La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes est un édifice religieux catholique sis dans la ville de Troyes, dans le département de l'Aube en région Grand-Est (France). Siège épiscopal du diocèse de Troyes, la cathédrale a été classée monument historique par liste de 1862.
Localisation
La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul est située au cœur du « bouchon de Champagne », place Saint-Pierre, entre le musée des beaux-arts et le musée d'art moderne de Troyes, préfecture du département de l'Aube.
Histoire
Origines de la christianisation Les origines de la christianisation de la ville de Troyes sont plutôt floues. En effet, il est difficile de faire la part entre les faits historiques et les récits légendaires.
Ainsi, une légende dont les faits se situent au selon certaines sources et au selon d'autres, ce qui semble plus probable, Savinien, évêque de Sens, aurait envoyé dans la cité saint Potentien et saint Sérotin afin qu'ils y établissent un lieu de culte. Ainsi une partie de la maison de l'hôte des deux saints aurait alors servi à cet effet. Durant les fouilles qui ont lieu au dans la cathédrale, les archéologues découvrent sous le chœur actuel diverses parties de sols avec un système de chauffage par hypocauste qui ont pu appartenir à une villa gallo-romaine, ce qui pourrait étayer, au moins en partie, la véracité de ce récit.
Selon d'autres sources, en 259 les premiers habitants de Troyes, convertis à la foi chrétienne par saint Savinien (à ne pas confondre avec Savinien de Sens cité plus haut), se rassemblent pour les prières à la chapelle du Sauveur.
Le nom du premier évêque saint Amateur est connu. En revanche la date de fondation d'un évêché est inconnue. Il semble cependant que cette fondation soit postérieure à la promulgation de l'édit de Milan en 313 par l'empereur romain Constantin . Saint Amateur a pour successeur Optatien qui en 347 assiste au concile de Sardique et dont il est signataire des actes.
En 380, le christianisme devient la religion officielle de l'Empire romain (édit de Thessalonique) ; la population gallo-romaine demeurera majoritairement païenne jusqu'à l'époque mérovingienne.
Les édifices antérieurs En toute logique la présence d'un évêché à Troyes signifie par là même la présence d'une cathédrale dans la cité. La cathédrale gothique actuelle a été précédée par plusieurs édifices successifs construits sur le même site.
Du premier édifice et en l'état actuel des fouilles archéologiques, il ne subsiste aucune trace. Mais il est probable qu'il se situe dès l'origine sur le site de la cathédrale actuelle qui comme indiqué dans la section précédente, était peut-être déjà auparavant le lieu ou se situait la villa qui aurait hébergé saint Potentien et saint Sérotin ainsi que le tout premier lieu de culte chrétien existant dans la cité.
Ainsi au , un édifice est construit. Il est de dimensions plus vastes que le précédent et Prudence, alors évêque de Troyes la qualifie de . L'évêque indique également que la cathédrale est dédiée à saint Pierre et à saint Paul, alors que jusque-là, elle était dédiée au , c'est-à-dire au Christ. Entre 870 et 878, l'évêque Ottulf (ou Ottulphe) entreprend probablement le réaménagement de la nef. Mais l'église est dévastée dès la fin du lorsque les Normands s'emparent de la ville et la réduisent en cendres.
Il faut attendre 980 pour que la cathédrale soit rebâtie à l'initiative de l'évêque . Le nouvel édifice, à nouveau de dimensions plus vastes que le précédent (il comprend notamment six autels de plus que dans le précédent) est construit dans le style roman. En 1864, des fouilles archéologiques entreprises dans l'édifice actuel ont permis de mettre au jour la présence d'un mur dit . Ces fouilles ont permis également la mise au jour de plusieurs éléments sculptés qui appartenaient probablement à cette église. Il s'agit de fragments d'une frise décorée de palmettes qui sont actuellement exposées dans le collatéral sud du chœur. Le plan de cette cathédrale reste actuellement en partie inconnu mais il devait être dans sa forme assez comparable à celui de l'église actuelle mais de dimensions moindres.
