vignette|300px|Candidats se pressant pour voir les résultats (). (v. 1540, par Qiu Ying). Dans la Chine impériale, les examens impériaux () sont un système d'examen de la fonction publique visant à sélectionner les candidats à la bureaucratie d'État. Ce concept de choisir au mérite plutôt que par la naissance a commencé très tôt dans l'histoire chinoise, mais l'utilisation des examens écrits comme outil de sélection a vraiment commencé sérieusement pendant la dynastie Sui (581-618), puis sous la dynastie Tang (618-907). Le système est devenu dominant pendant la dynastie Song (960-1279) et a duré près d'un millénaire jusqu'à son abolition lors des réformes de la fin de la dynastie Qing en 1905. Certains aspects de l'examen impérial existent toujours aujourd'hui pour l'entrée dans la fonction publique en Chine et à Taïwan.

Les examens servaient à garantir une connaissance commune de l'écriture, des classiques chinois, et du style littéraire parmi les fonctionnaires de l'État. Cette culture commune a contribué à unifier l'empire, et l'idéal de réussite par le mérite a donné une légitimité au régime impérial. Le système d'examens a joué un rôle important dans la modération du pouvoir de l'aristocratie héréditaire et de l'autorité militaire, et dans l'émergence d'une classe de fonctionnaires érudits.

À partir de la dynastie Song, le système d’examen impérial est devenu plus formel et s'est développé en une échelle à trois niveaux, allant des examens locaux aux examens provinciaux et aux examens de cour. Sous la dynastie Ming (1368-1644), les autorités ont réduit le contenu des examens à des textes sur l'orthodoxie néoconfucéenne ; le diplôme le plus élevé, le jinshi, est devenu essentiel pour les plus hautes fonctions. D'un autre côté, les titulaires du diplôme de base, le shengyuan, ont été considérablement excédentaires, ce qui a eu pour conséquence que certains titulaires ne pouvaient pas espérer obtenir de poste. Les examens duraient entre 24 et 72 heures, et se passaient dans des pièces séparées et isolées. Les petites pièces comprenaient deux bureaux qui soit étaient reliés pour faire une plate-forme, soit étaient placées à des niveaux différents pour servir de bureau et de chaise. Pour maintenir l'anonymat des candidats et donc une objectivité dans la correction, les candidats étaient identifiés par des nombres plutôt que par leur nom et les copies d’examens étaient recopiées par une tierce personne avant d'être corrigées pour éviter que l'écriture du candidat fût reconnue.

Au , les riches pouvaient choisir d'intégrer le système en éduquant leurs fils ou en achetant un poste. À la fin du , certains critiques au sein de la Chine des Qing ont accusé le système d'examen d'étouffer les connaissances scientifiques et techniques et ont appelé à certaines réformes. À l'époque, la Chine comptait environ un licencié civil pour habitants. En raison des exigences strictes, le taux de réussite n'était que de 1 % parmi les deux ou trois millions de candidats annuels qui passaient les examens.

Le système d'examen chinois a eu une profonde influence sur le développement des fonctions administratives de la fonction publique moderne dans d'autres pays. Il s'agit notamment de structures analogues qui ont existé au Japon , en Corée, dans le royaume de Ryūkyū et au Viêt Nam. Outre l'Asie, des rapports rédigés par des missionnaires et des diplomates européens ont introduit le système d'examen chinois dans le monde occidental et ont encouragé la France, l'Allemagne et la Compagnie britannique des Indes orientales (CIO) à utiliser des méthodes similaires pour sélectionner les futurs employés. Constatant son succès initial au sein de la CIO, le gouvernement britannique a adopté un système de test similaire pour sélectionner les fonctionnaires dans tout le Royaume-Uni en 1855. Les États-Unis ont également mis en place de tels programmes pour certains emplois gouvernementaux après 1883.

