Jean-François Marmontel, né le à Bort-les-Orgues et mort le à Habloville, est un écrivain, encyclopédiste, historien, conteur, romancier, grammairien et poète, dramaturge, philosophe français.

Proche de Voltaire et adversaire de Rousseau, il connaît une grande notoriété à la cour de France et dans toute l’Europe.

Il est membre de l'Académie française, dont il fut secrétaire perpétuel.

Sous le Directoire, il est membre du Conseil des Anciens jusqu'au coup d'État du 18 fructidor an V.

Biographie Issu d’une famille de la petite bourgeoisie, Jean-François Marmontel est le fils aîné de Martin Marmontel, maître tailleur d'habits, et de Marianne Gourdes (morte en 1747).

Ses parents ont six autres enfants : Anne (née le ), Marie-Jeanne (née le ), Antoinette (née le , morte le ), Jean (), Antoine () et Jeanne (1739).Jean-François Marmontel, Correspondance (2 tomes), texte établi, annoté et présenté par John Renwick, Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 1974, XXVIII-356 pages ; tome I, lire en ligne..

Après avoir appris à lire au couvent de l'Immaculée Conception de la Vierge, dont les religieuses sont liées d'amitié avec sa mère, il fréquente l'école d'un prêtre de Bort, l'abbé Vaissière, avant de suivre, de 1734 à 1738, des études au collège de Mauriac, dirigé par les JésuitesKees Meerhoff, Annie Jourdan, « Mémorable Marmontel ? Chronologie de Marmontel », dans Kees Meerhoff, Annie Jourdan (dir.), Mémorable Marmontel : 1799-1799, Rodopi, 1999, 174 pages, ..

Expulsé du collège un mois avant la fin de son année de rhétorique, il est placé par son père en apprentissage chez un marchand de Clermont-Ferrand.

Il devient apprenti tailleur. Selon John Renwick, un jésuite de Clermont l'aurait pris sous sa protection en lui procurant une place de précepteur dans une famille bourgeoiseJean-François Marmontel, Mémoires, , ..

Ainsi, il parvient à survivre et à faire sa philosophie au collège de la ville, de 1738 à 1740.

De 1740 à 1741, il est employé comme précepteur par le marquis de Linars.

Il perd alors son père, victime de la tuberculose. Cet événement réduit sa famille au désespoir et à la misère, ainsi qu’il le raconte dans ses Mémoires. Il promet de l’en tirer et s’installe à Toulouse en 1741, où il fait sa philosophie chez les Jésuites et devient répétiteur chez les Jésuites et les Bernardins, envoyant aux siens une partie de son salaire.

Début de la carrière littéraire et amitié avec Voltaire Il présente au concours de l’Académie des Jeux floraux une ode sur L’Invention de la poudre à canon, qui n’est pas distinguée.

Cet échange marque le début, entre les deux hommes, d’une amitié qui dure trente-cinq ans, sans le moindre nuage.

Marmontel persévère auprès des Jeux floraux et finit par remporter le prix pour l'idylle avec son poème l'Églogue en 1744, puis les trois prix des Jeux floraux et un prix à l’Académie de Montauban en 1745.

Il envisage de s’inscrire à la faculté de théologie, mais Voltaire lui conseille de venir plutôt à Paris. La vente d’une lyre d’argent, que lui a décernée l’Académie de Montauban, permet de subvenir aux frais du voyage.

vignette|Jean-François Marmontel par Gaucher. À Paris, il connaît d’abord une situation matérielle extrêmement difficile. Il essaie, mais sans succès, de lancer un journal de littérature intitulé L’Observateur littéraire, qui ne compte que huit numéros. Il est sauvé par l’Académie française qui lui décerne en 1746 son prix de poésie sur le sujet suivant : « la Gloire de Louis XIV perpétuée dans le Roi son successeur ». Voltaire part aux devants de la Cour à Fontainebleau avec quelques douzaines d’exemplaires du poème de Marmontel.

Désormais tiré d’affaire, Marmontel témoigne de sa reconnaissance à son ami en rédigeant, toujours en , une élogieuse préface pour une édition de La Henriade, préface souvent reprise en tête d’éditions ultérieures de ce poème. L’année suivante, il remporte de nouveau le prix de poésie de l’Académie sur le sujet : « la Clémence de Louis XIV est une des vertus de son auguste successeur ».