En l'état présent des fouilles, impossible de savoir si le chœur comportait ou pas des chapelles rayonnantes. En revanche, des fouilles qui ont eu lieu dans les années 1970 et qui ont été pratiquées dans le croisillon nord du transept de l'édifice actuel par Stephen Murray et Norbert Bongartz ont permis de mettre au jour un transept saillant, qui daterait pour partie des environs de l'an 1000. Au début du , l'église se voit complétée par la construction d'un clocher porche en avant de sa façade occidentale, emplacement qui se situe entre la première et la seconde travée ouest de la nef de l'édifice actuel. Il s'agit d'une structure qui comporte plusieurs niveaux voûtés. Sur le tympan qui surplombe le portail d'entrée figure un Christ en gloire entouré d'un tétramorphe. Ce clocher subsistera jusqu'en 1532 lorsqu'il sera détruit pour l'édification de la façade gothique actuelle. Enfin, en 1182, l'évêque Haïce de Plancy apporte l'ultime addition à cette église par l'ajout d'une chapelle dédiée à la Vierge et située probablement à l'arrière du chœur.
En 1188, un incendie qui ravage la ville détruit en outre une partie de cette cathédrale. Cet incendie amène indirectement à la phase dite de la cathédrale de Troyes.
La cathédrale gothique
À la différence de la cathédrale de Chartres qui est construite en un laps de temps relativement court, celle de la cathédrale gothique de Troyes sera particulièrement longue et mouvementée. Les travaux qui débutent vers l'an 1200 ne seront terminés qu'au et vont connaître plusieurs interruptions, destructions ou changements de programmes. Cependant les architectes successifs qui ont dirigé les travaux de construction ont cherché à respecter un plan global qui a été probablement établi au début du . Ainsi, de prime abord tout du moins, l'édifice apparaît harmonieux.
Du vignette|Vue de la rose du transept nord. L'aiguille ajoutée vers 1450 pour consolider la rose qui menaçait de s'effondrer y est bien visible.
Depuis l'analyse de l'architecture de la cathédrale effectuée par Norbert Bongartz, un consensus parmi les archéologues situe le début de la construction du chœur gothique en 1200, voire dès 1199. Les travaux ont donc été vraisemblablement engagés par l'évêque Garnier de Traînel.
La construction de l'édifice débute par l'édification des chapelles rayonnantes situées du côté nord du déambulatoire. Puis sont élevées celles du côté sud. La chapelle axiale est probablement réalisée par la suite en 1208 sous la direction de l'architecte Hervé, le successeur de Garnier de Traînel. Dans l'un de ses rapports, l'évêque de Troyes écrit ceci : .
L'ensemble des parties inférieures du chœur sont terminées en 1220 et la partie haute peut donc commencer à s'élever. Les travaux sont interrompus en 1228 par un ouragan qui entraîne notamment la destruction du bas-côté sud du chœur. Les travaux reprennent et les parties hautes du chœur sont restructurées à partir de 1235 puis achevées vers 1240. Cette restructuration est l'occasion d'une par rapport au parti d'origine notamment par l'ajourage du triforium qui dans le plan d'origine était aveugle, améliorant ainsi la luminosité à l'intérieur de l'édifice. Il s'agit en outre de l'un des tout premiers triforiums vitrés avec celui de la basilique Saint-Denis. Parallèlement à la construction de la partie haute du chœur sont érigés les piliers des bras du transept. La construction de cette zone médiane de l'édifice est pratiquement achevée en 1260, mais non voûtée.
Puis, les trois travées les plus orientales de la nef sont construites du jusqu'au début du . Cependant, le plan de construction de la nef s'écarte du plan originel du fait de l'adjonction aux collatéraux doubles de chapelles de faibles profondeurs. Cette modification rend nécessaire, pour le raccord de la nef au transept, la construction du mur en biais (visible sur le plan). Vers 1310 la voûte du transept ainsi qu'une flèche élevée au-dessus de la croisée sont achevées.
