Aï Khanoum ou Ay Khanum (littéralement « Dame Lune » en ouzbek; dérivant probablement du grec ancien: Ἰκόνιον (Ikónion)) est une cité antique située aujourd'hui dans le Nord-Est de l'Afghanistan, dans la province de Kondoz, près de la frontière tadjike. Elle se situe au confluent du fleuve Amou-Daria (anciennement Oxus) et de la rivière Kokcha.
Elle est fondée au par les Grecs dans le sillage de l'épopée d'Alexandre le Grand dans sa route vers l'Inde. La ville est surnommée l’Alexandrie de l’Oxus par le géographe Ptolémée et peut-être appelée plus tard Eucratidia sous le règne du souverain gréco-bactrien .
Un temps capitale du royaume gréco-bactrien, elle est détruite durant la seconde moitié du par des attaques successives de nomades et des prédations aux fins de récupération de matériaux de construction effectuées par des populations autochtones après l'évacuation de la région par les populations hellénisées.
Redécouvert dans les années 1960 apr. J.-C., le site fait l'objet de fouilles menées par les archéologues français de la Délégation archéologique française en Afghanistan entre 1964 et 1978, qui constituent un . Elles sont cependant interrompues par les troubles que connaît l'Afghanistan à partir de 1978 et le site, témoin particulier de l'hellénisme en Asie, est largement pillé avant d'avoir été complètement fouillé de façon méthodique. Les vestiges retrouvés lors des fouilles sont déposés dans les collections du musée national afghan de Kaboul, où certains éléments ont souffert des bombardements ainsi que des dégradations volontaires effectuées par les talibans. Tous les éléments découverts en contexte scientifique ne sont heureusement pas perdus, comme en a témoigné l'exposition de Jean-François Jarrige, « Afghanistan — Les trésors retrouvés » présentée en 2006-2007 au musée national des arts asiatiques - Guimet à Paris, mais aussi en Grande-Bretagne et aux États-Unis.
Par son histoire antique et contemporaine, la cité est un .. Parlant du pillage du site, l'archéologue Paul Bernard estime qu'Il y a 50 ans la découverte d’AÏ Khanoum, cité grecque d’Afghanistan France Culture, 3 mars 2015.
Localisation et histoire
Site stratégique thumb|alt=Localisation de la ville d'Aï Khanoum par rapport au sous-continent indien|Localisation de la ville par rapport au sous-continent indien. Le choix du site pour la création d'une ville a été probablement guidé par plusieurs facteurs, les conditions agricoles, les ressources minérales, et la localisation du site, que ce soit la géographie de la région qui rend la défense d'une cité aisée et aussi sa position particulièrement favorable au commerce.
La région, irriguée par l'Oxus, a un potentiel agricole riche et depuis longtemps ce potentiel est mis en valeur. Un vaste réseau de canaux d'irrigation existe. depuis la fin du millénaire : l'agriculture y est donc intensive avant même l'arrivée des Grecs.. En amont du site de la ville, se trouvent aussi des marécages très giboyeux...
Les ressources minérales sont également abondantes dans l'arrière-pays vers l'Hindou Kouch, particulièrement les prétendus rubis (en réalité, des spinelles) du Badakhchan ainsi que l'or.
De plus, le site est facile à défendre, avec le fleuve Oxus, la rivière Kochka et la proximité de la chaîne montagneuse de Hissar.. Daniel Schlumberger a pu qualifier ce site de Cité par .. Le site de la ville s'étend dans un rectangle de sur et possède une acropole de de hauteur. La ville fait un peu moins de au total..
Pour finir, son emplacement, à la jonction du territoire bactrien et de territoires nomades du Nord, a autorisé l'accès au commerce, en particulier avec l'Empire chinois à l'est et avec le monde indien au sud, les fouilles ayant livré des preuves d'échanges commerciaux avec ce dernier espace.
