Lunité d'habitation de Marseille est une résidence édifiée entre 1947 et 1952 par l'architecte Charles-Édouard Jeanneret-Gris, plus connu sous le pseudonyme de Le Corbusier (1887–1965).
La Cité radieuse se trouve au 280, boulevard Michelet à Marseille dans le quartier de Sainte-Anne, dans le arrondissement de Marseille. Bâtie sous forme de barre sur pilotis (en forme de piétements évasés à l'aspect brutaliste), elle tente de concrétiser une nouvelle forme de cité, un « village vertical » appelé « unité d'habitation ».
La résidence compte de différents séparés par des « rues intérieures » (l'appartement « type » est en duplex) et un hôtel de . Une galerie marchande existe à la troisième rue avec différents commerces accessibles toute l'année au public.
En , le gymnase sur le toit est reconverti en lieu d'exposition par le designer français Ora-ïto qui y installe une fondation artistique, le MaMo (Marseille Modulor)Marseille : le MaMo, un centre d'art entre ciel et mer - La Provence, 6 mai 2013..
Le site est inscrit, avec seize autres œuvres architecturales de Le Corbusier, sur la liste du patrimoine mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) en 2016.
Histoire Contexte historique : les besoins de la reconstruction Sortie de la Seconde Guerre mondiale, la France a besoin de se reconstruire. Au regard de l'ampleur des besoins, c'est le ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU), créé en , qui supervise l'essentiel des projets de reconstruction. À Marseille, les trois premiers projets initiés par le MRU en 1945–1946 sont la reconstruction du Vieux-Port (réalisée entre 1947 et 1957), les cités Saint-Just Palmieri et Garderie ( tranche Palmieri réalisée entre 1947 et 1950), et la commande d'une unité d'habitation auprès de Le Corbusier..
À cette époque, le manque de logements sociaux est un problème auquel il faut apporter rapidement une solution. La commande de l'unité d'habitation s'inscrit dans ce contexte. Il s'agit alors de « montrer un nouvel art de bâtir qui transforme le mode d'habitat ». Ainsi, Eugène Claudius-Petit, ministre de la Reconstruction, affirme que Le Corbusier à Marseille.
Principales dates du bâtiment La première pierre est posée le . La Cité radieuse est finalement inaugurée le , après cinq ans de travauxUnité d'habitation, Marseille, France, 1945 - Fondation Le Corbusier..
Aujourd'hui classée monument historique par l'arrêté du complété par l'arrêté du , la Cité radieuse, immeuble expérimental dès son origine, est de plus en plus visitée par des touristes et ses logements exercent un nouvel attrait auprès d'une population de cadres et de professions intellectuelles.
Un grave incendie a eu lieu à la Cité radieuse le ...
En 2019, l'ensemble du parc urbain est inscrit aux monuments historiques avec notamment le poste de collecte des ordures ménagères et une maison située à l'angle de l'entrée ouest.
Le a lieu le défilé de Chanel nommé collection Croisière 2024/25.
Principe architectural Le Corbusier définit le logis comme le contenant « d'une famille ». Ce contenant peut être inséré non pas dans un immeuble traditionnel mais dans une « ossature portante », conçue comme une structure d'accueil. Le Corbusier va définir une cellule de base. Elle va donner naissance à un ensemble de deux cellules orientées est/ouest et imbriquées autour d'une rue intérieure. Il aboutit ainsi à un système d'étage courant qui s'organise sur trois niveaux. Entre les cellules de chaque côté du bâtiment se trouvent de larges couloirs. Ils sont conçus comme un espace de circulation et de rencontre entre les habitants. Entre le et le , un couloir plus grand encore, le déambulatoire, fait face à la mer.
