François Picquet, né le à Lyon en France et mort le à Hamadan en Perse, a été évêque de Babylone et consul de France et de Hollande à Alep.
Biographie Jeunesse
Son père, riche banquier, éprouva des malheurs qui lui firent perdre une grande partie de sa fortune. François Picquet montra, dès sa plus tendre jeunesse, un goût très prononcé pour l'état ecclésiastique, mais son père, qui le destinait au commerce, le fit voyager de bonne heure dans le midi de la France et en Italie.
À son retour, en 1650, Picquet ne s'arrêta que quelques mois dans le sein de sa famille, qui le renvoya parcourir la France septentrionale et l'Angleterre. Après cette excursion, il séjourna quelque temps à Paris, où son esprit et une sagesse, qui paraissait extraordinaire à son âge, lui attirèrent l'estime et l'amitié de plusieurs grands personnages et, entre autres, de la duchesse d'Aiguillon.
Consul à Alep
Sur ces entrefaites, le consulat d'Alep étant venu à vaquer (1652), Picquet y fut nommé : il s'embarqua à Marseille au mois de septembre de cette année et atteignit Alep au mois de décembre suivant. Il se mit d'abord au courant des affaires du consulat, suppléant à son défaut d'expérience par un travail assidu et par des conférences avec les principaux négociants français établis à Alep. Ceux-ci, tourmentés par les avanies et les vexations du pacha, eurent recours au consul, qui fit des représentations énergiques à ce gouverneur et obtint une satisfaction complète.
La révolte du pacha contre la Porte, en 1654, fournit encore à Picquet l'occasion de se distinguer. La sagesse constante de sa conduite et sa noble fermeté imposèrent tellement à ce gouverneur que, loin de le tourmenter, il voulut lui donner une marque éclatante de sa confiance en l'établissant juge de tous les différends qui s'élèveraient entre les chrétiens en l'absence du cadi, nommé récemment par la Porte et qu'il n'avait pas voulu reconnaître. L'impartialité que Picquet montra dans l'exercice de cette fonction temporaire et délicate lui gagna tous les suffrages.
Lorsque le lieutenant de la Porte eut vaincuL'auteur anonyme d'une Vie de Picquet, qu'on croit être Anthelmy, évêque de Grasse, assure gravement que ce fut aux conseils de ce consul que le général de la Porte dut sa victoire. Douze imams, d'après l'avis de Picquet, se glissèrent adroitement dans le quartier des rebelles et coupèrent la tête aux principaux chefs, dans le temps qu'ils étaient en prière, un vendredi, à l'heure de midi ; et cette expédition amena la dissolution de leur armée.
Les Turcs, suivant cet auteur, en faisant le namas ou la prière, ne tournent jamais la tête, quelque bruit qu'ils entendent, persuadés que, s'ils regardaient à droite ou à gauche, ils verraient le démon. et remplacé le pacha rebelle, Picquet profita de son ascendant pour protéger le commerce des Français et celui des Hollandais, qui l'avaient aussi nommé leur consul.
Il aida André Akhijan à devenir le premier évêque syrien catholique d'Alep, consacré sous le nom d'André, par le patriarche maronite, Jean Bawab, le .
Fatigué de cette vie tumultueuse, il abandonna ses fonctions à François Baron en 1660.
Carrière ecclésiastique
En Europe
Pendant neuf années de séjour, Picquet s'était concilié l'estime et l'affection des habitants d'Alep par sa piété modeste, sa fermeté et son désintéressement. Les services qu'il rendait tous les jours aux missionnaires et aux chrétiens latins et les conversions auxquelles il coopéra lui avaient attiré la bienveillance de la cour de RomePicquet entretenait une correspondance très active avec la congrégation de la Propagande pour l'avancement de la religion catholique en Orient. : aussi, lorsqu'à son retour en Europe il passa dans la capitale du monde chrétien (1662), fut-il accueilli avec la plus grande distinction par le pape et par les membres du collège de la Propagande.
