Eiao, en marquisien , est la plus grande île du groupe le plus septentrional de l’archipel des Marquises, en Polynésie française.
Géographie Localisation Eiao est la plus grande île inhabitée de l’archipel.. Elle n’est séparée de sa voisine Hatutu que par un chenal de , mais se trouve à de Nuku Hiva, la plus proche île habitée, dont elle dépend administrativement.
Elle a la forme d’un croissant long de et large de . Sa côte, d'une longueur de , est essentiellement rocheuse — , soit , les étendues meubles (plages de sable, de galets ou de blocs) ne représentant que , soit du périmètre.
Le centre d’Eiao est un plateau élevé, à l’altitude comprise entre 300 et , incliné vers le nord-ouest et bordé au sud par de hautes falaises côtières. Son point culminant est le Moukatiketike, qui s'élève à . tandis que le Tohuanui est à .
vignette|alt=Vue depuis une hauteur, une baie entourée de collines avec des végétaux. L'eau au fond de la baie est rougeâtre.|Baie de Vaituha. Ses côtes présentent peu de points de mouillages : la baie de Vaituha, à l’ouest, où — vers l'altitude + — débouche la seule source pérenne de l’île (eau potable mais fortement chargée en magnésium et calcium), la baie du Charner, au nord-ouest de l’île. la baie de Avaneo également au Nord-Ouest, mais, comme la précédente, peu protégée dans le cas d'une houle du Nord.
Géologie Édifice volcanique vignette|alt=Carte montrant les différentes couche géologique de l'île.|Carte géologique simplifiée d'Eiao.
Forages profonds : 1. Dominique, 2. Sophie, 3. Naore Eiao a été formée entre il y a par le point chaud des Marquises. C'est la plus ancienne île de l'archipel.
L'île correspond au vestige nord-ouest du mur de la caldeira effondrée d'un volcan bouclier d’un diamètre d’une vingtaine de kilomètres, et des pentes supérieures externes de celui-ci. Le sommet restant de la caldeira forme un arc de cercle qui va du rocher Otake au sud à la pointe Tupipi au nord-est. L'île forme un édifice volcanique d'un volume de , en combinaison avec Hatutu. La partie émergée d'Eiao seule a elle un volume de .
Les îles de l'archipel des Marquises, dont Eiao, se sont construites sur une croûte océanique épaissie âgée de , avec un volcan bouclier caractérisé par la prédominance des coulées basaltiques fluides et le faible développement des brèches pyroclastiques. Et toutes — à l'exception de Ua Pou — ont connu un effondrement partiel de leur volcan bouclier, provoquant des avalanches sous-marines de débris qui ont formé le plancher océanique de l'archipel, profond de .
Eiao est essentiellement composée de basaltes d'île océanique, principalement tholéitiques, et comprend également des basaltes alcalins, des laves intermédiaires et des trachytes. La partie émergée de Eiao peut se subdiviser en trois couches. La partie inférieure, haute de , contient surtout des basaltes formée par des laves sans cristaux visibles, et des phénocristaux de plagioclases. La partie intermédiaire, de de haut est elle aussi composée de basaltes. La partie supérieure, d'environ d'épaisseur, comprend des basaltes porphyriques surmontés de picrites, riches en olivine. En dehors de ces trois couches, on peut trouver des sédiments calcaires, d'origine animale ou végétale. C'est le cas en particulier dans le presque îlot de Motutapu, au centre de la côte sud-est, et dans la baie de Motuhiva, au sud.
Certains basaltes à grains fins ont servi aux anciens Marquisiens à fabriquer des herminettes de grande qualité.
Ancien récif corallien vignette|alt=Les étapes de constructions coralliennes dans l'archipel des Marquises, ainsi que l'élévation du niveau de la mer.|Développement récifal des îles Marquises. Les îles Marquises ont longtemps été considérées comme des îles hautes volcaniques, ne comptant que très peu de récifs coralliens. Ce n'est qu'à partir de 1928 que des constructions récifales ennoyées ont été découvertes puis étudiées.
