Jean-François Loiseau, né le AD 28 en ligne, Registres paroissiaux, Châteauneuf-en-Thymerais, 1733-1761- 3 E 089/002 à Châteauneuf-en-Thymerais est mort le Cahiers percherons, 1977, page 30: "Quant à Jean-François Loiseau, il serait redevenu simple citoyen et serait mort à Paris le 7 décembre 1822. Mais d'après les archives locales, Loiseau serait revenu à Châteauneuf... et y serait mort, le 4 septembre 1809. Voir effectivement: AD 28, registre d'état civil, 3E 089/007, vue 69/423. en cette même ville. Il a exercé la fonction de député d’Eure-et-Loir à la Convention entre et . Sur les neuf députés envoyés par le département, quatre sont girondins (le plus connu est Jacques Pierre Brissot), quatre sont Montagnards, tel Loiseau et le dernier, Nicolas Bourgeois, médecin de Châteaudun, appartient au groupe désigné péjorativement sous le nom de la Plaine ou du Marais.
Un Montagnard zélé
Son ascension sociale à la faveur de la Révolution Jean-François Loiseau est le petit-fils de Pierre Loiseau, journalier à Vendresse dans les Ardennes, et le fils de François Loiseau, messager parvenu au hasard de la vie ou de sa profession à Châteauneuf, où il a épousé le Registres paroissiaux, Châteauneuf-en-Thymerais, 1733-1761- 3 E 089/002une domestique analphabète, Marie-Louise Plisson, de Saint-Laurent-la Gâtine. De cette union sont nés neuf enfants dont cinq morts en bas âge. La dernière couche en Registres paroissiaux, Châteauneuf-en-Thymerais, 1762-1785-3 E 089/003 a été fatale à la mère de 38 ans. Son mari, devenu marchand en faïence puis marchand de bois, lui a survécu 7 ans.
Un an après son décès, le , Jean-François Loiseau, aîné de la fratrie, épouse Marthe-Marie-Magdeleine Bélian, fille de marchand dont il aura 16 enfants, nés entre 1771 et 1791. Quand la Révolution éclate, il a 38 ans, tient auberge et ne cache pas ses idées politiques. Dès , l’Assemblée nationale Constituante met en place une juridiction de proximité réclamée dans les cahiers de doléances des communautés rurales. Basée sur la médiation, la justice de paix se veut peu onéreuse et plus rapide. Le tribunal est composé d’un juge de paix, entouré d’assesseurs et aidé d’un secrétaire greffier. Le juge n’achète plus sa charge comme c’était usuel sous l’Ancien Régime, il est élu par les citoyens actifs, réunis en assemblée primaire. Jean-François Loiseau est désigné à ce poste. alt=Cachet du député Loiseau avec ses initiales|vignette|Cachet du député Loiseau avec ses initiales La bourgade accueille favorablement l’avènement d’un monde nouveau: le , on y célèbre le premier anniversaire de la prise de la Bastille et le curé Noël Roger prête serment. Jean-François Loiseau poursuit son ascension en se faisant élire à Dreux le député d'Eure-et-Loir à la Convention nationale: il loge à Paris dans un meublé au n°1497 de la rue Saint-Honoré, face à l’hôtel de Noailles occupé par divers comités. À la Convention nationale, il siège, en tant que membre de la Montagne, à gauche sur les rangs les plus élevés et se prononce pour la mort du roi et la prompte exécution du jugement. Il fait prendre à sa ville natale le nom de Puits-la-Montagne. (initialement: Puits-Forêt-la-Montagne)
À sa charge de député, s’ajoute bientôt celle de représentant en mission, sorte de commissaire politique. Cette fonction est créée au cours du printemps 1793 qui précède un été de tous les excès et de tous les dangers, tant intérieurs qu’extérieurs. Alors que la situation alimentaire à Paris est de plus en plus difficile, les Girondins persistent dans leur politique libérale et dans le refus d’un recours aux réquisitions. Après la proscription lancée contre les Girondins et l’arrestation de vingt-neuf d’entre eux, les Montagnards accaparent le pouvoir: le , la Convention vote le décret de l’approvisionnement de la capitale par la voie des réquisitions et le , la loi du Maximum général des grains et des farines. Loiseau est envoyé en Seine-et-Marne, Seine-et-Oise et dans l’Aisne à des fins d’inspection des marchés, des dépôts et des manufactures.
