L’écologie politique est un ensemble de courants, largement diffusé depuis les années 1970, qui insiste sur la prise en compte des enjeux écologiques dans l'action politique et dans l'organisation sociale. Mouvement culturel nourri d'influences de divers mouvements (tels que le féminisme, le tiers-mondisme, le pacifisme, la non-violence, l'anarchisme, l'autogestion), l'écologie devient politique lorsqu'elle appelle à une profonde transformation du modèle économique et social actuel ainsi qu'à une remise à plat des relations entre l'être humain et son environnementL'écologie est politique, Catherine Larrère, Lucile Schmid et Olivier Frossard, Les Petits matins, 2013..
Aux États-Unis, les figures tutélaires du courant écologiste sont Henry David Thoreau, Aldo Leopold et Rachel Carson. En Europe, le premier à articuler combat pour la nature et combat politique fut un militant anarchiste, le géographe Élisée ReclusYves Frémion, Bruno Villalba, « Mouvement écologiste », Encyclopædia Universalis, lire en ligne..
L'écologie politique s'oppose à une tendance libérale qui, sans avoir une volonté de nuire à l'environnement, s'oppose aux politiques qui prônent une réglementation environnementale stricte.
Origine Historiquement et culturellement, il allait de soi — en tout cas dans l'Occident chrétien — que l'homme était au centre de l'« Univers » et il était « normal » de penser, d'enseigner et de croire que les humains pouvaient transformer le milieu sans toujours penser qu'ils n'en étaient pas les créateurs mais une de ses espèces. La norme était de croire en la possibilité d'une maîtrise totale sur toutes les formes de vie via la domination des forces de la nature, ces dernières étant censées se plier à chacun des désirs des sociétés humaines par le fruit d'actions concertées. Une position qui dérive notamment d'une lecture déséquilibrée du livre de la Genèse judéo-chrétienne (Dieu donne explicitement la terre aux hommes comme un outil qu'ils doivent dominerGenèse 1 Verset 26 : Verset 28 : ). Cependant le langage sacerdotal des verbes 'cultiver' et 'garder' dans Genèse 2:15 interdit une lecture utilitaire dominante du chapitre 1, et suggère plutôt l’intendance que toute vie pourrait s’épanouirGenèse 2 Verset 15 : . C'est plutôt de l'humanisme de la Renaissance (l'homme mis au centre du monde) et à ses prolongements à travers DescartesLuc Ferry, Le Nouvel Ordre écologique, 1992. puis le mouvement des Lumières dont le programme consiste à la connaissance puis la transformation mécanique du monde par l'être humainFrancis Schaeffer soutient qu’une mauvaise lecture des textes judéo-chrétiens par les humanistes de l’illumination a créé la crise environnementale ; en outre, la vision de l’intendance dans Genèse 2 fournit une base pour voir la crise et répondre avec soin à la création. Voir son livre de 1970, «La pollution et la mort de l’homme : Un point de vue chrétien sur l’écologie », (traduction en français par Editions Blf, 2015) EAN / Référence : 9782362493225 .
La naissance de la prise de conscience politique de l'écologie peut probablement être retracée au sein de divers courants de pensée de simplicité volontaire, perceptibles au sein de courants chrétiens dissidents ou non (les Franciscains). C'est cependant avec la révolution industrielle occidentale, provoquant l'accélération de la transformation du monde, l'urbanisation, la dégradation (d'abord ponctuelle) de l'environnement et la conception d'un « environnement humain » que les idées de l'écologie politique ont émergé dans la seconde moitié du . Ses premières manifestations se retrouvent, non sans ambiguïté, dans des mouvements chrétiens antimodernistes (inspirés du romantisme ou parfois de la contre-révolution) qui apportent leur limitation à la proposition de la Genèse : voyant dans la nature l'œuvre de Dieu, ils dénoncent la course capitaliste à l'enrichissement matérialiste qui détruit cette œuvre (voir par exemple le poète britannique John Ruskin (1819-1900), précurseur du socialisme en Grande-Bretagne et l'écrivain britannique Thomas Carlyle (1795-1881), partisan d'un anticapitalisme autoritaire).
L'expression principale d'un mouvement écologique fondée sur une vision politique et économique sera cependant celle d'une partie du mouvement anarchiste de la fin du , qui mêle retour à la nature, naturisme, végétarisme, non-violence, sous l'influence de Léon Tolstoï (1828-1910) en Europe et de Henry David Thoreau (1817-1862) aux États-Unis. Le géographe Élisée Reclus (1830-1905) incarne bien cette mouvance anarchiste exprimant des conceptions écologiques. Certains penseurs marxistes ont également assez tôt mis en avant une critique écologique du capitalisme, par exemple le théoricien conseilliste Anton Pannekoek. La lutte pour le communisme et la fin du capitalisme nécessite pour ces auteurs de prendre en compte aussi la question des effets néfastes du mode de production capitaliste sur l'environnement. En 1909, le penseur conseilliste et marxiste Anton Pannekoek publie un texte intitulé La destruction de la nature où il dit notamment :
Le politiste Patrick Chastenet a également mis en évidence ce qu'il identifie comme les "racines libertaires de l'écologie politique", en présentant notamment les contributions d'Ivan Illich, Bernard Charbonneau, Murray Bookchin et Jacques Ellul, en plus d'Élisée Reclus, déjà cité.
L'écologie politique s'affirmera, après les deux grandes guerres, sur la scène politique à la fin des années 1960 — début des années 1970., avec la remise en cause de la société de consommation, dans le sillage de la sensibilisation à l'environnement et la prise de conscience écologique émergente.
