Sébastien Racle (ou Sébasien Rale, Rasle ou Rasles)Né sous le nom de Racle, il signe lui-même Seb. Rale. On remarque également Rasle ou Rasles, voir ce site de généalogie comtoise, né le La notice IdRef le donne né en 1654 ou le D'après à Pontarlier dans le Doubs (France) et mort (tué) le à Old Point, dans le Maine (États-Unis), était un prêtre et grammairien jésuite français, missionnaire en Acadie.

Envoyé en mission au Québec, il vécut chez les peuples outaouais, huron et illinois dont il étudia les différents dialectes. À partir de 1693, il se fixa chez les Abénaquis à Narrantsouac, sur les bords de la Kennebec. Les Abénaquis menant des raids incessants sur les forts britanniques, le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre mit sa tête à prix. Il trouva la mort lors d'une attaque britannique décisive en .

Jeunesse et formation Reçu dans la Compagnie de Jésus le jeune Sébastien fit son noviciat à Dole à partir du . Le noviciat terminé, il fut nommé professeur de cinquième au séminaire de Carpentras, où il résida deux ans ; puis il fut appelé à Nîmes puis, successivement, à Carpentras et à Lyon, où il enseigna la théologie. Il avait probablement été ordonne prêtre en 1686. Sa formation spirituelle et intellectuelle s'achève avec le Troisième An. Il part ensuite pour le Canada le .

La mission des Illinois Le père Racle débarqua à Québec le . Il fut envoyé à la mission abénaquise de Saint-François à côté de Trois Rivières et s'engage immédiatement dans des études linguistiques sur la structure grammaticale de la langue des aborigènes;

Le père Racle, qui était doué d'une mémoire prodigieuse, eut bientôt fait de se familiariser avec l'abénaqui. Il apprit en outre à parler correctement l'outaouais, le huron et l'illinois. C'était un homme de grande énergie, jouissant d'une santé des plus robustes, mû en outre par un zèle que son départ pour un pays lointain avait déjà montré.

Le , il partit pour la mission des Illinois, qui avaient perdu leur missionnaire. Il n'arriva à destination qu'au printemps suivant, ayant dû s'arrêter plusieurs mois à Michillimakinac. Dans une lettre à son frère, il nous fait connaître avec un grand luxe de détails. les mœurs des Illinois, chez qui il resta deux ans.

La mission de Narrantsouack

Enfin, en 1693, le père Racle fut appelé à prendre le chemin de la mission abénaquise de Narrantsouack, petit village situé à de Norridgewock, presque vis-à-vis l'embouchure de la rivière Sandy dans le Kennebec. C'est là qu'il passera les trente dernières années de sa vie, chez ces Abénaquis dont il avait su apprécier les excellentes dispositions tant à l'égard de la religion catholique qu'à l'égard des Français, avec qui ils étaient alliés depuis de longues années.

Étant plus proches des comptoirs anglais, ils commerçaient davantage avec les négociants de Boston qu'avec ceux de Québec. Les Bostonnais espéraient toujours qu'ils finiraient par s'attacher une nation dont ils pourraient utiliser la valeur et le courage au cours des guerres qui menaçaient d'éclater entre la France et l'Angleterre. De leur côté, les Abénaquis avaient juré fidélité à la France, et . thumb|200px|Plaque commémorative dans l'église Sainte Bénigne de Pontarlier.

Le père Racle était un missionnaire avant tout. Ses supérieurs l'avaient envoyé à Narrantsouak pour s'occuper de l'avenir religieux des Abénaquis, et nullement pour y faire de la politique, ni même aider les Français dans leurs guerres. Il trouva sur les bords de la rivière Kennebec une peuplade déjà christianisée au contact des Jésuites. Sans être nombreux, ils étaient redoutables, seulement ils pouvaient manquer de direction: lorsque grisés par une victoire, ils s'acharnaient à tourmenter les vaincus sans que le missionnaire fût capable de réprimer ces élans.

Tel fut le cas pour le père Racle : malgré tout l'ascendant dont il jouissait sur les Abénaquis, malgré toutes ses recommandations, ils abusèrent souvent de leurs victoires, plutôt par vengeance que par avidité. Les mœurs des Amérindiens étaient à peu près identiques sous ce rapport, et les Iroquois alliés des Anglais, ne le cédaient pas aux autres en férocité.

Relations avec les autorités britanniques Quelque temps après l'arrivée du père Racle à Narrantsouak, le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre demanda une entrevue avec les Abénaquis. Ceux-ci consentirent, mais à condition que le missionnaire y assistât, afin de s'assurer que tout se fît sans préjudice à la religion et à la couronne de France. Le père dut se rendre au lieu de l'entrevue. Après avoir sollicité les Abénaquis de rester neutres, le gouverneur prit à part le père Racle, et lui dit : Ce à quoi répondit le missionnaire :

Ce langage pouvait être sincère, car la vengeance est contraire à la foi catholique, et les Abénaquis tiraient une grande partie de leur subsistance dans la Nouvelle-Angleterre, et leur commerce d'échanges se faisait surtout à Boston.

Tout ce qui se dégage de la correspondance échangée par le Père Racle avec le gouverneur ou l'intendant de la Nouvelle-France, ne sort pas du domaine des recommandations au sujet du sort des Abénaquis et de l'importance de conserver leur affection. Si, d'un côté, le gouvernement du Canada rendait quelques services à ces Amérindiens, ceux-ci ne pouvaient pas s'en tenir à une alliance stérile. Le père Racle pouvait leur rappeler leur devoir à cet égard, sans manquer à son rôle de missionnaire.

