Le marbre de Thorigny est le socle en grès d'une statue découvert à Vieux en France, dans le département normand du Calvados ; et non à Thorigny comme son nom pourrait le laisser penser. Les inscriptions qui y sont gravées décrivent la carrière politique d'un haut personnage gallo-romain, Titus Sennius Sollemnis, selon Pascal Vipard. La décision d'édifier le monument a été prise par les membres du Conseil des Gaules, à Lugdunum.

Cette pierre, découverte selon une tradition mal étayée en , mais plus vraisemblablement au , est le principal document épigraphique de Normandie. Le monument transporté dans le département actuel de la Manche est conservé dans le château des Matignon, situé à Torigni-sur-Vire, puis à Saint-Lô où il est gravement endommagé lors des bombardements qui détruisent la ville en . Transporté à l'université de Caen dans les années , il retourne à Saint-Lô à la fin des années .

Le texte qu'il porte est qualifié par Henri Van Effenterre d'. La célébrité du monument est due à l'ouvrage de Hans-Georg Pflaum au milieu du faisant suite à de nombreux travaux en particulier depuis le . Le marbre de Thorigny, au caractère exceptionnel, permet d'appréhender la vie des élites en Gaule durant l'Empire romain dans ses aspects juridiques et sociaux ainsi que les circonstances politiques troublées du .

Reproduit par moulage à plusieurs reprises lors de son histoire, le piédestal original est classé monument historique au titre de mobilier depuis le .

Histoire Histoire ancienne Histoire d' des origines au vignette|gauche|redresse=1.3|alt=Plan de la cité romaine superposé au plan actuel de la commune|Plan simplifié d'.

La commune actuelle de Vieux se trouve à environ au sud-ouest de Caen. Elle est située dans le bassin versant d'un ruisseau, la Juine, rejoignant à moins de plus à l'est l'Orne, fleuve se jetant dans la Manche plus au nord.

La cité d', siège de la tribu des Viducasses, est fondée au et connaît son apogée aux sous la dynastie des Sévères, donc de façon à peu près contemporaine du marbre de Thorigny. La cité bénéficie du statut de droit latin à une date tardive, c'est donc une . La romanisation s'achève au . Le peuple viducasse est cité par Pline l'Ancien et la ville nommée pour la première fois en grec par Ptolémée, la mention en latin n'étant pas antérieure à la table de Peutinger.

Les thermes de la cité sont construits grâce à l'évergétisme du père de Titus Sennius Sollemnis, sans doute entre et . Le père de Sollemnis laisse l'édifice inachevé. Cet édifice thermal a été retrouvé dans le lieu dit , et présente des éléments architecturaux comparables à ceux retrouvés dans les fouilles de la maison au grand péristyle.

La ville est durement touchée par les troubles qui affectent l'Empire romain au , mais elle n'est pas dotée d'une enceinte susceptible de la protéger contrairement à d'autres cités voisines comme Lisieux, Bayeux ou encore Évreux. Si le site continue d'être habité, il perd toutefois de son importance au profit de Bayeux, qui devient le siège d'un évêché. À la fin du et au début du , le déclin amorcé devient encore plus net. La ville fusionne avec Bayeux au début du puis disparaît administrativement avant l'an 400. Une grande partie de la population quitte alors le site.

Titus Sennius Sollemnis, un notable viducasse vignette|alt=Plan de la zone centrale appelée forum de la cité de Vieux avec les espaces dédiés aux diverses activités|Plan général du forum d' à la fin du . Le marbre de Thorigny ornait le forum de Vieux durant l'Antiquité.

Titus Sennius Sollemnis, , serait né autour de sous le règne de Marc Aurèle. Il est issu d'une famille extrêmement riche qui a pu tenir un rôle important dans sa cité et même en Gaule. Il est de sa famille.