L'écologie politique s'appuie sur les analyses philosophiques de l'émergence de la société de consommation proposées par Günther Anders (L'Obsolescence de l'homme, 1956) et Hannah Arendt (Condition de l'homme moderne, 1958). Elle se fonde aussi sur le travail essentiel de Rachel Carson sur la destruction du vivant par l'homme (Printemps silencieux, 1962) et sur les données scientifiques de l'ornithologue et naturaliste français Jean Dorst qui, dans son essai prémonitoire largement diffusé Avant que nature meure ( 1965) alerte déjà sur l'impact des activités humaines sur la nature et la biosphère en général. Dans la de cet essai (1971), en conclusion de l'avant-propos, il invite clairement à une « écologie politique » réconciliant l'homme avec son environnementJean Dorst, Avant que nature meure, Delachaux et Niestlé, Notes concernant la de 1971, p. 36 :
Alors que l'écologie a pour objectif d'étudier les rapports entre un organisme et le milieu naturel, l'écologie politique fait en quelque sorte suite à une prise de conscience des limites de l'anthropocentrisme humain. Elle pose aussi des questions essentielles à l'anthropologie pour le rôle écologique de l'espèce.
L'écologie politique cherche à développer l'état de conscience de l'empreinte polluante de l'être humain sur le milieu, y compris dans ses aspects culturels, structurels, politiques, sociaux, et sociétaux : le terme est apparu dans les années 1970, par opposition à certains mouvements « écologistes » qui avaient tendance à ne pas inclure ces aspects dans leur réflexion. Il s'agissait de remettre en question l'interaction entre l'être humain et son environnement, y compris dans les programmes politiques. Une première étude du Club de Rome avait été publiée au début des années 1970, mais son impact avait concerné des individus plus que des mouvements politiques en tant que tels.
En Europe, c'est dans les années 1970 que naît l'écologie politique. La Conférence des Nations unies sur l'environnement de Stockholm est organisée en 1972. La même année est créé le parti britannique PEOPLE, considéré comme le premier parti écologiste, qui deviendra ultérieurement le Parti vert..
Le premier parti écologiste à être pérenne et obtenir des résultats significatifs est Grünen, qui entre au Bundestag en 1983.
Aux Pays-Bas ou au Danemark, l'écologie politique est portée par des partis de la gauche existant déjà, sans voir l'émergence de nouveaux partis centrés essentiellement sur la question écologique.
Plusieurs mouvements, tels que le Mouvement d'Ecologie Politique et l'ONG Les Amis de la Terre qui ont participé à la fondation du mouvement écologiste en France, et quelques partis politiques sont apparus dans la foulée dans plusieurs pays développés.
On nomme écologie politique une approche culturelle appliquée de l'écologie pour l'espèce humaine — espèce qui a recours à la politique pour assurer son avenir et celui de sa descendance. Elle constitue également une critique globale des systèmes économiques, politiques et sociétaux actuels, mettant en danger les écosystèmes et la survie de certaines espèces, et un mouvement social pour transformer la société, dans un sens plus adapté à une vision écologique (globale, intégrant les générations futures) du réel face aux réalités. Plus qu'une politique, on peut la considérer comme une éthique comportementale, aspirant à une plus grande harmonie, autonomie, solidarité et responsabilité.
En tant qu'élément déterminant de la politique sociale, l'écologie politique prend en compte les conséquences des actions humaines dans l'habitat et de nos actes sur notre milieu, non seulement écologique, mais aussi humain, social et sociétal. Avec en particulier l'impact négatif sur la santé physique et mentale, celle des autres, et sur celles des générations futures.
Philosophie Les analyses qui ont amené à l'écologie politique viennent de ce que, peu à peu, les êtres humains prennent du recul sur leurs constructions collectives, même si penser que l'humanité en est capable peut sembler optimiste. Certains espèrent l'avènement d'une nouvelle révolution copernicienne, qui permettra de mieux prendre en compte les effets sur le vivant, sur les cycles et les ressources naturelles, de nos modes de vie, de consommation et de production, de nos activités de recherche et de nos technologies, y compris pour les générations futures.
Enseignements historiques
D'après Jared Diamond (dans Effondrement)., le déclin de certaines civilisations semble lié à la méconnaissance des enjeux écologiques et de la nécessité de respecter des équilibres fondamentaux. C'est le cas des Mayas. Ceux-ci dataient tous leurs bâtiments avec une précision extrême. Or, on s'aperçoit que dans un laps de temps très bref, ils ont abandonné leur capitale et commencé à en construire une autre plus loin. Des éléments historiques incitent à penser que cet abandon subit était lié aux difficultés d'approvisionnement de l'ancienne capitale dues à l'épuisement progressif des terres, et aux guerres intestines qui suivirent les famines correspondantes. Ce qui est arrivé hier à la civilisation maya pourrait se produire demain pour la planète Terre.
Écologie politique et courants de pensée L'écologie politique s'inscrit dans la lignée de théories et de mouvements politiques, tels que le mouvement ouvrier, la démocratie républicaine, le socialisme, le féminisme, le régionalisme Elle est née dans les années 1970, à la suite des événements de mai 68 et des chocs pétroliers, et aussi en réaction croissante de certains êtres humains (organismes) face à la destruction de l'écosystème (leur milieu). L'écologie politique lutte contre l'uniformisation de la culture et des productions. Elle se bat pour la reconnaissance des minorités et l'égalité de leurs droits. Une de ses originalités réside dans la mise en place de priorités différentes, dans une volonté de remettre le citoyen au centre du débat politique.