Ensuite, et jusqu'au milieu du , les travaux ralentissent sensiblement, d'une part en raison de la situation économique difficile que traverse alors la ville de Troyes et d'autre part du fait de malheurs successifs qui frappent la cathédrale. Ainsi le , une tornade endommage la flèche de la croisée. Elle est reconstruite et terminée en 1437. En 1389, la foudre frappe les toitures de la nef provoquant un incendie qui, entre autres, endommage les parties supérieures de la maçonnerie. L'année suivante en 1390 la rose du bras nord du transept s'écroule. Elle est reconstruite de 1408 à 1409. Mais elle menace à nouveau de s'écrouler une quarantaine d'années plus tard, elle est alors consolidée par la construction d'une aiguille en son centre et les portails sont renforcés de deux contreforts richement ornés. En 1410 le clocher est fait avec des dons en bois des seigneurs Jehan de Joinville et Jean de Noyers en leur bois de Vendeuvre sous la supervision de Jean de Nantes. Si la heuse du clocher, couverture en plomb et cuivre du sommet et des arêtes, se fait en 1432, le coq d'airain doré, œuvre de Nicolas Chévry, et la croix qui le soutenait n'a été posée que le .
Il faut attendre l'année 1450 pour voir les travaux reprendre. À cette date accède en effet à l'épiscopat Louis Raguier qui décide de reprendre la construction de la cathédrale jusqu'à son achèvement. Il fait ainsi édifier les travées les plus occidentales de la nef jusqu'au clocher porche du qui est laissé en place afin de la contrebuter. Il est fait appel à plusieurs architectes dont notamment Jacquet le Vachier, Antoine Cola et Jehançon Garnache. Antoine Cola qui est également sculpteur réalise également certains des chapiteaux des piliers les plus occidentaux de la nef. Jehançon Garnache est quant à lui chargé d'élever la façade occidentale. Il en conçoit un plan qui doit comporter un mur pignon percé d'une rose et flanqué de deux tours. Mais seule la partie centrale de ce plan est réalisée en 1489 à l'est du clocher porche qui demeure.
De la Renaissance jusqu'à la Révolution vignette|La cathédrale avec son clocher, plus haut monument de Troyes, Christophe Tassin, bibliothèque Carnegie (Reims). Au début du , le chapitre décide de reconsidérer le projet de façade occidentale établi par Jehançon Garnache. Pour ce faire, il fait appel en 1506, date où débute l'édification de la basilique Saint-Pierre de Rome, à un nouvel architecte, Martin Chambiges. La construction débute l'année suivante. Le nouveau projet prévoit une façade qui forme un bloc de deux travées et qui comporte trois porches séparés par des contreforts dans la tradition des cathédrales du , comme la cathédrale Notre-Dame de Reims, mais avec une décoration caractéristique du . En 1519, l'architecte Jean de Soissons prend le relai de Martin Chambiges. Le rez-de-chaussée est terminé en 1527 et les portes sont installées en 1530.
Sa réalisation entraîne la démolition du clocher porche du . La façade est achevée aux deux tiers en 1554 et la construction des tours peut débuter. La tour nord, dédiée à saint Pierre commence alors à s'élever, mais la construction en est lente. Il faut attendre en effet l'année 1634 pour voir l'achèvement de deux des quatre clochetons prévus. Ces clochetons surplombent des tourelles d'escalier. Les deux autres ne seront jamais construits, de même que la tour sud, dédiée à saint Paul, qui ne verra jamais le jour. La façade demeure donc inachevée. Il existe plusieurs thèses pour expliquer cet inachèvement. Selon certaines sources il serait dû à un manque de financement. D'autres sources avancent la prudence du fait que le sol marécageux (la Seine n'est pas loin), aurait menacé de faire s'enfoncer et de détruire une partie du bâtiment, la cathédrale étant d'ailleurs construite sur une épaisse base pour stabiliser le solPetit Futé, Troyes .