William Desmond Taylor, né le à Carlow (Irlande) et mort le à Los Angeles, est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain. Sa carrière dans le cinéma muet en fait une figure populaire de l'industrie naissante d'Hollywood dans les années 1910 et le début des années 1920"The Unsolved Murder of William Desmond Taylor" (biographie), University of Southern California (USC), , USC.edu webpage: USC-Lib-WDTaylor.. Son meurtre le , tout comme d'autres scandales du moment comme l'affaire Roscoe Arbuckle contribuent à la naissance d'une presse sensationnaliste de bas-étageLiterateweb.com, Taylorology, Septembre 2003. Le meurtre de Taylor demeure officiellement non résolu.
Dans le film Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard), le nom de l'héroïne Norma Desmond est une référence à son second prénom et au nom de son amie actrice, Mabel Normand.
Biographie Vie et carrière William Cunningham Deane-Tanner est né le à Carlow en Irlande, d'un officier militaire, Kearns Deane-Tanner, et de sa femme, Janehttp://taylorology2.googlepages.com/ethel4.jpg. La fratrie comprend Denis, Nell, et Daisyhttp://taylorology2.googlepages.com/ethel5.jpg.
Il s'embarqua pour les États-Unis en 1890, à ses "Biography for William Desmond Taylor", IMDb, 2006, webpage: ..
Il exerce brièvement le métier d'acteur à New York avant d'épouser Ethel May Hamiltonhttp://taylorology2.googlepages.com/ethel3.jpg le dans une église de Manhattan (la Little Church Around the Corner) ; ils divorcent en 1912. Ethel May Hamilton apparait dans le sextuor de l'opérette Florodora sous le nom de Ethel May Harrison. Elle est la fille d'un riche courtier de Wall Street, qui procure à William Deane-Tanner les fonds nécessaires pour ouvrir un magasin d'antiquités et ainsi subvenir aux besoins de sa famille. Les Tanner sont bien connus dans la société new-yorkaise. Le , William Deane-Tanner, qui a alors une liaison extra-conjugale, abandonne subitement son épouse et sa fille, Ethel Daisy, et disparaît. Comme Tanner (Taylor) a auparavant souffert de troubles mentaux, sa famille croit qu'il s'est perdu durant une crise d'aphasie. Son frère, Denis, ex-lieutenant dans l'armée britannique et patron d'un magasin d'antiquités à New York disparaît lui aussi en 1912, abandonnant sa femme et leurs deux enfantsTaylorology (newsheet), Issue 45, September 1996, Editor: Bruce Long, webpage: Taylorology-45...
Sous son nouveau nom de William Desmond Taylor, il se trouve à Hollywood en . Il fait d'abord une belle carrière d'acteur — dont quatre apparitions face à Margaret "Gibby" Gibson — avant de tourner son premier film en tant que réalisateur, The Awakening (1914). Dans les années qui suivent, il réalise plus de cinquante films. En , vers la fin de la Première Guerre mondiale, Taylor s'enrôle comme soldat dans la British Army alors qu'il a . Il est affecté à un corps de logistique stationné à Dunkerque et est promu au grade temporaire de lieutenant le Taylorology, Taylorology 40, avril 1996gazettes-online.co.uk, Supplement to the London Gazette, 27 janvier 1919, p. 1333. La note publiée ainsi, "Canteens.—William Desmond Taylor to be •temp. Lt. (without pay or allowances). 15th Jan. 1919.".
De retour à Los Angeles, il accède à la présidence de la Motion Picture Directors Association. Il dirige quelques-unes des grandes stars de l'époque dont Mary Pickford, Wallace Reid, Dustin Farnum et sa protégée, Mary Miles Minter, qui joue le rôle-titre dans Anne of Green Gables.
En 1914, Taylor a une liaison avec l'actrice Neva Gerber pendant le tournage de The Awakening. À cette période son ex-femme, alors remariée au restaurateur Edward L.C. Robins, de qui elle a un fils, Samuel M. Robins — le sait présent à Hollywood. Quelques années plus tard, elle est au cinéma avec sa fille lorsqu'elle reconnaît Taylor à l'écran et s'écrie « C'est ton père ! » Ils entretiennent par la suite une correspondance. En 1921, Taylor rend visite à sa fille, Ethel Daisy, à New York et en fait son héritièrepublic.asu.edu, Taylorology 45, septembre 1996.