Refus de quitter la mission abénaquise Cependant les Anglais le rendaient responsable de l'intervention à main armée des guerriers abénaquis. Ils mirent sa tête à prix, offrant jusqu'à quatre mille livres sterling pour se procurer ce chef précieux. Les Amérindiens résistèrent à toutes les séductions, et, comme pour éviter toute tentative, ils devinrent encore plus fervents, et plus dévoués au père. Leur attachement devint de plus en plus étroit, au fur et à mesure que les années s'avançaient.

Un jour, le bruit se répandit que les Anglais avaient envahi le quartier où demeurait le missionnaire. Ils décidèrent aussitôt de poursuivre les envahisseurs et de les traquer jusque dans leurs derniers retranchements, dût-il leur en coûter la vie. Mais c'était une fausse alerte. De pareilles scènes se renouvelèrent souvent, et toujours les Amérindiens se montrèrent disposés à défendre leur missionnaire. Prévoyant qu'un jour ou l'autre il lui arriverait malheur, ils lui proposèrent de s'enfoncer plus avant dans les terres vers Québec, mais il leur dit : Au père de la Chasse qui était venu le voir à Narrantsouack, et lui conseillait de mettre sa vie en sûreté, il disait :

thumb|upright=1.3|Mort du père Sébastien Racle de la Compagnie de Jésus, lithographie de 1856.

Ce qui devait arriver, arriva. Un jour, une armée de onze cents hommes, composée d'Anglais et d’alliés amérindiens, tomba à l'improviste sur le village de Narrantsouack: le massacre fut presque général. Le père Racle fut tué avec sept Abénaquis qui lui avaient fait un rempart de leurs corps, au pied d'une grande croix plantée par ses soins au centre du village. L'ennemi se retira après avoir brûlé l'église et les cabanes du village. Le lendemain, on trouva le cadavre du jésuite percé de coups, la chevelure enlevée, le crâne défoncé, les membres mutilés. Les Abénaquis s'emparèrent de la précieuse dépouille et l'inhumèrent à l'endroit même où, la veille, il avait célébré le saint sacrifice de la messe.

Le vit la consommation de cet odieux assassinat. Le père Racle était dans la soixante-septième année de sa vie, dont il avait consacré trente-quatre aux missions chez les Amérindiens.

Postérité thumb|upright|Monument à la mémoire de Sébastien Racle à Madison, Maine. Le père Pierre de la Chasse (1670-1749), qui l'avait plus particulièrement connu, a laissé de lui ce témoignage :

L'auteur de récits de voyages américain Francis Parkman en brosse un portrait bien différent :

L'opinion générale à cette époque voulait que le père Racle fût immolé en haine de la foi. M. l'abbé de Rellemont, supérieur des Sulpiciens de Montréal, à qui on avait demandé d'appliquer au défunt les suffrages accoutumés, répondit que c'était faire injure à un martyr que de prier pour lui.

En 1833, , évêque de Boston, fit ériger, à l'endroit même où fut enterré le père Racle, un modeste monument à la mémoire du pieux martyr. La première pierre fut posée le , jour anniversaire de sa mort, en présence des chefs des principales tribus indigènes de son immense diocèse. Ce monument atteste aux yeux des générations futures combien fut précieuse aux yeux des hommes la mémoire de ce jésuite qui préféra la mort plutôt que d'abandonner le peuple de Dieu qui lui était confié.

Correspondance thumb|200px|coffre de Sébastien Racle.

Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères, par quelques missionnaires de la Compagnie de Jésus, Recueil XVII, à Paris chez Nicolas Le Clerc, libraire juré de l'Université, rue de la Bouclerie, près le pont Saint-Michel à l'enseigne de Saint-Lambert. Cy-devant rue Saint-Jacques, et rue Saint-Jacques chez P. G. Le Mercier fils, proche la fontaine Saint-Séverin, à l'enseigne Saint-Hilaire en 1726 Lettres édifiantes et curieuses, écrites des missions étrangères, par quelques missionnaires de la Compagnie de Jésus, Recueil XXIII, à Paris, chez Nicolas Le Clerc, libraire juré de l'Université, rue de la Bouclerie, près le pont Saint-Michel, à l'enseigne Saint-Lambert. Ci-devant rue Saint-Jacques, et rue Saint-Jacques chez P.G. Le Mercier à l'enseigne du Livre d'Or, 1738

Notes et références Références bibliographiques

Narcisse-Eutrope Dionne, Serviteurs et servantes de Dieu en Canada, 1904 , Montréal, Répertoire général du clergé canadien, par ordre chronologique depuis la fondation de la colonie jusqu'à nos jours, Eusèbe Senécal & fils, imprimeurs-éditeurs, 1893 Antonio Dragon, Le vrai visage de Sébastien Rale, Montréal, Bellarmin, 1975.

Notes

Catégorie:Naissance en janvier 1657 Catégorie:Naissance à Pontarlier Catégorie:Décès en août 1724 Catégorie:Jésuite français Catégorie:Jésuite canadien Catégorie:Personnalité liée au Doubs Catégorie:Missionnaire catholique français Catégorie:Missionnaire catholique en Nouvelle-France Catégorie:Décès dans les Treize colonies Catégorie:Décès à 67 ans