloutier.net.
Les marxistes ont cependant reconnu le mérite de courants socialistes antérieurs. Marx a milité pendant huit ans au sein de l'Association internationale des travailleurs avec les autres courants socialistes, écrivant que l'AIT .
Critiques de l'objectif : la société communiste
Les critiques visant la société communiste sont de deux ordres : certaines critiques jugent que la société communiste n'est pas souhaitable. Dans cette catégorie figurent les critiques se situant sur le terrain moral (les critiques d'origine conservatrices ou libérales) et certaines critiques soulignant son impact écologique. d'autres critiques - sans nécessairement juger du fond - jugent que la société communiste est impossible à mettre en place, notamment compte tenu de la nature de l'homme (ce sont les critiques anthropologiques) ou de certains principes économiques.
Critiques morales traditionnelles
Historiquement, la critique contre le marxisme s'est d'abord portée, sur le terrain moral, contre les objectifs de la société communiste, objectif du processus marxiste, généralement considéré comme assez proche ou identique à l'objectif final de l'anarchisme, même si les moyens pour y parvenir sont différents. De nombreux objectifs affichés par le « marxisme » dès 1848Le terme n'existait pas à l'époque. - l'athéisme, l'abolition de la famille, l'abolition de la propriété privée, la mise en commun des biens, le système démocratique - étaient considérés comme immoraux au regard des traditions morales en place : morale catholique, morale conservatrice, morale bourgeoise libérale, etc. Karl Marx s'en explique et répond à certaines de ces critiques dans le Manifeste du Parti communiste, en 1848.
Ces critiques considèrent généralement l'ensemble de la pensée marxiste comme immorale, voire, dans certains cas, l'incarnation du « Mal » ou de « Satan »Richard Wurmbrand, Marx et Satan.
Critiques anthropologiques
Les critiques anthropologiques au communisme ne se placent pas sur le plan de la morale mais de la pratique. Elles jugent l'établissement d'une société communiste difficile voire impossible compte tenu de la nature humaine.
Certains critiques rejoignent de facto les critiques morales traditionnelles mais sur la base d'un raisonnement différent. Elles jugent que l'instinct de propriété, de famille, l'attachement aux traditions et aux patries, les croyances religieuses, sont des éléments consubstantiels à la nature humaine qui ne peuvent être abolis sans renaître spontanément à chaque génération.
D'autres critiques mettent l'accent sur les défauts de l'Homme, également consubstantiels à sa nature, et qui empêcheraient la réalisation du communisme. Le professeur de philosophie Yvon Quiniou (membre de la rédaction de la revue Actuel Marx) décrit en 2008 ce courant de pensée : Yvon Quiniou, Marx et Freud. Le communisme est-il une utopie ?, colloque sur l'actualité de la pensée de Marx organisé par Espaces Marx Aquitaine Bordeaux Gironde à l’IEP de Bordeaux, 5 et 6 décembre 2008.
Yvon Quiniou cite plus précisément : Le darwinisme social (les hommes sont voués à la concurrence pour la sélection des meilleures caractéristiques de l'espèce et la survie de celle-ci) ;