Meurtre À , le matin du "Crime & Passion" (on William Desmond Taylor), "Minx, The Magazine - Volume Two, IssueTwo" (Minx), Neal Patterson, 1998-99, TheMinx-WDTaylor., on découvre le corps de William Desmond Taylor dans son bungalow des Alvarado Court Apartments, au 404-B South Alvarado Street"William Desmond Taylor - Internet Accuracy Project" (biography), Internet Accuracy Project, AccuracyProject-WDTaylor., dans le quartier de Westlake de Los Angeles, une zone résidentielle huppée et à la mode.
Une foule se forme rapidement. Un individu se prétendant médecin s'avance, examine superficiellement le corps et déclare que la victime est morte d'une hémorragie de l'estomac, avant de repartir aussitôt. On ne le revoit plus jamais. En retournant le corps, un peu plus tard, on découvre néanmoins que le réalisateur a reçu une balle dans le dos.
Dans ses poches, on retrouve un porte-feuille contenant , un étui à cigarettes en argent, une montre à gousset Waltham et un cure-dent en ivoire. Il portait aussi à son doigt une bague avec un diamant de 2 carats"Shot in the Back" (crime analysis), Crime Library, Courtroom Television Network, LLC, 2005, webpage: CLWTaylor..
Une grosse liasse d'argent liquide, dont le montant exact reste inconnu, et que Taylor a montrée la veille à son comptable a disparu, apparemment sans jamais avoir été encaissée. Lors de l'enquête, on détermine l'heure du décès à , le soir du . Pendant son interrogatoire, cinq jours après la découverte du corps, Mary Miles Minter déclare qu'après le meurtre, un ami, l'acteur et réalisateur Marshall Neilan, lui rapporte les propos « délirants » qu'aurait tenu Taylor au sujet de quelques-unes de ses connaissances (dont l'actrice) dans les semaines qui précédèrent sa mort. Elle raconte également que, selon Neilan, Taylor est devenu « fou »Statement of Mary Miles Minter (LAPD) 7 Feb 1922 (retrieved 28 Aug 2007).
Suspects et témoins
En définitive, la police et la presse suspectent plus d'une douzaine d'individus. La presse de l'époque couvre l'affaire par une multitude d'articles à sensation, riches en spéculations gratuites, voire en inventions. Le meurtre sert par la suite de trame et de support à divers récits, fictionnels ou non. Comme leurs auteurs se servent généralement de la presse populaire, et de ses articles pas toujours sérieux, comme source primaire d'information, ces textes répandent diverses inexactitudes qui finissent par passer pour véridiques.
En général, la plupart des récits se concentrent sur sept personnes, comme suspects ou comme témoins.
Edward Sands Edward F. Sands était l'ancien assistant personnel, valet et cuisinier de Taylor. Pourtant né dans l'Ohio, Sands parlait avec un fort accent cockney. À l'été 1921, alors qu'il partait en Europe, Taylor laissa à son assistant la responsabilité de ses affaires. À son retour, Taylor découvrit que Sands avait disparu, emportant avec lui voiture, chéquier et bijoux. Il avait également encaissé plusieurs chèques laissé en blanc par son employeur, et, utilisant son chéquier, avait contrefait sa signature.
Plus tard, Sands cambriola le bungalow de Taylor, vola à nouveau des bijoux et laissa ses empreintes sur le lit du réalisateur. Après le meurtre, Edward Sands disparut et ne fut jamais retrouvé. L'enquête révéla qu'il avait déjà été condamné pour détournement de fonds, forgerie et désertion de l'armée américaine.
