Pierre du Calvet, né en à Caussade (France) en 1735 et disparu en mer le , est un commerçant et juge de paix montréalais.

Huguenot, du Calvet fuit les persécutions religieuses et immigre à Québec en 1758, où il souhaite faire du commerce. Dans le contexte de la guerre de la Conquête, alors en cours, il est plutôt appelé à mener diverses missions en Acadie afin de ravitailler la population. Souhaitant retourner en France après la capitulation de Montréal en , du Calvet doit retarder son départ à la demande du gouverneur James Murray afin de s'occuper des Acadiens. Il choisit finalement de s'installer à demeure à Montréal en 1762 et de mettre sur pied un commerce d'exportation.

En 1766, le gouverneur Murray le nomme juge de paix à la nouvelle Cour des plaids communs dans le district de Montréal. En 1769, il soumet au nouveau gouverneur Guy Carleton un projet de réforme visant l’administration de la justice dans la Province de Québec. Il dénonce en même temps l’attitude de certains collègues juges, s’attirant par là quelques ennemis, dont son voisin le juge John Fraser. Du Calvet continue de demander des réformes dans le nouveau journal de Fleury Mesplet et Valentin Jautard, La Gazette du commerce et littéraire, pour la ville et district de Montréal.

Profitant de rumeurs de sympathies de du Calvet avec les colonies rebelles et d'avoir fourni des vivres à l'armée de Benedict Arnold pendant l'invasion américaine, il est prisonnier politique sous le gouvernement de Frederick Haldimand. Réclamant en vain un procès, du Calvet devra patienter jusqu'à la fin de la guerre. Il est élargi en 1783 sans qu'un acte officiel ne lui soit communiqué. Il aura passé 948 jours, du au , en prison.

Libéré, du Calvet se rend à Londres pour demander réparations et le rappel du gouverneur Haldimand. Il n'y trouve pas de personnes prêtes à entendre ses récriminations. En 1784, il décide donc de publier Appel à la justice de l'État dans lequel se trouve un « Épître aux Canadiens » où il brosse un portrait négatif du gouvernement d'Haldimand et, plus largement, où il interpelle ses compatriotes sur une réforme constitutionnelle. Du Calvet disparaît toutefois en mer lors d’une tempête peu après, l'empêchant du même coup d'intenter un procès à Haldimand.

Biographie

Famille Pierre du Calvet naît à l'été de 1735 à Caussade dans l'ancienne province française de Guyenne (aujourd'hui dans le département de Tarn-et-Garonne). Il est l'aîné de cinq enfantsJean-Pierre Boyer rapporte qu'il était l'aîné de la fratrie. Suivent : Étienne, Marie-Jeanne (qui décèdent tous deux en bas âge), Marie-Anne et Bernard. Jean-Pierre Boyer, Appel à la justice de l'État de Pierre du Calvet. Champion des droits démocratiques au Québec, Québec, Septentrion, 2002, p. 14. de Pierre Calvet et Anne Boudet. Son père, de confession calviniste, fait baptiser ses enfants à l'Église catholique. Il leur transmet cependant la foi protestante. Un ancêtre, François Calvet, était monté sur l'échafaud le pour avoir introduit la Réforme à Montauban. La famille est dite de souche noble et possède un domaine à Montalzat, au nord de Toulouse.

Éducation Pierre du Calvet reçoit une éducation catholique sans jamais renoncer au calvinisme. D'après ses écrits, il apparaît clairement qu'il a étudié les humanités, le droit français, le droit des gens et la philosophie de son siècle, celle des Lumières. Son Appel à la justice de l'État cite de long extraits de Pufendorf, Gratien, Grotius, Locke et Machiavel.

Émigration en Nouvelle-France Même si, depuis 1627, les huguenots sont officiellement interdits en Nouvelle-France, leur présence est tout de même tolérée jusqu’à la fin du Régime français. Plusieurs viennent donc y commercer. Pierre du Calvet est attiré par la colonie alors qu'il est au début de la vingtaine. Un cousin par alliance, un certain Guireaud, lui fournit le capital nécessaire à l'achat de marchandises qu'il compte échanger en Nouvelle-France. Du Calvet s'embarque pour Québec à bord du navire marchand Le Lion qui quitte Bordeaux en . Son bateau fait toutefois naufrage à 100 milles de sa destination ; la cargaison est perdue alors qu'il arrive dans la capitale vers la mi-juin.