Différents grades des titres académiques vignette|upright=1.2|Hall d'examen avec cellules, Guangdong, 1873 Tongsheng (), candidat reçu à l'examen sous-préfectoralLe rêve dans le pavillon rouge, La Pléiade, Tome I, Notes et variantes, Page 36, note 1.. Xiucai (), aussi appelé shengyuan (), élève aspirant reçu à l'examen préfectoral annuel. Aussi traduit par bachelier. Anshou (), talent en fleur de . Gongsheng (), talent en fleur âgé. Juren (), talent en fleur reçu à l'examen provincial se tenant tous les trois ans. Aussi traduit par licencié. Jieyuan (), lettré sélectionné de . Huiyuan (), lettré sélectionné de en pré-qualification. Gongshi (), lettré sélectionné reçu au concours général de la capitale et qui ont obtenu la pré-qualification. Jinshi (), lettré présenté reçu au concours impérial triennal de la Cour devant le Fils du ciel. Il tenait de l'empereur lui-même ce grade le plus élevé. Aussi traduit par docteur. Jinshi jidi (), clerc promu qui ont formellement passé l’examen des jinshi éligibles pour être enrôlés comme fonctionnaires Zhuangyuan (), clerc promu de (aux examens des jinshi) Bangyan (), clerc promu de Tanhua (), clerc promu de Jinshi Chushen (), clerc promu ayant obtenu le statut de jinshi en prenant vraiment part aux examens des jinshi. Tong Jinshi Chushen (), clerc promu qui n’a pas pris part aux examens mais dont le statut a été donné par l’Empereur.

Une fois le concours réussi, le mandarin portait une robe officielle et une coiffe d'une certaine couleur suivant son rang. Il lui était interdit de se marier ou de posséder des biens dans la région qui lui était assignée et dans laquelle il ne pouvait officier plus de trois ans. Les mandarins parlaient un dialecte distinctif (le mandarin, et son écrit le chinois littéraire), dont est issue l'actuelle langue officielle de Chine (actuellement le mandarin standard, et son écrit le chinois vernaculaire).

Rôle et contenu des examens dans l’histoire et la pensée chinoises De Confucius jusqu'à la dynastie des Han thumb|right|upright=1.0| Portrait de Confucius (gouache sur papier) La philosophie politique et sociale de Confucius a influencé la civilisation chinoise pendant plus de . Ses théories furent appliquées avant l'unification de l'Empire, dès la période des Royaumes combattants. Confucius, maître des lettrés, privilégiait l’enseignement et les rites pour la formation de l’homme de bien junzi destiné à servir l’État. La politique se déduit donc de la morale : en se formant soi-même à la vertu, le souverain se rend capable de bien régner, le ministre de bien administrer, l’ordre règne alors dans l’État ; dans la maison des humbles, le riz et le bonheur abondent. En 221 , Qin Shi Huangdi (dynastie Qin) unifie l'Empire par la force et la coercition. Les vertus d'humanité sont rejetées, la tradition confucéenne est bannie, les livres sont brûlés.

Mais la dynastie Han, fondée par Liu Bang (ou Gaozu), paysan révolté contre la dynastie Qin, fait renaître les textes canoniques. Le culte du Ciel (corrélation entre la gestion de l'Empire et celle de l'univers) est instauré, les idées de Confucius deviennent doctrine officielle et donc une partie centrale des contenus éducatifs, et des examens mandarinaux que Liu Bang instaure et qui demeureront pendant deux mille ans.

Après quelques divergences de la pensée chinoise, la centralisation du monde Han se réalise sous le règne de l’empereur Wu (140-87 ). Ce dernier invite les lettrés à présenter leurs conseils sur la bonne marche du gouvernement sous forme de mémoires. Ceux de Dong Zhongshu semblent avoir retenu tout particulièrement son attention :

C’est donc avec la volonté d’unifier et de contrôler les esprits des serviteurs de l’État que l’Empereur Wu publie l’édit de 136 av. J.-C. par lequel il établit des chaires impériales pour les « docteurs » sur les Cinq Classiques confucéens à l’exclusion de tout autre corpus, puis l’édit de 124 qui crée l’académie impériale où sont formées des promotions destinées à nourrir, après examen, le rang de la bureaucratie. L’accès aux fonctions administratives exige donc une réputation morale de « sagesse et compétence » et une parfaite connaissance des Classiques. Ce sont là les germes du système de recrutement des fonctionnaires par les concours mandarinaux.