Ses missions en province En , il se fait envoyer à EssonnesAN Pierrefitte, AF/II/142 afin «de prendre l’air [sic] de la campagne». Chargé d’y surveiller la fabrication du papier des assignats, il constate que «le modérantisme le plus révoltant domine dans cette papeterie», et qu’à Essonnes, «le peuple est encore dans l’enfance de la liberté». On lui assure qu’à Corbeil, «c’est bien pis, l’aristocratie y domine».
En et , il est à Fontainebleau en Seine-et-Marne, chargé d’inspecter le dépôt des chevaux destinés aux armées ainsi que les marchés. La famine sévissant à Paris, il doit, pour assurer l’approvisionnement de la capitale, constituer des compagnies de batteurs, activer le versement des réquisitions en grains et surveiller les arrivages.
Il arpente d’ à principalement les départements autour de Paris: Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, Eure-et-Loir et Aisne. On le trouve à Melun, à Étampes, à Laon, à Janville, à Chambord, accompagné de Deshayes, commis au district de Châteauneuf, ou de Dufour, inspecteur des charrois, qui lui sert de secrétaire. Il dépose en 1795 chez le receveur du district à Chartres la somme de 500 000 livres en numéraire que le Comité de salut public a confiée aux représentants en mission pour l’achat de grain.
À chaque voyage, il note scrupuleusement ses dépenses: frais de route, de nourriture, d’auberge, raccommodage et graissage de voitures, ferrage de chevaux de service, à la suite de quoi il reçoit du comité des commissaires inspecteurs de la salle ses frais de mission, entre 840 livres et 2000 livres. Il recueille les éloges de la Convention pour son efficacité. Plus tard, son détracteur, l’abbé Boudet, historien local, lui reconnaîtra comme seule qualité son honnêteté.
Celle-ci va de pair avec sa condamnation sans appel des accapareurs qui s’enrichissent sur le dos de la République et qu’il n’hésite pas à traduire devant le tribunal révolutionnaire. C’est ce qu’apprend à ses dépens Choiseau, fournisseur aux armées.
Pierre-Étienne Choiseau, né à Étréchy et âgé d’une soixantaine d’années à l’avènement de la Révolution, a passé avec le ministre de la Guerre, Joseph Servan, le , quelque temps après la déclaration de guerre à l’Autriche, un marché pour la fourniture de chevaux d’artillerie. Choiseau s’enrichit: il est de notoriété publique qu’il diminue le fourrage des chevaux fourni par la République pour le revendre à des prix supérieurs au Maximum, dans les départements qui connaissent la pénurie en foin et en avoine. Ses malversations attirent en 1793 l’attention de la Convention qui en réfère au comité de surveillance de l’administration des vivres, des subsistances militaires et des charrois. Loiseau, familier des chevaux depuis son enfance, est diligenté au dépôt de Fontainebleau où ce qu’il voit l’indigne. L’historien Albert Mathiez qui voit en lui un enquêteur compétent et honnête, cite sa lettre adressée au comité des marchés, le 10 nivôse.
«Citoyens mes collègues,
Il y a quantité de chevaux à tuer, plus de 250. Parmi ce nombre, il y en a au moins 150 excellents, en bon état, qui sont depuis 4 à 5 mois avec la morve. Quelle perte pour la République, si elle paie ces chevaux à 3 livres et 10 sous par jour et leurs subsistances ! Choiseau et Mohan, commissaire des guerres, sont bien coupables. Je proposerai au Comité de présenter à la Convention un décret tendant à réunir toutes les entreprises de charrois en une seule administration, avant de faire guillotiner Choiseau; d’abord afin que le service ne souffre plus, en second lieu, afin que ses héritiers et créanciers profitent de sa succession, car, si on le fait guillotiner sans avoir pris cette précaution, toute sa fortune sera confisquée au profit de la nation et les malveillants pourraient dire que c’est pour avoir plutôt fini le compte qu’on les fait guillotiner. J’invite le Comité à prendre un arrêté pour faire mettre en état d’arrestation et traduire devant lui Mohan, commissaire des guerres pour y subir interrogatoire et être envoyé au tribunal révolutionnaire…»
Loiseau, ayant appris que l’entrepreneur tente de tromper le Comité de salut public, revient à la charge le 22 nivôse:
«Choiseau a été dire au Comité de Salut public que ses chevaux n’étaient que gourmeux. C’est un scélérat. Voilà sa manœuvre: il n’existait à son dépôt que deux garçons maréchaux qu’il qualifiait de maréchaux experts. Chaque cheval qui mourrait journellement, ces coquins attestaient que c’était [sic] des blessures reçues aux armées, afin qu’aux termes de son marché, Choiseau reçut quatre-cent [sic] livres de chaque...»
