La bataille de Savenay a lieu les 22 et à Savenay, pendant la guerre de Vendée. Elle est la dernière bataille de la virée de Galerne et se solde par l’anéantissement de l’armée catholique et royale de Vendée et la victoire des troupes républicaines.

Prélude

Après une sévère défaite à la bataille du Mans, le , quelques milliers de Vendéens s’enfuirent vers Laval, puis, dans l’espoir de traverser la Loire, vers Ancenis. Mais en l’absence de bateaux, le passage se révéla impossible.

Les Vendéens construisirent alors des barques et environ Selon , il y avait environ rescapés., dont Henri de La Rochejaquelein et Jean-Nicolas Stofflet, parvinrent à traverser avant l’arrivée de navires républicains, qui interrompirent le passage. L’arrière-garde vendéenne, bloquée au nord de la Loire, tenta de trouver une autre issue et, après avoir atteint Blain, à au nord de Nantes, dut se rabattre vers Savenay, à à l'ouest de Nantes.

Forces républicaines Division Canuel (armée de l'Ouest) renforcée par les grenadiers de Louis Blosse et commandée par Simon Canuel et Pierre François Verger-Dubareau. Division Muller (armée de l'Ouest), composée en partie de Mayençais et commandée par François Muller. Division Tilly (armée des côtes de Cherbourg), partie de Vannes, renforcée par des soldats des régiment d'infanterie de ligne ci-devant Aunis et du régiment d'infanterie de ligne ci-devant Armagnac. Commandée par Jacques Louis François Delaistre de Tilly. Division Scherb, commandée par le général de brigade Marc Amand Élisée Scherb. Légion des Francs, composée en partie de soldats du de chasseurs à cheval et peut-être du de hussards. Commandée par François Séverin Marceau, secondé par François-Joseph Westermann. Chasseurs de Cassel 4e bataillon de volontaire de la Dordogne 2e bataillon de volontaires de l'Ain de Gendarmerie de Paris, quelques bataillons. Commandé par Jean-Baptiste Kléber.

Déroulement Combats du 22 décembre La ville fut prise par les Vendéens le matin du , presque sans combat. Les 150 soldats républicains battirent rapidement en retraite à la suite d'une petite escarmouche avec l'avant-garde vendéenne et la population de la ville avait été évacuée. À 9 heures, la ville est mise en défense par les Vendéens, rejoints par les Républicains, Westermann à 11 heures ; il attaqua immédiatement mais fut repoussé au terme d’une courte escarmouche. À 12 heures, Kléber et Marceau, accompagnés du gros de l’armée républicaine, firent leur apparition. Il s’ensuivit une nouvelle escarmouche entre les Bleus et les Blancs pour le contrôle du bois de Touchelais, situé au nord-est de Savenay, escarmouche qui tourna à l’avantage des Républicains.

Le brouillard interrompit les opérations dans l’après-midi, obligeant les Républicains à différer leur attaque et à maintenir leurs positions. La nuit était en train de tomber lorsque les représentants en mission Pierre-Louis Prieur, dit Prieur de la Marne, Louis Turreau, cousin du général Louis Marie Turreau, et Pierre Bourbotte, arrivés au campement républicain, furent surpris par l’inaction des troupes. Aussi, malgré la nuit tombante, ils exigèrent, et Prieur en tête, l’engagement immédiat des combats afin de ne pas laisser les Blancs se ressaisir ; ils furent aussitôt soutenus par Westermann, déclara-t-il, ce à quoi Kléber répondit .. Malgré la mise en place d’un conseil de guerre, Kléber demeura intransigeant et déclara qu’il fallait attendre l’aube pour attaquer. Marceau parvint à convaincre Prieur de la Marne de la justesse de ce choix. Les Républicains profitèrent alors de la nuit pour se déployer. À deux heures du matin, la division Tilly, partie de Vannes, arriva sur la cité et parvint à se déployer malgré son retardLe comportement de la division Tilly fut assez trouble. Le général Tilly se vanta à la Restauration d’avoir favorisé les forces royalistes. En effet, son régiment participa à la bataille d'Entrammes et à la bataille du Mans mais arriva systématiquement en retard, tout comme à Savenay. De plus tous les soldats de ce régiment portaient encore leurs uniformes de l’Ancien Régime et à la bataille du Mans, ce fut grâce à l’aide de hussards de ce régiment que Charles Marie de Beaumont d'Autichamp parvint à s’enfuir, déguisé en hussard. .. Canuel commandait le flanc gauche, Kléber le centre-gauche, Marceau le centre-droit et Jacques Louis François Delaistre de Tilly le flanc droit. Mis à part quelques chemins au sud de la ville, les Vendéens étaient presque totalement encerclés.

