La Matamata (Chelus fimbriata ou Chelus fimbriatus), un des deux représentants du genre Chelus, est une espèce de tortues, de la famille des Chelidae.
C'est une tortue d'eau douce à l'aspect original par rapport aux autres espèces de son ordre, ce qui a suscité la curiosité de nombreux scientifiques. Elle se répartit globalement en Amérique du Sud, notamment dans le bassin amazonien, alors que sa proche cousine, Chelus orinocensis, fréquente les bassins de l'Orénoque et du Río Negro.
Description Morphologie thumb|left|Tête de matamata vue de profil thumb|Tête de jeune matamata vue de dessus en gros plan thumb|Illustration de Matamata. On doit la première description de la Matamata à Barrère en 1741 « Matamata, Chelus fimbriatus » de William H. Espenshade III, Tortuga Gazette, mai 1990 ().. Il la décrit en latin en ces termes :
On peut traduire celle-ci par « grande tortue terrestre aux écailles épineuses et striées ». Ici, c'est la carapace de la matamata qui a d'abord frappé Barrère. Mais c'est la morphologie tout entière de l'animal qui frappe un œil non averti. En effet, il paraît difficile de confondre la matamata avec une autre tortue tellement elle présente des caractéristiques inédites : sa taille peut aller jusqu'à Toutes les tortues du monde de Franck Bonin, Bernard Devaux et Alain Dupré, deuxième édition (1998), éditions Delachaux et Niestlé/WWF. à l'âge adulte, ce qui est plutôt grand pour une tortue d'eau douce ; son poids est d'environ à l'âge adulte ; sa queue est également plutôt longue pour une tortue d'eau douce ; sa carapace est composée de trois rangées de plaques bosselées par une multitude de pyramidions ; elle est dentelée, ce qui la démarque également des autres tortues ; les stries de croissance sont très marquées et permettent de déterminer l'âge du spécimen ; dans le bassin amazonien, la dossièreLa dossière est la partie supérieure de la carapace tandis que le plastron est la partie inférieure. Deux ponts latéraux les relient de chaque côté de l'animal. est rectangulaire alors que dans le bassin de l'Orénoque, elle est plutôt ovale ; sa tête est plate et triangulaire, couverte d'excroissances ; son museau est long et mince et est terminé par une petite trompe où se trouvent les narines ; ses yeux sont petits, situés près de son museau et se reflètent dans la nuit comme chez de nombreux autres reptiles « Chelus fimbriata » Animal Diversity Web. ; ses capacités visuelles ne sont pas très élevées ; sa bouche est très large et munie de deux barbillons « Ces tortues bizarres » Cercle aquariophilique de Nancy. (filaments que l'on trouve de chaque côté de celle-ci) ; son cou est très long, il lui sert à atteindre la surface pour respirer quand elle est sous l'eau ; ses pattes sont courtes, extensibles, munies de petites griffes et adaptées pour un habitat boueux.
Les femelles sont un peu plus grandes et ont un cou plus long. Néanmoins, il est difficile de différencier un mâle d'une femelle car le dimorphisme sexuel n'est pas très marqué.
Des variations sont surtout observables « Note sur l'élevage et la reproduction de la Matamata » de Sébastien Métrailler. entre les différentes régions où se répartit la matamata. Celles-ci se situent surtout au niveau de la taille moyenne et de la pigmentation.
Couleurs thumb|left|Matamata dont la carapace est colonisée par des algues La chair de l'animal varie entre un brun très sombre et un gris foncé. La couleur de sa carapace varie entre la couleur café et un gris très foncé. Quant à son plastron, il varie du blanchâtre (bassin amazonien) au rouge foncé (bassin de l'Orénoque).
Les jeunes sont généralement plus colorés que les adultes. Ils sont aussi plus clairs. Leurs ponts, leurs plastrons et le bord interne de leurs marginales sont roses et cerclés par des bandes sombres. Le bord externe de chaque marginale est, pour sa part, orangé. Sur le dessus de leur tête, plus claire que celle des adultes, on peut observer trois bandes sombres. Sur leur cou, il y a aussi trois bandes de couleur, cette fois-ci rougeâtres.
