thumb|250 px|L'entrée principale du campus de Jussieu à Paris lors des manifestations. thumb|Manifestation anti-CPE sur la place de la République à Paris.

Le projet de loi instituant en France le contrat première embauche (CPE) puis son adoption par l'Assemblée nationale dans la nuit du 8 au ., entraînent, au cours des mois de février, mars et , un important mouvement étudiant et lycéen, soutenu par des partis politiques et par la plupart des syndicats.

Les syndicats et coordinations d'étudiants et de lycéens, ainsi que les partis de gauche, manifestent contre le gouvernement Villepin et demandent le retrait du CPE. Un grand nombre d'Assemblées générales demandent aussi l'abrogation de l'intégralité de la loi pour l'égalité des chances dont il fait partie, et également le retrait du contrat nouvelles embauches (CNE), plus ancien, similaire par certains aspects au CPE. D’autres revendications ont également été défendues, sans succès (augmentation du nombre de postes aux CAPES, etc.).

Face aux manifestations, le , Dominique de Villepin annonce que « les conditions ne sont pas réunies » pour que le CPE s'applique, deux mois après son adoption par le Parlement et dix jours après la validation de la loi (décision 2006-535 DC du ) par le Conseil constitutionnel. Cette loi est alors retirée.

Le conflit voit par ailleurs naître une opposition importante d'étudiants contre les blocages d'universités et de lycées.

Revendications Dès l'annonce de la création du CPE par le Premier ministre Dominique de Villepin le , un mouvement de contestation se développe. Le , Dominique de Villepin accélère le pas et décide l'avancée du calendrier législatif en utilisant la procédure d'urgence parlementaire qui limite le parcours de la loi à une lecture du projet par chambre. Le lendemain dans un appel commun des organisations (syndicats de salariés et d'étudiants, organisations politiques, culturellesL'UNEF, la Confédération étudiante (Cé), Jeunes CGT, MJS, MJCF, UEC, SUD Étudiant, UNL, JCR, PRS jeunes, UNSA jeunes, Jeunes Radicaux de gauche, jeunes Verts, Fédération Léo-Lagrange et Alternative libertaire .) créent un collectif de lutte contre le CPE et appellent à la déclinaison locale de ce collectif, ce qui se fait par la suite dans la plupart des grandes villes françaises. Ces étudiants, estimant que le CPE est un emploi précaire, lancent des actions avec distributions de tracts, manifestations, assemblées générales sur les campus. Une manifestation unitaire le rassemble près de .

La revendication première est le retrait de l'ensemble de la loi dite « pour l'égalité des chances ». Lors de la coordination nationale étudiante tenue à Toulouse le , d'autres revendications sont énoncées : l'emploi stable pour tous et le retrait des contrats précaires, le réengagement financier de l’État dans le service public universitaire, le retrait de la loi Fillon, la reconnaissance des diplômes universitaires, le retrait du « pacte pour la recherche », ainsi que l’arrêt du « traitement répressif » des mouvements sociaux, l'amnistie des lycéens ayant participé au mouvement contre la loi Fillon et des personnes poursuivies à la suite des émeutes urbaines de .

La coordination nationale étudiante tenue sur le campus de la faculté des lettres de l'université d'Aix-Marseille I les 25 et réaffirme son attachement à la plate-forme de Toulouse et demande la démission du gouvernement Villepin.

Certains étudiants affirment leur volonté de mettre fin à l'économie de marché, de changer le système politique, et ont défendu des projets de société de type communiste ou anarchiste. Des mots d'ordre autogestionnaires sont parfois mis en avant.

Positions politiques Les partis de gauche annoncent qu'ils souhaitent le retrait immédiat et inconditionnel du CPE et réclament à nouveau le retrait du contrat nouvelle embauche (CNE) qui a été voté en 2005. L'UDF s'oppose également au CPE, demandant une réduction de la période de consolidation, la motivation du licenciement, ainsi que l'impossibilité d'« enchaîner CPE sur CPE ». Cependant, à gauche s'élèvent contre une opposition totale.

L'UMP, présidée par Nicolas Sarkozy, soutient son gouvernement, mais s'élèvent pour demander une suspension du CPE permettant au plus vite l'ouverture d'un dialogue avec les organisations de jeunes et les syndicats. Les proches de Dominique de Villepin reprochent au parti de ne pas soutenir suffisamment le Premier ministre. Des dissensions internes refont surface, en vue de l'élection présidentielle de 2007. Plusieurs députés UMP, comme Hervé de Charette, demandent la suspension du projet CPE face à la réaction qu'il suscite« CPE : la situation s’envenime pour Villepin », Radio France internationale, ..

D'autres partis comme le MPF ou le Front national ont une position mitigée, s'opposant à toute forme de grève (notamment des universités) mais se positionnant pour une évolution du CPE.

Historique du mouvement Préparation Dès mi-janvier, la direction parisienne de l'UNEF fait parvenir par mail aux responsables locaux du syndicat un vade-mecum d'une dizaine de fiches qui leur donne des consignes à suivre, dans le but de parvenir à des blocages d'université : « faire en sorte que le président de séance lors des AG soit une personne de l'UNEF », « aller parler aux gauchistes ou droitiers pour les occuper et minimiser leur prise de parole », « blinder [la commission action, la commission dans laquelle s'investissent le plus les gauchistes] pour ne pas se retrouver avec des occupations toutes les trois secondes », empêcher la création de commission presse... Bruno Julliard justifie la pratique en affirmant les documents sont envoyés à la demande de militants locaux..

