Constance Mary Lloyd ( à Londres - à Gênes) est une autrice de contes pour enfants, militante féministe et radicale, journaliste et directrice de la gazette de la Rational Dress Society œuvrant pour l'accès à un costume féminin confortable, hygiénique, esthétique et abordable pour toutes. Elle est également membre de la Golden Dawn au rang Philosophicus.
Elle est l'épouse d'Oscar Wilde, et la mère de leurs deux fils Cyril et Vyvyan.
Biographie Premières années gauche|vignette|321x321px|Constance Lloyd âgée de 24 ans, en août 1882. Delgaty Castle, Aberdeenshire. Son arrière-grand-père, John Lloyd, participe à la répression de la révolte des luddites. Elle est la petite-fille du député John Horatio Lloyd. Elle est la fille de l'avocat anglais Horace Lloyd et de l'Irlandaise Adelaide Barbara Atkinson, nièce du premier baron Hemphill Charles Hare. Elle a un grand frère, Otho Holland. Maltraitée par sa mèreNotebook of Otho. MSS collection of John Holland., elle développe une personnalité timide et ombrageuse.
Son éducation est complète : elle sait jouer du piano, peindre à l'huile, coudre, parler le français et lire Dante en italienOtho Lloyd's comments scribbled in the back pages of his personal copy of Leonard Cresswell Ingleby's Oscar Wilde (T. Werner Laurie, London, 1907). MSS collection of John Holland.. Elle étudie la littérature anglaise et tout particulièrement l'œuvre de Shelley. Influencée par le mouvement Arts and Crafts, elle apprend la poterie et la peinture sur terre cuiteConstance to Otho, 29 March 1882. MSS collection of Merlin Holland.. Elle s'inscrit à la où elle apprend notamment le dessin.
En , alors en vacances au Delgaty Castle, Aberdeenshire, elle est courtisée par le très jeune , qu'elle éconduit poliment.
Fiançailles et mariage vignette|392x392px|Constance avant son mariage, âgée d'environ 26 ans.
Durant son enfance, elle rend régulièrement visite à ses grands-parents maternels à Dublin où vivent également les Wilde et leur jeune fils Oscar. Le frère aîné de Constance Lloyd, Otho, se lie d'amitié avec ce dernier à Oxford, où les deux jeunes hommes poursuivent leurs études en humanités classiques. Constance Lloyd rencontre Oscar au début de l'été 1881, dans une réception organisée à Londres par la grand-mère maternelle de Constance, amie de Jane Wilde. L'attraction est mutuelle et immédiate. Le , elle annonce dans une lettre à son frère être fiancée à Oscar. Ce dernier écrit à son ami l'actrice Lillie Langtry : « Je vais épouser une fille magnifique nommée Constance Lloyd, une Artémis grave, délicate, aux yeux violets, avec de grandes boucles de cheveux bruns épais qui font pencher sa tête comme une fleur, et de merveilleuses mains d'ivoire qui jouent si bien du piano que les oiseaux arrêtent de chanter pour l'écouter. Nous devons nous marier en avril. […] J'ai tellement hâte que vous la connaissiez et que vous l'aimiez. Je travaille dur avec mes conférences pour devenir suffisamment riche, bien que ce soit affreux d'être si loin d'elle ».A la mi-décembre, la nouvelle des fiançailles est publiée dans de nombreux magazines comme Society et Truth, et dans de nombreux journaux régionaux à Dublin, Liverpool, Manchester et Derby. Le Liverpool Daily Post annonce :« Oscar Wilde va se marier... c'est une fille de Dublin, une certaine Miss Lloyd, une nièce de feu le sergent Armstrong, très connu et très apprécié en Irlande. On craignit d'abord que Londres ne perde son lion, et la bonne société son objet préféré d'admiration et de dérision. Une terrible rumeur courait selon laquelle M. et Mme Oscar Wilde comptaient s'installer à Dublin. Heureusement ce danger est écarté. Nous gardons Oscar »Liverpool Daily Post, 20 December 1883.Elle épouse Oscar Wilde le à l'église St James de Londres. Sont présents au mariage Jimmy Whistler, Fanny Bernard-Beere et peut-être Anna Kingsford. Les jeunes mariés prennent le jour même la route pour leur lune de miel à Paris, où ils résident à l'Hôtel Wagram, rue de Rivoli.