Comme les autres unités d'habitation de Le Corbusier, la Cité radieuse de Marseille est conçue sur le principe du Modulor, système de mesures lié à la morphologie humaine basé sur le nombre d'or et la suite de FibonacciLe Corbusier, le Modulor et la Cité radieuse de Briey - Site du collège Lagneau (voir archive)., calculé par le quotient de sa taille () par la hauteur de son nombril () qui est de 1 619, soit le nombre d'or au millième près. Celui-ci est d'ailleurs illustré par une empreinte sur le béton à la base de l'immeuble ainsi que sur un petit vitrail.
Une reconstitution à l'échelle 1 d'une cellule est visitable à la Cité de l'architecture et du patrimoine. Cet appartement a été réalisé dans le cadre d'un partenariat avec seize lycées d'enseignement technique et professionnel d'Île-de-France.
La Cité radieuse traduit une conception fonctionnelle, hygiéniste et circulatoire de l'habitat collectif. Elle manifeste le rejet de la ville traditionnelle et applique les principes de la Charte d'Athènes. Dans les années 1970, on reprochera à Le Corbusier d’avoir inspiré l'urbanisme monotone des grands ensembles des banlieues françaises.
Réalisation Pour la réalisation de cet immeuble de grande hauteur (IGH), Le Corbusier crée l'Atelier des Bâtisseurs (AtBat), qui regroupe des architectes et des ingénieurs, dirigé par l'ingénieur d'origine russe Vladimir Bodiansky. Les architectes André Wogenscky, Georges Candilis et Jacques Masson collaborent au chantier au sein de cette structure.
La barre d'habitation de Marseille est l'une des cinq unités d'habitation construites par Le Corbusier au cours de sa carrière. À la différence des quatre autres, essentiellement composées de logements, elle comprend également au niveau de sa rue centrale des bureaux et divers services commerciaux : pâtisserie, hôtel, restaurant gastronomique, crèche, librairie spécialisée dans les livres traitant d'architecture Le toit-terrasse de l'unité, libre d'accès au public, est occupé par des équipements publics : la cour de récréation de l'école maternelle, une piste d'athlétisme, une petite piscine pour enfants et un auditorium en plein air. Ces services accessibles au public toute l'année sont la parfaite illustration du « Village vertical » voulu par Le Corbusier.
Description Extérieur Le bâtiment fait de long, de haut et de large La cité radieuse de Marseille - Pierre-Yves Jordan, 2003.Notice Drac/label patrimoine du .marseille-citeradieuse.org.. Il est prévu pour 1600 habitants. L'ensemble est situé au du boulevard Michelet, construit de manière oblique par rapport à celui-ci : il s'agit de profiter d’une orientation est/ouest et de vues sur la mer et la montagne. La barre d'immeuble se présente comme un paquebot de sept étages à double étage (chaque appartement étant un duplex), plus le toit-terrasse dominant les environs. Elle est faite de quatre blocs indépendants, délimités par des joints de dilatation. Le recours à la préfabrication concerne certains dallages, les éléments de façade et les cloisons des appartements.
L'immeuble est construit sur de de hauteur permettant la circulation des piétons sous l'édifice et de voir au-delà. Les pilotis font partie des cinq points de l'architecture nouvelle définis par Le Corbusier. Ils cachent les évacuations des eaux usées et les vide-ordures. Deux énormes poutres structurent toute la longueur du bâtiment. Le Corbusier utilise pour sa structure un béton brut de décoffrage coulé sur place.
Le toit-terrasse accueille plusieurs aménagements publics : une piste de course à pied de trois-cents mètres, un gymnase et une école. Une tour d'ascenseurs est percée d'ouvertures. Les cheminées de ventilation, aux formes libres, font penser à des sculptures.
Intérieur Un total de d'hôtel et appartements inspirés des cellules des moines Chartreux est disponible. Le mot « cellule » renvoie aussi au lexique de la biologie.
Chaque appartement est pensé comme une cellule, fabriquée en usine puis intégrée sur place dans la carcasse de béton, selon le principe du « casier à bouteilles ».
Un magasin d'alimentation (pensé en libre-service, avec mode d'emploi peint à même le mur), un restaurant-cafétéria, des boutiques et des chambres d'hôtel se trouvent aux .
