Le déclin et la chute de l'Empire ottoman désignent les évènements qui, du au début du , ont mené à la perte de territoires puis à la désintégration de l’Empire ottoman, un vaste État multiethnique et multiconfessionnel qui compte au vingt-six États-héritiers : seize à majorité musulmane : (Turquie, Bosnie-Herzégovine, Albanie, Syrie, Jordanie, Irak, Koweit, Arabie Saoudite, Yémen, Soudan, Égypte, Libye, Tunisie, Palestine et Algérie) ; dix à majorité chrétienne : (Liban, Hongrie, Serbie, Monténégro, Macédoine du Nord, Bulgarie, Grèce, Chypre, Ukraine, Géorgie et Arménie) ;

Au l’âge d’or de l'Empire ottoman est déjà révolu, comme l’indique la défaite navale de Lépante en 1571 face à une ligue réunissant l’Espagne, Rome, Malte et Venise. Cette première défaite majeure n’eut pas de répercussion immédiate, mais elle marquait un tournant dans l’histoire de l’État ottoman et un regain de confiance dans la puissance de l’Europe chrétienne.

thumb|300px|L'Empire ottoman (en vert), en 1900.

Le déclin de l’Empire se manifeste aussi lors de l'assassinat du sultan ottoman (1618-1622) par les janissaires opposés à ses tentatives de réforme, ce qui engendre une dégradation de l’autorité des sultans et du pouvoir central.

En effet, l’échec du second siège de Vienne (1683), le traité de Karlowitz en 1699 (premier traité défavorable aux Ottomans) et le traité de Koutchouk-Kaïnardji (1774), reflètent l’affaiblissement grandissant de l’Empire ottoman et marquent le début d’une crise qui va durer jusqu’à sa partition en 1919 et qui aboutira à son abolition en 1923.

La campagne d'Égypte, expédition militaire de Napoléon Bonaparte (1798-1801), et l’invasion de la Syrie par les troupes de Méhémet Ali, gouverneur autonome de l'Égypte, fragilisent encore les fondements de l’État ottoman et l’obligent à rechercher des solutions aux crises qui le secouent : c’est l’époque des Tanzimat.

300px|thumb|Les langues parlées dans les Balkans, en Anatolie et au proche-Orient en 1913.

Les Tanzimat (1839-1878) left|thumb|250px|Palais de Topkapı Le , le sultan est déposé, sa nouvelle armée (Nizam-i Djédid) est dissoute et ses réformes abolies par les janissaires. Ce sera une leçon pour le nouveau sultan , qui essaiera tout au long de son règne (1808-1839) de sauver l’empire ottoman de l’effondrement par une série de réformes, et supprimera en 1826 l’institution des janissaires, opposés aux réformes. Malgré tous ces changements opérés par , ce n’est qu’avec son successeur, le sultan (1839-1861) que l’ère des Tanzimat est officiellement inaugurée par l’édit impérial dit « du Gulkhané » promulgué le au palais de Topkapı. C’est le premier d'une série de textes et de mesures qui vont former le pilier essentiel des Tanzimat (« réorganisation » en turc). L’édit annonce que les sujets du sultan sont désormais égaux, il abolit l’affermage des impôts et promet le développement de nouvelles méthodes pour assurer la mise en place d’un système juste pour la conscription et l’entraînement des soldats de l’armée.

Les Tanzimat visent à sauver l’État ottoman qui subit de plus en plus de pressions extérieures et qui est confronté en même temps à des difficultés intérieures croissantes d’ordre économique et politique. Bien que le sultan continue à exercer l’essentiel du pouvoir, son rôle va être éclipsé par la « Sublime Porte » : le vizirat qui devient le centre d’impulsion des Tanzimat. Jusqu’en 1878, la scène politique ottomane va être dominée par quatre pachas qui occuperont successivement le poste du grand-vizir : Mustafa Reşid surnommé le « père des Tanzimat », Mehmet Emin Ali, Mehmet Fuad et Midhat, « père » la constitution de 1876. Les hommes des Tanzimat vont jouer un rôle de premier plan dans la modernisation de l’empire et cela en s’inspirant de l’Europe (spécialement de la France) dans ses institutions politiques et sa structure administrative, et en essayant d’occidentaliser la société ottomane et de moderniser la technologie (notamment des réseaux de communication et des outils de production) pour que l’Empire puisse faire face aux diverses transformations de ce temps. Les réformes touchent tous les aspects de la vie, mais c’est la réorganisation du pouvoir d'État qui est la plus importante car elle va laisser des conséquences considérables sur le fonctionnement des institutions politiques.

Les Tanzimat ont créé un gouvernement centralisé qui se compose d’une nouvelle classe dirigeante, les bureaucrates. Afin de donner à l’État une meilleure efficacité, des ministères conçus sur le modèle européen sont établis. Ainsi, un ministère de la justice voit le jour vers le milieu du règne de Abdülaziz (1861-1876) et, en 1869, un ministère de l’intérieur est établi. D’autres ministères sont créés (agriculture, commerce, travaux publics) et leurs tâches se diversifient d’une façon considérable.

Étant le lien qui relie l’empire avec l’Occident, le ministère des Affaires étrangères constitue la vitrine de la modernité ottomane. Chacun de ces ministères est mis sous la direction d’un ‘nazir’ ou ministre. Au-dessus de tous les départements de l’État, le grand-vizir (ou la Sublime Porte) supervise l’activité des divers organismes, et préside le conseil des ministres qui devient l’organe central de l’exécutif.

thumb|250px|Le sultan Abdülaziz règne de 1861 à 1876.