Missions en Acadie vignette|Les Acadiens sont déportés à compter de 1755. En , le jeune du Calvet accepte le poste de garde-magasin à Miramichi et à Restigouche en Acadie. Il est chargé de pourvoir au besoin de trois à quatre mille Acadiens déportés par le gouvernement britannique en 1755 et se trouvant, depuis, dans une situation de grande détresse. Il y sera jusqu'à l'automne 1759.

À l'été 1759, lui et l'officier Jean-François Bourdon de Dombourg sont chargés de transférer des prisonniers de guerre britanniques à Halifax. Le lieutenant William Cæsar McCormick lui écrira une lettre d'appréciation, datée du , pour le bon traitement des quelque trente prisonniers qu'il a eus sous sa gardeJean-Pierre Boyer, Appel à la justice de l'État de Pierre du Calvet, champion des droits démocratiques au Québec, p. 18-19..

Du Calvet se rend par la suite à Montréal après avoir appris, en passant par Québec, que le gouverneur Vaudreuil et l'état-major de l'armée française s'y trouvaient à la suite de la capitulation de la capitale le . Il demeure à Montréal jusqu'en Jean-Pierre Boyer, Appel à la justice de l'État de Pierre du Calvet, champion des droits démocratiques au Québec, p. 22..

Il est ensuite à nouveau chargé d'une mission en Acadie, cette fois pour recenser la population déportée et dresser un état de situation de la région. Du Calvet quitte Montréal le à la tête d'un groupe d'environ 60 Acadiens et de quelques guides autochtones. Avec lui se trouve le commandant en chef de l'Acadie française, Charles Deschamps de Boishébert. À son retour, il est presque aussitôt envoyé à Sainte-Foy pour la dernière bataille importante entre les armées française et britannique de la guerre de la Conquête. Il part pour Québec le , accompagnant l'expédition que commande le chevalier de Lévis. Dans une lettre à son père datée du , du Calvet fait le récit de cette bataille et du siège qui s'ensuitLa lettre est retranscrite intégralement dans l'ouvrage de Jean-Pierre Boyer, Appel à la justice de l'État de Pierre du Calvet, champion des droits démocratiques au Québec, p. 97-101. : « Nous avons couru de très grands risques, tant pour les fatigues d'un long voyage ayant toujours la raquette aux pieds, que pour celles de différents détachements anglais supérieurs aux nôtres qui se sont opposés plusieurs fois à notre passageCité dans Jean-Pierre Boyer, Appel à la justice de l'État de Pierre du Calvet. Champion des droits démocratiques au Québec, Québec, Septentrion, 2002, p. 19. ». Le siège est levé le et du Calvet rentre à Montréal avec l'armée.

Commerçant et juge de paix après la Conquête Après la capitulation de la Nouvelle-France, le , il reste à Montréal. C'est au cours de l'hiver qu'il retrouve le lieutenant britannique William Cæsar McCormick qui le recommande au général Jeffrey Amherst. Du Calvet est alors déterminé à retourner en Europe et doit par conséquent se rendre à Québec pour obtenir un passeport du gouverneur James Murray, mais pas sans avoir d'abord obtenu un passeport du gouverneur Thomas Gage l'autorisant à quitter le district de Montréal. Le gouverneur Murray demande cependant à du Calvet de retarder son départ afin de s'occuper du problème des Acadiens qui menaçaient d’intercepter des navires marchands britanniques dans le golfe Saint-Laurent. Du Calvet doit de plus dénombrer les Acadiens et les faire transporter à Québec. Cette dernière mission, qu'il accepte, l'occupe de juillet à .