Son père, Sollemninus, a été le commanditaire de l'érection des thermes sud de la cité, son évergétisme allant jusqu'à prévoir une somme destinée à l'entretien du complexe. Sa carrière se déroule sous les derniers Antonins et sous les Sévères. Il n'a pu achever l'édification du complexe thermal de son vivant et son fils a dû le terminer. De plus, une fondation était destinée à apporter des revenus nécessaires au fonctionnement de la structure.

Le territoire des Viducasses est très riche en mines de fer et une quarantaine de villas ont été identifiées dans la plaine de Caen au moyen de la photographie aérienne. La fortune des provient sans doute de l'exploitation de ces domaines et peut-être des mines de fer. Un domaine de Touffréville, la villa de La Saussaye, est connu pour avoir abrité à la fois une exploitation agricole et une exploitation de fer y compris de forge. Le site des thermes de Vieux a livré un autel, daté de la fin du -, dédié à Vulcain, dieu associé au travail du fer et à la forge.

Résumé de la carrière de Titus Sennius Sollemnis vignette|gauche|alt=Partie supérieure d'un portrait gravé sur un pilier|Portrait de Titus Sennius Sollemnis réalisé par Charles-Émile Pinson en au Campus 1 de l'Université de Caen, pierre de Caen et ciment, de hauteur.

Titus Sennius Sollemnis commence sa carrière à la fin du ou au début du . Il est peut-être de sa ville pour la première fois à , l'accès à cette fonction étant classique vers l'âge de . Sa magistrature locale aurait pris place au moment de la dynastie des Sévères.

Il a fait partie de la délégation de notables que les cités de Gaule romaine envoient annuellement à , capitale de la province, pour célébrer le culte impérial. Les délégués des différentes cités l'ont choisi comme grand prêtre de Rome et d'Auguste en . Pascal Vipard opte pour sa part pour l'an .

Il préside le Conseil des Gaules en . Il est prêtre fédéral à près de et flamine en , vers l'âge de , si sa carrière n'a pas eu de coup d'accélérateur, puis est au service du gouverneur Tiberius Claudius Paulinus. Paulinus est accusé après qu'il est parti de Lyonnaise et lorsqu'il arrive en peut-être en . Aedinius Iulianus arrive alors en Lyonnaise. Iulianus appartient à l'ordre équestre. L'accusation contre Paulinus tombe lors de la première réunion qui suit le départ du gouverneur autour du . Sennius énonce alors que les délégués accusateurs n'ont pas eu le mandat de leurs cités pour cette action. Il déclare que sa cité a demandé des éloges pour le gouverneur, et les ennemis du gouverneur sont alors mis en échec. La fin de la lettre n'est pas reproduite sur l'inscription de la face, du fait de l'absence d'intérêt du lapicide pour le contexte du courrier, contenant en particulier des formules de remerciements peu utiles à la démonstration.

Sollemnis a beaucoup voyagé du fait des liens de patronage : il aurait été à Rome en . Sa présence en Afrique pour aider le tribun militaire de la légion Auguste est signalée dans l'inscription mais ne peut être datée. Il est allé en Bretagne inférieure où Tiberius Claudius Paulinus était gouverneur et chef de la Victrix, fondée par Septime Sévère en . La subdivision de la Bretagne était destinée pour l'empereur à limiter les risques de révolte des gouverneurs. Sollemnis serait parti en Bretagne dans la seconde moitié de l'année pour exercer des fonctions d' ou . Il va également en Afrique, peut-être entre et , comme du légat de la légion à Lambèse. Ces missions se situent sous les règnes d'Alexandre Sévère et Maximin.

Il est, ou sort juste de la fonction d', administrateur des mines de fer gauloises, en pour les Trois Gaules, mission dont on ne connaît pas la durée au moment de l'érection du monument. En , Titus Sennius Sollemnis a presque . Le des calendes de janvier () en , le Conseil des Gaules choisit d'élever une statue en son honneur à , ville dont il était magistrat, à un emplacement fourni par les décurions. La décision d'ériger la statue est prise en août. On grava sur trois faces de sa base le nom de la personne honorée, sa carrière ainsi que la copie de lettres que lui avaient envoyées de puissants personnages, membres de l'entourage de l'empereur, et décédés sans doute au moment de l'érection du monument selon Pascal Vipard. Hans-Georg Pflaum pense au contraire que les protecteurs de Sennius étaient encore vivants, et proches de . Les copies de lettres, antérieures au monument, ont peut-être été transmises par Titus Sennius Sollemnis lui-même. Les inscriptions portées sur le Marbre sont .