Grossesses vignette|Oscar Wilde, mari de Constance. Le , elle donne naissance à leur premier enfant Cyril. Les époux Wilde choisissent pour marraine Emily Lloyd, la tante de Constance Lloyd, et pour parrain leur grand ami Walter Harris. A la demande d'Oscar, le penseur Edward Heron Allen établit l'horoscope du bébé, et annonce que la vie de Cyril ne sera pas rose.
Par la suite, Oscar est de plus en plus enthousiasmé par la présence autour de lui de jeunes hommes et se désintéresse de sa vie familiale. Au mois de , seul à Glasgow pour sa tournée de conférences, il fait une terrible confession à son très proche ami Harry Marillier, alors étudiant à Cambridge : selon lui, il n'y a plus « d'expérience romantique ».« Il y a des souvenirs de romance, et il y a le désir de romance, c'est tout. Nos moments d'extase les plus fougueux ne sont que les ombres de ce que nous avons ressenti ailleurs ou de ce que nous aspirons un jour à ressentir. C'est ce que je crois, tout du moins. Et curieusement, il en résulte un étrange mélange d'ardeur et d'indifférence... Parfois je pense que la vie artistique est un long et beau suicide, et je le regrette ».Les lettres que s'échangent Oscar et Harry Marillier laissent de plus en plus supposer un intérêt amoureux. Constance Lloyd fréquente les jeunes amis de son époux et n'y voit alors aucun mal, voire les encourage, puisqu'elle les invite régulièrement à la « House Beautiful ». Ainsi, les Wilde logent à Tite Street un jeune canadien de 17 ans, Robert « Robbie » Baldwin Ross, dont la mère séjourne pour deux mois sur le continent. Constance Lloyd et Oscar Wilde l'adorent et avec le temps, il devient l'un des amis masculins les plus proches de Constance Lloyd. Oscar et Robbie débutent une relation physique, celui-ci devenant ainsi son premier amant. Constance Lloyd est tellement loin d'envisager l'homosexualité de son époux qu'elle le soupçonne plutôt d'avoir développé un intérêt pour une actrice dont elle estime qu'il suit les performances avec un peu trop d'intérêt.
La seconde grossesse de Constance Lloyd, plus laborieuse, produit une brèche encore plus importante dans l'harmonie du couple. D'après Frank Harris, Oscar lui raconte alors comment, pendant cette période, son attirance pour Constance Lloyd chute :« Quand je me suis marié, ma femme était une belle fille, pâle et mince comme un lys, avec des yeux pétillants et un rire joyeux et ondulant comme de la musique. Au bout d'un an environ, cette grâce de fleur s'était évanouie ; elle devint lourde, informe, difforme : elle se traînait dans la maison dans une misère grossière, le visage tacheté et le corps hideux, nauséeuse à cause de notre amour. C'était épouvantable. J'essayai d'être gentil avec elle ; je me forçai à la toucher et à l'embrasser ; mais elle était toujours malade, et oh ! je ne veux pas m’en souvenir, tout cela est dégoûtant ».Constance Lloyd et Oscar Wilde espèrent avoir une petite fille qu'ils prénommeraient Isola, du nom de la petite sœur d'Oscar décédée à l'âge de 9 ans. Le , elle donne cependant naissance à un garçon, Vyvyan. John Ruskin refuse d'être le parrain de l'enfant, s'estimant trop vieux. C'est donc Mortimer Menpes qui est choisi à sa place.
Malgré son désintérêt pour Constance Lloyd sur le plan sexuel, causé par son nouvel intérêt homosexuel et peut-être par des problèmes médicaux consécutifs à l'accouchement de Vyvyan, Oscar a un sens aigu du devoir parental et conjugal et continue d'aimer sa femme.
