vignette|Civils chinois enterrés vivants.

Les crimes de guerre japonais sont les crimes de guerre qui ont été commis par les Japonais au cours de la période de l’impérialisme japonais, à partir de la fin du jusqu’en 1945, principalement durant la première partie de l'ère Shōwa. D’autres termes, tels que « holocauste asiatique » . ou « atrocités de guerre japonaises » . ., sont également utilisés pour désigner cette période.

Les historiens et les gouvernements de nombreux pays ont considéré les militaires, à savoir l’Armée impériale japonaise et la Marine impériale japonaise, comme les responsables des tueries et autres crimes commis à l’encontre de plusieurs millions de civils ou de prisonniers de guerre (PG) au cours de la première moitié du .....

Définitions vignette|Xuzhou, Chine, 1938. Un fossé plein de corps de civils chinois tués par des soldats japonais.

Au sens large, les crimes de guerre peuvent être définis comme un comportement dénué de scrupules dont un gouvernement ou des militaires font preuve à l'égard de civils ou de combattants d’un pays ennemi. Des militaires appartenant à l’empire du Japon ont été accusés d’avoir perpétré de tels actes au cours de la période de l’impérialisme japonais qui s’étend de la fin du jusqu’au milieu du . Ils ont été accusés d’avoir commis une série de violations des droits de l’homme à l’encontre de civils ou de prisonniers de guerre (PG) en Extrême-Orient et dans l’Ouest du Pacifique. Ces événements ont atteint leur paroxysme au cours de la seconde guerre sino-japonaise de 1937-1945 et des campagnes asiatiques et du Pacifique de la guerre de la Grande Asie orientale (1941-1945).

Droit international et japonais Bien que l’empire du Japon n’ait pas signé les conventions de Genève, qui sont depuis 1949 à la base des définitions communément admises des crimes de guerre, les crimes perpétrés tombent sous d’autres aspects du droit international et du droit japonais. Par exemple, de nombreux crimes commis par des Japonais étaient en contravention avec le code militaire japonais et ne furent pas portés devant des cours martiales comme le requiert ce code. L’empire du Japon viola également des accords internationaux signés par le Japon, y compris le traité de Versailles, tels que l'interdiction de l’utilisation d’armes chimiques, et la première conférence de La Haye (1899) et la seconde conférence de La Haye (1907) sur la protection des prisonniers de guerre. Le gouvernement japonais signa également le pacte Briand-Kellogg (1929), rendant ainsi ses actions susceptibles d’être poursuivies en tant que crimes contre la paix, une prévention qui avait été établie au cours des procès de Tokyo en vue de poursuivre les criminels de guerre de « Classe A ». Les criminels de guerre de « Classe B » étaient ceux qui furent convaincus de crimes de guerre dans leur acception habituelle, et ceux de « Classe C » étaient ceux qui étaient coupables de crimes contre l’humanité. Le gouvernement japonais avait également accepté les termes de la déclaration de Potsdam (1945) après la fin de la guerre. Cette déclaration mentionnait à son article 10 deux types de crimes de guerre : l’un était la violation du droit international, tel que les mauvais traitements des prisonniers de guerre ; l’autre était le fait de faire opposition « aux tendances démocratiques au sein du peuple japonais » et aux libertés civiles au Japon.

Au Japon, le terme crimes de guerre japonais ne vise généralement que les cas dont a eu à connaître le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient, également connu sous le nom de procès de Tokyo qui ont suivi la fin de la guerre du Pacifique. Toutefois, le tribunal ne poursuivit pas les accusations de crimes de guerre imputées à des officiers de second rang ou à des militaires moins expérimentés. Ceux-ci furent traités séparément dans d’autres villes réparties dans la région Asie-Pacifique. La loi japonaise ne définit pas les personnes condamnées dans les procès d’après-guerre comme des criminels en dépit du fait que les gouvernements japonais ont accepté les arrêts rendus au terme de ces procès ainsi que les conséquences du traité de San Francisco (1952). Ceci est imputable au fait que le traité ne fait pas état de la légalité du tribunal. Si le Japon avait accepté par le traité de San Francisco les arrêts des tribunaux ayant eu à connaître des crimes de guerre, ces arrêts auraient pu donner lieu à appel et être renversés par des tribunaux japonais, ce qui aurait été inacceptable pour le monde diplomatique international. De nos jours, les juristes japonais partagent sur la situation juridique du tribunal de Tokyo un consensus aux termes duquel l’exécution ou l’incarcération d’une personne à la suite des procès d’après guerre est valide, mais n’a aucun rapport avec le code pénal japonais.

Époque et lieux En dehors du Japon, des sociétés différentes utilisent des périodes de référence distinctes pour les crimes de guerre japonais. Ainsi, l’annexion de la Corée par le Japon en 1910 fut suivie par l’abolition des libertés civiles et l’exploitation du peuple coréen. Pour cette raison, certains Coréens utilisent l’expression crimes de guerre japonais pour les événements survenus directement durant la période de 1910 à 1945. En comparaison, les Alliés de l’Ouest n’entrèrent pas en conflit avec le Japon avant 1941 de sorte que les Nord-Américains, les Australiens et les Européens peuvent considérer que les crimes de guerre japonais visent des événements qui se sont produits entre 1941 et 1945. Les crimes de guerre japonais n’ont pas toujours été le fait des seuls Japonais. Dans chaque pays asiatique ou du Pacifique envahi ou occupé par le Japon, il s’est trouvé de petites minorités pour collaborer avec l’armée japonaise ou même y servir, pour des raisons diverses telles que des difficultés économiques, la coercition ou l’antipathie pour des puissances occidentales, d'ethnies ou de religions différentes (populations d'origine chinoise, montagnards de Birmanie ou d'autres îles comme aux Indes orientales néerlandaises).