Camouflage Ces attributs particuliers permettent à la matamata de se fondre dans le milieu où elle vit. La couleur et la forme de sa carapace la font ressembler à un tas de feuilles mortes, voire à du bois mort. Or, ces résidus ne sont pas rares dans la région amazonienne.
Des scientifiques ont également remarqué que la tête de la matamata ressemblait, à cause de ses excroissances entre autres, aux feuilles du moucou-moucou, une plante aquatique indigène (aracée envahissante mesurant de ).
De plus, des algues colonisent son dos et accentuent sa capacité de camouflage. En effet, la matamata sous l'eau peut aussi se confondre avec un rocher lorsqu'elle est immobile. Ce camouflage a une part importante dans la faculté de l'animal à attraper ses proies, il est donc un avantage de survie fort qui peut expliquer l'évolution originale de cet animal par rapport aux autres tortues. Cela pourrait également expliquer comment la matamata a traversé les âges.
Éthologie Comportement général La Matamata est un animal qui bouge peu, capable de rester immobile de nombreuses heures. Elle s'aventure sur les berges le plus souvent uniquement dans le but de pondre.
Sinon, elle reste en eaux peu profondes d'où elle pourra aisément respirer à l'aide de son cou extensible qui lui permet d'atteindre l'air. Elle flotte rarement en surface, préférant rester au fond de l'eau.
C'est une espèce plutôt docile « Matamata turtle », site officiel du zoo de Honolulu.. Elle n'est pas encline à mordre et n'en est d'ailleurs pas capable (son bec est beaucoup moins développé que celui des autres tortues).
Enfin, la matamata est un animal extrêmement photosensible. De ce fait, elle reste plutôt un animal crépusculaire « Chelus fimbriata (Schneider, 1783) », site officiel du Département de l'instruction publique de Genève..
Chasse et alimentation La matamata a un régime alimentaire carnivore « Pictures of carnivores », encyclopédie Encarta.. Elle se nourrit d'alevins et de têtards, voire d'amphibiens ou de poissons quand elle est adulte. Sur l'île de Trinidad, Kearney « Nocturtles of Trinidad » de P. Kearney, 1972, Int. Turtle Tortoise Soc. J. 6, 10:33. a pu également observer des spécimens, en 1972, mangeant des crustacés d'eau douce et de petits mammifères nageant dans l'eau. La Matamata pourrait même parfois manger de petits oiseaux.
C'est une tortue de fond de marécage qui chasse à l'affût, grâce notamment à son camouflage. Elle peut retenir sa respiration de longues heures, ce qui augmente encore sa dangerosité pour ses proies. Le procédé de capture est le suivant : la matamata aspire ses proies en ouvrant une très large bouche et avec l'aide d'un fort mouvement de sa gorge. La manœuvre prend environ un cinquantième de seconde. Ensuite, elle rejette lentement l'eau avalée, ce qui asphyxie les proies attrapées. En revanche, n'ayant pas le bec des autres tortues, elle ne mâche pas ses proies.
Elle utiliserait également des replis de peau sensoriels qui l'aideraient à détecter ses proies, bien que cela prête parfois à controverse dans le milieu scientifique. Un test a été pratiqué pour savoir ce qu'il en était « The unbelievable fringed turtle » de P. Hartline, 1967, Int. Turtle Tortoise Soc. J. . : dans un premier temps, on a bandé les yeux d'une matamata qui est ensuite parvenue à se nourrir. Dans un second temps, on a coupé les excroissances qui formaient les replis dits sensoriels d'un autre animal. Celui-ci n'est pas parvenu à attraper de proies malgré le fait qu'il possédait toutes ses capacités visuelles. Néanmoins, une stimulation humaine par contact de ces replis ne provoqua que des mouvements de un millimètre sur le premier cobaye. Les scientifiques en ont déduit que la tortue faisait la différence entre un mouvement de proie et un simple contact. Une autre théorie dit que la Matamata possède deux grands « tympans » sur les deux côtés de la tête capables de détecter les vibrations et ainsi, faire une sorte de triangulation pour savoir où est la proie « Turtles & Tortoises of the World » de David Alderton, 1998, Blandford Press..