En ce qui concerne Eiao, une expédition scientifique menée en 2002 par l’ a étudié la zone sous-marine comprise entre , à l’ouest et au nord-ouest de l'île et de sa voisine Hatutu. Elle a démontré la présence de terrasses coralliennes sous-marines, dont le nombre varie du nord au sud : Au nord, deux entablements apparaissent clairement : le plus profond est situé entre et est d'une largeur de , et le second est situé entre et a une largeur beaucoup plus importante de ; Au sud, quatre terrasses s'étagent, entre pour la plus profonde, puis entre , entre , et entre pour la plus proche de la surface. Leur largeur est comprise entre et . Une petite partie du récif corallien d'Eiao-Hatutu, dénommée Motu Nao, entre de la surface, est encore probablement vivante. à environ deux kilomètres au sud de HatutuFormation corallienne centrée sur .
Ces différentes étapes de constructions récifales s’échelonnent entre . Elles ont été à chaque fois interrompues à cause de l'élévation du niveau de la mer : La plus ancienne a commencé entre lors du dernier maximum glaciaire, et a pris fin à partir de , probablement à la suite de la fonte majeure des glaciers nord-américains. La deuxième a débuté entre et s'est terminée entre , à cause d'un nouvel épisode global de fonte, dénommé « Impulsion de fonte 1A ». La troisième s'est déroulée vers , et s'est trouvée ennoyée à partir de par l'impulsion de fonte 1B. La quatrième et dernière étape de construction corallienne dense autour d'Eiao est intervenue entre . À partir d'il y a environ , le développement du corail diminue fortement autour d'Eiao, comme pour les autres îles et monts sous-marins de l'archipel. Ceci pourrait être dû à une combinaison entre la rapide remontée du niveau marin — — et le phénomène climatique d’El Niño, qui se caractérise par des températures anormalement élevées de l'eau dans la partie orientale de l'océan Pacifique Sud. Ce phénomène a été plus fréquent et intense entre il y a , et surtout entre . Le réchauffement de l'océan provoqué par El Niño, combiné à l'élévation du niveau de la mer, ont pu empêcher la plupart des constructions coralliennes de se maintenir à une profondeur permettant leur développement.
Les échantillons récoltés lors de la mission de 2002 montrent une prédominance de fragments de colonies massives de Porites lobata, présents dans des cas. Le reste se répartit essentiellement entre Pocilloporidae et Faviidae. S'y trouve également des algues rouges de la famille des corallinacées, des foraminifères et des gastéropodes vermets.
Ces anciens récifs coralliens submergés, ainsi que des grottes sous-marines, offrent nombre d'habitats pour la faune sous-marine actuelle.
Climat Tout comme le reste de l'archipel, Eiao est généralement soumise aux alizés de secteur Est. Ces vents contribuent à accentuer l’aridité des îles. Proche de l'équateur à huit degrés de latitude sud, elle est à la limite du climat tropical aride.
Toponymie Le nom d’Eiao n’a pas d’équivalent dans le reste de l’Océanie.. Dans la légende de la construction des îles Marquises, selon laquelle chaque île de l’archipel est une partie de la maison des Dieux, Eiao est la dernière île à apparaitre. Au moment où le soleil se lève, illuminant la maison nouvellement construite, la Déesse Atanua pousse un cri de joie qui donne naissance à l’île.
En marquisien, son nom s’écrit aussi (l’apostrophe représente une consonne glottale)
Précédemment, l'île a été nommée : Knox en 1791, par Joseph Ingraham, en l’honneur de Henry Knox du général de la guerre d’indépendance des États-Unis, devenu ministre de la Guerre ; Massé en 1791, par le capitaine Étienne Marchand, d’après le nom d’un de ses seconds, lors de l'expédition du Solide ; Robert’s Island en 1792, par Richard HergestBarry Gough Distant Dominion: Britain and the Northwest Coast of North, 2011, ; Freemantle en 1793, par Josiah Roberts ; Tei a wou en 1797 ; New York en 1798, par Edmund Fanning ; Hiao en 1838, par Jules Dumont d'Urville.
