Charlesbourg-Royal (1541—1542), établi près de l'actuelle ville de Québec, fut le premier établissement français en Amérique du Nord.
Cette communauté de 400 habitants survécut à son premier hiver malgré le froid sévère et les attaques des Iroquoiens de Stadaconé et d'autres villages. Cependant, l'établissement fut abandonné en juin 1542.
En août, 2006, le Premier ministre du Québec, Jean Charest et l'archéologue québécois Yves Chrétien annoncèrent la découverte de cet établissement longtemps perdu à Cap-Rouge. Yves Chrétien identifia sa localisation grâce aux fragments de décor italien en céramique de 1540-1550 et six échantillons de bois datant du .
Historique
Contexte Au cours du deuxième voyage de Jacques Cartier, premier Européen à parcourir le fleuve Saint-Laurent, en 1535-1536, l'expédition passer un hiver complet à Stadaconé.
Cinq ans plus tard, un mandat octroyé par François le charge, avec Jean-François de La Rocque de Roberval, de créer une colonie de peuplement au Canada. Malgré les connaissances acquises au cours de ses deux voyages précédents, l’établissement de Charlesbourg-Royal est un échec et il faudra attendre l’arrivée de Samuel de Champlain, six décennies plus tard, pour que les Français s’installent définitivement en Amérique du Nord..
Le roi François
À l’époque des grandes explorations, ce sont les rois de chaque cité qui doivent mandater et financer en partie les expéditions maritimes. Ainsi, c’est sous le règne de François que Jacques Cartier effectue ses trois voyages. Dans ce cadre, une part des responsabilités de l’échec de Charlesbourg-Royal doit lui être attribuée. D’abord, parce qu’il décide de rétrograder Cartier au profit de La Roque de Roberval, un homme inexpérimenté. Ensuite, car les termes et les objectifs de la mission qu’il propose sont ambigus et susceptibles de poser des conflits d’intérêts. De plus, l’équipage qu’il offre à Roberval est voué à l’échec.
C’est par Jacques Cartier et le chef amérindien Donnacona, ramené du Canada, que le roi français apprend les richesses et trésors dont regorgent les terres nouvellement découvertes. De même, il entend parler du royaume du Saguenay, où l’on peut aisément trouver mines d’or, d’argent et plusieurs sortes d’épices. Jalousant les rois espagnols et portugais pour leur fortune, François octroie le titre de capitaine général pour la nouvelle expédition au Canada à Jacques Cartier, en .. Toutefois, le roi d’Espagne, Charles Quint, a vent des projets de son homologue français et tente de lui faire obstacle par diverses stratégies. François , incrédule, se laisse berner par ce chantage et, devant la possible intervention du pape Paul III, il décide de donner à sa mission un tout nouveau dessein, justifié par « l’augmentation et l’accroissement de notre sainte foi chrétienne et Sainte-Mère Église catholique ».. Cette façade évangélisatrice ne pourra que flatter le Saint-Siège.
L’émergence de ce nouveau plan de mission amène le roi à nommer à sa tête La Roque de Roberval, rétrogradant ainsi Cartier, un marin d’expérience. Dans l’ouvrage Mythes et réalités dans l’histoire du Québec, Marcel Trudel explique les raisons qui ont pu pousser le remplacement de Cartier par Roberval :.
De plus, François , n’étant pas tout à fait conscient du caractère singulier de la vie au Canada, commanda à Roberval de bâtir une colonie formée de gentilshommes. Nul besoin de préciser qu’à cette époque, peu d’hommes de cette classe étaient intéressés par ce périple dont les richesses n’avaient, jusque-là, jamais été prouvées. Force est donc d’utiliser l’enrôlement obligatoire. Dans cette optique, si « Cartier s’était vu imposer une limite : cinquante prisonniers, pas davantage », on comptait dans le convoi dirigé par La Roque de Roberval quelque 200 colons, en majorité des prisonniers.. Pour le roi, l’envoi de prisonniers en Amérique marquait une sorte de communion, ce qui se conjuguait bien avec le prétendu objectif missionnaire de la colonisation.
De cette manière, le but premier de la mission restait incertain. Le roi voulait-il réellement établir les bases solides d’une colonie de peuplement sur le nouveau territoire conquis ? Le rôle d’évangélisation qu’il avait décidé d’ajouter au périple était-il sincère ? Si c’est le cas, pourquoi en avoir mandaté Roberval, un protestantR. La Roque De Roquebrune. Dictionnaire biographique du Canada en ligne. Page La Roque de Roberval. Page consultée le 05/04/07 → https://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?id_nbr=396]?. D’ailleurs, la pire erreur commise par le souverain français a certainement été de nommer La Roque de Roberval aux commandes de cette grande entreprise. Comme en témoignent les écrits sur ce sujet, ce dernier n’avait rien d’un marin et la mission qu’on lui confiait ne cadrait en rien avec ses aptitudes. D’autre part, « son voyage avait été très mal préparé. La mauvaise administration de ses biens montre d’ailleurs qu’il n’avait aucune des qualités nécessaires à un grand colonial ».
Jacques Cartier
Bien qu’il ait été reconnu comme un des grands explorateurs français du , Jacques Cartier a également contribué, à sa façon, à l’échec de l’établissement à Charlesbourg-Royal. En effet, sa rétrogradation au profit de Roberval provoque chez lui plusieurs frustrations et on estime que c’est pour cette raison que Cartier ne juge pas utile de partager ses connaissances sur le Canada avec celui qui dirige officiellement la mission colonisatrice. De même, au cours de son second voyage, les relations entre Cartier et les Amérindiens se corsent. Lorsque le Malouin est de retour en 1541, ses agissements envers ce peuple créent une escalade de tension qui l’oblige à quitter le territoire. De plus, on peut soupçonner qu’à un certain point dans l’élaboration du projet, le fait de trouver de l’or était plus important que l’établissement des bases solides d’une colonie de peuplement.