Histoire d'une cité grecque de Bactriane thumb|left|alt=Monnaie d'Antiochos présentée sur son avers et revers, vers 280-261 av. J.-C.|Monnaie d', vers 280-261 Marque de frappe monétaire d'Aï Kainoum (triangle dans un cercle) au revers. thumb|alt=étendue maximale de l'Empire d'Alexandre le Grand, 334-323 av. J.-C.|L'empire d'Alexandre le Grand, 334-323 thumb|alt=étendue du royaume gréco-bactrien vers 180 à l'époque de son apogée territorial|Le royaume gréco-bactrien vers 180 , à son apogée territorial. thumb|alt=Carte de la Bactriane à l'époque hellénistique|Carte de la Bactriane à l'époque hellénistique.
La région est incorporée au royaume achéménide par Cyrus le Grand au milieu du .. La conquête d'Alexandre le Grand combine à la fois des éléments de continuité du pouvoir perse et une extension de l'aire de la culture grecque.
La région entre dans la sphère séleucide et fait l'objet d'une politique de peuplement hellène sous puis Antiochos. La naissance de la cité d'Aï Khanoum est à placer dans ce cadre général, même s'il faut sans doute davantage évoquer une refondation qu'une création en raison de la présence probable d'un établissement achéménide à cet emplacement. Bien qu'aucun vestige archéologique retrouvé ne soit antérieur à cette dynastie, l'espace de la cité a dû être occupé dès les premiers temps de l'installation grecque, en particulier par une garnison sur l'acropole.. La prise en mains du territoire par l'armée du conquérant macédonien n'a pu se faire qu'avec l'installation de forces de maintien de l'ordre dans les endroits à haute valeur stratégique.
Au milieu du , à l'instigation de , la Bactriane devient une entité indépendante qui s'étend rapidement et subit des forces centrifuges du fait des divers peuples la composant..
À son apogée, Aï Khanoum est une ville grecque extrêmement importante de carré, caractéristique de l'Empire séleucide et également du royaume gréco-bactrien. De nombreux artéfacts et des structures ont été trouvés par les archéologues, indiquant une haute culture hellénistique, combinée avec des influences orientales. Selon J. Boardman, La cité est dominée par les Grecs mais une partie des fonctionnaires est locale, avec une onomastique iranienne. Les habitants forment une , vivant dans une cité dont le décor architectural rappelle l'hellénisme mais avec un plan de constructions d'origine orientale..
Il semble que la ville soit détruite, sans jamais être reconstruite, au moment de la mort du roi gréco-bactrien autour de 145 selon une inscription retrouvée sur un vase dans la trésorerie du palais.Voir la notice par Paul Bernard du fragment de vase dans .. Ce dernier souverain aurait fait de la cité sa capitale sous le nom d'Eucratidia selon PtoléméePtolémée, VI, 11, 8. et Strabon..
L'incendie et le pillage de la trésorerie sont peut-être le fait des nomades saces, suivis du pillage systématique de la ville par des peuplades locales non hellénisées afin de récupérer des matériaux de construction. Une nouvelle invasion nomade par des Yuezhi aboutit à l'incendie du temple à niches indentées, alors réutilisé pour un usage profane.. Vers 140 , la ville est en ruines.
À cette date, les nomades chassent les Grecs d'Aï Khanoum, puis ils les chassent de Bactriane vers 130. et enfin, de toute la vallée de l'Oxus vers 120 Un royaume grec se maintient au sud de l'Hindou Kouch, dans le Pendjab, jusqu'au début de notre ère.
La citadelle est occupée par périodes jusqu'aux Timourides aux .
Redécouverte, fouilles et pillages
vignette|alt=Portrait du roi Zaher Shah en 1963|Portrait du roi Zaher Shah en 1963, qui prend connaissance de la découverte de chapiteaux grecs et demandeur des recherches archéologiques sur le site. vignette|alt=Stèle funéraire d'un éphèbe nu portant une chlamyde, nécropole d'Aï Khanoum, |Stèle funéraire d'un éphèbe nu portant une chlamyde, dégradée depuis sa découverte par le vandalisme des talibans et au sein même du musée national afghan de Kaboul. Nécropole d'Aï Khanoum, , calcaire, × × M.K. 05.42.15.. Le site est exploré par un lieutenant de la Compagnie anglaise des Indes orientales, John Wood, dès 1838 apr. J.-C.., et par Jules Barthoux en 1926..