En 115, un programme d’études fut mis en place pour la dite « Première Génération des Candidats à l’examen ». Ils étaient testés sur leur capacité dans les « Six Arts » : les arts scolaires : musique, arithmétique, écriture et connaissance des rituels et cérémonies à la fois dans la vie publique et la vie privée. Les arts militaires : le tir à l’arc et la conduite du char. Ce programme fut ensuite élargi pour comprendre les « Cinq Études » : stratégie militaire, droit civil, revenu et impôts, agriculture et géographie, et les Classiques confucéens.

Après les Han, du temps des Sui, des Tang et des Song L’élite sociale et intellectuelle atteint son apogée sous le règne de l’empereur Wu (fondateur de la dynastie Liang ; 502-549), qui renforce le rôle des lettrés confucéens affaibli par l’influence du bouddhisme dans le milieu aristocratique.

Sous les dynasties Sui (589-618) et Tang (618-907) de même, la nature et les modalités des épreuves étaient très diversifiées : les examens ne portaient pas seulement sur l’étude des classiques, mais comportaient aussi des sujets tels que l’arithmétique ou le droit.

Sous les Tang, il y a de la part de l’État une lutte permanente pour contrôler les fonctionnaires et renforcer le pouvoir central et un effort constant pour déjouer et neutraliser les combats d’arrière-garde des clans aristocratiques. La maison impériale elle-même vient de l’aristocratie. La seule solution à long terme pour redresser le pouvoir, ce sont les examens. Ils permettront de filtrer, d’écarter les indésirables, et ainsi de recruter une élite dirigeante. Mais le système n’est qu’à ses débuts, l’effet ne se produira pas immédiatement (toujours à cause des clans). Car jusqu’à la fin du , les fonctionnaires lettrés, recrutés par examens ou de façon héréditaire, viendront quand même toujours d’un milieu assez restreint (puissance des clans). De plus, le succès aux examens n’était pas forcément suffisant : il fallait des recommandations.

Les souverains Tang (618-690) sont moins ardents à embrasser le bouddhisme mais commencent à affirmer leurs affinités avec le taoïsme : le clan impérial se déclare même descendant de Laozi dont il partage le nom de famille Li. On remet alors à l’honneur la lecture du Dao De Jing, avec les commentaires de l’empereur Xuanzong, du Zhuangzi et du Lie Zi, qui font l’objet de certaines épreuves d’examens. Pendant toute la dynastie, taoïsme et bouddhisme se disputent le patronage impérial.

C’est aussi sous cette dynastie que l’apogée de l’inspiration culmine dans la pensée chinoise (les textes confucéens avaient subi une certaine dispersion et perdu leur intégralité) face à laquelle on met officiellement en place les examens mandarinaux, seule façon de s’assurer une certaine orthodoxie. En effet, les Tang prennent conscience que le modèle ultime demeure le modèle de l'époque des Han : ils permettent aux confucéens de reprendre la direction de la vie intellectuelle, dans un sens moins favorable que par le passé à la diffusion d'idées contraires à leur vision du monde. Dès la première année de la dynastie Tang, on crée des écoles pour former les lettrés ; les classiques sont reconstitués (en 603, Taizong ordonne qu’une commission établisse un corpus standardisé des Classiques) et à nouveau étudiés et l’on redonne vie aux rituels confucéens. C’est à ce moment-là que le destin de la « classe mandarinale » se confond avec celui de l’empire, que le lettré redevient l’idéal de l’homme universel des Tang, à la fois lettré, poète, peintre et homme d’Etat. En effet, la dynastie Tang est aussi l’âge d’or de la poésie ; une épreuve de poésie figurera au programme (à ce moment-là, tout grand lettré avait de grandes capacités de composition poétique).