Comme mentionné plus tôt, ce n’est que quelques mois après avoir consenti à Jacques Cartier le poste de capitaine général de la prochaine expédition au Canada que François se rétracte pour en confier la direction à La Roque de Roberval. Cartier, qui n’en était pas à ses premières expériences maritimes, ne pouvait éprouver que frustration et colère à l’égard de celui qui devenait son supérieur. Bientôt, Jacques Cartier décidera de ne pas attendre Roberval pour quitter la France et de ne pas partager les connaissances sur le Canada qu’il a acquises au cours de ses deux voyages précédents.
Cartier a vécu l’hiver laurentien, au cours de sa seconde expédition, entre 1535 et 1536. Il sait, par expérience, qu’il faut s’attendre à un temps fort rigoureux. Des écrits de l’époque affirment que « de la mi-novembre à la mi-avril, les navires furent pris dans les glaces. La neige atteignit quatre pieds et plus. Le fleuve gela jusqu’à Hochelaga »Marcel Trudel. Dictionnaire biographique du Canada en ligne. Page Jacques Cartier. Page consultée le 05/04/07 → http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=107. Mais plus important encore, Jacques Cartier connaît le remède au scorbut. On raconte qu’au cours de l’hiver 1535-1536, « le mal de terre ou scorbut fait de sérieux ravages parmi les membres de l’expédition : 25 personnes périssent ». Toutefois, vers la fin de cette dure saison, Cartier parvient à connaître la composition d’une potion médicinale permettant de vaincre cette maladie.
De retour à Stadacona, Cartier et son équipage construisirent un petit fort ; ils furent les premiers Européens à passer un hiver entier en Amérique du Nord. Mais la dureté du climat devait bientôt prélever sa rançon de vies humaines, et 25 des 110 hommes de Cartier périrent du scorbut durant l’hiver. Bon nombre d'hommes de Cartier sont sauvés grâce à une décoction autochtone d'aiguilles et d'écorce d'un conifère appelé anneda (probablement du thuya occidental) broyées et bouillies dans l'eau.
Ainsi, lors des mois froids de son dernier voyage, Cartier sait à quoi s’attendre et prend les dispositions nécessaires pour faciliter l’expérience laurentienne de son équipage. Effectivement, « l’hiver se passe sans que l’on ait à déplorer de décès à cause du scorbut ».
Puis, l’été suivant, devant le retard considérable de Roberval, Cartier décide de retourner en France. Malgré les ordres de son supérieur qu’il rencontre à Terre-Neuve, il est déterminé à rentrer en Europe. Cette fois-ci, c’est au tour de La Roque de Roberval et des colons qu’il a recrutés d’expérimenter le froid, la neige et la rudesse du climat canadien..
On ne peut pas affirmer avec certitude que Jacques Cartier ait volontairement omis de parler du scorbut à Roberval, mais on peut se permettre d’entretenir des doutes considérables. De même, le Malouin possédait des connaissances concernant les langues amérindiennes et la disposition des cours d’eau qui auraient pu augmenter les chances de réussite de l’implantation d’une colonie française à Charlesbourg-Royal.
Ensuite, pour évaluer avec justesse les torts attribuables à Cartier, on doit tenir compte de l’évolution des relations avec les Amérindiens. En effet, lors de ses deux premières visites au Canada, les rapports entre le navigateur et les peuplades amérindiennes semblent cordiaux. Il faut spécifier qu’avant l’arrivée de l’expédition française en 1534, les Premières nations avaient l’habitude de s’adonner à un commerce de fourrure avec les pêcheurs qui s’aventuraient jusque sur les rives de l’Amérique. Ainsi, « quand Cartier entra dans la baie des Chaleurs, en 1534, il fut accueilli par des Mi’kmaqs exhibant des peaux de castor sur des perches, invitant les Français à descendre et à faire du troc ».
De cette façon, jusqu’en 1536, tout allait relativement bien entre les Français et les Amérindiens de Stadaconé. C’est d’ailleurs grâce à ces derniers que Cartier apprit l’existence du royaume du Saguenay ainsi que l’orientation et l’aboutissement des principaux cours d’eau des alentours.
Cependant, les choses commencent à se corser lorsque Jacques Cartier décide d’explorer plus amplement les régions du Canada et qu’il se rend à Hochelaga. Cette expédition du Malouin est perçue comme étant une trahison envers les Autochtones de Stadaconé et ces derniers seront désormais plus méfiants. En outre, la rupture est complète lorsque Cartier participe au projet de renversement du pouvoir amérindien.
Avant de partir, Cartier veut consolider les positions françaises, déjà favorisées par l’unité ethnique, linguistique et politique de la vallée laurentienne, mais compromise par la conduite de Donnacona et de ses deux fils. Cartier apprend qu’un rival, Agona, aspire au pouvoir. Le plan de la révolution se dessine : éliminer le parti en place au profit d’Agona. Rusé, Cartier profite d’une cérémonie religieuse pour capturer Donnacona, les interprètes et quelques autres indigènes. Il apaise la foule en promettant de ramener Donnacona dans 10 ou 12 lunes, avec des présents du roi.
Au retour de Jacques Cartier en 1541, aucun des Amérindiens capturés cinq ans plus tôt ne l’accompagne. C’est en grande partie parce « cette tragédie suscita la méfiance et la colère des Premières nations, qui s’opposèrent constamment aux efforts déployés par Cartier pour établir une petite colonie » que l’équipage, dont 35 membres sont tués par les Autochtones, est forcé de partir en 1542.