Ceux-ci d'ailleurs n'avaient guère d'espoir sur l'issue de la bataille. Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, veuve du général Lescure, écrivit dans ses mémoires :

Combats du 23 décembre vignette|gauche|Vue en 2009 de La Croix des Vendéens à Savenay.

vignette|upright=1.2|Vue de Savenay, dessin de Thomas Drake et lithographie d'Henri Daniaud, 1860.

L’aube se leva et la bataille s’engagea, mais à la surprise générale, les Vendéens et les Chouans lancèrent une attaque pour reprendre le bois de Touchelais afin de briser l’encerclement. Cette attaque, dirigée par Lyrot, rencontra un succès, la première ligne de grenadiers se replia en laissant derrière elle 2 canons et 40 prisonniers. Aussitôt, Kléber contre-attaqua à la tête du régiment de Gendarmes, chargeant à la baïonnette, forçant les Vendéens à reculer jusqu’aux portes de Savenay. Au centre, Marceau, à la tête de la légion des Francs et des Chasseurs de Cassel, rencontra des difficultés et fut un moment freiné par l’artillerie vendéenne.

De leurs côtés, Canuel, Tilly et Westermann passèrent également à l’attaque et pressèrent les Blancs de toute part. Bientôt, les Bleus entrèrent dans la ville malgré la résistance du train d’artillerie de Bernard de Marigny. Des combats de rue se déroulèrent alors dans la plus grande confusion, maison par maison ; de nombreuses femmes vendéennes participèrent à ces combats. L’artillerie vendéenne se redéploya ensuite devant l’église et parvint à tenir la place un moment. Fleuriot tenta alors une ultime contre-attaque, il prit la tête d’un groupe de 200 à 300 cavaliers, commandés par Georges Cadoudal, et dans lequel se trouvait également Pierre-Mathurin Mercier la Vendée, ainsi que quelques fantassins. Ils attaquèrent et percèrent les lignes de la division Tilly, ils cherchèrent ensuite à prendre à revers les lignes républicaines mais c’était sans compter sur les réserves des Bleus qui intervinrent et forcèrent les cavaliers à battre en retraite.

Mais pendant ce temps, sur la place de l’église, les Républicains s’emparèrent de la batterie qu’ils retournèrent contre les Vendéens. Les fuyards, poursuivis par les Républicains, se replièrent alors hors de Savenay et se rallièrent à l’ouest de la ville, lieu de construction du monument commémoratif. Les Vendéens prirent alors leurs deux derniers canons que Marigny avait gardés en réserve et tentèrent de couvrir la fuite des blessés et des non-combattants. Lors de cet engagement, Lyrot fut tué. Marigny se replia de nouveau sur le bois de Blanche-Couronne, à l’ouest, avec ses deux canons et ce qui lui restait d’hommes ; il tiendra sa position une heure, puis s’égaillera avec ses hommes dans les marais et parviendra à échapper aux Bleus.

Plus loin, au nord-ouest, un groupe de 600 Vendéens parvenait toujours à tenir la Butte des Vignes. Ils se replièrent ensuite vers le bois de Blanche-Couronne, mais furent cernés à mi-chemin par un corps du régiment d’Armagnac et massacrés.

À l’intérieur même de Savenay, la ville fut fouillée, des centaines de vieillards, de femmes et d’enfants délogés des maisons et enfermés dans l’église dans l’attente de leurs jugements. Les blessés des deux camps furent ensuite emmenés à l’hospice Saint-Armel pour y être soignés.

À 14 heures, la bataille est terminée.. Les Républicains commencent alors à fouiller les maisons, les champs et les localités environnantes.

