Le terme d'industrie lourde désigne en général les activités nécessitant, pour exister, l'emploi d'outils et de capitaux très importants. L’industrie lourde se caractérise par une forte intensité capitalistique, dans la mesure où la part du capital productif engagé dans la production y est nettement plus élevée que celle de la main-d’œuvre. On peut considérer les secteurs liés à la production ou la transformation de matières premières comme les mines, la métallurgie, la sidérurgie, la pétrochimie, la papeterie et la chimie de première transformation comme étant des exemples de ce que l'on classe couramment dans l'industrie lourde.. Certaines activités à dominante mécanique ou électrique comme la construction navale ou la production d'électricité sont également de bons exemples.
Les produits issus de l'industrie lourde sont transformés par l'industrie légère en produits finis ou semi-finis.
Histoire
La course au gigantisme est une stratégie courante dans les industries liées aux matières premières. Elle permet d'améliorer les coûts, de s'adapter aux matières premières et d'améliorer la qualité des produits.
+ Capacités des plus grosses installations industrielles mondiales (t/an) Métal Procédé Année 1950 1989 1996 Aluminium, Al Hydrométallurgie (tminerai/an) Métallurgie (tmétal/an) Cuivre, Cu Hydrométallurgie (tminerai/an) Métallurgie (tmétal/an) Plomb, Pb Minéralurgie (tminerai/an) Métallurgie (tmétal/an) Zinc, Zn Minéralurgie (tminerai/an) Métallurgie (tmétal/an)
Pour autant, cette croissance n'est pas illimitée, et peut être bloquée par des barrières technologiques, la limitation des ressources, ou, plus souvent, par le marché. Ainsi, en 1946, on estime l'optimum de capacité d'une usine sidérurgique à 1 million de tonnes d'acier/an. En 1978, des experts prédisent que l'usine sidérurgique de 1990 devrait produire 20 Mt/an pour être rentable. Or, malgré l'augmentation continue de production mondiale d'acier, la capacité des plus gros complexes sidérurgiques stagne autour de depuis les années 1980, et les mini-mills américaines qui produisent se sont avérées bien plus rentables que les gros complexes sidérurgiques concurrents.
Caractéristiques principales Outils
À titre d'exemple, en sidérurgie, l'investissement lié à la construction d'une usine « standard » de brames à partir de minerai de fer et de houille, d'une capacité de de tonnes par an, peut atteindre . Le montant de ce « ticket d'entrée » implique donc souvent : une participation ou une protection de la part des États, tant pour constituer que pour pérenniser un outil industriel ; la modernisation permanente des outils existants, moins coûteuse que la construction d'installations neuves ; des fluctuations importantes des prix de vente (comme pour l'essence ou l'acier), dues au fait que l'offre ne peut qu'évoluer plus lentement que la demande.
Cette sensibilité à la conjoncture économique explique que, malgré leur taille, les entreprises sont fragilisées par les investissements qu'elles consentent. Les sidérurgistes lorrains ont, par exemple, été pénalisés par la construction de l'usine à chaud de la Solmer à Fos-sur-Mer, qui a coûté de francs en 1974, mais inaugurée en plein choc pétrolier, ce qui a bloqué la finalisation de l'usine et pénalisé sa rentabilité au point que le gouvernement estima 10 ans après que la meilleure solution consisterait à tout fermer.. De même, et plus récemment, victime de la crise de 2008, le complexe sidérurgique américain de ThyssenKrupp (aciérie au Brésil et laminoirs en Alabama), dont la construction avait coûté, en 2010, près de de dollars au sidérurgiste allemand, a été revendu à ses concurrents trois ans après…
D'autres exemples, dans l'extraction et la métallurgie du nickel, montrent que le coût de construction d'une usine produisant par an de ferronickel à partir de latérite, coûte environ de dollars (Koniambo, Nouvelle-Calédonie), soit un investissement de par tonne de nickel produite annuellement. Or en 2010, la tonne de nickel commercialisée sous la forme de ferronickel est cotée . Le coût de transformation du minerai en ferronickel se situe à la même époque entre pour une usine performante : l'amortissement du capital explique la différence entre prix de vente et coût de production.
La course à la taille des outils est un moyen efficace pour diminuer l'investissement spécifique, même s'il entretient la fuite en avant vers le gigantisme. Par exemple, on a, pour une fonderie de cuivre : + Coût d'investissement d'une fonderie de cuivre Coût total($ US) Capacité(tonne de cathode de cuivre) Coût($/t de cathode de cuivre) 50 150 300
Sans innovation de rupture, les coûts augmentent aussi dans le temps. Par exemple la mine et la fonderie de dans l'Arizona, d'une capacité de par an de cuivre, a couté 18 millions de dollars en 1953. La mine de dans le Nouveau-Mexique, d'une capacité identique, a coûté 103 millions de dollars en 1982 : le coût d'investissement est passé de par tonne>..
Capital
Les outils étant dimensionnés pour produire, au moindre coût, de grandes quantités de produits, l'achat des matières premières devient un enjeu essentiel de la performance économique. On peut constater que le prix d'achat du baril de pétrole représente la moitié du prix du fioul lourd sur le marché intérieur européen. Pour une usine sidérurgique intégrée, les proportions peuvent être encore plus importantes : les achats de charbon et de minerai de fer correspondent à 75 % du prix de vente d'une brame (au troisième trimestre 2011 : 491 $ d'achats. pour une tonne de brame vendue 646 $.). La faible valeur ajoutée est donc une caractéristique essentielle de l'industrie lourde, qui privilégie alors la quantité pour trouver des marges acceptables. Cette nécessité d'investissement massif pour débuter la production constitue une barrière à l'entrée naturelle pour arriver sur le marché.
On peut aussi remarquer que l'usine sidérurgique brésilienne citée plus haut, d'une capacité de de tonnes par an, génère un chiffre d'affaires d'environ d'euros. La mobilisation et la réduction du fonds de roulement représente alors également un enjeu essentiel.
Implication des États
Les montants d'investissement en jeu, qui dépassent généralement le milliard d'euros, suscitent un intérêt marqué de la part des États, qui pour des raisons écomomiques comme de prestige, subventionnent largement l'installation des usines. Les gigafactories en sont un exemple : les aides publiques couvrent fréquemment 30 % de l’investissement total promis, sachant que pour la fabrication de composants électroniques, celles-ci atteignent 40 à 50 % de l'investissement initial.
Les États se battent pour attirer les investisseurs. Par exemple, l'Inflation Reduction Act of 2022 draine vers les États-Unis des investissements. C'est ainsi que le suédois Northvolt, qui avait obtenu près de de subventions de l'Allemagne pour sa troisième gigafactory à Heide, s'est vu proposer finalement, plus tard, , plus de garanties publiques, pour que son projet ne parte pas aux États-Unis. Les montants totaux sont importants : au début de 2004, ACC cumule de fonds publics, deux tiers apportés par la France et le reste par l’Allemagne, afin de l'aider à financer les quelque cinq milliards d'investissements pour ses deux usines de Douvrin et Kaiserslautern.
Notes et références Notes
Références
Articles connexes Économie d'échelle
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