Henry Peavey Henry Peavey était le valet afro-américain qui remplaça Sands auprès de Taylor. C'est lui qui trouva le corps sans vie de son employeur. Peavey était illettré et bisexuel. Son dossier criminel comprenait des arrestations pour vagabondage et exhibition en présence de garçons mineurs. Taylor l'avait récemment fait libérer en payant sa caution et il était censé témoigner en sa faveur devant les tribunaux. Les journaux remarquèrent qu'il portait des costumes de golf tapageurs mais ne possédait aucun club de golf. Peavey accusa plusieurs fois Mabel Normand du meurtre (peut-être parce qu'elle s'était moquée de sa garde-robe) et fut lui aussi suspecté du meurtre. Huit ans plus tard, en 1931, Peavey mourut dans un asile de San Francisco où il avait été interné pour démence syphilitique.
vignette|100px|Mabel Normand
Mabel Normand Mabel Normand était une actrice populaire et une amie proche de Taylor. Ils eurent peut-être une liaison. Bien qu'elle se fût probablement disputée avec Taylor le soir du meurtre, elle quitta le domicile du réalisateur à 19h45, de bonne humeur, emportant un livre qu'il venait de lui confier. Elle a été la dernière personne à l'avoir vu vivant. La police la considéra rapidement comme innocente. La plupart de ceux qui ont écrit sur le meurtre partagent cette opinion.
Mabel Normand joua également dans de nombreux films avec Roscoe Arbuckle, dont la carrière était éclaboussée par un scandale retentissant à la même époque. Sa propre carrière d'actrice déclinait déjà, mais les affaires Taylor et Arbuckle ternirent définitivement sa réputation. D'autant que s'y ajoutèrent des révélations sur sa consommation de drogues et une troisième affaire de meurtre (un de ses amants, tué par son chauffeur). Toutefois, elle continua à tourner au cours des années 1920. Elle mourut de tuberculose en 1930.
Faith Cole MacLean On pense généralement que Faith Cole MacLean a croisé le tueur. Elle et son mari, l'acteur Douglas MacLean, étaient les voisins de Taylor. Un grand bruit, survenu à 20h, les surprit. Elle sortit de chez elle et, sur son pas de porte, se trouva nez-à-nez avec quelqu'un sortant du bungalow de Taylor, habillé, selon ses dires « comme un cambrioleur de cinéma ». Cette personne s'arrêta un court instant avant de repartir à l'intérieur comme si elle avait oublié quelque chose, puis elle ressortit et lui sourit avant de disparaître entre les maisons. MacLean dit avoir entendu une voiture pétarader peu après. Elle déclara aussi à la police que cette personne avait une apparence « amusante » (comme un acteur maquillé) et qu'elle aurait pu être une femme déguisée en homme.
Charles Eyton Charles Eyton était le General Manager de la Paramount Pictures. Plusieurs sources rapportèrent l'avoir vu, dans les heures qui suivirent le meurtre, s'introduire dans le bungalow avec des employés de la Paramount pour s'emparer d'objets compromettants, soit avant l'arrivée de la police, soit avec sa permission.
vignette|100px|Mary Miles Minter Mary Miles Minter Mary Miles Minter était une actrice populaire, une star adolescente dont Taylor avait guidé la carrière. Minter, qui avait grandi sans père, n'avait que trois ans de plus que la fille qu'avait abandonné le réalisateur à New York. Des lettres codées trouvées au domicile de Taylor accréditent la thèse d'une liaison entre l'homme de et la jeune star de , commencée deux ans plus tôt, alors qu'elle n'avait que . D'après Minter, Taylor était réticent dès le début de leur histoire d'amour et refusa souvent de la voir.
Quoi qu'il en soit, les lettres (qu'elle avait écrites en 1919) étaient à l'antipode de son image à l'écran de jeune fille discrète. La presse calomnia Minter. Elle tourna quatre autres films pour la Paramount, et lorsque le studio décida de ne pas renouveler son contrat, elle reçut des offres de nombreux producteurs. N'ayant jamais réellement apprécié sa carrière d'actrice, elle les déclina toutes et abandonna l'industrie du cinéma. Elle continua à proclamer son amour pour Taylor le restant de ses jours et mourut en 1984, dans l'anonymat (mais dans un confort financier certain, dû à de judicieux investissements).
Charlotte Shelby