Déroute des forces vendéennes Après la bataille, alors que le général Kléber gagnait Nantes avec le gros des troupes où ils défilèrent pour fêter la victoire, la cavalerie républicaine commandée par Marceau et Westermann se lança à la poursuite des Vendéens, fouillant les villages voisins et les campagnes des environs, tuant ou capturant les trainards.

Le général Kléber, écrira, dans ses Mémoires :

Certains Vendéens parviennent à s’enfuir, aidés par la population locale. Jean Legland, passeur sur la Loire, déclara en 1834, qu’il avait fait passer fuyards dans les jours qui suivirent la bataille de Savenay, déclarations confirmées par des témoignages écrits de l'abbé Bernier. Au total, environ auraient survécu à la bataille.

Bilan humain Pertes Du côté des Républicains, le général Marceau écrit le soir même de la bataille dans une lettre adressée au ministre de la Guerre Jean-Baptiste Bouchotte que les pertes de ses troupes sont de 30 morts et de 150 blessés, dont deux officiers.. Les représentants en mission Prieur de la Marne et Turreau donnent quant à eux un bilan similaire de 30 tués et 200 blessés dans une lettre adressée au Comité de salut public le ..

Pour les Vendéens, les pertes sont particulièrement lourdes d'après les rapports républicains. Marceau affirme à Bouchotte que cette bataille peut être regardée . Westermann écrit dans ses mémoires sur sa campagne en Vendée que et que plus de corps ont été enterrés .. Le représentant Jean-Baptiste Carrier évoque également environ morts dans une lettre rédigée à Nantes le .. Dans une lettre à son oncle, le brigadier Dalicel évoque jusqu'à brigands exterminés..

Parmi les morts figurent plusieurs chefs, notamment Louis-Marie de La Roche Saint-André et François Lyrot, qui sont tués au combat, et Jacques-Alexis de Verteuil, qui est capturé, puis fusillé..

Exécutions à Savenay et ses environs thumb|Vue en 2009 de l'ancien couvent des Cordeliers de Savenay.

Les combattants vendéens faits prisonniers sont enfermés dans l'église, puis jugés sommairement par la commission militaire Bignon.. Celle-ci siège dans l'ancien couvent des Cordeliers et prononce 661 condamnations à mort en trois jours. : 288 prisonniers sont fusillés le soir même de la bataille, suivis par 188 autres le et 185 le 26. Aucun acquittement n'est prononcé. Les exécutions auraient eu lieu dans la rue de Guérande.

Le commissaire Jean-Claude Bénaben donne cependant un bilan plus important dans une lettre adressée le au directoire de Maine-et-Loire : . Plusieurs mois plus tard, dans un rapport publié après la chute de Robespierre, Bénaben affirme que le général François Carpantier fit fusiller sans jugement plus de prisonniers, dont des femmes et des enfants, sur ordre du représentant Turreau.. Il ajoute qu'un autre groupe de 500 à 600 brigands fut exterminé par deux bataillons après avoir déposé les armes.

thumb|Tombe où reposent les ossements des Vendéens massacrés sur la butte de Sem, à Prinquiau.

Sur la route de Guérande, un groupe de 500 à 600 Vendéens est rattrapé dans le bois de Sem, à Prinquiau, et dépose les armes contre la promesse d'avoir la vie sauve.. Tous les prisonniers sont cependant fusillés le sur la butte de Sem. Leurs corps, enterrés dans sept grands fosses communes et empilés sur six rangs, sont exhumés le .

Exécutions à Nantes Dans ses mémoires, le général Kléber, conclut : .

Au terme de la virée de Galerne, sont enfermés à Nantes, dans la prison de l'Entrepôt des cafés.. Après la bataille de Savenay, femmes et enfants sont envoyés dans les prisons de Nantes. D’après la revue le souvenir vendéen.. La commission Bignon confie environ 300 enfants de moins de 16 ans au Comité révolutionnaire de Nantes qui les fait enfermer dans la prison de l'Entrepôt des cafés..

Conséquences Le , le général Michel de Beaupuy écrivit à Antoine Merlin de Thionville :