Sur le plan législatif, le conseil supérieur de justice, fondé en 1838, connaît un développement important dans ses fonctions. En effet, ce conseil élabore les textes législatifs et devient le principal fournisseur des lois de l’empire. En outre, plusieurs codes sont rédigés, tels que le Code pénal (1840) et le Code commercial (1850) et spécialement le Code civil (Mecele) qui est une gigantesque compilation de coutumes et de lois. Calqués sur le modèle laïc européen, ces codes posent un véritable problème en ce qui concerne leur conformité au droit islamique. Pour assurer leur application, de nouvelles juridictions (nizams) sont instaurées pour trancher les litiges qui n’entrent pas dans la compétence des autorités religieuses.

Les réformes ne se limitent pas à ces domaines, elles touchent l’éducation qui devient de plus en plus séculière, spécialement après la mise en place d’un nouveau système d’enseignement séparé des institutions religieuses traditionnelles. L’armée aussi se modernise selon le modèle européen, et en 1864 une nouvelle loi administrative divise l’empire ottoman en 27 provinces (vilayets) et associe ces provinces, avec les autres subdivisions administratives, d’un organe mixte composé de personnes nommées par l’autorité centrale ou élues sur le plan local.

L’époque des tanzimat a connu encore des majeures transformations de la société ottomane. L’essor démographique, et l’extension des villes grâce au développement de la population urbaine et à l’exode rural, sont le trait qui caractérise la deuxième moitié du (ex : la population de Beyrouth passe de dans les années 1850 à quelque dans les années 1880). L’économie à son tour va connaître une métamorphose vers le système capitaliste (fondation des banques et des entreprises privées, développement considérable de l’exportation et de l’importation, expansion de l’agriculture, chemins de fer).

La guerre de Crimée a révélé la faiblesse financière de l'empire: pas de vrai budget, des rentrées fiscales irrégulières, un endettement croissant. La monnaie, les finances et les douanes de l'empire passent sous la tutelle de la Banque impériale ottomane, créée en 1863 et dirigée par un consortium franco-britannique.

Malgré toutes ces réformes, la situation est loin d’être positive. En effet, la guerre de Crimée (1853-1856) et les crises successives qui secouent les Balkans et le Liban, prouvent que les réformes sont insuffisantes. En 1856, le sultan proclame un nouvel édit impérial qui affirme que les chrétiens et les juifs possèdent dorénavant les mêmes droits que les sujets musulmans, et que la liberté de culte leur est reconnue. La conséquence la plus immédiate de cette mesure est la reconnaissance de communautés confessionnelles dotées de pouvoirs propres (les millets). Il subsiste des problèmes avec les minorités. La nécessité d’accélérer le rythme des Tanzimat pousse Midhat Pacha à déposer le sultan Abdülaziz qui s'oppose à l'adoption d’une constitution limitant ses prérogatives. En 1876 le nouveau sultan promulgue une constitution libérale qui instaure une monarchie parlementaire et qui respecte les libertés individuelles.

Après la guerre désastreuse contre la Russie (1875-1876) et le traité humiliant de San Stefano, est convaincu que les anciennes réformes sont inutiles et que de nouvelles méthodes doivent être adoptées pour sauver l’État. Le sultan rouge suspend donc la constitution en 1878 et dissout le parlement. L'ère des Tanzimat est terminée et l'empire plonge dans un règne autoritaire qui dure .

Le règne d' (1876-1908) La personnalité du sultan est un facteur essentiel pour comprendre son attitude despotique. Devenu paranoïaque à la suite des évènements qui ont secoué le début de son règne, et obsédé par la crainte d’être déposé ou assassiné, Abdülhamid opte pour une politique d’autoritarisme, et de centralisation dans l’étendue de l’empire ottoman pour éliminer toute velléité indépendantiste.

La première manifestation de cette politique se traduit par le déplacement du centre du pouvoir de la Sublime Porte au palais. En effet, le grand vizir n’est plus celui de l’époque des Tanzimat, il n’est qu’un simple agent responsable seulement, avec tous les autres ministres, devant le sultan. Dorénavant ce dernier règne et gouverne en même temps.

thumb|« - Turquie - Monarchie absolue », vignette anglaise énumérant les ressources de l'Empire ottoman, 1909.

Après l’échec de l’« ottomanisme », qui espérait réunir les nationalités de l’Empire en une nation ottomane composée de sujets égaux sans clivages ni discriminations religieuses ou ethniques, Abdülhamid, pour faire face aux ingérences des puissances étrangères (notamment la Grande-Bretagne occupe l’Égypte en 1882), promeut désormais le panislamisme afin de mobiliser au moins les musulmans sunnites vivant dans l’Empire et dans d’autres pays, dont il avait le statut de « commandeur ».

Cette nouvelle stratégie contrecarre les aspirations nationalistes des peuples non-sunnites de l’État ottoman qui, de ce fait, lui deviennent hostiles. À titre d’exemple, la dernière décennie du est marquée par le développement du nationalisme arménien : la réaction ottomane se traduit par des massacres entre 1894 et 1896, faisant périr environ . La Crète est perdue en 1897, au terme d'un conflit militaire gréco-turc, qui inquiète les capitales européennes, tandis que l'Albanie, la Macédoine et la Thrace connaissent des révoltes mais demeurent sous la souveraineté ottomane jusqu'à la guerre des Balkans de 1912.

Sur un autre plan, les réformes, les dépenses accrues et les défaites militaires successives de l’armée ottomane au cours du pèsent lourd sur le trésor public ottoman, aggravant le déficit budgétaire, ce qui endette l’État. En 1881, la Banque impériale ottomane, dont les actionnaires sont surtout franco-britanniques, accroît son influence par la création de l’Administration de la dette publique ottomane, organisme mixte chargé de percevoir les revenus et de gérer les dettes de l’État, ainsi mis financièrement sous tutelle.