Les actes commis à l’encontre de peuples reconnus internationalement comme soumis à la souveraineté japonaise ne peuvent être considérés comme des crimes de guerre. La souveraineté japonaise de jure antérieure à 1945 sur des pays comme la Corée ou Formose était reconnue par des accords internationaux tels que le traité de Shimonoseki (1895) et le traité d’annexion entre le Japon et la Corée (1910). Toutefois, la légalité de ces traités est mise en question, les populations locales ne furent pas consultées, il y eut une résistance armée aux invasions et occupations japonaises et des crimes de guerre peuvent également être commis au cours de guerres civiles.

Contexte Culture militariste japonaise et impérialisme La culture militariste, en particulier pendant l'époque du Japon impérial, a eu une grande influence sur la conduite des militaires japonais avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Au cours des siècles précédents, on avait enseigné aux samouraïs de ne pas remettre en question l’obéissance dont ils étaient redevables envers leurs suzerains, ainsi après l'effondrement du shogunat Tokugawa et la restauration Meiji, l’empereur devint l’objet symbolique de la loyauté militaire en lieu et place des daimyos, précédents suzerains des samouraïs.

Au cours de l’âge dit Âge de l’Empire à la fin du , le Japon, à la suite des autres puissances mondiales, se construisit un empire en poursuivant cet objectif de façon agressive. Comme c’est le cas des autres puissances impériales, la culture japonaise évolua de plus en plus vers un nationalisme chauvin depuis la fin du jusqu’au siècle suivant. L’émergence du nationalisme japonais est due en partie à l’adoption du shintoïsme d'État et à son incorporation dans l’enseignement. Le shintoïsme considérait que l’Empereur était d’essence divine parce qu’il était réputé être le descendant de la déesse du soleil Amaterasu. Ceci permettait de justifier l’exigence d’une obéissance inconditionnelle à l’empereur et à ses représentants.

La victoire obtenue par le Japon dans la première guerre sino-japonaise (1894-1895) marquait son accession au rang de puissance mondiale. À la différence des autres puissances majeures, le Japon ne signa pas la convention de Genève avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, le traitement des prisonniers occidentaux (russes ou allemands) par les militaires japonais au cours de la guerre russo-japonaise (1904-1905) ou de la Première Guerre mondiale (1914-1918) était comparable à celui que réservaient les autres armées à leurs prisonniers.

Événements des années 1930 et 1940

thumb|L'Empereur Shōwa chevauchant Sirayuki lors d'une inspection militaire en août 1938.

Nisshō Inoue élabora une synthèse d’ultranationalisme et de bouddhisme et fut l’instigateur, en 1932, d'une série d’assassinats politiques ouvrant la voie à la mainmise des militaires sur la structure étatique.. À la fin des années 1930, l’émergence du militarisme au Japon créa des similitudes au moins superficielles entre la culture militaire japonaise au sens large et celle des militaires d’élite de l’Allemagne nazie, comme les Waffen-SS.

Cependant, le Japon ne mit pas en place d'unités militaires ou de police dédiées spécifiquement aux campagnes d'extermination comme les Einsatzgruppen nazis et de camps d'extermination pour les populations civiles. Si bien qu'étant les seules actrices des crimes de guerre commis, la plupart des unités de l'Armée impériale et des troupes de la Marine furent davantage compromises que leurs homologues militaires allemandes partout où elles furent déployées.

Le Japon disposait également d’une police secrète et politique, la Tokkō et de deux polices militaires dénommées Kempeitai et Tokkeitai, toutes trois comparables au Sicherheitdienst et à la Gestapo nazis par leurs exactions dans les pays annexés ou occupés.

Comme dans les dictatures européennes, la brutalité irrationnelle, la haine et la peur devinrent banales dans les territoires occupés par le Japon. Des erreurs perçues comme des échecs ou une dévotion insuffisante à la personne de l’empereur se voyaient sanctionnées de châtiments souvent de nature physique. Dans l’armée, les officiers agressaient et battaient les hommes sous leur commandement. Ces derniers, à leur tour, en faisaient de même sur les échelons inférieurs de la hiérarchie. Dans les camps de prisonniers de guerre, ceci avait pour conséquence que les prisonniers, situés tout en bas de l'échelle, étaient en butte aux plus mauvais traitements. La sévérité d'un Bushido dévoyé couplée à l’ethnocentrisme du Japon dans sa phase impérialiste moderne résultait souvent en des brutalités à l’égard des civils et des prisonniers de guerre. Après le début d’une campagne militaire à grande échelle contre la Chine en 1937, des milliers de cas de meurtres, de torture et de viols commis par des soldats japonais semblent avoir été délibérément oubliés par leurs officiers et sont généralement restés impunis. De tels comportements se sont répétés tout au long de la guerre du Pacifique.

Crimes En raison du grand degré de souffrance causé par l’armée japonaise au cours des années 1930 et 1940, elle est souvent comparée à l’armée du troisième Reich au cours de la période 1933-1945. L’historien Chalmers Johnson écrit :

Meurtres de masse Selon R. J. Rummel, professeur de sciences politiques à l’Université de Hawaii, entre 1937 et 1945, les Japonais ont Rummel soutient que, pour la seule Chine, les conséquences directes de l’invasion furent qu’entre 1937 et 1945 approximativement 3,9 millions de Chinois, essentiellement des civils, furent directement exterminés par les politiques du régime Shōwa et 10,2 millions de civils périrent des causes indirectes liées à l'invasion..