Histoire Peuplement polynésien L'île est habitée par la tribu des Tuametaki. Elle servait également de sépultures pour les chefs des tribus de Te I’i. Eiao porte des traces d’ateliers d’extraction et de taille de pierre. Des outils en pierre, particulièrement des herminettes, faites à partir du basalte d’Eiao, ont été trouvés dans des sites archéologiques sur d’autres îles, prouvant l’existence de voyages inter-îles dans l’archipel et même au-delà, comme à Mo’orea, Mangareva et jusqu'au Kiribati.
Découverte par les Occidentaux Du point de vue des Occidentaux, elle est découverte par l’Américain Joseph Ingraham en , puis trois mois plus tard par le Français Étienne Marchand.
Vers 1838, sa population est exterminée par la tribu de Taï-Pii de la côte nord de Nuku-Hiva. Ces anthropophages dévastèrent tellement ces îles qu'ils n'y laissèrent que des cochons sauvages.
Vers la fin du , Eiao a été brièvement utilisée comme prison, mais l’expérience a été arrêtée en raison des sécheresses fréquentes, et des difficultés d’approvisionnement et de débarquement sur l’île.
Période récente De 1962 à 1963, l’homme de média Georges de Caunes y a vécu en solitaire.
En 1972-1973, trois sondages profonds (6 à ) sont conduits par le BRGM/CEA/CEP dans l'objectif – alors classé secret-défense –, d'emplacement possible pour des essais nucléaires souterrains. La structure géologique de l'île se révéla impropre à de telles expérimentations..
Milieu naturel vignette|Les trois réserves naturelles du nord des îles Marquises. Eiao est à l'ouest.|alt=Carte montrant les réserves naturelles. En raison de son isolement, Eiao abrite un certain nombre d’espèces animales et végétales endémiques.. Elle a été classée « aire de gestion des habitats ou des espèces » en 1971, puis « réserve naturelle de l’île d’Eiao » en 1992. La zone des 12 milles au large de l'ensemble formé par Eiao, Hatutu et Motu One est également protégée.
Faune Faune marine Les eaux des îles Marquises sont fréquentées par seize espèces de cétacés. Le dauphin d'Électre réside autour d'Eiao, où il a pu être observé en grand nombre.
Les requins sont bien représentés autour de l'île. On y trouve le requin gris de récif, le requin à pointes blanches de récif, le requin-marteau halicorne, le requin à pointes noires, le requin bordé et le requin-corail.
Parmi les raies, celles fréquentant les abords de l'île sont la raie manta de récif, la raie léopard et la raie à taches noires.
Plus profondément, vers , la zoocénose est dominée par de grandes colonies d'antipathaires, accompagnés de concentrations d'oursin irrégulier violet à longs piquants. Vers , parmi quelques zones rocheuses peuplées d'espèces encroûtantes, se trouvent des concentrations de poissons, dont des mérous. On y voit aussi du corail blanc et des oursins irréguliers très plats, de l'ordre des clypéastéroïdes. Entre , les oursins se font plus rares, à cause de la nature du sol, composé de sédiment plus fin. Toujours autour d'antipathaires, on peut observer de nombreux crabes à longues pattes Latreillia metanesa, et des anémones de mer fixées sur des coraux noir (vers et au-dessus). Plus bas, la faune se raréfie, et les antipathaires cèdent la place à des échinodermes. Entre , d'autres oursins à longs piquants arqués de la famille des Cidaridae dominent. On peut aussi trouver des langoustes Puerulus angulatus. Encore plus profondément, on trouve d'autres anémones de mer vers , et vers encore d'autres oursins, de petits réguliers aplatis violets et quelques gros irréguliers.
Invertébrés Sur les pentes d'Eiao, entre 0 et , treize espèces d’éponges ont pu être observées.