Cette fois, le procureur Fouquier-Tinville n’invente pas de faux griefs et le Tribunal révolutionnaire remplit ce qui aurait dû être sa seule tâche: punir ceux qui, en pillant l’État, en désorganisant les services, compromettent la victoire. Loiseau, appelé à comparaître comme témoin, refuse, arguant à juste titre qu’il ne peut témoigner dans une affaire où il fait fonction de rapporteur et donc d’accusateur. Enquêteur scrupuleux, il diligente une enquête avant de porter des accusations: ainsi il requiert la remise en liberté de Yon, commissaire-ordonnateur en chef à l’armée des Pyrénées Orientales, que des membres de la société populaire de Toulouse ont dénoncé au comité des marchés.
Son influence à Puits-la-Montagne alt=Extrait d'une lettre de Loiseau, juge de paix, au sujet de l'approvisionnement en blé ( AD 28, L 479)|vignette|Extrait d'une lettre de Loiseau, en tant que juge de paix, au sujet de l'approvisionnement en blé ( AD 28, L 1103) Sa fonction initiale de juge l’amène à se pencher sur le problème des accapareurs qui achètent de nuit du blé aux laboureurs parce qu’ils «aiment mieux en avoir en grenier que des assignats dans leurs coffres.» Dans une lettre à la municipalité, il mentionne qu’à Morvillette, vingt-six personnes se sont partagé 32 minots de grain et que cette affaire sera portée devant son confrère, le juge de Tremblay. Il préconise la délivrance par les municipalités de lettres de voiture aux blatiers, pour avoir l’assurance que les marchés soient achalandés. Avant même d’être influencé à Paris par les théoriciens de la Révolution, il prend à cœur la chose publique et propose des solutions. alt=Lettre de Loiseau à ses administrés en tant que membre du comité des Transports (AD 28, L 479)|vignette|redresse|Lettre de Loiseau à ses administrés en tant que membre du comité des Transports (AD 28, L 1103). Ensuite, comme tout député, Loiseau reçoit et fait avancer les requêtes de ses administrés: il presse ainsi le receveur à rétribuer les juges en attente de paiement. A l’automne 1794, il est brièvement membre du comité des transports, chargé des messageries nationales, du roulage et des voitures publiques. Les séances se déroulent à l’hôtel de Coigny. À Puits-la- Montagne, la citoyenne Loiseau et son fils sont préposés au service de l’ÉtapeAD 28, L 1091: Femme Loiseau à l’Étape: ils ont à fournir les subsistances nécessaires aux troupes casernées au château de Tresneau. Comme elle dit avoir juste 13 quintaux d’avoine dans les greniers de sa ferme pour nourrir les chevaux et demande un complément, les autorités s’engagent à lui procurer 14 quintaux à prendre dans les magasins du district. Loiseau fils, lui aussi étapier, fournit les vivres, excepté le pain, à raison d’un paiement de 40 livres par ration.
Le , le couple est devenu propriétaire de la ferme du Grand Vimetz (commune de Thimert). En l’absence de son mari retenu à Paris, la dite «famme Loisote» - c’est ainsi qu’elle signe - s’est portée acquéreur, au prix de 69 300 francs, de la ferme confisquée à l’émigrée Louise-Adelaïde de Meinières, veuve Guitaut, propriétaire du château de Tresneau.