Hall et rues Le hall de la Cité radieuse de Marseille est conçu comme une agora : c'est un espace de rencontre des habitants et des visiteurs. Le Corbusier a élaboré ce lieu en réfléchissant aux effets de lumière qui pénètrent par de grandes baies vitrées. La base de chaque pilier est également éclairée. Le local d'accueil des gardiens est délimité par un bandeau de béton arrondi. Tout le mobilier est prévu pour la vie quotidienne : une boîte aux lettres, des bancs, etc. Des coquilles incrustées dans le béton rappellent la nature qu'appréciait tant Le Corbusier.
Le Corbusier appelle les couloirs centraux de de largeur des « rues ». Sept rues parcourent toute la longueur de l'immeuble et desservent les logements. Les parois des rues sont en béton lavé. Elles permettent aux habitants de circuler mais aussi de se rencontrer. Les portes des appartements sont peintes alternativement en rouge, jaune, orange, bleu et vert : cela rappelle les couleurs utilisées pour la façade extérieure du bâtiment. Sur chaque niveau sont présents un casier de livraison et une boîte aux lettres.
Intérieur des logements d'appartements profonds et traversants sont proposés. Les plafonds, les sols et les murs des appartements sont autonomes pour garantir une bonne isolation acoustique. Chaque appartement dispose d'une loggia brise-soleil. La cuisine est fonctionnelle et communique avec le couloir extérieur commun par un placard de livraison (pour le pain, le journal, le lait). La chambre des parents est située en mezzanine. Des casiers de rangement ainsi que le mobilier sont intégrés au logement. Une paroi coulissante fait office de tableau noir entre les chambres des enfants.
Appartement type : le duplex de type E2 La Cité de l'architecture et du patrimoine à Paris présente une maquette grandeur nature d'un appartement type (E2) de la Cité radieuse de Marseille. Ce logement occupe toute la largeur du bâtiment. Il mesure 24 mètres de longueur sur 3,66 mètres de largeur. Il se prolonge à l'extérieur par une loggia. Il est très lumineux : la lumière naturelle entre par l'est le matin et par l'ouest l'après-midi. Les espaces de vie commune (salle à manger, salon et cuisine) communiquent les uns avec les autres, sans cloison séparatrice.
La designer française Charlotte Perriand travaille avec Le Corbusier et conçoit la cuisine intégrée et ouverte à l'américaine. Elle cherche à rendre l'espace le plus fonctionnel et le plus modulable possible afin de gagner du temps et de l'espace. La cuisine est équipée de nombreux espaces de rangement et de tous les équipements nécessaires. Elle fait office d'interface avec la « rue » sur le palier.
Œuvre en rupture Cette construction innovante et en rupture avec les traditions a rapidement été affublée du surnom de « la maison du fada » par certains habitants de Marseille.
Monument historique et patrimoine mondial Les protections au titre des monuments historiques ont déjà concrétisé l'intérêt architectural qu'on lui porteLa Cité radieuse de Marseille : la Cité radieuse de Marseille a été construite de 1947 à 1952 et inscrite le Patrimoine culturel et naturel et sociétés contemporaines pages 32–34., du vivant de l'architecte, puis classée en 1986, 1995 et 2023Marseille 8e - Unité d'habitation Le Corbusier, dite Cité radieuse : protection : Classement au titre des monuments historiques du 20 juin 1986 et du 12 octobre 1995. Label « Patrimoine du XXe siècle » : circulaire du 1er mars 2001 : les façades ; la terrasse et ses aménagements ; l'ensemble du portique et l'espace qu'il abrite ; à l'intérieur, les parties communes suivantes : le hall d'entrée, les espaces de circulation avec équipements (ascenseurs exceptés) , l'appartement destiné à la visite ont fait l'objet d'un classement par arrêté du ; l'appartement , y compris l'ensemble des éléments conçus pour la cuisine, a été classé par arrêté du .