Débuts comme auteur de théâtre Le , il donne sa première tragédie, Denys le tyran, pièce authentiquement originale et qui remporte un grand succès : elle a du mouvement, de l’action, et la peinture de la tyrannie et de son châtiment, bien dans l’esprit du temps, intéressa le public. Sa pièce suivante, Aristomène (), a également du succès grâce au talent de .

En revanche, Cléopâtre () tombe, et est l’occasion d’un mot resté fameux : au dernier acte, un aspic mécanique, fabriqué par Vaucanson, sort d’un panier pour aller mordre le sein de la reine d’Égypte ; un spectateur s’écrie , déclenchant l’hilarité générale.

La pièce suivante, Les Héraclides, représentée pour la première fois le , tombe également en raison, selon les amis de Marmontel, de l’état d’ébriété de , dans le rôle de Déjanire. Quant à Égyptus, jouée pour la première fois le , elle n’a qu’une seule représentation.

Après ce nouvel échec, Marmontel renonce à la tragédie.

Ascension et réception à l'Académie Grâce à la protection de , il obtient en 1753 une place de secrétaire des Bâtiments du roi. D'après ses Mémoires, il est appelé à conseiller le roi pour la distribution des pensions accordées sur le Mercure de France et fait attribuer le privilège de ce périodique à Louis de Boissy, le . Après la mort de ce dernier, le , il en obtient à son tour le brevet, le , et en prend la tête en août. C’est dans le Mercure qu’il publie ses Contes moraux, qui rencontrent un immense succès.

vignette|Lecture de la tragédie de L'Orphelin de la Chine de Voltaire dans le salon de Madame Geoffrin, peinture à l'huile de Lemonnier (1812), château de Malmaison. Chez Marie-Thérèse Geoffrin, dont il loue un appartement et fréquente le salon, il récite une satire contre le duc d'Aumont dont il refuse de dénoncer l’auteur, ce qui lui vaut d’être emprisonné onze jours à la Bastille, du au , et lui fait perdre le privilège du Mercure.

En 1760, l’Académie française distingue son Épître aux poètes sur les charmes de l’étude.

Le , elle l’élit au nombre de ses membres, au fauteuil 17, où il succède à Jean-Pierre de Bougainville ; il est reçu le suivant, par Armand-Jérôme Bignon.

A la fin de 1763, Gustav Philip, comte de Creutz, nommé ambassadeur de Suède en Espagne, passe par Paris avant de rejoindre son poste et, dans le salon de Mme Geoffrin, rencontre Marmontel, avec lequel il noue une amitié qui durera plus de 20 ans; cette amitié se renforce dès 1766, quand Creutz est nommé ambassadeur de Suède en France et encourage son ami philosophe à écrire des opéras-comiques avec le compositeur André Grétry, protégé de CreutzMonique Delhoume-Sanciaud, "Jean-François Marmontel, intermédiaire culturel entre la France et la Suède?" in Dix-huitième siècle 2016/1 (n° 48), pp. 461-480, en ligne: URL https://www.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2016-1-page-461.htm (consulté le 25.02.2023)..

L'affaire de Bélisaire En , il publie son roman Bélisaire, avec le visa de la censure royale.

Cependant, l'ouvrage, en particulier son chapitre XV, dans lequel le héros prône une forme de tolérance religieuse, s'attire très rapidement les foudres des théologiens de la Sorbonne, et des partisans de l'intolérance civile.

N'ayant plus guère d'appuis à la Cour depuis la mort de , convaincu de ne pouvoir compter sur le soutien de ses collègues académiciens, Marmontel tente d'abord d'apaiser la colère des théologiens en faisant de multiples concessions.

Ce n'est que dans un second temps, comprenant qu'on lui demande , que, calculant qu'il risquait de tout perdre — réputation, amis — en cédant, il préfère aller à l'affrontement — qui lui permet d'apparaître publiquement comme une victime de l'arbitraire — et appelle Voltaire à la rescousse.

Bélisaire est officiellement censuré en décembre par la Sorbonne.

Le , l’archevêque de Paris, , condamne l’ouvrage dans un mandement qu’il fait lire au prône de toutes les églises du diocèse.