Arrivé en France, Picquet entra dans un séminaire, reçut les ordres sacrésSuivant Anthelmy, Picquet aurait, avant son arrivée en Europe, reçu, le , la tonsure cléricale des mains d'André Akhijan, évêque d'Alep, qui lui devait sa nomination, mais comme il y avait eu des défectuosités dans son ordination, il en fut relevé par le pape (Bref du ). et fut pourvu du prieuré de Grimaud, en Provence.
Peu de temps après (décembre 1663), le pape le nomma protonotaire apostolique. Il prolongea son séjour dans sa patrie jusqu'au mois de septembre 1679. Ayant appris que plusieurs auteurs français s'occupaient d'un ouvrage sur la perpétuité de la foi de l'Église catholique touchant l'Eucharistie, Picquet réfuta d'abord, en rapportant ce dont il avait été lui-même témoin, les assertions du ministre protestant Jean Claude, qui prétendait que l'Église d'Orient ne croyait pas à la présence réelle. Il écrivit ensuite à ses correspondants dans la province d'Alep, se procura les attestations d'un grand nombre de patriarches et prélats orientaux et les remit au docteur Arnauld, qui les a insérées dans le cinquième livre de son ouvrage.
En Orient
Au mois de décembre 1674, la congrégation de la Propagande proposa Picquet pour aller remplir en Orient les fonctions de vicaire apostolique de Babylone, en l'absence de Duchemin, évêque in partibus de cette ville, retenu en France par ses infirmités. Picquet, quoique prêtre depuis dix ans, n'accepta que sur l'ordre formel de la congrégation et sur les instances du nonce de Sa Sainteté à Paris.
Le , il fut nommé évêque in-partibus de , en Macédoine. Après avoir été sacré en cette qualité le par le cardinal Grimaldi, archevêque d'Aix-en-Provence, et avoir reçu un nouveau bref qui le nommait vicaire apostolique de l', en Arménie, Picquet abandonna son bien à sa famille, résigna les bénéfices qu'il possédait en France et s'embarqua pour Alep avec le chevalier d'Arvieux, nouveau consul de France, et avec les prêtres qu'il avait recrutés pour l'aider dans ses pieux desseins : il y arriva le .
En 1680, les religieux dominicains, qui, depuis quatre siècles, avaient formé une petite nation de catholiques dans la haute Arménie, province dépendante du royaume de Perse, lui firent part de leur triste situation et des avanies continuelles qu'ils éprouvaient de la part des gouverneurs. Ils l'assurèrent en même temps que l'un des moyens les plus efficaces pour relever et étendre la religion catholique dans le pays serait qu'il pût aller en Perse comme ambassadeur extraordinaire du roi de France. Picquet, sans autre motif que celui de coopérer à la propagation de la foi, écrivit en ce sens à sa cour et au pape. Bien qu'ils fussent favorable à cette idée, elle ne fut cependant mise à exécution qu'après une négociation qui se prolongea pendant deux ans. Picquet s'appliqua en attendant à ranimer la foi des catholiques d'Àlep et à convertir les hérétiques. Il réussit souvent dans ces deux objets par sa douceur, sa patience et l'onction de ses exhortationsLes chrétiens des églises d'Alep formaient comme quatre nations différentes, les Maronites, les Grecs, les Arméniens et les Syriens..
Au mois de mai 1681, il apprit que les cours de France et de Rome avaient adopté son projet d'ambassade et il partit pour se rendre en Arménie. Diarbekr, en Mésopotamie, se trouvant sur sa route, il s'y arrêta quelque temps pour céder aux instances du patriarche des nestoriens, qu'il avait eu précédemment le rare bonheur de ramener à la foi catholique. Ayant pris un prêtre syrien pour interprète, l'évêque de Césaropole partit le de Diarbekr et se rendit par Erzeroum à Erivan. Après avoir eu plusieurs conférences avec le patriarche arménien de Tauris, il fut traité magnifiquement par le khan d'Erivan, qui connaissait le caractère dont Picquet était revêtu, quoique celui-ci n'eût point encore voulu le déployer.