Le roi d'Afghanistan Zaher Shah, à l'occasion d'une chasse royale à proximité, prend connaissance grâce aux habitants du hameau de la découverte de grands chapiteaux sur le site. La chasse a eu lieu en 1963 selon S. Gorshenina et C. Rapin. mais en 1961 selon P. Bernard. À partir de novembre 1964 une mission est envoyée sur le site qui fait les premiers repérages, et sont découverts alors à Aï Khanoum sous contrôle scientifique.
Le site est fouillé par une mission de la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), dirigée par Daniel Schlumberger puis Paul Bernard, entre 1964 et 1979, et également par deux archéologues russes au début des recherches en 1965 et 1966. Cette présence russe s'étend sur deux saisons.. Le site a servi de chantier-école pour de nombreux archéologues français œuvrant par la suite sur divers sites d'Asie centrale.. De plus, les chercheurs qui travaillent sur le site s'ouvrent à la recherche russe, ce qui est une nouveauté et aboutit à des avancées remarquables..
Les recherches de la DAFA dévoilent la présence d'une parure monumentale de la cité assurément grecque avec la présence d'un théâtre, d'un gymnase et de très nombreux chapiteaux corinthiens.. Une salle consacrée au site ainsi qu'à celui de Shortugaï est inaugurée en 1981 au musée de Kaboul..
Les fouilles sont abandonnées après la crise politique de 1978 et le déclenchement de la guerre d'Afghanistan de 1979, pendant laquelle le site est copieusement pilléVoir une photographie particulièrement parlante dans .. À ce propos, Paul Bernard parle d'un ..
Les archéologues restent sans nouvelles du site jusqu'en 1993. Les murs de briques crues souffrent alors des intempéries mais les matériaux de construction font surtout l'objet d'une récupération à grande échelle, jusqu'aux éléments des fondations ; non seulement les éléments décoratifs de calcaire sont passés dans un four à chaux mais également les éléments de brique plus modestes.. Les chapiteaux dégagés sont alors presque tous détruits, hormis une dizaine d'entre eux réemployés dans une auberge d'un village voisin du site, Khwaja Baudin.
Le site de la cité antique sert en outre de champ de bataille, ne préservant qu’une très faible partie du matériel d’origine. Les zones non encore excavées font l'objet de fouilles clandestines dont témoignent un grand nombre de cratères de 1,50 à ainsi que des galeries.. Ces pillages sont sans doute organisés avec l'aide de la main-d'œuvre locale et ont peut-être duré jusqu'après 1989 voire jusqu'en 1992. ; des espaces restés intacts à cette date sont ensuite pillés jusqu'en 2001, en particulier des zones de l'acropole.. La plaine d'Aï Khanoum, qui contient la nécropole, subit également des prédations. Les trous de pillage sont denses le long de la rue principale de la cité et sur la terrasse intermédiaire, ainsi qu'à proximité de la Kokcha.
Les travaux ne reprennent qu'en 2003, après la chute des talibans. Au début des années 2000, le site fait l'objet du film L’Alexandrie oubliée (le deuxième épisode de la série documentaire Eurasia : À la conquête de l'Orient), avec reconstitutions 3D par une collaboration entre le CNRS français, l'École normale supérieure, la société Taisei et la chaîne de télévision nippone NHK. Le film est diffusé en juin 2003 au Japon et en décembre 2004 en France. La reconstitution porte sur la fin de l'occupation grecque de la cité, dans le second quart du Pour reconstituer les monuments les moins documentés par les recherches archéologiques, la décision a été prise d'opter pour des .. La 3D .