Rôle de personnalité publique londonienne
Icône de la mode préraphaélite vignette|The Blue Silk Dress (1868), Dante Gabriel Rossetti. La modèle Jane Morris est vêtue d'une tenue typiquement préraphaélite : robe ample et fluide, couleur bleu paon, ceinture à la taille, manches bouffantes.|339x339px|gauche Constance Lloyd s'oppose aux strictes règles vestimentaires de l'ère victorienne en adoptant des tenues influencées par le mouvement préraphaélite : des robes amples, des manches bouffantes, un style épuré, des couleurs vives inspirées de la mode du Moyen Âge et du début de la Renaissance. Les modèles Jane Morris et Elizabeth Siddal incarnent cet idéal de pureté féminine représenté dans les œuvres picturales de leurs époux respectifs.
La couturière Adeline Nettleship confectionne la robe de mariage de Constance Lloyd : « une somptueuse robe en satin mousseux d’une délicate teinte primevère » selon le Ladies' Treasury, en « satin ivoire » selon le Lady's Pictorial. La jupe de la robe est simple, avec une longue traîne. Le corsage est échancré avec un col Médicis et les manches sont bouffantes. Au lieu de la traditionnelle couronne de fleurs d’oranger, elle porte une couronne de feuilles de myrte, « une parure plus poétique et très classique » selon la rubrique Metropolitan Gossip du Belfast News. L’aspect le plus insolite de la tenue est, outre sa simplicité, le voile en gaze de soie indienne brodée de perles. Elle porte autour de la taille une ceinture en argent, cadeau de mariage d’Oscar.
Constance Lloyd apprécie particulièrement la dentelle ancienne et les broderies, que son amie Adeline Nettleship incorpore dans les robes qu'elle conçoit pour elle. Constance Lloyd préfère les robes en mousselines légères et de couleur pâle pour ses robes de jour, et le vert pour ses robes de soirée.
Le Lady's Pictorial rapporte :« Si les dames françaises sont davantage soumises aux règles de la mode que ne le sont leurs sœurs anglaises, et sont moins indulgentes envers l'excentricité des vêtements et des manières, elles reconnaissent pourtant la supériorité de la grâce qu’offre un goût pittoresque. Mme Oscar Wilde, dans ses grands chapeaux à plumes blanches, dans ses longs manteaux gris en alpaga mousseux richement ornés de fronces de dentelle café, dans ses robes printanières et quelque peu surannées de mousseline blanche, généralement relevées par des touches de ruban doré, ou avec des broderies de fil de soie jaune, est absolument charmante et habillée avec un goût certain ».Il arrive que M. et Mme Wilde portent des tenues assorties. Louise Jopling se rappelle la fois où Oscar portait un costume de tissu marron, avec d'innombrables petits boutons, qui « ressemblait plutôt à un costume de simple page », tandis que Constance Lloyd portait « une grande capeline ornée de belles plumes blanches ». Des passants les arrêtèrent et les comparèrent à « Hamlet et Ophelia en promenade » Ladies' Pictorial, 8 January 1887.
Le , Oscar Wilde débute une nouvelle tournée de conférences, cette fois-ci sur le thème de l'habillement. Selon lui, l'âge d'or de la mode en Angleterre remonte à l'époque précédant la conquête normande de 1066, lorsque les dames portaient des robes amples et simples. A l'exception du dernier quart du XVIIe siècle, l'influence de la mode française stricte et superflue domine le costume anglais. Dans les années 1880, les femmes victoriennes ont un profil en sablier à cause du corset et portent des manches moulantes, des volants épais et des chaussures à talons hauts. Au nom d'un habillement dit « rationnel », Oscar Wilde prône le port de la ceinture en lieu et place du corset, et d’un vêtement soutenu par l'épaule plutôt que par la taille, comme le portaient les Grecs, les Assyriens et les Egyptiens. Il condamne les chaussures à talons hauts qui basculent le corps vers l'avant.
Maîtresse de la « House Beautiful » vignette|16, Tite Street, Londres.|339x339px Quelques mois après leur mariage, les époux Wilde obtiennent le bail du 16, Tite Street, maison qu'ils nomment la « House Beautiful ». Le quartier surplombe les jardins du Victoria Hospital for Children d’un côté, et tourne le dos aux bidonvilles si mal nommés Paradise Walk de l’autre.
Comme leurs voisins et amis Whistler et Miles avant eux, ils engagent l’architecte avant-gardiste à la mode Edward Godwin pour transformer cette maison conventionnelle en briques rouges, avec ses grilles en fer noir et sa porte de commerçant.