Cette censure et ces condamnations ne font que contribuer au succès de l’ouvrage, que défendent les Philosophes. Par ailleurs, sur le conseil de Voltaire, Marmontel envoie Bélisaire aux monarques éclairés Frédéric II de Prusse, l'impératrice Catherine de Russie, le roi Stanislas II de Pologne, le prince héréditaire de Brunswick, la reine de Suède Louise-Ulrique et son fils le prince royal, futur Gustave III, ce qui promeut la diffusion du roman et ridiculise la SorbonneCf. Monique Delhoume-Sanciaud, "Jean-François Marmontel, intermédiaire culturel entre la France et la Suède?" in Dix-huitième siècle 2016/1 (n° 48), pp. 461-480, en ligne URL https://www.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2016-1-page-461.htm (consulté le 25.02.2023)..

Après cette affaire, il quitte en 1768 la maison de , qui est tombée dans la dévotion, et s'installe chez , rue du Bac.

Puis, quand celle-ci part auprès du margrave d'Ansbach, Charles-Frédéric d'Anspach-Bayreuth, au printemps 1773, il va s'installer chez , ancienne maîtresse de Louis XV, qui lui a offert un hôtel particulier.

Suite de sa carrière Sollicité par le compositeur André Grétry, il écrit le livret du Huron, adapté de l'Ingénu de Voltaire, créé aux Italiens le , où il connaît un grand succès. Le chapitre XI de L'Ingénu s'inspire de l'affaire de Bélisaire..

Suivent Lucile, donnée aux Italiens le , Silvain, représenté pour la première fois le , L'Ami de la maison, donné à Fontainebleau le et à Paris le , et Zémire et Azor, adaptation du conte La Belle et la Bête, jouée à Fontainebleau le et à Paris le . Concernant cette dernière œuvre, Rétif de La Bretonne écrit dans Les Nuits de Paris :

vignette|Gravure de Jean-François Marmontel par Cochin père. Après la mort de Charles Pinot Duclos, Marmontel est nommé historiographe de France, en 1772.

Il prend le parti du compositeur italien Niccolò Piccinni dans la querelle qui l’oppose au compositeur allemand Christoph Willibald Gluck (l'un et l'autre étaient alors installés à Paris), et compose contre ses adversaires une satire en onze chants intitulée Polymnie.

Il publie Les Incas (), roman qui stigmatise l’esclavage et remporte également un vif succès.

Mariage Après un projet de mariage, en 1772-1773, avec la belle-sœur d'un avocat au Parlement de Paris, Vermeil, il épouse, le , la nièce de son ami l'abbé Morellet, Marie-Adélaïde Leyrin de Montigny (1759-1812), jeune femme de 18 ans venue à Paris avec sa mère en juillet, à la demande de son oncle.

Ensemble, ils ont cinq fils : le premier est mort à la naissance en , Albert-Charles-François est né le (mort le ), Charles-Paul le (mort le ), Charles-Joseph-François le (mort le ) et Louis-Joseph le (mort à l'hôpital de la ville de New York le Avis de décès de Louis-Joseph Marmontel, Observateur, Duvernay, 1830, volume 1, . Voir également Jules Janin, Histoire de la littérature dramatique, Paris, Michel Lévy frères, 1855, tome III, .).

À la suite de la mort de Louis XV (1774), vend son hôtel au comte d’Angiviller en 1776.

Accueilli alors par les Chalut de Vérin, place Vendôme, Marmontel s'installe ensuite dans l'appartement que l'abbé Morellet loue depuis juin au deuxième étage de la maison Neuve des Feuillants, rue Saint-Honoré, à l'occasion de son mariage en Jean-François Marmontel, Mémoires, , notes 3 et 8, ..

Le , il achète pour livres à Grignon, dans les communes de Thiais et d'Orly, la maison de Charles Collé, qu'il revendra le à un marchand de bois, Martin Beaudouin, pour une somme de livresJean-François Marmontel, Mémoires, , note 5, ..

Enfin, en prévision de la naissance de leur quatrième enfant, qui a lieu le , les Marmontel s'installent dans un appartement appartenant au même ensemble de bâtiments loués par les Feuillants rue Saint-Honoré..

Secrétaire perpétuel Le , Marmontel est élu secrétaire perpétuel de l'Académie française : il sera le dernier à occuper cette fonction de l'ancienne Académie.

Il succède à d'Alembert, avec qui il a préparé la édition du Dictionnaire.