Manifestations étudiantes thumb|left|Manifestation lycéenne contre le CPE à Soissons (Aisne), 28 mars 2006.

thumb|Le verrouillage de la place de la Sorbonne constitue une mesure d'exception pour mettre fin à l'occupation de l'université. La Sorbonne est en effet associée à une forte charge symbolique pour les mouvements étudiants français.

Le mouvement commence à ce moment à prendre de l'ampleur. Les militants organisent des assemblées générales (AG) dans les amphithéâtres des universités. Dans plusieurs facultés (l'Université Rennes 2 le , la Sorbonne le ), ils votent la « grèveLe droit de grève est reconnu par la Constitution. Sa pratique est précisée au sein du Code du travail, dont ne dépendent pas les étudiants. D'un point de vue juridique, il n'existe pas de définition d'une « grève étudiante ». », souvent avec piquet de grève.

Le , plusieurs dizaines d'universités (quatre-vingt-quatre universités au total selon les mouvements étudiants et environ une vingtaine selon le ministère de l'intérieur) sont en « grève », revotée régulièrement par les militants réunis en « assemblée générale » dans les amphithéâtres. Dans le courant du weekend, seules certaines d'entre elles restent occupées par quelques étudiants (Aix I, Dijon, Marseille I, Toulouse II-Le Mirail, Rennes II, Montpellier II et III, Nice-Sophia-Antipolis UFR de Nice et Valbonne et campus de Nice Ville II ainsi que Saint-Étienne Tréfilerie).

thumb|left|200px|Manifestant devant la Sorbonne, cocktails Molotov

Dans la nuit du 10 au 11, le site de la Sorbonne est évacué par les forces de l'ordre avant la fin de la troisième nuit de son occupation par des militants réclamant l'abrogation de la loi. La Sorbonne, la place de la Sorbonne et des rues adjacentes sont interdites d'accès par les CRS jusqu'au .

Une mobilisation contre le CPE a également lieu dans les départements d'outre-mer (notamment la Guadeloupe)Blocage des lycées Jardin d'essai et Baimbridge ainsi que le campus de Fouilliole de l'UAG en Guadeloupe..

Le président de l'université de Nantes apporte son soutien aux étudiants protestataires en demandant la suspension du contrat Lettre ouverte du président de l'université de Nantes au premier ministre le 10 mars 2006.

Poursuite des manifestations thumb|300px|Cartes des principales manifestations du 23 mars

Le avec manifestants (source police) et le avec (selon la police, 500 à selon les organisateurs), les manifestations composées principalement d'étudiants et de lycéens se poursuivent. Des actions « coup de poing » sont également organisées, comme le blocage de trains (Nantes, Dijon), de rocades ou de voies rapides (Angers, Rennes, Nice, Rouen, Poitiers, Dijon, le pont de l'île d'Oléron), le blocage du convoi de l'Airbus A380 ou encore des « expulsions » des locaux du MEDEF et de l'UMP (Montpellier, Poitiers).

Le vendredi , le gouvernement tente de « renouer le dialogue » et souhaite améliorer le CPE par la discussion. Il reçoit les syndicats mais ceux-ci refusent toute négociation tant que le contrat ne sera pas retiré.

Le samedi a lieu une journée nationale de manifestations avec entre et 1,5 million de manifestants qui défilent dans 160 villes de France. Des heurts avec la police ont lieu en fin de cortège.

thumb|left|Mouvement anti-CPE : un étudiant appelle à la grève générale, Place de la République, Paris.

Une grève interprofessionnelle a lieu le mardi . une nouvelle manifestation rassemble entre et de personnes. Le , le Conseil constitutionnel déclare la loi pour l'égalité des chances — dont l'article 8 porte création du contrat première embauche — conforme à la constitution, à l'exception des articles 21 et 22. Le lendemain soir, Jacques Chirac, président de la République, annonce lors d'une intervention radiotélévisée qu'il promulgue la loi mais demande une nouvelle loi pour modifier les clauses qui « posent problème » (période d'essai de deux ans, absence d'obligation pour les employeurs de motiver la rupture du contrat).

Des préavis de grève sont déposés par les syndicats pour la journée du appelant à des manifestations interprofessionnelles. Trente-deux villes de France connaissent des débrayages dans les transports publics, 40 % des écoles du primaire et 25 % du secondaire sont perturbées. Durant cette journée, les manifestations rassemblent entre 1 million et 3 millions de personnes.

Le , les négociations entre les parlementaires UMP et les syndicats de travailleurs, de lycéens et d'étudiants débutent pour une modification éventuelle de la loi, conformément aux souhaits du président de la République. Les syndicats demandent que le CPE soit abrogé avant le . Les députés socialistes déposent une proposition de loi allant également dans ce sens.

Le , la grève continua avec une augmentation très importante des actions coups de poing, comme le blocage du pont de l'île d'Oléron par les lycéens du CEPMO qui bloqua le département pendant de longues heures, ou encore les arrêts de train en gare de Paris, Lille, Bordeaux, et le blocage du convoi de l'Airbus A380.

Le , Dominique de Villepin annonce que « les conditions ne sont pas réunies » pour que le CPE s'applique. La majorité des Assemblées générales votent alors la fin du mouvement.

Autonomie et organisation thumb|Manifestation anti-CPE du 18 mars 2006, à Paris.

thumb|350px|Université de Bordeaux III avec le signalement des portes. Le blocage consista à bloquer par cadenas les entrées des 3 ensembles principaux à l'arrivée des premiers employés : Administratif, au centre ; Langues étrangères, littérature et géographie, à droite ; Histoire, art et ibérique, à gauche. Le mercredi , ces trois ensembles sont totalement bloqués par des chaînes et des chaises. Des tables d'informations sont organisées dans la cour centrale.