On a pu observer certaines matamatas (en captivité) qui acculaient d'abord leurs proies dans un espace confiné pour ensuite les aspirerReptile & Amphibian Magazine, septembre/octobre, 1992, pages 34-39, article The Matamata de David T. Kirkpatrick. En réalité, l'animal apprend les meilleurs moyens de capturer leurs proies selon l'environnement où il vit « Further observations of Matamata prey herding » de W.F. Holmstrom, 1991, Journal of Herpetology .. Il s'adapte en permanence aux conditions de son milieu.
Reproduction Les parades nuptiales sont difficilement observables, mais certains scientifiques parvinrent à relever le comportement suivant : le mâle chevauche la femelle, sa tête s'étend vers elle. Il ouvre et ferme la bouche. Ses pattes se détendent et lui permettent des mouvements plus rapides que d'ordinaire et aussi de passer sur la femelle un peu plus grosse que lui.
Les œufs sont pondus sur la berge par groupe variant en moyenne de douze à vingt-huit. Ceux-ci ont une coquille dure mesurant entre trente-cinq et quarante millimètres de diamètre. Il y a plusieurs pontes par an, principalement entre novembre et décembre. L'incubation des œufs est en moyenne de deux cents jours, pour une température d'environ vingt-huit degrés Celsius (observation faite en couveuse), ce qui cadre avec les températures automnales sud-américaines.
C'est vers l'âge de cinq ans que la Matamata devient sexuellement mature. Aucune forme d'attitude maternelle n'a pu être observée chez les mères matamatas. L'espérance de vie d'une matamata tourne autour de dix ans et demi, bien que, en captivité, on l'ait vu atteindre des âges bien plus avancés (jusqu'à 15 ans).
En état de captivité La Matamata est une espèce très appréciée et recherchée par les zoos du monde entier pour de multiples raisons dont notamment : son aspect original ; son mode de vie plus sédentaire que la majorité des autres tortues, qui lui permet de vivre dans de petits enclos.
C'est une espèce qui demande beaucoup de soins et d'attention: elle doit vivre dans un espace relativement large mais pas nécessairement dans des eaux très profondes. Les conditions majoritairement choisies par les zoos sont une profondeur suffisante pour qu'elle s'immerge totalement en pouvant toujours sortir la tête de l'eau pour respirer. Du fait de ses conditions de vie à l'état sauvage, elle reste néanmoins dans les zones où elle se sent en sécurité. Rondins de bois, rochers et autres aménagements similaires sont inutiles aux matamatas. En revanche, en cas de ponte, un lieu est impérativement mis en place.
Elles sont en général nourries avec des vairons. Parfois, elles sont nourries avec des poissons rouges, mais certains spécimens en captivité qui n'étaient nourris que de cet aliment ont rencontré des problèmes de nutritionLe poisson rouge contient de la thiaminase, une enzyme qui digère la vitamine B1. Ainsi, les matamatas nourries de ce seul type de nourriture ont eu des carences de ce type de vitamine.. Les zoos vérifient en général la qualité de l'alimentation des futures proies et leur état de santé, étant donné que la matamata est une espèce à laquelle il faut faire extrêmement attention, du fait de sa rareté.
En effet, du fait de l'attrait qu'elle représente, cette espèce préoccupe beaucoup d'amoureux de la nature dans le monde qui veulent la protéger des vendeurs d'animaux et collectionneurs privés peu aptes à élever un animal si particulier.
Distribution et habitat Distribution géographique thumb|right|Distribution de La matamata est une tortue endémique d'Amérique du Sud. Elle se rencontre dans le bassin amazonien « Amphibians and Reptiles of Trinité-et-Tobago » de John C. Murphy, 1997, Krieger Publishing Company. : en Guyane au Suriname au Guyana