En , il s'installe à Montréal où il met enfin sur pied un commerce d'exportation qui devient rapidement prospère. Il exporte du blé et des pelleteries qu'il charge à bord des navires marchands de la compagnie Watson & Rashleigh (Brook Watson et Robert Rashleigh) à destination de l'Angleterre et de l'Espagne. Il importe en échange diverses marchandises d'Europe telles des spiritueux et des produits d'usage domestique. Entre 1772 et 1776, il exporte environ minots de blé, 800 minots de pois et des pelleteries tout en important de grandes quantités de marchandises qu'il écoule dans le district de MontréalJean-Pierre Boyer, Appel à la justice de l'État de Pierre du Calvet, champion des droits démocratiques au Québec, p. 24..

En 1763, il apprend la mort d'un de ses oncles établi en Caroline du Sud et deux mois plus tard celle de son père en France. À l'été 1764, il quitte la province de Québec pour Londres, où doit se régler la succession de son oncle. Il passe ensuite en France pour y vendre le domaine familial de Montalzat et n'est de retour chez lui à Montréal qu'en . Durant son absence, Jean Dumas-Saint-Martin et Pierre Jussaume dit Saint-Pierre sont responsables de ses affaires.

Durant ce long voyage en Europe, il se fait plusieurs contacts dans le monde anglo-saxon. Même si son anglais est déficient, il est bien accueilli un peu partout, aidé de précieuses lettres de recommandations du gouverneur Murray. Il rencontre entre autres le frère de celui-ci, Lord Ellibonk, qui réside à Greenock en Écosse. À Londres, il s'entretient avec George Montagu-Dunk, Comte d'Halifax, secrétaire d’État pour le département du SudJean-Pierre Boyer, Appel à la justice de l'État de Pierre du Calvet, champion des droits démocratiques au Québec, p. 25..

À Paris, il débarque muni de lettres de recommandations pour le comte Hertford, ambassadeur britannique en France et son secrétaire, David Hume, le philosophe déjà célèbre, qui intercèdent tous deux auprès du comte de Saint Florentin. Cet appui lui est nécessaire pour assurer la liquidation de sa succession car il est protestant et les lois françaises lui sont défavorables. En , l'affaire étant enfin réglée, il retourne à Londres. Au printemps, il s'embarque pour Québec à bord du vaisseau nommé General Conway.

Le , le gouverneur Murray le nomme juge de paix à la nouvelle Cour des plaids communs dans le district de Montréal. En novembre, il quitte à nouveau la colonie pour des affaires commerciales en Angleterre et ne revient finalement qu'en , appelé par son devoir de juge de paix.

Du Calvet semble mettre un grand zèle dans l'exercice de ses responsabilités publiques et s'attire bientôt l'éloge du juge en chef de la province William Hey. Il traite un très grand volume de causes et n'exige pas d'honoraires en retour.

En 1769, il soumet au nouveau gouverneur Guy Carleton un projet de réforme visant l’administration de la justice dans la Province de Québec. Une ordonnance, promulguée le par Carleton, vise à révoquer tous pouvoirs aux juges de paix en matières de propriété. Du Calvet se montre toutefois déçu que les juges de paix dont la conduite a été exemplaire soit compris dans cette ordonnance.

Du Calvet prône davantage de réformes. Il rédige un certain nombre de lettres qui sont publiées dans la Gazette de Québec. Le , il détaille ses idées de réforme dans Mémoire sur l'administration de la justiceJean-Pierre Boyer, Appel à la justice de l'État de Pierre du Calvet, champion des droits démocratiques au Québec, p. 28.. Il n'hésite pas à y dénoncer ses collègues. Ainsi, les juges Jean Cuthbert, Samuel Mather et même le juge en chef William Hey n'échappe pas à sa plume. Le , il soumet au secrétaire d'État des Colonies américaines, Wills Hill, comte de Hillsborough, un document intitulé Mémoire sur la forme judiciaire actuelle de la Province de Québec. Il y dénonce notamment les trop grands pouvoirs donnés aux juges de paixJean-Pierre Boyer, Appel à la justice de l'État de Pierre du Calvet, champion des droits démocratiques au Québec, p. 29..

Mariage vignette|La famille du Calvet habite cette maison sur la rue Saint-Paul.