Redécouverte et histoire depuis le jusqu'à la Seconde Guerre mondiale Les inscriptions trouvées dans l'espace de la future Normandie sont rares. Le marbre de Thorigny est une des quinze inscriptions signalées par Christian Pilet comme découvertes à Vieux. Selon Henri Van Effenterre, il connaît dès sa redécouverte .

vignette|alt=Document ancien présentant un château avec un canon devant l'entrée de l'édifice|Le château des Matignon à l'extrême fin du .

La pierre, exhumée en selon , a été découverte allant des années aux années . Maurice Besnier opte pour une découverte en . Après avoir été perdue, elle est retrouvée vers .

La pierre a été transportée par Jacques de Matignon dans son château de Torigni-sur-Vire, dont elle tire son nom. Les Matignon sont alors gouverneurs de Normandie. Au château, le monument est déposé dans des , dans l'orangerie puis dans le vestibule en . Pendant son séjour au château, le marbre est oublié et la pierre est . Les tailleurs d'ardoise se servent alors du monument, placé à l'extérieur, pour leur travail. Les lignes 2 à 14 sont de ce fait à peu près effacées.

La pierre est ensuite conservée à Saint-Lô à partir de , où elle sert de support au buste en bronze d'Urbain Le Verrier, astronome, mathématicien français spécialisé en mécanique céleste et fondateur de la météorologie moderne française. En , le propriétaire offre le monument à Pierre Louis Clément, alors secrétaire général de la préfecture de la Manche, qui le conserve chez lui avant de le faire déposer dans la mairie où il reste pendant presque un siècle et demi.

La pierre est classée comme monument historique en ..

Depuis la Seconde Guerre mondiale vignette|gauche|alt=Vue générale d'une ville après un bombardement|Vue de Saint-Lô, , après les bombardements, l'hôtel de ville se trouve au premier plan.

La pierre, conservée dans le vestibule de l'hôtel de ville de Saint-Lô, est très abîmée lors du bombardement américain de la ville en . Elle subit alors , lorsque le rez-de-chaussée de l'édifice s'effondre dessus. Les et de la face principale du monument sont à peu près effacées lors de l'incendie qui suit le bombardement américain. Au sortir de la guerre, la pierre est .

René-Norbert Sauvage, de la Société des antiquaires de Normandie, repère le monument sous les ruines et le confie à la société d'archéologie de la Manche. Elle trouve abri dans une cave humide, sous l'hôtel de préfecture de la Manche, utilisée comme mûrissoir à fromages, et se retrouve . L'historien et épigraphiste Hans-Georg Pflaum vient l'étudier en .

vignette|alt=Vue générale d'un campus universitaire avec une ombre au premier plan|Vue générale du de l'université de Caen en , le bâtiment Droit-Lettres se situe au fond à gauche.

Elle est ensuite déposée à l'université de Caen, au sous-sol de la faculté des Lettres sur demande de Pierre Daure et accord de la municipalité de Saint-Lô, au printemps . Le transport fait subir de nouveaux dégâts aux fragments. Hans-Georg Pflaum estime que les dégradations proviennent du déplacement vers la capitale bas-normande au printemps . La partie inférieure, quoique brisée en environ , était en meilleur état que la partie supérieure. Les fragments sont triés par les étudiants en Histoire ancienne de l'université, en s'aidant à la fois des veines du socle et des inscriptions. Un sculpteur, G. Latapie, est alors chargé de sa restauration. Le restaurateur utilise un ciment spécial avec des éléments métalliques. La corniche n'est pas restaurée avec des trompe-l'œil afin de laisser au marbre .