Arrivé à Naxivan le , l'évêque de Césarople, conformément au bref qu'Innocent XI lui avait donné, fit procéder, suivant les formes canoniques, à l'élection de l'archevêque de cette ville, dont le siège était vacant. Les prêtres et le peuple l'élurent lui-même à l'unanimité mais il s'en défendit vivement et, étant parvenu avec beaucoup de peine à obtenir une nouvelle assemblée, il fit porter leur choix sur un dominicain allemand, le P. Sébastien Kenap ou KnapLes lecteurs ne procédèrent à une nouvelle élection qu'après avoir protesté qu'ils supplieraient le Saint-Siège de confirmer leur premier choix et que celui qu'ils allaient élire ne serait qu'un coadjuteur., que le pape lui avait recommandé. Avant l'arrivée de ce prélat qui se trouvait encore à Livourne, l'évêque de entreprit la visite du diocèse, aidant tous les chrétiens, sans distinction, de sa protection auprès des autorités locales.
Son titre d'ambassadeur, extrêmement respecté en Perse, donnait du poids à toutes ses réclamations. Il passa l'hiver au bourg d'Albaranar ou Abaraner et y reçut, le , les lettres du roi de France qui l'accréditaient auprès du shah de Perse. Il avait pris, dans les derniers mois de 1681, la qualité d'ambassadeur. Il s'achemina de suite vers Ispahan, en passant par , Tuscit, Vanand et Tauris, où il arriva le C'est par erreur qu'Anthelmy prétend que ce fut à Tauris, en 1682, qu'il prit pour la première fois le titre d'ambassadeur. Picquet dit lui-même, dans sa lettre au chevalier d'Arvieux, sous la date du , d'Albaranar, qu'on l'avait obligé à prendre la qualité d'ambassadeur plus tôt qu'il ne le voulait., et atteignit Ispahan le .
En attendant qu'il pût être admis à l'audience, Picquet s'empressa de conférer avec les missionnaires établis dans le pays. Il apprit d'eux que les églises catholiques et la maison de l'évêque de Babylone avaient été vendues à des Turcs, ainsi que l'argenterie et qu'il ne restait plus que quelques ornements en fort mauvais état. Il rendit compte de cette triste situation au collège de la Propagande, dont il obtint des secours.
À cette époque, le khan des Tartares ouzbeks, après avoir renoncé à sa couronne en faveur de son frère, traversait la Perse pour se rendre à la Mecque. Picquet décrit les fêtes qui eurent lieu à cette occasion à Ispahan et les riches présents que les deux princes se firent réciproquement, dans une lettre qu'il écrivit le au chevalier d'Arvieux. Il parle dans cette même lettre des préparatifs qu'il fit pour paraître convenablement devant le shah. Le brillant et singulier équipage qu'il se crut obligé d'adopter, d'après les conseils des missionnairesII s'était fait faire des habits de brocart et de toile d'or et d'argent, avait pris six valets de pied, auxquels il avait donné une belle livrée de soie, des chevaux de main, etc., etc., formait un contraste tellement frappant avec l'humilité habituelle de ce respectable prélat qu'il s'exprime ainsi, dans la lettre que nous avons déjà citée : Admis devant le shah, l'évêque de Césarople lui adressa en italien une harangue que son interprète traduisit en turc. Ce souverain le questionna sur son voyage, sur l'état de l'Europe et de la France, sur la personne et les actions de Louis XIV, et promit de faire tout ce qu'on lui demandait en faveur des catholiques qui se trouvaient dans ses États. Les présents du roi de France n'étant point encore arrivés, Picquet fut obligé de prolonger son séjour à Ispahan ; et les ministres persans, après lui avoir fourni pendant deux mois de quoi soutenir sa qualité, ayant enfin suspendu tout payement, il se vit dans un véritable dénuement.